Archives pour juin 2009

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Mi-temps

30 juin 2009

Ça y est, c’est enfin le break de l’été. Dans tous les sens du terme. D’un côté, les vacances approchent, bientôt d’inquiétants groupes d’écoliers à casquettes arpenteront nos rues en y semant la discorde au lieu de fréquenter assidûment leurs classes pour y apprendre l’orthographe et l’hymne national tandis que les autoroutes s’empliront de joyeuses familles roulant au pas jusqu’en Italie. D’autre part, le fait qu’un certain roi de la pop aurait dernièrement cassé sa pipe étouffe l’actualité sous un torrent d’articles, d’éloges, de témoignages, de rétrospectives, de cancans et de rumeurs allant jusqu’à oblitérer complètement l’espace dévolu à l’information importante comme Wimbledon. On à un peu l’impression de vivre hors du temps. Et j’ajouterai qu’il y fait fichtrement chaud.

En somme, l’heure est à la détente, à la passivité, au barbecue, à la bière et au soleil. Alors bonnes vacances à ceux qui ont la chance de partir, qu’ils aient une petite pensée pour les victimes écrasées du système qui siègeront avec courage et dignité devant leurs postes de travail dont la monotone litanie du ventilateur sera le seul substitut au bruit des vagues, et qui devront lever leur regard vide vers la fenêtre et écarter de la main les lamelles des stores pour entrevoir ne serait-ce qu’un futile instant ce soleil resplendissant sous lequel vous vous étendrez comme des larves molles sur les plages d’Ibiza. Vous l’aurez compris, pas de vacances pour Labo.

Mais surtout profitez-en, ne vous laissez pas distraire l’esprit par ces ineptes soucis qui vous attendront à votre retour, comme par exemple le fait que des hausses musclées des prix et des taxes aient été annoncées à peu près dans tous les domaines (sauf les salaires, faut pas déconner) pour combler les déficits engendrés par les cafouillages de divers spéculateurs qui s’augmentent en douce.

Ou au siphon qui engloutit goulûment le monde du travail et aux nombreux licenciements annoncés, y-compris dans des entreprises terminant l’exercice avec leurs bénéfices en hausse, qui contribueront à nous faire passer la barre des deux cent mille chômeurs l’an prochain.

Ou au fait qu’en haut lieu on investisse des sommes rondelettes pour pouvoir signer le début d’une hypothétique reprise, c’est-à-dire la reprise de la course au pognon débridée ambiance Mad Max dans les milieux boursiers.

Ou encore au reste. Le mieux, en fait, c’est encore de ne pas penser du tout. Un peu comme vous faites au boulot en somme. Ça vaut bien la peine de partir hein !

Mais non, soyons optimistes pour une fois : après tout, on a entendu dernièrement Nicolas Sarkozy dire, je cite : « on ne réglera rien, si on ne règle pas d’abord la question du capitalisme financier qui impose à l’économie et à la société son propre système et ses propres normes ».

Ce qui est rigoureusement exact. Sarko 1, les autres 0. Début de la manche en janvier. Pour rappel, les dernières s’étaient soldées sur un score nul et vierge. Ça fait plaisir de voir qu’on va de l’avant !

Bonnes vacances, tas de gens !

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Adieu pupuce

25 juin 2009

On va commencer par une métaphore évoluée : l’inspiration est comme un large fleuve qui alimente diverses zones du cerveau d’un blogueur, zones généralement vouées à la culture de l’ironie, du sens critique, du facteur grande-gueule et de l’auto attribution du droit sacré de juger bassement son prochain. Voilà. C’est juste pour dire que chez moi, avec l’été, c’est pas vraiment la saison des crues. Oui je sais, vous l’aviez vue venir. Mais je dois confesser que nombre de débuts de billets ont dernièrement rencontré un destin brutal par le biais de la fonction « vider la corbeille » de mon ordinateur au cours de laquelle leurs cris de détresse se sont élevés à l’unisson. Chochottes.

Mais bon, puisqu’on en est là, autant laisser de côté mes sujets habituels (la presse, le boulot, les gens, la presse, le boulot…) et revenir sur un point que j’ai trop longtemps laissé de côté : l’instruction. C’est toujours bien, passe-partout, ça plaît et on peut pas critiquer sans passer pour un plouc. Donc hop, culture !

Je propose que l’on s’intéresse à nouveau à la zoologie ; la dernière fois nous nous étions penchés sur cet admirable ruminant qu’est le phacochère et la connaissance ainsi acquise de ses mœurs et de son mode de vie avait joué un rôle prépondérant dans le rapprochement de nos deux espèces. Aujourd’hui, pour demeurer dans un registre à peu près similaire, je vous propose un exposé sur la puce.

LA PUCE donc 

Sous un nom un peu ridicule, la puce cache une appellation romaine nettement plus classe, à savoir « Siphonaptera », qui conviendrait bien à la méchante d’un film américain sur l’Egypte antique. C’est un petit insecte ectoparasite – donc une bête qui parasite l’ecto, mais pas le verso – dont le mode de vie consiste le plus généralement à se taper l’incruste là où on ne l’a pas invité, ce qui lui réussit bien puisqu’on en a recensé au cours d’études sûrement passionnantes pas moins de 2500 familles à travers le monde. Il faut admettre que l’évolution et la diversité de cette espèce à quelque chose d’étonnant, comme en témoignent ces divers clichés :

Puce standard Puce standard

 

 

 

 

 

Puces sauteusesPuces joueuses

 

 

 

 

 

Puce évoluée Puce évoluée

 

 

 

 

Emplie de courage et animée par une puissante soif genre vendredi soir à l’heure de l’apéro, la puce saute sans crainte sur sa proie pourtant nettement plus grande qu’elle, défait ses affaires et squatte les lieux sans vraiment chercher à se faire trop remarquer. Au cours de son séjour, la puce se nourrit du sang de sa proie qu’on lui souhaite sobre et l’on notera d’ailleurs que cette tendance est particulièrement bien dans le ton « énergies renouvelables » de notre société, en opposition avec le puma, pour ne citer que lui, qui préfère étouffer sa proie pour ensuite l’engloutir en entier, sans rien laisser pour les copains, pratique déjà plus dans le ton « milieu de la finance ».

Pour conclure, on retiendra surtout que la puce est une bébête qui se nourrit du fluide vital d’autrui et reste accrochée à sa proie jusqu’à ce que cette dernière finisse exsangue ou ne prenne les mesures nécessaires pour chasser le parasite. Et puisqu’on est sur le sujet, je tiens à souhaiter une bonne retraite à Pascal Couchepin, ministre de la santé démissionnant devant la situation désastreuse du système de santé après avoir assuré une fortune considérable aux pontes du secteur et aux caisses maladies.

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Weedstock

13 juin 2009

Yo Rasta ! T’as lu les journaux dernièrement man ? La police Vaudoise a saisi en l’espace de quelques mois la bagatelle de huit mille trois cents plantes de cannabis, des productions industrielles qui, attention, n’étaient pas destinées à la fumette, mais bien à répondre à l’énorme demande en Suisse des consommateurs qui apprécient tant mettre une petite pincée de Marijuana dans leurs bains ou s’en faire d’innocentes tisanes contre l’insomnie. Un véritable génocide végétal !

Huit mille trois cents plantes arrachées à leur environnement naturel de tubes néons, d’arroseurs automatisés et de murs isolés, c’est une injustice criante, Rasta ! ça fait une sacrée forêt, tout un écosystème abritant d’innombrables vies animales, des cours d’eau sauvages, des recoins inexplorés, des tribus primitives, le rêve de tout reggae-man explorateur ! Tout ça parce que c’est illégal. Allons allons, un peu de bon sens, comment un jeune peut-il tenir le coup durant les quinze semaines de l’école de recrue s’il ne s’arrange pas pour être stone le plus souvent possible ? Et si tous ces silencieux et paisibles groupes de fumeurs avachis dans leurs canapés s’extirpent de leurs salons enfumés et vont chercher une compensation dans les bars, ça va encore faire du raffut dans les rues !

En se creusant un peu le bonnet, on doit bien pouvoir trouver des usages à toute cette verdoyante nature. Par exemple, on pourrait vendre tout ça aux Pays-Bas, ça renflouerait les caisses de l’Etat et on verserait les recettes à l’aide sociale pour être en mesure de continuer à offrir sa pitance au pauvre zigue qui doit bien se payer son packs et entretenir ses dreadlocks. Parce que si on lui sucre ses indemnités, le jeune, il va chercher du taf, c’est logique : essayez seulement de glander plusieurs années sans fumette, c’est d’un ennui total (d’où l’expression « long comme un jour sans joint »). Il faut s’occuper, sinon c’est un coup à perdre la boule. Et si tout ce monde se met à vouloir travailler, vous imaginez l’explosion de demandeurs d’emploi ? En temps de crise en plus ! Quelle inconséquence !

Ou alors, pourquoi n’utiliserions-nous pas ce stock pour remplacer les antidépresseurs dont tant de Suisses sont friands en cette période de stabilité économique et sociale ? Voilà qui diminuerait les coûts de la santé tout en remettant les dépressifs sur les rails. Parce qu’on n’a pas fini de découvrir les effets secondaires des antidépresseurs, sans compter la dépendance, facteur absent de la consommation de cannabis, c’est vrai, tout fumeur le dira : il arrête quand il veut. Et puis si on consomme toute une boîte de médicaments, on n’aura plus jamais l’occasion de déprimer, alors que la Marijuana n’a jamais tué personne. Des fois on dirait, on arrive chez des potes, y a un type tout blanc qui bouge pas dans un fauteuil, on croit qu’il a crevé mais non, il est en pleine forme, avant peu il sera debout, avec une puissante fringale de lion et il vous descendra tout le frigo ! Et ça, si c’est pas un signe de bonne santé, je ne sais pas ce que c’est !

Mais non, poussés par notre tendance autodestructrice on va foutre le feu à tout ça, impitoyablement. En espérant que le système de ventilation de l’incinérateur ne batte pas de l’aile, sinon c’est tout le canton qui va partir en bad trip. Bob Marley doit se retourner dans sa tombe. C’est déprimant tout ça, je vais aller me faire une tisane.

Pour conclure, une vidéo de vacances hors-sujet d’un monsieur qui ne fume pas : http://www.youtube.com/watch?v=5MeiwLLZjDo

One Love Rasta !

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La demande téméraire

9 juin 2009

J’ai déjà eu l’occasion de dire que j’assume volontiers mon côté beauf, en dépit des ironies et des sarcasmes des vilains peine-à-jouir moroses qui peuplent notre quotidien ; du coup j’affirme qu’en ce début de semaine c’est presque tout un pays qui a le sourire et je rejoins au pas de course le cortège béat de ceux que la victoire de Federer à Paris transporte d’allégresse. Et je suppose que les nombreux suisses qui affirmaient d’un ton péremptoire et sarcastique, en affectant un détachement feint, que c’était pour lui « l’année de trop » ne se sont pas fait prier pour fêter dignement son succès et pérorer tout leur soûl sur le « retour du patron ». Ah, les Suisses !

Bref, ce n’est pas pour ça que je vous embête aujourd’hui, mais plutôt pour vous faire partager la piquante conversation que j’ai eue en ce jour (enfin hier, vu que j’ai pris l’habitude d’écrire mes billets en deux fois) avec ma cheffe de service, une personne plutôt sympathique qui a affiché un embarras inattendu lorsque j’énonçais ce que je pensais être une question rhétorique, à laquelle je n’imaginais pas d’autre réponse qu’un « bien-sûr, voyons, pensez-donc ! » distrait.

Pour situer, il faut savoir que j’effectue ce qu’ils se plaisent à appeler une « mission temporaire » pour une boîte de placement et que je dois faire parvenir hebdomadairement à cette dernière une fiche signée des RH de l’entreprise pour toucher ma pitance. Or, ayant entre mes mains la précieuse feuille en question, j’entreprends de la mettre sous pli, accompagnée de celle de ma collègue temporaire, car il ne sera pas dit que je manquerai aux devoirs auxquels la galanterie m’oblige, écris l’adresse en y laissant le moins de fautes possibles et cherche à affranchir l’enveloppe ; point de machine à timbrer dans les environs (on fait vraiment des machines pour tout aujourd’hui) et je m’adresse à ma cheffe :

 « Pardonnez-moi, très vénérée et bienveillante supérieure hiérarchique dont la chaleureuse vigilance presque maternelle emplit ce bureau d’une douce quiétude familiale, comment procède-t-on à l’affranchissement du courrier entre vos murs, existe-t-il un service auquel je dois apporter mon importante missive afin qu’ils la confient à un vaillant coursier qui ira la délivrer promptement à son destinataire frétillant d’impatience ? »

Silence. Le calme reposant qui emplissait jusqu’alors la pièce semble s’être d’un coup métamorphosé en une lourde chape de plomb réduisant tous ses occupants au mutisme.

« Si par hasard vous avez l’impression qu’une voix s’est élevée céans, ne vous inquiétez pas, c’était moi ! » (Toujours tenter l’humour pour débloquer une situation.)

« Oui oui, je réfléchis ! » Ma cheffe affiche un air songeur et semble trouver ma question surprenante « C’est que les anciens temporaires, ils amenaient leurs fiches eux-mêmes. »

En fait, la question rhétorique dont je parlais plus haut était bien-sûr celle-ci. D’ordinaire, tout le monde répond que oui, pas de problèmes, on envoie la lettre à ta boîte de placement, c’est vraiment la moindre des choses au vu de la qualité exceptionnelle du travail que tu accomplis pour nous. Ou quelque chose comme ça. Quand on brasse des millions par année, on ne s’inquiète généralement pas trop pour un timbre hebdomadaire, qui correspond, calculette au poing, à une augmentation de 1/2000 des frais que nous leurs imposons, ma collègue et moi, sous la forme du scandaleux salaire qu’on leur extorque injustement.

Elle m’explique que pour elle il n’y a pas de problèmes, mais qu’elle veut voir avec les Ressources Humaines si une procédure est de mise pour ce genre de cas. Et de m’expliquer en pianotant sur son téléphone qu’elle se demande si les frais d’expédition ne devraient pas être à notre charge, après tout c’est du domaine privé. A l’autre bout (aux RH donc), on décroche.

« Oui, c’est Gudule*, ça va ? Oui, hihihi, dis-moi, j’ai une question de Labo, un temporaire, il demande si il peut envoyer sa fiche de paie à sa boîte de placement par le biais du courrier de l’entreprise, c’est possible ça ? (Silence.) Oui, je te pose une colle là, hein ! Comme tu dis, c’est privé en quelque sorte, mais bon, c’est aussi en travaillant pour nous… Bonne idée, je vais lui demander ! »

« Avant vous étiez aussi temporaire dans un autre service, vous faisiez comment ? »

« Ben, on avait une machine à affranchir et roulez jeunesse ! »

« Ah oui ? Ils étaient d’accord ? Vous aviez demandé l’autorisation ? »

Là c’est difficile, j’ai envie de lui dire que oui, pour soigner les apparences on avait effectivement demandé l’autorisation, ce à quoi ils avaient naturellement répondu que ça ne posait aucun problème, que c’était même normal, qu’il faudrait être quand même de sacrés ballots pour nous laisser payer l’addition de notre poche, que nous sommes entre gens civilisés etc. Mais là, les circonstances surprenantes l’exigeant, je me devais d’habiller ma pensée de termes plus habiles.

« Oui oui, ça n’a pas posé de problèmes, je me risquerai même à dire qu’ils paraissaient trouver cela normal… » (En même temps, ils m’ont payé presque une année à rien foutre, alors quelques timbres…)

S’en suit une longue conversation téléphonique dont je vous passe les détails. À terme, il est décidé qu’exceptionnellement on veut bien affranchir mon courrier aux frais de la princesse dans un accès fou de générosité qui, souhaitons-le, ne les conduira pas à la faillite, après quoi il serait bien que ma boîte de placement me fasse parvenir des enveloppes timbrées.

Il serait bien que je considère cette enrichissante expérience comme référence future. Parce qu’avec mes requêtes audacieuses, ma façon éhontée de tirer sur la corde et de prendre le bras lorsque l’on me tend la main, il se pourrait qu’on décide légitimement de ne pas prolonger mon contrat. Dès fois que je leur coulerais la baraque avec mes caprices de radin. Il ne faut pas froisser l’oncle Picsou !

 

*Prénom d’emprunt. D’ailleurs, la personne à qui je l’ai emprunté m’assure ne pas vouloir le récupérer.

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J’ai une question

3 juin 2009

On me fait signe dans le fond que je m’encroûte un peu. C’est vrai, d’ailleurs ma mauvaise conscience me guette tandis que je me vide l’esprit au soleil dans les parcs du coin (c’est une image) et son regard en dit long. Mais bon, le nouveau taf, le tennis, le beau temps, tout cela expliquera bien assez mes égarements et manques d’inspiration actuels que vous voudrez bien pardonner, avec au fond de vos yeux cet inaltérable éclat de bienveillante compréhension emprunte de sollicitude, lequel d’ailleurs vous rend superbe.

En fait il se trouve qu’aujourd’hui une question me taraude, d’ailleurs vous vous en serez peut-être doutés si vous avez lu le titre attentivement et y avez décelé son subtil premier degré délicatement souligné, octroyant par ailleurs un charme sobre mais profond à la tournure de la phrase, je pense que c’est un de mes meilleurs titres. Une question toute simple qui me vient à l’esprit suite à la lecture d’un article qu’on m’a désigné en ricanant, dévoilant, dans sa plus dure vérité, que Mister Suisse est blonde presque illettré.

Bon, selon l’article, c’est un problème limite fonctionnel qui peut arriver à tout le monde, voilà, pas de bol. Par contre, plus loin, on apprend que 500′000 personnes seraient (toujours privilégier l’usage du conditionnel lorsque l’on se réfère aux gratuits romands) dans le même cas en Suisse. Ce qui exclut le problème fonctionnel, je pense.

Ben oui, on connaît le langage SMS et l’étrange jargon du web, les mômes ne sont plus légion à s’arracher les dicos à la bibliothèque, on ne se bat plus trop pour les prix de français à l’école, ça fait peur. Quand on pense à quel point on était appliqué en classe quand on avait leur âge, et fiers de réciter sans un accroc nos leçons durement apprises, ça fait froid dans le dos ! Le monde que l’on s’échine à bâtir, si pimpant, si frais, si prometteur, ils vont tout nous le foutre par terre !

Mais je dis, ne nous emballons pas ! Je pense qu’on devrait dédramatiser, rassurer la population inquiète par la recrudescence de barbares en nos terres ; certes, lorsque l’on observe les jeunes sortant de l’école, on a envie d’affirmer qu’ils ne croulent pas tous sous la culture générale. Et puis ils ont quelque chose d’indéfinissable, avec leurs regards veules et leurs voix rauques, leurs soupirs inquiétants et leurs ricanements secs qui s’élèvent dans la Pampa. Mais ils ne sont pas si méchants. Je l’affirme par expérience, je côtoie des vrais apprentis au boulot, et je ne m’en sors pas si mal. Il y en a même à qui j’ai parlé, parfois autours d’un café, amicalement, presque à égal ! J’ai échangé des points de vue, j’ai collaboré avec, je les ai écouté ! Je leur ai serré la main, sereinement, sans faire d’histoires !

Et bien je maintiens, ils sont braves, ces petits ! Ils parlent correctement, se tiennent à l’écart des persiflages de couloirs, discutent de foot, travaillent bien, s’investissent, ils sont gentils, propres, ne mordent pas, ne coupent pas leur salade avec un couteau et ne mettent pas les coudes sur la table en mangeant. Certes, ils ne se lancent que rarement dans d’interminables échanges d’interprétations des préceptes de Zarathoustra, mais ils ont la vie devant eux pour réparer les graves carences de leur culture.

Mais bon, si j’en crois ce que je lis sur le degré d’analphabétisme en Suisse, observe à la dérobée ses sales jeunes à casquettes, écoute les conversations des sages personnes d’expérience qui parlent si bien du bon vieux temps, ressasse mes propres souvenirs et surtout, généralise comme on sait si bien le faire, je constate qu’apparemment :

ils ne savent pas écrire, (« tu peux me relire stp ? » « Bien-sûr, donne… Alors… Non, y a… euh… Ouais, c’est complètement faux en fait. »)

Ils sont un peu fâchés avec l’histoire (« eh non, la guerre de Cent Ans c’était pas aux Etats-Unis… Hein ? Ouais si tu veux, on parie ! »)

Ils sont pires que moi en calcul (« - 5% de 200, ça fait combien ? » « Euuuh *pianote pianote*… » « Non, tu touches pas cette calculette, donne-moi ça ! Je répète : 5% de 200, ça fait combien ? » « Euuuhhh… *panique* » « Concentre-toi… »)

Ils sont zéro en allemand (« *panique (mêlée d’espoir, après-tout il ne me connaît pas)* J’ai un gus de Lucerne au téléphone, tu parles allemand toi ? » « Non. ») 

Du coup toutes ces profondes réflexions m’amènent à la question précitée : si on en croit tout ça, elle sert à quoi l’école aujourd’hui ?