Archives pour octobre 2008

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La fête qui fait peur

31 octobre 2008

Donc ce soir, si tu prévois de rester tranquille dans tes pantoufles à regarder un reportage sur les lémuriens, il te faudra compter avec en tous cas une visite de petits monstres qui te brailleront un truc pas très intelligible parce qu’ils parlent tous à la fois, certains en français, d’autres en imitation d’anglais, en agitant des sacs : pas de panique, c’est pas des vrais, va pas commencer à cramer tout ça c’est juste Halloween. Les monstres en question, c’est les gosses de l’immeuble (non, je veux dire des gosses qui habitent dans l’immeuble). Déguisés.

 

Mais si, regarde bien : le vampire avec l’appareil dentaire c’est le petiot du troisième, les deux sorcières qui se ressemblent, les frangines d’en dessous qui s’engueulent tout le temps, le fantôme avec des lunettes c’est l’hyperactif du dernier et le petit, euh, truc, là, avec la moustache, c’est le fils du concierge.

 

Là je parle pour toi parce qu’en ce qui me concerne, j’aurai sûrement une paix royale : je vis dans un immeuble comptant dix appartements avec des couples qui se foutent sur la gueule, des glandeurs comme moi, des fans de tuning, mais pas le moindre gosse. Et comme on y compte au minimum cinq molosses hideux, répugnants et nerveux, si des mômes s’aventurent dans la bâtisse, il y a peu de chances qu’ils arrivent entiers jusqu’à mon palier. Ou alors en criant à l’aide.

 

Ça vaut d’ailleurs mieux pour eux, parce que je suis toujours fauché et s’il s’en trouve des suffisamment courageux pour braver les dangers et les étages et venir sonner à ma porte, ils en seront pour leurs frais, parce que bibi il a pas grand-chose à leur filer, à part éventuellement du sucre brun, des oignons et un peu de levure. Alors à la rigueur je leur offre un verre de sirop, parce que quand même, quatre étages, mais après c’est marre hein ! Pis s’ils sont pas contents, y peuvent toujours brandir leurs baguettes à la con, ‘toutes façons elles sont en toc et moi j’y fous des mandales ! Trop fort !

 

Bref, bonne chance. Surtout qu’en général, ils peuvent pas s’arranger pour former un groupe complet, non, ils s’assemblent en plusieurs petites bandes qui passent tour à tour, alors au début tu t’écries « comme c’est mignon ! » et tu les fais crouler sous les branches de choc achetées exprès, ensuite tu fais « ah, encore ! » et tu leur lâches deux ou trois friandises et un paquet de biscuits qui te restait parce que tu as tout filé les bons trucs aux autres, tu t’attendais pas à une deuxième couche, puis à la troisième fois tu es un peu emprunté, pour bien faire tu leur files un bout de sauciflard ou un pot de cantadou mais bon, tu vas pas leur ouvrir une bouteille non plus, et du coup ils ont l’air tout malheureux. Et toi aussi.

 

Ceci dit, je me réjouis de voir que cette année, la fièvre Halloween a été plus que mesurée. D’ordinaire, il n’y avait pas une vitrine qui n’était pas envahie de citrouilles en plastique, de toiles d’araignées d’un blanc nacré hyper réalistes, de balais et de kitcheries vraiment beauf. Depuis une demi-douzaine d’années où l’on a décidé de fêter Halloween pour bien faire comme les ricains y disent, c’est peut-être la première fois qu’ils n’en font pas trop, et c’est une bouffée d’air frais !

 

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La minute intellectuelle

29 octobre 2008

Tout le monde sait ça, les journaux gratuits sont le fer angulaire de lance des méga corpos fascistes qui veulent asservir le monde et réinstaurer le Capitalisme Absolu des années 1614. Ils abêtissent les gens en écrivant des calembredaines et quand la population est bien abêtie, ils peuvent lui faire acheter n’importe quoi et donc lui prendre son argent. C’est comme ça que ça marche, les lecteurs voient une publicité dans un gratuit pour un détaillant en gros d’articles sportifs et de charcuterie chevaline, ils ont a peine posé le canard que paf, ils courent chez l’autre s’acheter des raquettes de golf, des patins à judo et une panse de jument farcie.

 

Pourtant, un effort visible a été fourni par le matin bleu puisqu’il s’oriente depuis quelques semaines vers un credo beaucoup plus psychologique. J’en veux pour preuve que chaque lundi, il y a le test, ou le quiz.

 

Donc les tests, c’est des trucs comme on faisait dans le super picsou géant quand on était gosse, genre « es-tu sage ? » « aimes-tu partager ? » « es-tu un tapioca ? » etc, mais depuis qu’on a grandi on n’en trouve plus, sauf dans la presse féminine mais moi je suis masculin alors j’ai pas le droit de la lire et du coup je fais plus de test. C’est dommage, parce que c’est tout ça que j’apprends pas sur moi-même. Quant aux quiz, c’est des questions comme dans les jeux TF1 sauf qu’on gagne pas des millions, alors aucun intérêt. Mais on en apprécie la teneur hautement intellectuelle.

 

Alors il faut que la tendance se confirme, parce que ça existe sauf erreur que depuis deux semaines, mais jusqu’à présent on a eu droit au test « quelle star es-tu ? », et là encore on peut déplorer qu’il cible essentiellement un public féminin puisqu’à terme on peut être Angelina Jolie, Paris Hilton ou Amy Winehouse et c’est tout, représentant respectivement la femme bien comme il faut (ça me fait mal), la cochonne et la junkie. Et puis il y a un truc qui est bien pensé, c’est que le test est à la page horoscope, comme ça on peut savoir d’une traite qui on est et ce qu’on va devenir.

 

Quant au quiz, il y a des photos d’abdos et on doit deviner entre plusieurs gars musclés à qui tout ça appartient. Comme ça on peut leur rendre leurs photos.

 

Encore une expérience de laquelle on sort grandi !

 

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Syndrome portable

28 octobre 2008

Le téléphone portable est le dernier-né au rayon des indispensables de l’homme, évolution la plus prodigieuse depuis qu’on a inventé le pouce. Aujourd’hui, celui qui n’a pas de natel n’existe pas plus que l’ermite qui vit à poil au fond d’une grotte sans meubles et sans bagnole et qui se coupe du monde en mangeant des racines et des baies sauvages devant la télé.

 

Pourtant, il existe des dangers terribles dont la presse fait parfois écho, malgré la tendance actuelle qui est plutôt au flegme et au rationalisme. Des mises en gardes résonnent de part et d’autres pour nous prévenir que l’abus de natel peut nuire à votre santé et à celle de votre entourage.

 

Et c’est vrai. Ne nous leurrons pas, nous vivons en possession de machines diaboliques qui renferment plus de merdier que la boîte de Pandore. C’est bien sûr un odieux complot ourdi par les lobbies de la téléphonie mobile qui veulent qu’on attrape le virus du cancer pour nous vendre le remède à prix d’or après.

 

Mais pourtant, déjà maintenant, les victimes sont nombreuses à déambuler dans la rue, affligées de tares terribles qu’elles doivent à l’emploi abusif de cette petite boîte à paroles. Voici une liste des maux les plus courants connus à ce jour :

 

L’ablation d’autonomie : l’usager perd peu à peu son indépendance et sa capacité à prendre des décisions ; il en résulte des coups de téléphone à chouchou toutes les vingt-sept minutes environ pour tous les sujets possibles, quand bien même chouchou est occupé à résoudre le mystère du vase de Soissons. Alors ça surprend un peu quand tu fais tes courses au supermarché, tu cherches des patates douces, du râble de merlan et de la noix de muscade pour ton papet vaudois de ce soir et soudainement tu buttes sur quelqu’un de pendu au téléphone parce qu’il hésite entre pêches et nectarines, là tu te dis qu’à l’époque où le portable n’existait pas, on osait faire preuve de plus d’audace lors de dilemmes cornéliens comme celui-ci !

 

Le dérèglement des cordes vocales : la grande force du téléphone, c’est de pouvoir parler à quelqu’un qui est loin sans avoir à hurler, mais cette subtilité n’est pas encore très bien connue, c’est dû à des lacunes dans le département de la communication des fabricants de téléphones, ce qui est un comble. Il en découle qu’à tout moment, alors que tu es par exemple bien installé dans le wagon d’un train dont le léger tremblement te berce et que ton esprit s’égare dans les nimbes éthérées d’un assoupissement apaisant, un bruit de fond te rappelle peu à peu à la réalité, sorte de chanson pop ou hip hop à deux balles crachée par une sortie son mono lamentable, qui s’interrompt soudainement pour laisser place à un « allô koi ! » précédant une conversation aussi longue que bruyante. Car le malade croit à tort que sa discussion sur sa soirée au Star Pub avec Joao intéresse tout le monde et quand il la raconte avec force détails, notamment sur le débit de boissons et la présence d’une certaine « Nancy » qui aurait pas voulu faire un truc et qui du coup est une salope, c’est toujours en s’égosillant dans le combiné.

 

Le photomaniaque : celui-ci, la possibilité de prendre des photos avec le téléphone lui a changé sa vie ; parce qu’avant, un appareil photo, ça lui serait jamais venu à l’idée d’en trimballer un partout où il met les pieds, mais désormais c’est un chasseur d’images dans l’âme. À l’instar de la pub où des jeunes branchés qui tirent la gueule s’emmerdent tellement grave à une soirée qu’ils se prennent en photo pour tuer le temps, il immortalise tout ce qui l’entoure pour pouvoir le montrer plus tard aux copains. Comme la qualité de l’objectif laisse encore plus ou moins à désirer, les résultats ne sont pas toujours à la hauteur de l’assiduité qu’il met à la tâche, mais ça alimente au moins la conversation, genre « celle-là elle est trop, on dirait un lièvre coursé par un couguar, mais en fait non, c’est Michel qui s’allume une clope. »

 

Il existe encore quantité de dérives, comme par exemple les types qui te bourrent leur téléphone de sketch MP3, de chansons ou de vidéos poilantes ou encore ceux qui doivent absolument posséder le matos dernier cri, mais le billet se fait long et j’en profite pour saluer ceux qui ont eu le courage de lire jusqu’au bout. Et j’enchaîne direct avec le mot de la fin, qui sera, disons, « tambour ».

 

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Des p’tits trous partout

24 octobre 2008

Il y a des jours où on se dit que franchement y en a raz la truffe, trop c’est trop, parce que merde.

 

Vous m’avez bien sûr compris, je parle des travaux qui partout fleurissent à Lausanne, un peu comme une vaste épidémie de lèpre urbaine déformant la chaussée et transformant des rues innocentes et sans histoires en successions de tranchées des semaines durant au premier pavé à poser.

 

Pour les besoins de l’histoire, il faut savoir que tout le printemps, l’été et un partie de l’automne, des machines de chantier tonitruantes ronflaient à plein régime juste en dessous de la fenêtre de mon bureau pour de basses raisons de raccordements de canalisations, nous plongeant, mes collègues et moi, dans un enfer sonore indescriptible. Et là, depuis quelques semaines, plus rien, la petite cour est toute neuve et jouit d’un calme absolu. Et nous, dans nos bureaux, on entend le tic-tac de l’horloge sur laquelle on a les yeux rivés. C’est tellement calme que l’on perçoit partout, du matin au soir, le sifflotement enjoué du concierge, omniprésent, gai et plutôt fort, très fort même, dont on se dit au début que c’est marrant mais qu’à force on a quand même envie de lui passer un peu la tête sous un camion, mais on s’en abstient parce qu’on est des gens civilisés qui n’ont pas un camion à disposition.

 

Or là, en arrivant ce matin au boulot, joyeux, débonnaire, quiet, paisible, calme et serein, que vois-je, affiché sur la porte ? Un avis annonçant sans rougir que des travaux de fouille et de raccordement de canalisations sont sur le point d’être entrepris au même endroit que précédemment, dès début décembre pour finir, théoriquement, à la fin du mois de janvier, donc je suppose du côté de juin 2012.

 

Et là je sens comme un grande lassitude m’envahir, parce que moi leur boucan j’en ai eu largement ma dose et je me demande quand même ce qu’ils vont trouver à faire dans leur foutu trou qu’ils ont rebouché il y a quelques semaines à peine. Quant aux fouilles mentionnées, je sais pas si ils s’attendent à trouver le trésor du roi Salomon, des traces d’une civilisation précambrienne, les clous de la Sainte Croix ou un obus datant de la guerre contre Charles le Téméraire, mais je m’inquiète des proportions que ça prendra.

 

Me réjouis d’être à décembre moi !

 

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Génies du Mal

22 octobre 2008

Personnellement, les grands méchants me font toujours frissonner. Il y a Dark Vador, un type un peu naïf qui a mal vécu sa crise d’adolescence et qui a été grièvement blessé suite à une longue panne d’inspiration de scénariste, à la fin il devient gentil et c’est depuis là qu’on dit que Star Wars, c’est de la science fiction. Plus proche de nous parce qu’on sait pas à quoi il ressemble, qu’il bosse en haut d’une tour et qu’il s’entiche pour des colifichets en or, il y a Sauron, individu peu causant qui détient la suprématie militaire mais qui l’a quand même dans l’os à la fin. Et puis pas mal d’autres aussi, méchants nobles, sadiques, bêtes, manipulateurs, charismatiques ou gratuits, il en vient de partout et leur principal point commun et qu’il s’en prennent plein la gueule à la fin et finissent le plus généralement dans un panneau de voltage après une chute de trente étages alors qu’au début du combat, ils étaient bien partis pour mettre Jean-Claude Van Damme au tapis.

 

Mais ça, c’est du fictionnel. Dans la réalité, il est à déplorer que les méchants ont moins de classe et des idéaux souvent bien ternes, genre accumuler plein de ronds ou prôner le nationalisme à outrance, c’est banal. Toutefois, ces temps troublés et chaotiques favorisent l’apparition de vrais « bad guys » inventifs et sans scrupules qui sont prêts à toutes les bassesses pour manger le pain de leurs compatriotes en ricanant, ce qui entre nous soit dit offre un spectacle un peu navrant.

 

En premier lieu, il y a les directeurs des méga corpos sans âmes qui affament la planète pour sauver le système économique, c’est le pauvre qui passe à la caisse sous le rire strident du méchant riche, mais la Suisse ne s’y laisse pas prendre puisqu’elle demande à Marcel Ospel de restituer son bonus et tout rentrera dans l’ordre.

 

Mais surtout il y a les jeunes : eux sont vraiment méchants, prêts à toutes les bassesses, ils se croient immortels, se saoulent honteusement à tout moment, conduisent très vite et fument beaucoup de la drogue. En plus ils n’écrivent pas correctement et mangent du makdô. Et quand il faut monter un coup diabolique, ils s’y entendent, ces monstres ! Par exemple, pas plus tard qu’il y a pas longtemps, une bande est tombée toutes griffes dehors sur un autre jeune (gentil celui-ci, il y en a encore trois ou quatre en Suisse Romande) pour lui piquer son pognon, sa carte de crédit et lui mettre deux ou trois tatanes dans la foulée, le tout sous une caméra de surveillance. Mais loin de s’en tenir à ça, ces princes du crime le raccompagnent encore chez lui et lui donnent rendez-vous le lendemain en lui disant d’amener plus de ronds et un natel, s’il te plaît. Mais notre héros ne s’y laissera pas prendre et toute la fine bande, en se présentant le lendemain au rendez-vous, se voit appréhendée par la police. Il en va souvent ainsi avec les grands maîtres du mal : à un moment, ils font une toute petite erreur, un minuscule péché d’orgueil, une broutille qui sera exploitée par nos vaillants justiciers pour rétablir l’amour et la bonté et punir les méchants.

 

Mais le véritable péril est ailleurs, là où on ne le soupçonne pas : au bord des rivières, dans des terriers. Là, dans les ténèbres de ces crevasses ignorées de tous s’enfonçant jusque dans les entrailles de la Terre torturée, au fin fond des abîmes obscurs et des gouffres abyssaux, loin sous la croûte terrestre cachant dans son opacité glacée tout un monde d’horreurs ignorées se terre le vrai péril insoupçonné, la menace en marge du temps, la bête affamée mais patiente, rythmant de sa respiration sifflante la longue attente de son heure inéluctable où le monde à genoux la verra fouler la surface du globe et décréter l’avènement de l’âge de cendres, de l’hivers du monde des Hommes que le monstre infâme revendiquera pour sien : le ragondin.

 

Tremblez ! Les journaux (enfin pas tous, seulement ceux qui ne sont pas encore à la botte de la bête ignoble qui se tapit sous terre) annoncent en effet que le ragondin, débarqué tout droit d’Amérique Latine par le dernier vol Caracas – Cointrin, est maintenant installé en nombre dans ce pays dans lequel il n’a rien à foutre et sa seule présence, selon le WWF qui n’a pas l’habitude d’y aller dans la mesure, serait calamiteuse et périlleuse pour notre écosystème. Bientôt, sous un ciel zébré d’éclairs, l’homme combattra le ragondin pour sa survie. Sauf s’il claque au premier hiver un peu rigoureux, ce qui pourrait bien arriver.

 

Ou alors on combat le feu par le feu et on introduit un de ses prédateurs naturels pour lui faire la peau. Parmi eux, le puma et le caïman paraissent adaptés. Ça serait sympa, des caïmans en Suisse, non ? Après le foin qu’on a fait pour le loup et le lynx…

 

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Ton sur ton

17 octobre 2008

Attention, ceci n’est pas un gag : le 17 octobre, c’est la journée mondiale du refus de la misère. Ça veut dire qu’un peu partout, dans la rue, tu risques de rencontrer des gens engagés dans une noble cause qui t’aborderont avec un regard triste pour faire appel à ta générosité mais, si tu es comme moi, il te reste très exactement un franc sur ton compte courant et tu as déjà de la peine à nourrir le varan de Komodo, alors tu te verras dans l’obligation de dire « désolé, mais là je peux pas, je suis fauché, j’ai déjà dû vendre un rein et ça fait trois jours que je rôde dans les préaux pour racketter les récrés des gosses et que je pique des sacs à mains, alors non, encore navré », ce à quoi ton interlocuteur répondra, en s’adressant à la cantonade : « ce type-là ne donne rien aux pauvres » et tu courberas l’échine sous les huées de la foule et t’en iras blessé et malheureux.

 

Parce que c’est pas que tu veuilles pas hein, mais bon, si tu peux pas, tu peux pas (tiens, c’est profond ça) ! Refuser la misère, tu veux bien, pas de problème même, mais bon, en premier lieu faut déjà résoudre la tienne ! Alors tu te surprends à te demander qui pourrait faire quelque chose de concret et la réponse te frappe de plein fouet : les riches. Ceux-là qui ont des sousous sur leurs comptes dont ils ne savent que faire, mais en ce moment ils ont d’autres chats à fouetter, notamment leurs actions en bourse qui se cassent la gueule, du coup tu te dis que si c’est déjà pas gagné quand l’économie va bien, là c’est carrément condamné ! Alors bon, c’est la faute à pas de bol, tant pis pour le refus de la misère, on va l’accepter encore une année, exceptionnellement, et on lui réglera son compte une fois pour toute l’année prochaine.

 

Au moins on a un coupable : la crise. Salope va ! Mais au fond, c’est quoi la crise ? Est-ce que quelqu’un s’y entend suffisamment en économie pour, d’une part, comprendre tous les tenants et aboutissants et, d’autre part, expliquer ? Le capitalisme à outrance, l’argent qui coule à flot, des montants ahurissants dont on nous parle et qui sont si énormes qu’on n’arrive pas à se figurer ce qu’ils représentent à l’échelle mondiale, tout ceci forme un tout si compliqué, si chaotique, qu’on peut bien comprendre, avec un peu de bon sens, qu’à terme, ça finisse par péter, mais concrètement, il s’est passé quoi ? Il est parti où, tout ce pognon ? Et à qui la faute ? Tiens, par exemple, on apprend que la Confédération va venir en aide à l’UBS qui va vraisemblablement toucher une somme allant jusqu’à soixante milliards, ils l’ont trouvé où, ce fric ? Dans nos poches ? Et si cet argent n’était pas donné à l’UBS, qu’en ferait-on ? Pas de pognon pour les crèches, les EMS, la santé ou l’éducation, entre autres, ça fait des années qu’on dit que les caisses sont vides, mais tout à coup, on sort de notre chapeau une somme délirante pour venir en aide à une banque là où quelques jours auparavant on nous disait encore que la crise ne l’atteindrait pas plus que ça.

 

Je renonce, parce que j’y connais pas assez, comme l’écrasante majorité de la population. Et aussi parce que je sais pertinemment que la réponse me ferait enrager. Il faut faire comme avec les saucisses : moins en savoir pour mieux se porter. Par contre, je te donne à l’œil un lien intéressant où l’on aborde la question de la crise, non sans véhémence. Ça décoiffe, ça prend aux tripes et ça fait réfléchir. Mais lis quand même.

 

Dans tous les cas, la crise est la conséquence d’une économie totalement débridée, que ça foire un jour ou l’autre, rien n’est plus logique. Mais je serais très surpris que l’on en retienne la leçon ; à terme, c’est le pécore qui casquera et l’argent continuera à couler à flot dans les hautes sphères, là où l’on a le pouvoir de changer les choses, mais en tous cas pas le désir et encore moins l’intérêt. Parce que pour qu’une économie fonctionne, il faut que le peuple ait du pouvoir d’achat. Pour que le peuple ait du pouvoir d’achat, il faut qu’il touche des salaires convenables, ça tombe sous le sens. Mais pour qu’il touche des salaires convenables, il faut que les grands patrons renoncent à une partie de leurs millions annuels et qu’ils les distribuent aux salariés ! Et tout le problème est là : l’argent supposé enfler les salaires de l’employé moyen pour qu’il puisse consommer, ce qui est le fondement du capitalisme, finit essentiellement au conseil d’administration, voici la dérive du capitalisme, c’est aussi simple que ça !

 

L’irrationnel est l’apanage de l’Homme. Il y a des millénaires, on construisait des pyramides, la Grande Muraille, des palais incroyables, l’écart entre les castes dirigeantes et le petit peuple était hallucinant ; le pendant actuel de ces absurdités du passé, c’est les salaires des grands patrons. On n’a pas tant évolué que ça.

 

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Revue de stress

16 octobre 2008

A l’heure où la Nati a créé l’exploit en Grèce, je serais bien sûr tenté de te causer foot, mais comme j’ai déjà abordé le sujet hier je m’abstiendrai pour ne pas te lasser. En fait c’est faux, je vais y revenir, mais pas tout de suite, parce que comme nous sommes entre gens culturés j’estime que la part belle doit être accordée à notre célèbre rubrique Littérature : du coup, j’abats mes cartes en avançant que Miley Cyurs a enfin édité sa biographie. Il était temps, elle a quinze ans.

 

« Mais c’est qui, encore, celle-là ? », demanderas-tu avec un air égaré qui n’est pas sans rappeler la perplexité du congre qui n’a pas compris la blague du radical et du ragondin, et je t’avoue que la question m’a aussi chatouillé le cortex. C’est pourtant bien simple, et notre manque de culture générale est à blâmer, c’est une actrice et chanteuse américaine dont on se fout royalement et dont on n’aurait jamais entendu parler sans les gratuits, bénis soient-ils. Une jeune demoiselle souriante qui a une très jolie signature avec un petit cœur sur le « i ». Alors sans vouloir faire ma mauvaise langue, parce que je sais pas préparer la langue à cause de la sauce gribiche, je me demande quand même si quinze ans, c’est pas un tout petit peu jeune pour une biographie. Parce que niveau expérience de la vie il y a mieux, mais je suppose qu’on pourra quand même en apprendre assez long sur sa famille, ses vacances à la Baule, ses meilleures amies, ses plus grandes boum, l’essor de sa carrière sans passer par le start (mais en passant quand même par la case « papa »), ses classes et peut-être, avec un peu d’audace, un compte rendu de son premier baiser !

 

Bon, changeons de sujet, la culture ça lasse. Donc c’est là que j’en reviens au foot, ou plus précisément aux sifflets qui ont retenti au début du match amical France-Tunisie, durant la Marseillaise, et qui ont plongé le monde entier dans une stupéfaction et une indignation sans borne. De tels événements, bien sûr, font relativiser la crise financière, mais ce que le président Nicolas Sarkosy appelle un scandale, moi j’appelle ça donner le bâton pour se faire battre. Parce que sans entrer dans le débat « qui a raison, qui a tort », il est absolument certain que les sifflets se feront entendre à chaque fois, surtout quand on voit le foin qu’ils en font. Et le président, aidé par François Fillon, de prendre des mesures drastiques : désormais, chaque rencontre durant laquelle la Marseillaise sera sifflée sera immédiatement interrompue (c’est-à-dire en balançant des dizaines de milliers de personnes frustrées à la rue). Ensuite, les personnalités politiques quitteront le stade aussi sec et pour finir Paris n’accueillera plus ces pays au stade de France pour les matchs amicaux. Donc tout ça ressemble à une grosse crise de gosse, puisque les mesures se contredisent : premièrement, si le match est interrompu, on se doute bien que les personnalités politiques quitteront le stade. Ensuite, aucun match ne sera interrompu, la France n’a pas envie de passer pour des ploucs aux yeux du monde ni de foutre la peuf dans une compétition. Et de toutes façons, ils ont déjà décidé que le stade de France n’accueillerait plus ce genre de rencontre amicale, alors pourquoi ces mesures ? Les coupables, trop heureux de voir la tempête qu’ils ont déclenchée, ne se feront pas prier pour réitérer l’odieux méfait à chaque occasion, ne serait-ce que pour voir Sarko se tirer furieux. Auto goal, donc… 

 

Dernier point brûlant du jour, Peter Brabeck, ancien patron de Nestlé, quitte le canton de Vaud pour s’installer en Valais, à Verbier, afin de payer moins d’impôts. Les autorités vaudoises se disent choquées et, personnellement, je ne m’étonne quand même pas trop de sa décision : c’était le patron de Nestlé, multinationale qui n’est pas sans tache, on se doute bien que le vieux Peter, s’il ne mange pas des petits enfants à tous les repas, n’est pas forcément un modèle de générosité et de compassion, qu’espérait-on ? C’est fou ce qu’on s’intéresse aux riches dans la presse, pourtant, Brabeck fait partie des dérives du capitalisme, de ceux qui touchent des fortunes insolentes et qui ne sont pas totalement étrangers à la crise actuelle, n’est-ce pas un peu naïf de penser qu’ils vont payer leurs impôts au prix fort, sans chercher une solution de rechange ?

 

Enfin voilà quoi… Encore une journée riche en péripéties.

 

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Soyons foot !

15 octobre 2008

J’ai l’impression que c’était hier, mais en fait non, c’était pas hier, mais j’ai quand même l’impression que hier encore notre pays était une de ces petites nations du football dont on se gausse grassement des pathétiques efforts qui finissent logiquement ruinés par une simulation de Grosso dans les seize mètres à la nonante-deuxième, on appelle ça le réalisme, parce qu’on est des gens polis.

 

Mais reconnaissons qu’il n’y a pas si longtemps, notre équipe nationale pataugeait dans la gadoue pour arracher péniblement l’égalité à l’équipe B du Bhoutan grâce à un auto goal et deux penalty. Mais maintenant tout cela appartient au passé et le supporter suisse peut aujourd’hui donner libre cour à sa verve, s’engoncer dans le nationalisme, siffler l’hymne turc et dégobiller sur l’équipe de France.

 

La transition a été fulgurante, elle s’est effectuée avant qu’on ait le temps de dire déhydroépiandrostérone, lors de la coupe du monde en Allemagne, voire même un peu avant, lors du match de barrage contre la Turquie qu’on avait remporté – c’était le bon temps – 2 à 0, quand bien même on avait perdu la revanche au Sayokan à Bysance.

 

Et depuis lors, paf, on a une grande équipe de foot que tous nous envient. Toutefois, tout le monde vous le dira, surtout si tout le monde vit à Liverpool ou à Glasgow, tout le monde, donc, faut que j’arrête avec mes virgules intempestives, conviendra en opinant du chapeau d’un air entendu qu’une grande équipe ne saurait être complète sans un grand public pour la soutenir. Heureusement, nous autres suisses avons le sens de la fête et du fair-play, nous savons encourager, pardonner, relativiser et surtout, nous n’oublions pas qu’il y a peu, notre équipe n’était pas cette machine à gagner qu’elle est aujourd’hui.

 

Tant mieux, parce qu’autrement, on se retrouverait à siffler chaque passe ratée et chaque contre-performance, on tiendrait des théories de comptoir à deux ronds, on descendrait en flammes des joueurs qu’on encensait peu de temps auparavant et on saurait tout mieux que le coach. En un mot, on ressemblerait au supporter français moyen tel qu’on se l’imagine et tel qu’on le décrie.

 

Mais encore une fois, on est bien loin de cette extrémité. Nos sportifs professionnels ont toujours pu compter sur la foi inébranlable de la nation qui les soutient dans la victoire comme dans la défaite et envers qui la presse ne tarit pas d’encouragements ni d’éloges, demandez à Federer.

 

Heureusement, parce qu’en sport comme ailleurs, se donner à fond pour faire plaisir à des ploucs, ça n’encourage pas à être performant !

 

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Leçon d’à peu près histoire

13 octobre 2008

En ces temps où tout va très vite, il convient de ralentir parfois l’allure pour jeter un regard sur le passé, quoi que conserver une vitesse excessive peut occasionnellement faire du bien au peuple autrichien, mais là n’est pas le sujet de ce billet, aussi serait-il de bon ton que j’y revienne au plus vite avant que, de virgule en virgule, je m’éloigne tant de la question initiale que je ne sache plus comment finir ce paragraphe.

 

Donc, nous allons aujourd’hui parler d’histoire, et même d’avant l’histoire, de cette période que l’on nomme paradoxalement « l’après-histoire », ce qui est complètement con. C’était une époque âpre et ardue, impitoyable et périlleuse durant laquelle nos lointains ancêtres, privés du bagage culturel et intellectuel qui est l’apanage de l’homme moderne avachi devant la nouvelle star, ignoraient les choses fondamentales que sont la règle de trois et le fait que si les dinosaures étaient gros, c’était parce qu’ils ne mâchaient pas assez.

 

En ces temps troublés, les classes de métiers étaient relativement restreintes et les principaux secteurs d’activités se résumaient à la chasse, la pêche, la cueillette, la taille de silex ou d’os, le dépeçage et la régie immobilière.

 

En se penchant sur ce dernier point, les peintures rupestres nous apprennent que dans un temps ancien, une femme respectée du nom de Nicole entretenait tout un réseau de cavernes et de son apostolat naquit le terme « cavernicole ». Son frère, Bernard, gérait l’aspect financier de la chose et encaissait une redevance en viandes, fourrures et défenses de mammouths de la part des différents résidents. Une affaire bien huilée, donc, qui se fit connaître sous le nom de « régie immobilière Bernard cavernicole ».

 

Toutefois, Bernard était un petit être irascible et imbu de sa personne qui prenait très mal les plaisanteries à son sujet, surtout quand les enfants le surnommèrent « le vilain petit Nanard » et pour se venger il se mit à réclamer aux parents des gosses de plus en plus en échange de ses grottes. Arriva ce qui devait arriver, surtout à cette époque où l’on ne coupait pas les chevaux en quatre car, pas encore domestiqués, ces derniers galopaient comme des fous dans les plaines : une trentaine de mécontents déboulèrent chez lui gourdins au poings pour châtier l’impudent. Celui-ci se cacha derrière ses avocats mais les fruits demeurant muets et inertes, il fut éjecté de son logis et de sa fonction.

 

Le temps passa et Bernard, qui avait gardé la passion du métier ainsi qu’une rancune tenace envers les hommes qu’il transmit à ses enfants, demeura dans le secteur du logement. Lorsque, longtemps après, on quitta les cavernes pour s’installer dans des maisons parce que va installer l’ADSL à Lascaux, ses descendants changèrent le nom de l’entreprise familiale en « Bernard Nicole » puis en « Bernard Nicod » lorsque, plus tard encore, on décida, l’Eglise aidant, que la femme ne servait à rien dans le monde, à part faire des enfants et nettoyer la cuisinière.

 

Aujourd’hui, la tradition s’est perpétuée et les lointains descendants de Bernard conservent encore ce besoin d’amasser des fortunes et de se protéger derrière des avocats. Et l’homo sapiens moyen est désarmé face à de telles manœuvres, car l’usage du gourdin est interdit et c’est bien dommage.

 

Tout ça pour vous dire, gérances diverses qui profitez de la crise du logement pour hausser encore et encore vos loyers et diminuer encore et encore la qualité de vos services : merde.

 

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Le jeu des deux différences et demie

10 octobre 2008

Tu n’es pas sans savoir, car tu es une personne raffinée et de bon goût, que « le Matin » a sorti une nouvelle formule qu’il se plait à définir comme « Le Matin haut et fort », là où moi je me serais plutôt inspiré de J.J. Goldman « Encore un matin, un matin pour rien », mais c’est personnel.

 

L’affiche est claire : « plus d’information, plus de débat » et ils auraient pu rajouter « plus rien » pour être totalement honnêtes. Le changement principal, outre une légère différence dans la mise en page, réside dans la direction puisque désormais, le canard sera chapeauté par Ariane Dayer, tout droit issue de la Maison Dayer à Yverdon et qui promet d’aider le lecteur, je cite sans rire, à « trouver des repères dans des journées saturées de nouvelles ». En gros, le Matin se propose de dire au lecteur ce qui est important et ce qui ne l’est pas pour pas qu’il ait trop à réfléchir, un peu comme des rires enregistrés d’une série télé indiquent au spectateur ce qui est drôle.

 

L’interrogation première est bien sûr de savoir si ce journal va enfin s’intéresser aux vraies questions existentielles ou demeurer fidèle à la culture people. Interrogée sur ce point, Ariane Dayer a au moins le mérite d’être claire dans sa réponse : « Mais je lis le people ! Mon intention n’est pas de rhabiller les femmes. Nous sommes toutes obsédées, aujourd’hui, par notre sphère intime. Le people nous permet de nous projeter : est-elle mieux foutue que moi ? »

 

Donc pour ceux qui avaient des doutes, Ariane est limpide : le people s’adresse aux femmes. Si j’en étais une, ça me ferait mal de lire ça. Et si j’étais un homme, ça me ferait bien ricaner. Mais là ça va. Ensuite, son argumentation mérite qu’on s’y étende la moindre : « mais je lis le people », s’exclame-t-elle avec véhémence, se posant donc directement en référence, mais c’est sûrement quelqu’un de très modeste. « Le people nous permet de nous projeter » ah bon ? Si jamais, la littérature aussi, même le cinéma ou les romans de gare. Mais c’est comme tout : faut essayer une fois. « Est-elle mieux foutue que moi ? » Question pertinente que mérite de soulever un organe d’information.

 

Bref, le ton est donné. Pour ce qui est du langage, des progrès ont été faits pour que les jeunes puissent bien comprendre tous les mots : fric, planquer, flics, hélico, hosto et j’en passe, tout est mis en oeuvre pour ne surtout rien apprendre à qui que ce soit. Sans compter que ce n’est pas toujours clair : quand ils disent « gagnez un abo gratuit », abo, c’est bien aborigène ?

 

Quant au prix, il est fixé à deux francs vingt, soit vingt centimes de trop pour ce journal à deux balles. Verdict personnel, la presse suisse se meurt et cherche des solutions du mauvais côté. Pour concurrencer les gratuits, elle s’abaisse à leur niveau et joue sur le même terrain, à savoir « l’information divertissante ».  Mais ça reste payant, et ça vaut pas un rond.