Je sais pas si t’as déjà eu l’occasion d’entrer dans un cybercafé essentiellement orienté MMORPG, mais c’est enrichissant. En franchissant la porte, tu vois un certain nombre d’ados qui tournent la tête vers toi comme un seul homme et, l’espace d’une seconde, te dévisagent en silence avant de retourner à leurs occupations. Ça rappelle un peu le saloon, donc, mais sans le tord-boyaux, le piano, les colts et le type qui joue de l’harmonica dans le fond. Tout ça, tu remplaces par une série de mômes engoncés dans des fauteuils en skaï trop grands pour eux, parfaitement immobiles sauf leurs mains qui courent avec virtuosité de la souris au clavier et dont les voix éraillées s’élèvent sporadiquement, tantôt en chapelet d’injures, tantôt en exclamations enjouées. Bienvenue dans l’univers du jeu en ligne.
Pour les profanes, MMORPG, ça veut dire « Multi Massive Online Role Playing Game », ou un truc du même tonneau, en français « jeu de rôle en ligne massivement multijoueur ». En substance, c’est un jeu de rôle sur ordinateur auquel des milliers, voire des millions, de personnes jouent en même temps. Donc on peut imaginer un monde où il est impossible de faire deux pas sans bousculer un archimage réputé, un paladin bourrin ou un gros barbare, un monde où à moins de trente mètre d’une mégapole se trouvent des grottes remplies à raz la gueule de gobelins et dont un cimetière est inconcevable sans horde de zombies.
On a déjà dit beaucoup de mal du MMORPG, notamment à cause de sa propension à engloutir les joueurs qui disparaissent de la vie de leurs proches ; qui n’a pas perdu en tous cas un ami, absorbé par la trame éthérée d’un monde moins que réel ? Et qui n’a pas entendu ces histoires sordides de joueurs morts d’inanition à force de rester scotchés à l’écran, sans dormir ni manger ? Et qui ne s’est pas dit que, franchement, c’est quand même un peu la honte de mourir comme ça, même que tu dois pas trop savoir quoi dire au bon Dieu quand t’arrives devant lui ?
Alors si je viens sur cet édifiant sujet, c’est parce que ces jours est sorti un jeu qui aurait pu m’intéresser : Warhammer Online. Sans entrer dans les détails, Warhammer est un jeu de figurines qui m’a passionné quand j’étais ado. Bien que scandaleusement pompé sur les idées de Tolkien ou de Chrétien de Troyes, entre autres, le monde, sombre et médiéval, était bien fichu, riche et très complet. Et par bien des aspects, retrouver cet univers sous forme virtuelle et fouler les terres qui m’ont naguère tant fait rêver pourrait m’intéresser. Pourquoi je m’y essaie pas alors ?
Et bien essentiellement pour préserver cette perfection qui règne en maître dans mon imagination ; les souvenirs sont biens, mais c’est tout ce qu’ils sont. Et parfois, les choses du passé gagnent à rester au passé. Parce que retrouver le mythique Vieux Monde sur ordinateur, ça sera à coup sûr constater des détails rageants, notamment qu’il y a sans doutes plus d’aventuriers que de roturiers ou de paysans, qu’on traverse deux nations supposément immenses en une heure de cheval ou encore qu’on y trouve beaucoup plus facilement une épée runique, magique et maléfique qu’une livre de farine de millet.
Mais surtout, c’est pour préserver l’identité culturelle des êtres imaginaires qui peuplent ce monde fictif ; un monde sombre, corrompu et inquiétant dont j’imagine aisément, dans son pendant virtuel, le niveau des conversations entre, par exemple, des seigneurs maléfiques craints et respectés. Conversations qui doivent ressembler à peu près à ça :
Seigneur Garkain : « C’kon leur a mi, tro tro lol, izon pas fé un pli kan on a razé le chato !!!!!!!!!!! »
Dark-Mordrim : « Cé vré, moa ya un palad1 ki ma Dfié, g lui ai tro PT sa race et il a tro pleuré sa mère, mdr !!!!!!!!!! »
Gohorr-sombre-hache : « Bon alé, GV me couché, 2main y a TE et ma reum L me fé iéch, a+ les ga, lollllll Kissssss, A12C4 !!!!! »






