Archives pour mai 2009

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Sirènes hurlantes

30 mai 2009

Tous les deux ans, lors d’un championnat d’Europe ou d’un Mondial de foot, on a pris l’habitude d’assister après chaque match au navrant cortège des supporters avinés de l’équipe victorieuse, bloquant et empestant les axes routiers des heures durant au volant de leurs bagnoles au milieu des paisibles agglomérations généralement endormies, roulant au ralenti tout en envoyant à coups de trompes raisonner leur allégresse agressive aux oreilles des habitants du coin. C’est la grosse tuile des championnats et j’ai beau regarder volontiers des gens taper dans des balles, ces processions braillardes de crétins bruyants me tapent sur les nerfs.

Oui, c’est encore une résurgence mon côté vieux con, que j’affûte comme une hache de bataille à chaque occasion que j’ai de faire un peu mon pénible. Mais j’ai la prétention de croire que c’est toujours moins ballot qu’aller faire résonner tout ce que je peux avoir de bruyant au milieu de gens qui ne m’ont rien fait. Certes, ces évènements sont rares, ça anime les rues, ça rapproche les gens qui oublient leur peur des diverses variantes de la grippe bestiale, ça change du quotidien, tout ça. C’est ce que j’avançais moi-même crânement il y a quelques années aux autres vieux cons qui levaient le poing vers ces processions tonitruantes. Qu’on veuille bien considérer cette bienveillante tolérance et cette largesse d’esprit comme une erreur de jeunesse, merci, je promets de travailler dur pour rectifier le tir.

Parce que ça, c’était avant. Ça veut dire avant que tout le monde s’y mette, à tel point qu’après chaque match on ait droit à des heures d’éclats de trompes hystériques (« Fichtre, tu savais qu’il y avait autant d’équatoriens à Lausanne ? »). Avant que la durée de ces festivités ne s’allonge démesurément, passant d’une heure à deux, trois plombes à bouffer de l’essence en roulant au pas au milieu de supporters déchaînés. Bref, c’était lorsque les zigues prenaient la voiture pour se rendre du point « A » (pour « Allez les gars, on va faire la noce ! ») au point « B » (Pour « Bistrot ». Ou « Bar ». Mais certainement pas « Bibliothèque, rayon Arthur Rimbaud »). Dès lors, affichant fièrement le maillot de l’équipe élue (voire des vaincus (généralement en rouge et blanc), pour montrer qu’on est beau dans la défaite), arborant drapeaux et fanions, bonnets et écharpes, chaussettes et strings girafes, les heureux fêtards généralement bien entamés à la Kro s’en allaient se camphrer la ruche au troquet du coin, en faisant raisonner les klaxons de la victoire durant le trajet. Ça durait une petite heure, point. Généralement, l’animation dans les rues venait essentiellement de piétons. C’était le bon temps j’vous dis.

Donc maintenant, quelle que soit l’équipe gagnante, ça fait péter les décibels jusqu’à pas d’heure. Si c’est l’Italie ou la France (improbable), c’est trois plombes minimum. L’Espagne, la Hollande ou le Portugal, c’est l’hystérie et on ne parle que de ça dans les journaux. La Corée ou le Japon, les rues sont envahies d’une minorité d’asiatiques submergés par des fans de Manga. La Turquie, la fête dure toute la nuit et le Suisse se terre chez lui, terrifié. L’Allemagne, pas un bruit (c’est l’exception qui confirme à la règle, manifestement. Du coup, hop Mannschaft !). La Suisse, je sais pas.

Bref, si je viens sur le sujet (pas tout à fait d’actualité, je vous le concède), c’est parce que cette semaine a eu lieu la tant attendue finale de la Ligue des Champions, une vraie finale, c’est à dire crispée et assez ennuyeuse. Une finale qui, comme il se doit, à vu un vainqueur. En l’occurrence, Barcelone l’a emporté sur Manchester, mais ça on s’en fout (enfin, vous vous en foutez, moi ça me fait beaucoup de peine). Or, tard dans la soirée, alors que j’arpentais les rues pour rentrer chez moi, croisant ça et là les supporters du Barça tout sourire, les klaxons ont commencé à retentir dans les avenues principales de la ville. Trois voitures isolées faisaient retentir les sirènes du triomphe et éructaient leur joie à la face de la population indifférente. Trois pauvres bagnoles, une demi-douzaine de personnes à tout casser qui brandissaient leurs fanions dans l’habitacle, qui donnaient vraiment l’impression d’être en retard d’une année.

Pauvres fanatiques déments, vous étiez pétés comme des hélices, à tel point que le navrant ridicule de votre situation ne pouvait pas vous atteindre. Éructant de triomphe, à aucun moment vous n’avez réalisé à quel point vous étiez seuls, décalés et emmerdants, aussi déplacés qu’une père-noël sur les plages au mois d’août. Et qu’aviez-vous fait pour vous laisser ainsi transporter par votre joie puérile ? Rien, sinon rester assis dans vos canapés à vous gaver de San-Miguel et de nachos, pour finalement surgir de vos appartements à onze heures passées, un soir de semaine, pour vous engoncer dans vos tires et faire péter les klaxons dans le centre-ville, pour bien faire comprendre au plus de monde possible que vous étiez contents. Parce que c’est le foot, on peut. On a le droit. Êtes-vous allés faire la fête au moins ? J’en doute. L’important, c’est d’être bruyants, je suppose donc que, fidèles aux traditions qui se sont développées ces dernières années, vous vous êtes contentés de faire quelques fois le tour des mêmes quartiers avant de retourner chez vous emmerder vos voisins.

Vous allez voir, à la prochaine victoire de Federer sur un hispanique, je vais faire péter toutes les sirènes possibles dans les quartiers espagnols, on verra qui est content !

Ouais, c’est peut-être pas une bonne idée en fait…

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La politique de Joseph Curwen

27 mai 2009

(Une mousse à celui qui comprend le pourquoi de ce titre incompréhensible)

La fin du mois de mai est toujours un moment intense pour les amateurs de sensations : on établit des pronostics en vue de la finale de la Ligue des Champions, on s’avachit des heures durant devant Roland Garros, on contemple avec extase diverses icônes bling bling se pavaner dans leurs costumes de luxe au Festival de Cannes et les organisateurs du Grand Prix on fait le plein de mousseux en vue de ventiler tout ça depuis le podium. Bref, l’été arrive, le soleil, le ciel bleu, les horizons dégagés, la lumière chaleureuse et intense, tous ces signes longtemps attendus nous annoncent une saison idyllique propice aux grandes compétitions sportives et aux rassemblements divers qu’on ne manquera pas de suivre avec délectation depuis notre salon. En baissant les stores, quand même, parce que le reflet du soleil est fichu de nous gâcher le spectacle. Et en fermant les fenêtres aussi, histoire de ne pas être importuné par ces maudits hurlements d’oiseaux. On est fin prêt, tout est réglé comme sur du papier à musique. Y a des bières au frigo, les pizzas s’entassent dans le bac à glaçons du frigidaire, les chips sont disposées sur la table. Mais qu’on est bien ! Cigarette ?

Toutefois, tous ces évènements majeurs ne sont rien cette année comparés à l’amplitude qu’atteint la rude course à l’idée fantasque qui se déroule en ce moment aux quatre coins du globe ; en France, on instaure des lois de bourrins contre les téléchargements illégaux. En Italie, on botte en touche les questions embarrassantes posées à un petit vieux local concernant certaine jeunette. En Suisse, on parle d’enseigner la self-défense aux écoliers et d’acheter des n’avions de guerre, et j’en passe ! Une compétition d’excellent cru, une épreuve acharnée que se disputent les grands professionnels de notre temps. Et dans le peloton de tête, là où l’on joue des coudes et où l’on redouble d’inventivité pour s’arroger la victoire, une percée exceptionnelle d’un coureur a attiré nombres d’exclamations de surprise : Frédéric Lefebvre, député français, a proposé de mettre en place une loi visant à « permettre aux employés de continuer à travailler durant certaines périodes de congés », à savoir en cas de maladies, d’accidents ou, pourquoi pas, de maternité. Et de renforcer du coup son statut d’un des favoris de la compétition.

Une petite précision, pour cerner plus concrètement le sujet : l’employeur ne pourra pas s’opposer à cette demande (sic). Lefebvre fait fort et frappe là où ça fait mal : dans l’orgueil des patrons, qui ne pourront que se soumettre aux velléités de leurs employés zélés.

-         « Boss, j’ai une nécropneumonie, je file à l’hosto. Au fait, j’embarque le dossier Radiguet, je plancherai entre deux op’. »

-         « Ah mais non ! Reposez-vous bon sang ! »

-         « Tututu, on me la fait pas à moi ! J’emporte le boulot, point barre ! »

-         « God damn it ! »

L’idée a cependant été fraîchement reçue. Lefebvre est un chevalier moderne, qui se bat pour des causes nobles et incomprises. Il s’explique pourtant clairement : « Il y a des salariés qui subissent un arrêt maladie, qui sont immobilisés chez eux deux mois, mais qui ont les facultés intellectuelles pour travailler. » C’est vrai, les pauvres, ils ont une jambe cassée en trois, la grippe okapienne ou pire, un enfant, et ils n’auraient pas le droit d’avancer un peu le boulot ? Et quoi, on ne va pas dire qu’ils n’ont pas le temps de passer un petit coup de fil ou de mettre à jour des statistiques entre deux quintes de toux, si ? Quelques petits spasmes douloureux de temps à autres n’influenceront, à terme, en aucune façon le résultat d’une étude de marché, pas vrai ? Et ce n’est pas une malheureuse rotule cassée qui empêche de pianoter gaiement sur un clavier !

Le texte a été repoussé en commission, mais le député ne baisse pas les bras. Il n’oublie pas qu’avant lui, Anaxagore, philosophe grec, avait été condamné à mort puis gracié pour avoir avancé que le soleil était une masse incandescente et non le chariot d’Hélios. Son idée lui attire la colère de la foule et l’ire des salariés, mais Émile Zola, lui aussi incompris, avait de même déclenché le courroux des mineurs à la sortie de « Germinal », avec Renaud et Gérard Depardieu. Sûr de son droit, beau dans sa peine, blessé par les critiques de ceux à qui il tend la main mais ivre de liberté malgré tout, il promet de défendre son texte et portera sa croix jusqu’au sommet.

Sarkozy sera fier de lui. Il accouche dans la douleur d’un concept nouveau (quoi que…), qui offre à un salarié un droit qui profite à son employeur ; voilà qui donnera lieu à de jolies scènes de chantage. Et il est vrai que dans la situation actuelle du monde du travail, il est primordial de décourager l’octroi d’emplois temporaires à des chômeurs en manque d’expérience. Toutefois, on notera que la Suisse et la France, avec respectivement leurs politiques de la santé et du travail, arrivent à une idée de base identique : quand on est malade, on assume jusqu’au bout.

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Conversation d’ascenseur

24 mai 2009

Je sais ce que vous pensez : vous avez chaud, vous souffrez. Parce que loin d’ici, une grosse boule de feu composée de 74% d’hydrogène, de 24% d’hélium et d’une poignée d’autres trucs s’obstine à faire son intéressante ; elle flotte au dessus de nos têtes, indifférente, et nul nuage ne semble avoir les tripes de contester sa suprématie. D’aucuns le diront : un temps de rêve. Un temps à abandonner l’oppressante atmosphère de son appartement surchauffé pour se jeter sur les plages ou à la campagne, un temps à courir nu dans les champs d’émeraude et se rouler dans l’herbe fraîche en jouant avec les tapirs. D’autant plus que c’est peut-être les derniers beaux jours de l’année.

Il n’empêche, c’est éprouvant. Les journées ensoleillées sont épuisantes, à tel point qu’on se demande ce qu’on leur trouve, à la fin ; après plusieurs heures à se vautrer au soleil, on se sent toujours fatigué, plus encore qu’après une âpre semaine de travail. Je rentre d’ailleurs d’une séance bière-bouquin au parc du coin, lisant d’un œil la confection en bouse de vache d’un campement Masaï (j’aime trouver dans mes lectures ces petits enseignements simples qui peuvent pourtant se révéler si utiles) et regardant de l’autre les silhouettes féminines de rêve qui s’offrent au dieu-soleil (quel veinard, celui-là ! Et dire que ça le laisse de glace !).

Quoi qu’il en soit, réjouissez-vous : demain lundi, vous serez à nouveau à l’abri de l’oppressante morsure céleste dans votre bureau, à débattre avec vos collègues de points passionnants : comment satisfaire tout le monde, sachant que la climatisation enrhume certains, que les ventilateurs créent de détestable courants d’air selon d’autres et qu’il se trouve toujours un triste sire pour baisser complètement les stores ou refuser de bosser la fenêtre ouverte ?

Bref, tout ça pour dire que si un dimanche je me retrouve à vous parler du temps qu’il fait, c’est que vraiment, l’inspiration se fait désirer. Autant pour moi. Ce doit être le soleil (il a bon dos, au moins). Ou la flemme, aussi. Mais force est d’admettre qu’il en résulte que ce blog prend peu à peu des allures de désert sinistré et abandonné où les oasis se font rares.

Mais baste, bon début de semaine à vous et ne vous enrhumez pas !

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Au Boulot II

19 mai 2009

 

Le retour

Bon, observons attentivement ; des bureaux, des ordinateurs, des gens que je ne connais pas qui occupent des places qu’ils semblent s’accaparer légitimement… Des plantes vertes, des armoires emplies de classeurs, une moquette indéfinissable, des néons et, devant moi, un bureau étroit, quelques feuilles de procédure et une tasse de café. Dans tous les coins (quatre), des machines diverses se dressent en silence, leurs écrans tactiles émettant des lueurs spectrales dans la pénombre.

Pas de doutes, mes soupçons se confirment : je crois que je bosse à nouveau. Juste avant Roland Garros en plus.

Me voilà bien. Après deux pauvres petites semaines d’inactivité relative, je me retrouve à nouveau, sans avoir le temps de comprendre comment, devant un écran débitant des chiffres et des données obscures ; mais comment en suis-je arrivé là ?

« Un travail de deux semaines, peut-être plus, ça pourra être prolongé selon les circonstances » m’a-t-on susurré en agissant un petit pendule pour influencer ma décision. Euphorie. J’aime pouvoir regarder loin en avant et ne voir que ciel bleu là où porte mon regard de braise, jusqu’aux horizons lointains et nébuleux, si distants aujourd’hui, qui représentent le futur indéfinissable que sera le monde dans quinze jours.

Mais ne crachons pas dans la soupe ; ce taf risque d’être court, mais je crois que je suis bien tombé. Pas de crispation dans l’air, pas de tensions entre les collègues, pas de fiel derrière les sourires. Et du boulot à abattre. Tout plein. Je vais devoir travailler les gens ! Horreur indéfinissable du raz-de-marée surgissant du gouffre de l’Administration qui engloutira mon maigre cri de désespoir dans son tumulte grondant lorsqu’il refermera sur mon pauvre corps grêlé par le labeur son étreinte d’acier ! Travail. On m’avait pourtant mis en garde. Quelle inconséquence.

Ça m’apprendra à me rendre indispensable ; parce que je bosse dans la même boîte qu’avant. Autre bureau, autre service, autre bâtiment, autre quartier, mais mon âme fusionne à nouveau avec l’esprit de la Ruche et tend de toutes ses forces à l’accomplissement du Grand Dessein de la Reine Mère.

Mais force est d’admettre que j’avais oublié ce que ça fait de devoir travailler. Partout où se pose mon regard, des piles de boulot à abattre me hèlent à grands cris. Je ne trouve même pas le temps de bosser pour mon blog, ce qui est déplorable. Je devrais peut-être faire valoir mon statut d’Auteur pour obtenir un temps déductible de mes heures de travail pour avancer mes travaux d’écriture. Le boulot, les délais, les clients qui s’impatientent, la confiance émise par la direction qui a bien voulu m’engager, tout ça c’est bien beau, mais il ne faudrait pas perdre de vue les choses importantes quoi !

Mais bon, je suis sûr qu’on trouverait des raisons fallacieuses pour écarter ma légitime requête. Si ça se trouve, on ne me prendrait même pas au sérieux ! Alors tant pis, autant travailler. Et puis c’est peut-être la dernière fois avant longtemps.

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Pas de crise pour l’armement

13 mai 2009

Lu aujourd’hui sur le site de la TSR : la Suisse, pour s’aligner aux exigences de Schengen, a renforcé sa loi sur les armes et le Conseil Fédéral prévoit « un fichier informatique dans lequel les acquisitions d’armes seront enregistres ».

C’est marrant, moi je croyais que c’était déjà le cas et je suis sûr que je n’étais pas le seul… Si je vais acheter maintenant un 9mm pour me sentir bien mâle, qui sera au courant ? Ce n’est pas bien clair et je n’ai pas envie de me farcir le code pour avoir des précisions, mais j’imagine déjà les montées au créneau des ayatollahs de la poudre noire réclamant je ne sais quelle obscure protection des données. Parce que niveau flingues, la Suisse n’est pas très loin des Etats Unis.

Enfin, au moins ça nous fait un secteur qui marche : la société suisse RUAG Holding, principal fabricant d’armes du pays, qui se réclame écologique puisqu’elle a supprimé le plomb de ses balles, a déjà exporté pour 137 millions de francs de matériel de guerre vers 54 pays en 2009, soit une augmentation de 18% par rapport à 2008, année déjà record.

Quoi de plus beau, pour un pays neutre, que de vendre des pétoires à l’étranger ? Et ces acquéreurs, qu’en feront-ils de nos flingues ? Qui tueront-ils avec ? Ceux qui contestent le pouvoir en place ? Qui vénèrent un dieu différent ? Ou tout simplement le voisin qui ne pense pas comme eux ? Ce n’est pas notre problème : on est neutre.

RUAG Holding, donc, société propre appartenant à 100% à la Confédération, générant des milliards, dirigée par des Ueli Maurer, ne connaît pas la crise. La course à l’armement est un remède efficace contre la stagnation économique, un moyen aisé de relancer un peu la machine. Pour peu qu’on ait un retour sur investissement je suppose. Et un retour sur investissement dans les armes, ça donne quoi ?

Evidemment qu’elle est à l’abri de la crise : alors qu’on cherche à tout prix à faire des économies, qu’on a sorti des milliards de francs de caisses vides pour sauver nos Banques, on continue à lui faire les yeux doux et à lui passer tous ses caprices, comme à un enfant râleur, obèse et gâté dès sa naissance, jouissant d’un obscur privilège qu’on ne s’expliquera jamais. Une entreprise à l’image de la future acquisition d’avions de combat : inutile, vide de sens, coûteuse et inappropriée.

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Ça va piquer un peu

12 mai 2009

Quand on réfléchit deux secondes, on se demande pourquoi les gens trouvent toujours à gueuler. Par exemple, lorsque l’on va faire un billard ou un bowling, quand on s’offre une journée de piscine ou une visite au musée, on paye, quoi de plus logique ? Alors pourquoi ne paierait-on pas lorsque l’on va chez le médecin ?

Parce qu’une visite chez le docteur, c’est rafraîchissant et vivifiant comme une brise printanière ; une tonifiante conversation avec un être dynamique et cultivé, un moment de détente où l’on pense enfin à soi. Lorsque l’on approche de la porte ornée d’une plaque reluisante « Dr. Wilhelm Estutweh – vous qui sonnez et entrez ici, abandonnez l’espoir », un émoustillant frisson d’excitation nous parcourt l’échine. Ouvert aux merveilles inconnues comme un enfant dans un parc d’attraction, on pénètre lestement dans les locaux tempérés et immédiatement le sourire franc et cordial de la jolie réceptionniste nous dit « entre, bienvenue, je sais que t’es là pour ta dépression, heureux sacripant » et d’une voix feutrée elle nous prie de prendre place à la salle d’attente.

Dans cette pièce lumineuse aux douces fragrances de désinfectants et du faux cuir des sièges, on parcourt le Géo, qu’on aura préféré à France Dimanche et à Gala, avec pour nous tenir compagnie la présence muette d’un retraité épuisé par ses nuits d’angoisse et de douleur, attendant ici que lui soit délivré le verdict tant craint et attendu avec ce le courage qu’il arrive encore à trouver.

Au terme de l’entretien, après s’être ouvert de ses peurs et de ses maux au Docteur qui sait, après avoir entendu des diagnostics, des conseils, après avoir donné de son sang, lorsque l’on ressort les mains moites, il est normal qu’on les mette à la poche, après tout, si l’on n’a pas la constitution d’un Phelps, y a qu’à payer.

Bref, applaudissons des deux mains cette nouvelle mesure prévue pour réduire les coûts de la santé (payer plus, donc). Et tout à notre joie, accueillons dans un concert d’acclamations hystériques les autres innovations que notre bien aimé ministre de la santé nous propose dans sa grande mansuétude, car non, il ne s’est pas arrêté là, il n’a pas édicté vite fait sa taxe à la con pour aller écluser des bocks au rince-pintes du coin, nenni, il a encore proposé bien d’autres mesures, comme par exemple celle de repousser à deux ans au lieu d’un la franchise à options, parce que Couchepin en a marre que les gens choisissent une franchise élevée lorsqu’ils se portent bien et la baissent lâchement si ils se découvrent un truc grave. C’est pas du jeu.

Personnellement, je trouve déplorable qu’un homme comme lui soit voué à l’oubli au fil des siècles ; et j’espère qu’à sa mort on aura le bon sens de taxer les classes pauvres et moyennes pour lui ériger un mausolée.

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Quitte à être malade…

8 mai 2009

…autant que ce soit parce qu’on a bien bouffé.

On n’insistera jamais assez sur l’importance d’une alimentation saine, riche en vitamines, fibres et protéines, variée et équilibrée, constituée comme il se doit de cinq fruits et légumes quotidiens, rayon produits frais. C’est d’autant plus important de nos jours où le travailleur, soumis aux cadences infernales du Grand Capital, bosse d’arrache-pied toute la semaine, ne comptant pas les dépenses d’énergie pour tamponner comme il se doit un document ou expliquer les causes de son retard à son chef. Au milieu de l’intense bataille qu’est le travail au quotidien, il convient logiquement d’alimenter comme il se doit le fourneau à grain.

Du reste, lorsque l’on s’abandonne au régime sandwich au thon – portion de frites un peu trop longtemps, on s’aperçoit bien vite que la machine est grippée. Privé de forces, on s’affale mollement dans une inactivité somnolente conduisant à l’embonpoint menaçant notre silhouette de rêve. Ce qui ne doit pas arriver à l’approche de l’été.

Tout ceci m’amène à partager aujourd’hui une recette improvisée, rafraîchissante et fruitée que je vous cède de bonne grâce et qui ira enrichir notre rubrique « gastronomie du gourmet ». Je vous livre l’expérience en bloc, ce qui vous vaudra peut-être de distinguer certain abus qu’il est recommandable d’éviter.

Glace et coulis de framboises :

· Rentrer pompette au terme d’une soirée ligue des champions – pizza – sandwich – cake – bières – chips. Se sentir inexplicablement ballonné et diagnostiquer un besoin de sucre. Regarder dans le frigo et constater qu’on a du rab de framboises.

· Balancer les framboises dans une casserole, les broyer au fouet et y ajouter une tombée de sucre glace, remarquer qu’on n’a plus de sucre glace, du sucre tout court ça ira très bien.

· Rajouter un tout petit peu de flotte et une lichette de kirsch. Chauffer doucement et se rappeler qu’il est minuit passée, se demander quel esprit malade nous possède pour qu’on se retrouve à une heure pareille au fourneau alors qu’il aurait été tellement plus simple – et plus sain – de manger un bol de céréales.

· Verser le coulis une fois chaud sur une portion de glace. Constater qu’on a dix fois trop de coulis et rajouter de la glace. Toujours trop, encore une couche. Bigre, la belle assiette ! L’alcool aidant (ou pas), se dire qu’on va bien réussir à bâfrer tout ça.

· Bâfrer tout ça effectivement, ignorer les semonces du foie. Une fois le repas terminé, bouquiner un moment et constater comme un coup de mou, ce doit être la fatigue. Aller se coucher, se réveiller plus tard avec la vieille tripe qui crie à l’aide. Assumer ses c…

Bon appétit !

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Relativisons un peu

7 mai 2009

J’ai en ce moment l’insouciance de me considérer plus en vacances qu’au chômage ; c’est le charme de la première semaine, on décompresse, on veut faire plein de trucs, à tel point que les heures défilent et que tout à coup, diantre, déjà trois heures et demie du matin ; et l’épreuve consiste à ne pas se lever trop tard. Le spectre de l’insomnie guette, tapi dans l’ombre, empli de haine, ricanant sous cape, guettant le moment où je reprendrai un rythme complètement décalé pour me bondir dessus en exultant de triomphe.

Mais ce matin j’ai été quelque peu aidé. Comme je l’ai souligné tantôt, un incident domestique a eu dernièrement la fâcheuse répercussion de ventiler complètement l’appartement sous le mien, abattant quelques murs porteurs dans la foulée, ce qui fit intervenir des experts soucieux pour ma sécurité six jours après. C’est bon de se sentir en sûreté. Quoi qu’il en soit, les locataires du dessous ainsi que quelques professionnels se retrouvent avec un travail considérable sur les bras, ambiance loft.

Ça commence à huit heures et la fête est rythmée d’un concerto pour foreuse en scie à béton majeure, avec accompagnement au marteau façon Forges de Vulcain. Une perle de Trash-Home-Metal qui ne laisse personne indifférent, souvent accompagné de l’envol massif de toute bête à plumes à cinq lieues à la ronde.

Et sans vouloir me comparer aux volatiles susnommés, l’effet engendré par ce réveil inattendu – sans évoquer certaines considérations verbales que je garderai pour moi – m’a incliné à adopter une réaction plus ou moins similaire : l’exode. L’occasion pour moi de visiter cette Suisse qui se lève tôt dont je ne fais plus partie ; de boire un café en terrasse en regardant tous ces braves travailleurs se dépêcher d’aller cotiser pour que je puisse palper de la thune sans avoir à me lever pour d’autres raisons que les foreuses.

En outre, cela me donne aussi l’occasion de relativiser, lorsqu’en rentrant chez moi je m’arrête au commerce du coin, ouvert sept sur sept jusqu’à vingt-deux heures et que je discute avec le sympathique gérant qui, avec un accent prononcé de l’est, me raconte ses journées de onze heures et ses rares congés durant lesquels il doit quand même venir faire la caisse.

Et je me dis qu’on s’éloigne de plus en plus de tout concept d’égalité.

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Le Nouveau Monde

4 mai 2009

Je savais bien que ça serait différent d’écrire depuis chez moi ! Forcément : au boulot, j’avais la possibilité d’écrire pour le blog ou de travailler ; en outre, pour m’influencer dans ce choix déjà limité, il fallait prendre en considération le fait qu’il n’y avait pas de travail. Donc à terme, pour raccourcir autant que possible la longue agonie d’une journée de bureau sans boulot, écrire était la meilleure solution.

Et là, chez moi, bien au chaud, en pantoufles, mal coiffé, pas rasé, sale gueule et tout, j’ai tout de suite accès à un éventail de possibilités d’occupations quand même largement plus étoffé qu’en offre l’espace aseptisé et glauque d’un bureau blanc et froid, décoré de panneaux statistiques et de procédures à suivre en cas d’incendie, sans fantaisies aucune, peuplé de collègues qui y déambulent comme s’ils étaient chez eux.

Donc après avoir rempli les quelques procédures d’usage qui font le quotidien palpitant du chômeur, au terme desquelles je peux zoner chez moi la conscience tranquille, je suis soumis à un choix déchirant : vais-je regarder l’un des innombrables dvd qu’on m’a prêté pour rattraper ma désastreuse culture cinématographique ? Me vautrer devant la PS2 ? Bouquiner ? Parcourir la blogosphère ? Ecrire ? C’est un dilemme cornélien au quotidien.

Alors pour l’inspiration, forcément, il y aura un pli à prendre. Ce n’est pas la même chose d’écrire quand on n’a pas quatre heures à tuer, ou plutôt quand on a d’innombrables moyen des les meubler ; du coup je vous ponds ce billet vite fait pour me montrer que je n’ai pas perdu la main. Voilà. C’est le centième en plus !

Quoi qu’il en soit j’ai du temps ; une ressource précieuse qu’on a pris l’habitude de subir plutôt que d’exploiter. Et j’en profite pour déterrer ici et là sur des blogs des billets sympas, dont je vous en glisse un, plus tout neuf mais à nouveau d’actualité, semble-t-il.

http://vidberg.blog.lemonde.fr/2008/07/02/les-grandes-profondeurs/