Archives pour juillet 2009

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Devinettes et écran plat

26 juillet 2009

Il est évident que le bon peuple est lassé de l’actualité et on le comprend : peu de meurtres gratuits, de viols de mineurs, de cambriolages perpétrés par des ressortissants récidivistes de l’Est, de scabreuses histoires incestueuses ou de passages à tabac futiles, tout au plus quelques incendies qui sont trop récurrents à cette période de l’année pour satisfaire la soif de mort animant la populace qui n’a même plus besoin de se déplacer au Cirque Maxime pour satisfaire à ses besoins.

La grippe A, c’est officiel, tout le monde s’en fout ; parce que si ça ne fait plaisir à personne d’apprendre qu’un type à claqué d’une maladie à l’autre bout du monde, on ne peut pas non plus dire que ça bouleverse fondamentalement notre mode de vie. Et on se dit que depuis le temps que la presse joue les prophètes maudits à hurler à la pandémie mondiale pour définir une maladie qui se soigne au final plutôt bien, semble-t-il, elle a perdu un temps précieux à nous casser les pieds avec son pétard (heureusement) mouillé, temps qu’elle aurait pu mettre à profit pour parler, par exemple, de Michael Jackson.

Ce dernier aussi, on en entend moins parler, il faut dire que le filon s’épuise plutôt vite : à l’heure actuelle, on a déjà crié au meurtre, retourné sa famille dans tous les sens, parlé et reparlé de son héritage, défini que son père était méchant, évoqué l’existence de l’inévitable fils caché et la prochaine révélation choc ne devrait pas tenir sur plus d’un paragraphe dont seuls les gratuits Suisses feront leur première page, sauf s’il grêle le jour d’avant. 

La crise, plus un mot dessus, on comprendra que les pompeux dirigeants des groupes de presse ont vite trouvé lassant de casser du sucre sur leurs propres dos en remettant en cause un système qui a fait leur fortune.

Sinon, il reste le Tour de France, que ses rares spectateurs espèrent cette année propre et sans révélation honteuse, c’est à dire sans que personne n’émette l’idée saugrenue de soumettre quelques-uns de ces moteurs sur jambes à un test anti-dopage.

Bref, c’est l’ennui total. On ne parle même plus de Knut.

Pour rattraper un peu le coup, tout dernièrement, le Matin, quotidien people qui traite aussi des fois d’actualité, tentait de distraire le chaland en proposant un super concours ! Hiii !

Le principe est simple : il fallait deviner le nom du futur enfant de Roger Federer et de sa femme Mirka – vous savez, la précieuse princesse qui tire la gueule dans les tribunes et dont la seule façon d’applaudir évoque quelque ancestrale matrone au port altier dont on peine à croire qu’elle ait un jour joué au tennis, et pourtant – pour gagner une télé. Forcément, quoi d’autre ?

Alors pour la surprise, c’est gagné : alors que le roi et la reine était déjà dévoilés, on apprend que le couple tenait cachée une paire de dames et rafle la mise en bluffant tout le monde. Je serais surpris que beaucoup l’aient vu venir, d’autant plus que pour les noms, il fallait aller chercher « Charlène » et « Myla » ; ce qui, prononcé en Suisse-Allemande, donne quelque chose comme « Schnäprkkrrrr » et « Münschkrrli ». J’espère qu’au Matin, on n’a pas commandé trop de téléviseurs.

Enfin bon, voilà, le couple devient parent d’une paire de jumelles et on espère qu’avec les ronds de papa, on leur achètera un joli étui en cuir. Ceci dit, c’est un coup dur, puisque tout le monde attendait légitimement un héritier mâle. Presque plus personne ne regarde le tennis féminin.

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On est mal !

19 juillet 2009

Amis Suisses, nous vivons des heures sombres, l’horizon se charge de nuages menaçants et l’obscurité envahit le ciel. Le monde tourne vers nous ses yeux chargés de haine et de jalousie et s’apprête à frapper : le dirigeant Libyen, le très respectable colonel Muammar Kadafi, a dénoncé la Suisse comme étant le centre du terrorisme mondial et propose son démantèlement.

C’est au G8 que le dictateur a décrit notre beau pays de montagnes comme étant un état mafieux, ce qui n’est pas sans ironie puisque le G8, rappelons-le, se déroule en Italie ; et d’ajouter que nos banques – qui font la fierté de tout citoyen – abritent dans leurs coffres les sousous d’Al Qaida. Ce qui n’est pas tout faux, pour peu qu’ils n’aient pas encore transféré tout ça aux Îles Caïman.

Plein de bon sens et de piété, le pacifiste dirigeant demande pourquoi, alors que le Grand Ennemi est en Suisse, on va bombarder des bergers afghans qui n’ont rien fait. Il n’a pas tort, notez : on admettra bien volontiers que pour traquer le terroriste international bardé de bombes et de dynamite, il est un peu réducteur de s’en prendre à ce bonhomme-là :

Berger afghan qui n'a rien fait

 Par contre, on doutera quand même que l’on marquera un réel progrès en s’en prenant plutôt à ceux-ci :

 Véritable ennemi

Néanmoins, le démantèlement de la Suisse a de quoi faire frissonner. Le territoire serait partagé entre la France, l’Italie et l’Allemagne, selon la langue en vigueur dans la région, et l’identité du citoyen helvète tiraillée entre ces trois puissances. La fondue au fromage traditionnelle deviendrait, selon les lieux, la fondue Lombarde, Bavaroise ou Savoyarde. On vanterait l’horlogerie Allemande, le chocolat Italien et les Bouchons Français. L’Humagne et le Syrah deviendraient de bons vins Français, comme s’ils n’en avaient pas déjà assez. Federer serait teuton, Fabian Cancellara Italien et nos pauvres voisins du bout du lac hériteraient de Couchepin. Et moi même obtiendrais la nationalité tricolore, là où nos amis Français vivent sous Sarkozy et que Zidane a pris sa retraite. Mauvais calcul. Et que deviendraient Johnny Hallyday, Michael Schumacher, Phil Collins, Shania Twain ou encore Ingvar Kamprad, fondateur d’Ikea, tous venus en Suisse pour profiter du bon air de ses montagnes et de la forte identité de son peuple accueillant ?

Evidemment, on serait tenté de demander si par hasard la salve haineuse dont est victime notre petit pays neutre ne serait pas motivée par l’arrestation musclée, il y a un an, du fils du dictateur en question, venu zoner en Suisse parce qu’il apprécie le Mont-sur-Rolle en oubliant que ça ne se fait pas de taper sur ses domestiques sous nos latitudes. Mais ne sombrons pas dans la mauvaise foi, un dirigeant militaire, rancunier et mégalomane, ça n’existe pas !

En tous cas, moi, si ça part en vrille, je me tire en Suisse-Allemande !

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Same player shoot again

12 juillet 2009

Bon, on va faire dans la continuité, histoire de laisser une impression de suivi ; la dernière fois que l’on a papoté ensemble, on avait évoqué le sujet des séances de prières par lesquelles les Picsou en herbe espèrent retrouver la stabilité économique. Intéressons-nous maintenant à un autre moyen du même tonneau que ces lascars ont déniché pour maximiser encore leurs chances : la LUNE.

Eh oui. Alors que certains affirment avoir retrouvé la foi et demandent au Très Haut son secours dans leur détresse (nul n’est athée dans les tranchées), d’autres se tournent vers les divinités obscures et les superstitions désuètes des croyances héritées de l’antiquité. La lune donc ; un bout de caillou mort gravitant autours de la Terre, à jamais condamné à la nuit et au vide. Une masse de roche froide et desséchée, une étendue sphérique de désert infini qui, il faut l’admettre, représente assez bien les pratiques de la haute finance. Bref, l’influence de la lune sur la bourse serait un moyen de prévoir les coups durs. C’est en tout cas ce que l’on apprend en feuilletant distraitement quelque feuille de chou gratuite Suisse dans laquelle s’épanche un astrofinancier qui, grâce à l’appui silencieux de sœur-lune, s’est toujours arrangé pour ne pas perdre d’argent.

Je sais, beaucoup affirment que la lune a une influence directe sur le comportement des simiesques pantins qui s’ébattent sur Terre, on n’a pas encore percé tous les mystères de la nature, chacun a le droit de croire en ce qu’il veut et, surtout, le ridicule ne tue pas. Je ne les blâme pas. Au contraire même, pour une fois que les boursicoteurs s’ouvrent un peu à autre chose qu’à l’offre et la demande je ne vais pas leur faire de reproche. J’irai même jusqu’à proposer d’autres méthodes auxquelles ils n’ont manifestement pas encore pensé et qui mériteraient pourtant d’être étudiées. Exemples :

  • Sacrifier un cabri nain à l’ouverture des marchés.
  • Pratiquer une offrande de riz cuit lors de moments clés.
  • Effectuer des danses rituelles et des transes mystiques les nuits de pleine lune.
  • Demander à un marabout de sanctifier les milieux boursiers.
  • Se rendre au milieu du désert et appeler l’esprit de Shai-Hulud.
  • Offrir des grands vins et de l’huile d’olive à Jupiter.
  • Se tourner vers les enseignements de Nyarlathotep.
  • Sacrifier une vierge à Quetzalcoatl.
  • Appeler à une nouvelle éthique dans les quarante jours, faute de quoi Ninive sera anéantie.
  • Instaurer des périodes de jeûne.

Voilà. Si avec tout ça ils n’arrivent pas à se tirer d’affaire je ne peux plus rien pour eux !

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Le retour des brebis égarées

3 juillet 2009

Qui est accoutumé à observer un tantinet ses frères et sœurs humain(e)s n’aura pas manqué de constater à plusieurs reprises à quel point l’homo sapiens sapiens est parfois un individu terriblement niais, affublé d’une naïveté presque condamnable. Par exemple, on s’étend aujourd’hui dans nos feuilles de chou sur l’instauration de cercles de prière dans les milieux boursiers.

C’est vrai que pour rattraper les cafouillages des nuisibles pontes de la finance qui, à force de se rincer comme des nababs en condamnant des peuples entiers à la misère, sont à l’origine de cette crise qui avait déjà vaporisé plus de 20′000 milliards d’Euros au début de l’année (pour comparer, on peut par exemple se rappeler que l’ouragan Katrina avait engendré pour 125 milliards de dégâts), il faut savoir mettre toutes les chances de son côté.

Donc, en Suisse comme ailleurs, des cercles de prière se forment de-ci de-là dans le milieu de la finance pour appeler le Tout Puissant à les aider à retrouver les chiffres verts. Amen. On espère avec foi dans un émouvant rassemblement de fidèles aux grands cœurs que Dieu, dans son infinie mansuétude, relancera l’économie planétaire et permettra aux puissants de ce monde de retrouver leur quiétude à la table du Festin. On prie au retour de la stabilité et de la sécurité de la place financière et du diktat cupide qui régit le monde.

Bon, ne soyons pas trop de mauvaise foi, cette pratique démontre quelque chose de positif : en bas de l’échelle, on voudrait bien changer deux ou trois choses (mais on se sent un peu impuissant). Il paraîtrait même qu’il est demandé à Dieu de « guider les directeurs de la finance vers une nouvelle éthique dans leur façon de diriger ». D’accord, ça sonne bien, on apprécie le geste. Mais quand même, si le Créateur devait quitter de son royaume céleste pour descendre dans un rai de lumière dorée régler tous les déficits des entreprises cotées en bourse dans un concert de chants divins, j’avoue que mes convictions chrétiennes en ressortiraient quelque peu ébranlées. Parce que j’imagine que depuis de nombreuses années, des centaines de millions de voix s’élèvent dans bien pays pour demander à Dieu son céleste secours dans leur misère, laquelle est provoquée en grande partie par les pratiques aveugles de ce système financier immoral qui profite tant à ces fervents zélotes qui se rassemblent dans la prière avant de rejoindre les bureaux en BMW climatisées.

Alors les gars, la prière c’est bien, au moins vous vous êtes sortis les pouces pour joindre les mains, mais après va aussi falloir vous creuser un peu le bonnet. Parce que sur ce coup je ne suis pas sûr que vous aurez votre miracle.