Aujourd’hui, rien n’est comme d’habitude. Lorsque l’on se rend à son travail pour la dernière fois, on jette un regard nouveau sur ce qui nous a entouré tout du long en nous laissant si parfaitement indifférent, un peu comme on prend une dernière bouffée d’air, vicié ou non, avant le grand plongeon.
Je supporte mieux les plaisanteries pas drôles (« tiens, les oiseaux gazouillent, hihihi »), sachant que ce soir elles seront derrière moi, qu’elle s’ajouteront à un gros tas de souvenirs récents à occulter qui rejoindra sans peine le grand dépotoir de ma mémoire, entre les cours de comptabilité avancée, les séances de motivation et Moravagine : toutes ces étapes que je sais derrière moi et qui ont contribué à m’ouvrir les yeux, petit à petit, sur l’importance des mauvaises expériences, qui nous définissent tellement mieux que la monotonie tant recherchée, qui nous offrent des repères, des points de comparaison.
Avant quelques heures, cette grisaille maussade qui aura formé durant plusieurs mois mon peu palpitant présent basculera d’un coup dans un passé qui s’estompera aussi vite qu’il s’est imposé, ne laissant comme souvenir dominant que la vacuité palpable qui l’aura défini tout du long. Ainsi en est-il de la mémoire, si nous sommes sculptés par nos propres expériences, nos souvenirs ne demeurent au final que les restes dormants d’une vie révolue, ne se réveillant que sporadiquement, sous quelque impulsion, pour faire ressurgir, l’espace d’un instant, une impression ou une vision. L’essentiel, le principal, ce qui définit le présent, se dissipe rapidement une fois qu’il appartient au passé, comme un vin laissé ouvert se voit privé de son arôme pour ne rester à terme que le souvenir de son goût et de sa couleur ; avec parfois, au fond de la bouteille, une fine couche de lie noircie qui attire le regard.
Alors, que va-t-il me rester de cette expérience ? Sans doutes un souvenir bizarre d’une sorte de parenthèse, un pseudo travail qui m’aura occupé pas loin d’une année pour aboutir au seul espoir que le prochain sera mieux. L’essentiel positif du bilan, bien sûr, c’est le blog ; nonante-neuf billets en quelques huit mois, je crois avoir saisi l’unique opportunité qui me fut offerte ici : la possibilité de progresser dans des domaines privés. Un peu paradoxal non ?
Bref, depuis ce soir je continue mon chemin et je ne me retournerai pas souvent. Je laisse sans regret un monde superficiel où l’on s’invente des contraintes au nom des sacro-saintes apparences. Et j’ajoute que je rejoins le camp des gentils, ainsi que le témoigne cette perle de la chanson à texte !



