Archives pour février 2009

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Dans la famille suidés je demande l’artiodactyle

26 février 2009

phacochere au boulot

« Labo, tu es gentil et drôle – et très beau, avec tes yeux de jade, ton visage d’albâtre et tes cheveux de bronze (c’est vrai que c’est joli, mais c’est un peu lourd quand même) – mais tu ne dois pas oublier que beaucoup de gens viennent ici pour s’instruire, tu as une mission, une charge, un sacerdoce ! »

 

C’est en ces termes que ma tendre Grouchenka Alexandrovna Oligovn-skaya m’a rappelé à mon devoir, ses yeux azur plantés dans les miens. Je me lève, saisi par la sagacité de ses paroles et me rends au balcon, tenant mes draps blancs enroulés à la taille. Laissant le vent matinal mordre mes chairs pour dissiper l’engourdissement nocturne, je projette mon regard vers les étoiles s’estompant doucement à la clarté aurorale.

 

Mes souvenirs m’emmènent loin en arrière, dans le monastère couronnant les cimes enneigées des montagnes du bout du monde. La voix de Kung Liu Po, mon vieux et vénérable maître, (puisse son âme trouver la paix parmi les saints) résonne avec écho dans les méandres de ma mémoire : « le vrai Sage se concentre sur l’essentiel ; chacun de tes actes doit viser à améliorer et harmoniser ta vie de tous les jours ! » Et de m’apprendre ensuite à briser cinq pains de glace avec ma tête.

 

« Vieux maître », me dis-je la larme à l’œil, « vous avez raison. J’enseignerai. J’apprendrai aux gens à améliorer leur quotidien. » Ainsi, joignant le geste à la parole, je vous parlerai aujourd’hui du phacochère.

 

Le phacochère est un aimable mammifère de l’ordre des artiodactyles et de la famille des suidés, vivant dans la savane africaine. Le mâle pèse jusqu’à cent kilos et, bien entendu, nous nous sommes abstenus de poser cette désobligeante question à la femelle. Appelé aussi « porc sauvage », surtout chez les porcs civilisés, il mesure environ 1m40 de long pour 75 cm au goret garrot.

 

Ses prédateurs habituels sont le lion, le léopard, le lycaon, la hyène, le requin blanc et bien sûr l’homme. Pour sa défense, il en porte une paire, de défenses donc, des défenses de phacochères, à ne pas confondre avec des défenses d’éléphants ou des défenses de toucher. Lorsque le danger guette, il peut se lancer dans des charges redoutables pouvant atteindre jusqu’à 55 km/h, pas plus, ce qui lui permet d’éviter de justesse de se prendre une prune au radar.

 

Le temps de gestation de la femelle (appelée « vivipare » ; je vous mets au défi de placer ce mot dans une conversation) est de 175 jours. Elle met généralement bas dans un terrier emprunté à un oryctérope, un animal tout de grâce et de charme, encore que je ne dispose d’aucune précision sur les termes de l’« emprunt ». L’heureuse maman obstrue le terrier au moyen de branchages formant ce que l’on appelle une « porte phacochère » et donne le jour à une jolie portée gazouillante de meugnons bébés phacochère duveteux.

 

Le phacochère a acquis ses lettres de noblesses lorsque l’un d’entre eux décrocha le rôle de « Pumbaa » dans le Roi Lion. Toutefois, on le trouve déjà cité dans plusieurs légendes des temps anciens, notamment dans la mythologie grecque (le Phacochère d’Erymanthe, le Phacochère de Calydon).

 

C’est tout pour aujourd’hui, pour demain vous me faites l’exercice 2 et la semaine prochaine on aura un test sur le phacochère, sa vie, son œuvre.

 

phacochere-au-bistrot

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Sale journée pour les cow-boys

24 février 2009

Ah, qu’il est loin, le temps de la toute puissance et de la grande splendeur helvétique ! Qui ne sent pas monter en lui une délicieuse bouffée de fierté nationale en repensant à la bataille de Morgarten ou à la guerre menée contre Charles le Téméraire, ces immortelles victoires qui sont, d’ailleurs, les derniers grands exploits de l’armée suisse ?

 

Mais c’était aussi une sombre époque durant laquelle le suisse, caché dans les profondeurs obscures de ses forêts, vallées et montagnes, écoutait hurler les vents furieux en serrant tout contre lui sa famille et sa morgenstern. Les périls de ces temps obscurs étaient nombreux, la vie rude et les ennemis nombreux. Outre l’odieux gypaète et l’abominable loup qui engloutissaient les moutons par troupeaux entiers – juste avant la tonte, pour emmerder – l’helvète devait être prêt à toute heure à prendre les armes et se dresser contre ses innombrables ennemis jaloux de sa suprématie, parmi eux les belliqueux francs, austro-hongrois, teutons, gaulois, milanais, mérovingiens, romains, égyptiens, turcs, mongoles, timourides, babyloniens, perses, atlantes (qu’est-ce qu’on leur a mis à ceux-là !) et autres incas.

 

Sans compter les prédateurs naturels de cette époque révolue : vouivres, morts-vivants, uruk-hai, bien des monstruosités peuplaient alors la table des rencontres aléatoires. (Gag de rôliste. Désolé.) Forcément, au vu des dangers inhérents à cette époque, il était alors naturel de conserver hallebarde, pique, morgenstern et arbalète à portée de main.

 

Et puis, au fil des années, la civilisation suisse gagnait en modernité et en sagesse (coïncidant avec l’apparition des premiers cantons francophones au sein de la nation) et, à terme, la volonté, les concessions et le dur labeur de nos ancêtres surent faire de ce pays ce paradis aujourd’hui convoité par tant de méchants immigrants étrangers qui viennent jusque dans nos bras égorger le pain des suisses.

 

Toutefois, et malgré ce dernier point préoccupant, il faut se rendre à l’évidence : l’époque des joyeuses bastons conviviales à coup de hallebardes et de masses d’armes est derrière nous, le temps du hérisson est révolu. Nos voisins sont peut-être un peu bizarres, mais pas méchants, ça non. Ils ne risquent pas trop de venir nous envahir tout prochainement pour s’accaparer nos montagnes, notre Grütli, notre épluche-légumes et Pascal Zuberbühler.

 

Par conséquent, on peut songer à se débarrasser de ces vilaines armes d’assaut qui encombrent la chambre des gamins, entre la scie sauteuse, la pâte de fruits et l’alcool à brûler.

 

Et c’est un peu (complètement même) dans ce but que l’initiative populaire pour le retrait des armes militaires des foyers suisses a été déposée hier à Berne, après avoir recueilli les signatures requises. Evidemment, ce n’est pas gagné : la chose devra être soumise au peuple – ce qui devrait aller, mais sait-on jamais – mais devra encore tenir le coup jusque là, et même après. On se souvient par exemple qu’à Genève, une initiative anti-fumée largement approuvée puis votée s’était vue sèchement annulée par le Tribunal Fédéral pour quelque raison un peu euh, fumeuse, justement.

 

Alors bon, on attend de voir. Et on prie pour que la volonté du peuple soit d’une part sensée et ensuite respectée. Parce que bon, les meurtres et les suicides à l’arme de service c’est marrant un moment, mais à la longue ça soûle. Je n’aimerais pas savoir la dernière chose qui soit passée par la tête de l’apprentie coiffeuse froidement descendue par une recrue qui voulait « faire un carton », pas plus que j’aimerais être à la place de son ami qui l’a retenue dans sa chute. Je n’envie pas le sort des familles décimées au fusil d’assaut ni celui de la personne qui entend un coup de feu fatal claquer dans la chambre de son mari, fils, père etc.

 

Tout ça pour dire que les armes, c’est pas bien, la guerre c’est moche et tout. Et que franchement, lorsque j’entends un défenseur de l’arme à domicile s’exclamer que sans cette tradition « rassurante », les entreprises étrangères investiraient moins en Suisse, je regrette de ne pas avoir conservé la morgenstern à domicile !

 

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Fallen Angel

19 février 2009

???

!!!

 

Et ben ! On en apprend des choses dans la presse ! C’est un peu facile ça, à peine j’ai le dos tourné que mon pays en profite pour faire n’importe quoi ! Alors là, après un début de semaine tranquille au cours duquel je me suis soigneusement tenu à l’écart de l’information et de la presse (c’est bon pour mes nerfs), j’apprends, en y revenant à pas timides et incertains, que notre UBS a levé le secret bancaire (et sa jupe) et communiqué des données confidentielles aux Etats-Unis.

 

Tout ça parce qu’elle a malencontreusement incité, dans un moment d’égarement, des clients américains à flouer le fisc de leur pays. Non mais je vous jure !

 

Pour mes chers compatriotes (et pour moi aussi, bien sûr) c’est évidemment une tragédie. Chaque suisse se sent blessé en son âme et en son cœur par cette hideuse torsion de nos lois les plus sacrées qui vient frapper lourdement un symbole dont nous sommes fiers, l’UBS. Supprimez encore le fusil d’assaut à domicile et on n’aura plus d’identité.

 

En outre, ces fourbes d’américains, pour mieux pousser au cul, n’ont pas suivi la « voie de service » habituelle, ainsi que le déplore Pierre Mirabaud, patron de l’association suisse des banquiers, ce qui leur aurait peut-être permis de botter en touche la demande des USA, comme on le fait avec les pays de l’Union Européenne.

 

Mais là donc, cassé. On entend presque les rires stridents des nations voisines. Mais au fait, on est bien l’un des derniers pays à maintenir ce secret bancaire non ? Si on le supprime, qu’est-ce que ça va changer, à part compliquer passablement les magouilles de quelques richissimes crapuleux du vaste monde ?

 

Bref, ça ressemble au début d’un gros changement qui va probablement s’imposer ces prochaines années. Parce que l’Union Européenne, qui en a sérieusement marre du secret bancaire Suisse, ne manquera pas de retenir la leçon : l’UBS cède au chantage. Je suis curieux de voir la suite de l’histoire !

 

Sinon, autre sujet à la mode : des mômes de 13 et 15 ans sont devenus parents en Angleterre, reflétant paraît-il un problème récurrent en Albion : on y compte beaucoup de parents trop jeunes, ce qui fait les affaires de la presse, puisqu’on a depuis quelques mois une obsession malsaine pour les relations sexuelles entre adolescents.

 

Apparemment, les autorités anglaises espèrent rectifier le tir en « réaffirmant l’importance de la vie de couple et du mariage » (pas sic). Tout va bien donc, pour régler un gros problème d’une société qui évolue beaucoup trop vite, on essaie d’aller puiser septante ans en arrière des solutions obsolètes enrobées de paroles creuses de pères la vertu estampillés « vieux cons » aux yeux des jeunes, qui n’ont pas l’intention d’attendre d’être mariés pour mettre les mains dans le cambouis. ‘Sont pas sortis des bois, les pauvres !

 

M’est avis qu’avant de privilégier la prévention désuète et les longs discours, il faudrait peut-être revoir un poil à la baisse l’importance que la société en général, par le biais des clips, des pubs ou autres, donne au cul aux yeux des mineurs, non ? Et tant qu’à faire, si on leur redonnait un peu d’espoir quant à leur avenir, si la plupart d’entre eux n’étaient pas promis au chômage, aux jobs alimentaires, au désoeuvrement et à l’exploitation, si on avait gardé quelques valeurs et privilégié la collectivité plutôt que la réussite personnelle, on n’en serait peut-être pas là…

 

 

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Suisse, pays de loups

17 février 2009

Pour bien commencer, je vais lâcher une bonne grosse banalité : j’aime voir tomber la neige. Je ne suis certes pas un cas isolé, mais pour beaucoup, les plaisirs liés à la neige se limitent à regarder le ski à la télé ou à voir tomber les flocons un dimanche, sans avoir à sortir.

 

Parce que dans le bassin lémanique et particulièrement à Lausanne, la neige est toujours plus inattendue encore qu’une chute de météore, même en plein milieu de l’hiver. Lorsqu’elle arrive du nord sans crier gare elle cause le désarroi de milliers d’âmes désemparées qui se voient poussées dans la tourmente par leurs obligations professionnelles et c’est le chaos dans les rues.

 

La neige tomberait en trombe à Palerme, à Yamoussoukro ou à Athènes, elle ne provoquerait pas plus de troubles qu’ici.

 

La plus croustillante, c’est bien sûr la première de l’année, généralement du côté de novembre, lorsque la plupart des automobilistes roulent encore avec leurs pneus d’été. Quel joyeux spectacle que ces voitures dont les vives couleurs le cèdent peu à peu au blanc, s’étirant tel un dragon du nouvel an chinois en longues files au travers de la ville, avançant au pas, patinant, klaxonnant, vrombissant dans la tempête !

 

Les réactions à ce phénomène rarissime sont aussi nombreuses que variées, mais force est d’admettre que la grogne prédomine. Pour la majorité, ce n’est « pas un temps à venir travailler, on serait mieux au chaud ». Mais il faut préciser que pour ces mêmes personnes, le raisonnement ne change pas d’un iota qu’il pleuve, qu’il  neige ou qu’il fasse un froid sibérien. A l’inverse, une canicule où simplement un beau soleil incitera plutôt à « boire un verre en terrasse au lieu d’aller bosser ».

 

Aujourd’hui, donc, les flocons tombent serrés et répandent le désordre et la pagaille en ville (c’est vrai qu’il y a bien un bon demi centimètre de neige qui trône triomphalement sur les trottoirs où marchent à petits pas serrés et prudents les quelques piétons qui bravent la tempête dans un furieux élan de témérité). Au menu donc, perturbation du trafic des transports publics, coupure d’eau dans l’immeuble où j’exerce mon passionnant apostolat et humeur maussade dans les bureaux. Autant pour le côté relaxant de la neige, on dira qu’en semaine de travail, les citadins ne sont pas compatibles avec le calme.

 

Je propose un concours : à la fin de la journée, la personne qui a entendu le plus souvent une phrase qui se rapproche de « ah la la, vivement l’été, c’est pas un temps à venir travailler ! » gagne un bébé yack.

 

J’en suis à 427.

 

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Tout dans la mesure

11 février 2009

On se souvient tous de cette abominable tragédie qui a frappé sans pitié nos amis français il y a quelques mois : au cours d’un match de football amical entre la France et la Tunisie à Paris, la Marseillaise avait été sifflée par une partie du public ivre de haine et de sang. Cet évènement sans précédent avait choqué huit français sur dix, selon les sondages. Permettez que j’insiste : « selon les sondages ».

 

Les réactions furent à la hauteur de l’affront : tout aussi puériles. Nicolas Sarkozy avait piqué une crise d’ado et son secrétaire d’Etat chargé des sports, Bernard Laporte, était sorti de ses gonds. Ce dernier avait été encouragé par son président à faire montre de sévérité (« Il faut être ferme, Laporte ! ») et avait alors émis quelques idées pour prévenir ce genre d’incidents ; mais elles étaient soit irréalisables (faire évacuer tout le monde et interrompre le match) soit inutiles (quitter le stade fâché tout rouge, pour la plus grande joie des siffleurs qui ont pris Laporte en grippe). Pour sa défense, il faut dire qu’il était claqué, Laporte.

 

Les jours qui suivent, le gouvernement bouillonne. Menaces et invectives fusent de toutes parts, promettant la plus extrême sévérité si une telle hérésie devait se reproduire ; si plusieurs français adhèrent à ces réactions, une pensée se répand toutefois dans l’esprit de bien d’autres : Laporte a faux. Pour contrer un dérapage somme toute prévisible dû aux tensions que connaît la France avec certains de ses immigrants, il attise le conflit en soufflant sur les braises et c’est surtout une promesse de nouvelles rixes que Laporte apporte.

 

Et puis, au fil du temps, l’histoire se tassa, on l’oublia peu à peu. Avant de parler davantage de sanctions et de répression, Sarkozy attendit de voir le prochain match. Qu’aucun incident de ce genre ne vint perturber, pour le plus grand plaisir des français rationnels qui ne souhaitaient pas que les projets de punition de Laporte éclosent. A part pour quelques extrémistes, le sujet paraissait enterré, ou en tous cas endormi.

 

Seulement voilà, c’était sans compter Jean-Claude Guibal, député-maire UMP de Menton, dans les Alpes-Maritimes. (Menton est une charmante région côtière. Un front de mer fait face à une langue de sable fin et plus loin des dents rocheuses surplombent des gorges sinueuses. Un beau visage de la France.) En effet, ce brave homme a déposé une proposition de loi pour contraindre tous les sportifs évoluant en équipe nationale à chanter la Marseillaise, sous peine d’exclusion. Rien que ça.

 

« Ils doivent respecter les symboles (de la France), au nombre desquels on compte le drapeau, le maillot et l’hymne. Si les joueurs n’estiment pas indispensable de connaître la Marseillaise et de la chanter pendant son exécution, démontrant ainsi leur fierté de représenter la France, comment s’étonner que d’autres n’hésitent pas à la siffler ? » Dixit le bonhomme. Qui fait de curieux raccourcis.

 

Moi qui craignais que Laporte enchaîne les propositions burlesques, c’est un parfait inconnu qui reprend le flambeau. Et je pense qu’ils pourront faire chanter qui ils veulent, si le public veut siffler l’hymne, personne ne l’en empêchera. Revenir là-dessus ne sert qu’à raviver les tensions. Et si elles reprennent, ça va faire grincer Laporte tout ça !

 

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Saines lectures

10 février 2009

On m’a dit dernièrement que l’on n’avait jamais vendu autant de livres qu’au cours de ces dernières années. Et tout comme vous, je n’y ai pas cru.

 

Parce que si c’est vrai, pourquoi continue-t-on regarder de travers le quidam qui cite un auteur autre que Dan Brown (SAS Jesus Project – In ze shadow of ze Vatican) ou Paolo Coelho (La Littérature pour les Nuls) ? Pourquoi est-ce que « Gogol » évoque davantage un adjectif peu charitable qu’un homme de lettres russe ?

 

Et puis je me suis dit que l’essor de films comme « Le Seigneur des Anneaux », « Harry Potter », « Le Diable s’habille en Prada » ou encore « Mémoires d’une Geisha » devait avoir joué un rôle prépondérant. Il faut dire que les adaptations de livres au cinéma propulsent souvent le roman en question au top des ventes dans les librairies (« j’ai lu tout « Le Nom de la Rose » au cinéma ! ») ; mais j’avais tout faux. Une habitude chez moi.

 

La vérité, qui vient de m’être assénée, est plus triste : le monde du livre profite du succès retentissant des guides de tout poil. Vous savez, ces bouquins du genre « Santé & bien-être », « Combattons le stress par les fruits rouges », « Faire durer son couple grâce à l’aromathérapie » et autres « Modifier son mode de vie en fonction de son travail », ces écrits jouissent en ce moment d’un essor grandissant que je déplore ; mais j’avoue que, perché sur la plus haute branche de mon arbre décharné, je croasse lugubrement : après tout, chacun lit ce qu’il veut.

 

Et pourtant, je parle par expérience, pour une fois ! J’en ai lu un, de ces guides, et pas des moindres : best-seller 2006 au USA, la couverture emplie d’encens élogieuses de critiques avisés, vendu à des millions d’exemplaires, j’ai lu LE guide des guides, loué pour son efficacité et son accessibilité, j’ai nommé : « Qui a piqué mon fromage » !

 

Vous m’excuserez j’espère de tuer le suspense d’entrée : c’est nul. En dessous de tout. Le zéro absolu du domaine de l’écriture. De quoi revoir à la baisse sa définition du mot « mauvais ». « Mais alors pourquoi tu l’as lu, ducon ? » me demanderez-vous non sans sagacité, car c’est une question pertinente, encore que vous auriez pu vous abstenir d’employer un terme blessant. Lors, sachez que ce livre m’avait été imposé par mon chef, lors d’un ancien travail. Là, l’honneur est sauf. Mais au moins, m’étais-je dit, je pourrai juger par moi-même cet écrit loué dans le monde entier.

 

Je vais donc rendre un service public en décrivant ci-après le contenu de ce fichu bouquin. Et essayer d’expliquer pourquoi personne ne devrait en avoir besoin.

 

En gros, ce livre est supposé présenter le changement comme une opportunité et non un problème. C’est aussi et surtout une énorme métaphore : l’histoire se passe dans un labyrinthe symbolisant la vie, on y trouve du fromage, représentant le bonheur, des souris, représentant les animaux dont le raisonnement est simple, ainsi que des « minigus », représentant les hommes et femmes en général, dont le raisonnement est – en théorie – complexe. Voilà, le cadre est posé. Alors tout le monde bouffe du fromage à s’en faire péter la panse et un jour paf, y en n’a plus ! La tuile !

 

Chacun donc va réagir à sa manière, et là est tout le piquant de ce livre : les souris vont partir en quête de nouveau fromage, de même que l’un des deux minigus. L’autre, tout colère, préférera rester attendre que son fromage revienne tout seul. A terme, le zigue qui est parti à la recherche de fromage en a retrouvé, de même que les souris, et pas l’autre qui est bêtement resté en arrière. Bien fait.

 

Moralité : quand ça va pas, faut agir, pas attendre bêtement. Cent pages pour ça, les gars !

 

Le pompon nous attend à la fin du livre, durant les quinze dernières pages : partant du principe qu’un quidam a raconté l’histoire de « Qui a piqué mon fromage » à des amis au cours d’une bouffe, chaque personne, tour à tour, expliquera comment cette comptine lui changera la vie au cours des temps à venir, louant cette morale comme on le ferait dans une publicité, façon « client satisfait » (c’est très américain). Après avoir longuement développé une idée qui tombe sous le sens, l’auteur se passe la pommade en expliquant au lecteur pourquoi c’est génial.

 

Alors bon, sortir un livre pour expliquer une idée aussi simple, à la rigueur pourquoi pas, ça peut rendre service à certains, mais… Best seller ? En fait, des dirigeants d’entreprises – essentiellement au USA, mais pas seulement – s’arrachent ce livre pour l’offrir à leurs cadres, voire employés. Ils pensent que ça va leur changer la vie et les rendre ouverts au changement. Vraiment ? Ils l’ont lu avant de l’acheter par centaines ? Si oui, croient-ils vraiment que ça va leur apprendre quelque chose ?

 

Ça m’échappe. Des livres pareils ne devraient pas avoir de succès, c’est vraiment du vent ; pourtant, ça marche du tonnerre et ça n’a pas fini de m’étonner.

 

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Prescience

5 février 2009

Vous devez être deux, peut-être trois a l’avoir remarqué : hier, j’ai posté un billet que j’ai ôté peu après. Pas parce que j’ai reçu des menaces ou un gros paquet de fric pour le retirer, mais parce qu’à le relire après je ne l’ai pas trouvé terrible. Je ne suis pas en état de grâce question inspiration ces jours-ci, ça se sent. Or, lorsque j’ai pris la décision de tenir un blog pour mener le peuple vers la lumière et passer le temps au bureau, j’avais convenu avec moi même que je posterai des trucs quand je me sentirai inspiré, que je devrai fonctionner à la motivation, qu’il ne me servirait à rien de me forcer à écrire, que le blog a été créé pour servir l’homme et non l’homme pour servir le blog et que si je pouvais planter trois billets par semaine ça serait bien.

 

Et bien ce dernier point n’est pas facile. Et un peu en opposition avec le reste. Donc voilà, j’ai froidement décidé de retirer le texte incriminé, sans pitié et sans délai. J’ai frappé tout de suite, avant qu’il n’ait les yeux ouverts, pour qu’il ne se rende pas compte de son destin amer. C’était triste, un peu comme noyer des petits chiens, vous voyez ce que je veux dire, tout le monde a déjà noyé des petits chiens. Lorsque l’on écrit, on a l’impression de donner vie à quelque chose, on se sent la plénitude d’une femme enceinte, on fait naître une œuvre ; la retirer, c’est la dénigrer, renier ses efforts et son ouvrage et surtout, il faut ignorer les cris déchirants du condamné. Ça n’a pas été facile.

 

Le sujet du texte en question concernait la télé-réalité, chose que je ne supporte pas et qui m’inspire un chapelet de considérations aussi diverses que peu élogieuses. Je trouve que c’est un sommet de non réflexion doublé d’un ennui total, mais bâchons. Après tout chacun fait ce qu’il veut, moi je regarde bien le foot.

 

Et je ne sais pas si en Suisse on est plus voyeur qu’ailleurs, mais la pseudo télé-réalité ainsi que la vague people marche du tonnerre. Ça me consterne, mais si j’avais abordé ce sujet, c’était suite au visionnement d’une émission sur TVRL (la chaîne de télé lausannoise, ne riez pas, ça a au moins le mérite d’exister). Ça s’appelle « Une journée avec… » et le principe consiste à suivre une personnalité du coin qui raconte aux deux ou trois téléspectateurs de  TVRL les ficelles de son boulot.

 

Or, à la mi-janvier, l’émission s’est intéressée à Dany Gélinas, entraîneur du LHC (donc le Lausanne Hockey Club, pas le collisionneur de hadrons) qui a donc été suivi une journée durant. En l’occurrence, la journée où il s’est fait virer.

 

Il faut remettre les choses dans leur contexte : le LHC, c’est un peu le PSG du hockey sur glace (mais avec un bon public) : bonne équipe, beaucoup de talent, du pognon, pas de raisons que ça coince et pourtant ! Favori de la ligue nationale B depuis des éons, le pauvre club s’est toujours cassé les dents à la dernière, déclenchant l’ire de ses supporters et de ses propriétaires. Donc autant dire qu’entraîneur au LHC est un siège éjectable ; en outre, le coach n’était pas totalement en odeur de sainteté et un journaliste de « 24 Heures » s’était consciencieusement appliqué à le descendre en flammes à chaque occasion, à tel point que le public déployait durant les matchs des banderoles pour lui dire de la boucler. Arriva donc ce qui devait arriver, le zigue s’est fait virer. Durant l’émission. Certes, les dirigeants ont fait sortir les journalistes le temps de la fatale discussion, mais le pauvre Gélinas a dû encaisser une douche bien froide sous l’œil des caméras. Ce que j’ai trouvé quand même un peu sec. Et bien sûr, l’émission – tout de même sympathique, disons-le – n’a pas manqué d’être diffusée. « Revivez la journée où il s’est fait licencier ! »

 

Heureusement, personne ne regarde TVRL !

 

Ceci dit, ressasser ces histoires de télé réalité m’a davantage troublé que je ne l’imaginais, faute à mon esprit fragile. Cette nuit, j’ai rêvé de Loana. Souvent. Or, Loana, ce n’est pas exactement mon type ; on en est même assez loin. Et la voilà maintenant qui hante mes rêves, silhouette fantomatique se détachant de la brume et surplombant la cité oubliée de R’lyeh, me poussant pas à pas vers la folie.

 

Pire : ce n’était là qu’un avertissement me mettant en garde contre son retour à la une. Aujourd’hui, Loana fait son come-back dans le monde de l’information par une nouvelle capitale : on a retrouvé la potiche inanimée dans sa salle de bains. Elle aurait fait une overdose, ou pas. Avec des médicaments, ou autre chose. Elle a été retrouvée par une copine, peut-être, mais on n’est pas sûr. Elle avait des marques de coups, ou de contusions, à moins qu’elle se soit juste cassée la gueule. En bref, on ne sait rien. Mais ça suffit pour en faire un article.

 

Les jours sombres arrivent. Bientôt, les conjonctions stellaires aidant, l’avènement d’un nouvel âge impie sera décrété. Les abominations surgiront de l’oubli et Jennifer sortira un nouveau single. Ïa, ïa, Ph’nglui mglw’nafh Cthulhu R’lyeh Wgah’nagl fhtagn !

 

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Melbourne, c’est loin

2 février 2009

…Et il y a dix heures de décalage horaire.

 

Ce qui fait que dimanche dernier, au petit matin, alors que j’arpentais la trame onirique de quelque rêve ouaté dans la plus totale sérénité pour récupérer d’une dure soirée tisane-mah-jong, mon réveil s’est soudainement pris à mugir de tous ses petits poumons électroniques.

 

Je me réveille, donc, avec la sensation d’avoir été injustement arraché à mon oreiller. Il faut dire que je suis assez étranger au concept du dimanche matin. C’est un peu comme « mort-vivant », ce sont des mots qui ne vont pas ensemble, qui décrivent quelque chose qui ne peut être. On appelle ça un oxymore. En l’occurrence, je dédie généralement la première moitié du jour du seigneur à la récupération des excès de la soirée d’avant. C’est comme ça la vie, il faut faire des sacrifices, sinon on ne tient pas le coup, moi, je sacrifie mes dimanches matin.

 

Mais là pas, donc. Rejetant mes couvertures et peaux de bêtes, je m’arrache à mon grabat, cherche à tâtons mes lunettes et mon peignoir dont je me pare et me rends au salon dans une sorte d’état second. Je me souviens vaguement avoir mis du temps à trouver la télécommande de ma télé, laquelle, à cette occasion, m’a confié avoir cru que je l’avais oubliée (j’ai pris la manie de regarder des films sur mon ordinateur) et enclenche la chaîne sportive suisse. Tout va bien, Federer et Nadal s’échauffent, je n’ai rien raté. J’ai même le temps de me ruer sous la douche, de me tirer un café et de presser quelques fruits, il me faudra bien ça pour me réveiller.

 

Ainsi se sont déroulés les prémices d’un dimanche de glandage dans les règles de l’art. Avachi comme un flan pendant plus de quatre heures dans mon canapé (fichtre, c’est que ça peut durer un match de tennis !), j’ai rempli avec fierté et professionnalisme mon rôle de beauf.

 

Et si en tant que bon suisse, je tenais pour le perdant, force est d’admettre que Nadal est un grand joueur et un grand vainqueur. Et que de tous ces ogres assoiffés de victoires qu’on voit dans le monde du sport, c’est sans aucun doutes l’un des plus humains.

 

Perceval brandissant le Saint-Graal