Archive de 3 juillet 2009

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Le retour des brebis égarées

3 juillet 2009

Qui est accoutumé à observer un tantinet ses frères et sœurs humain(e)s n’aura pas manqué de constater à plusieurs reprises à quel point l’homo sapiens sapiens est parfois un individu terriblement niais, affublé d’une naïveté presque condamnable. Par exemple, on s’étend aujourd’hui dans nos feuilles de chou sur l’instauration de cercles de prière dans les milieux boursiers.

C’est vrai que pour rattraper les cafouillages des nuisibles pontes de la finance qui, à force de se rincer comme des nababs en condamnant des peuples entiers à la misère, sont à l’origine de cette crise qui avait déjà vaporisé plus de 20′000 milliards d’Euros au début de l’année (pour comparer, on peut par exemple se rappeler que l’ouragan Katrina avait engendré pour 125 milliards de dégâts), il faut savoir mettre toutes les chances de son côté.

Donc, en Suisse comme ailleurs, des cercles de prière se forment de-ci de-là dans le milieu de la finance pour appeler le Tout Puissant à les aider à retrouver les chiffres verts. Amen. On espère avec foi dans un émouvant rassemblement de fidèles aux grands cœurs que Dieu, dans son infinie mansuétude, relancera l’économie planétaire et permettra aux puissants de ce monde de retrouver leur quiétude à la table du Festin. On prie au retour de la stabilité et de la sécurité de la place financière et du diktat cupide qui régit le monde.

Bon, ne soyons pas trop de mauvaise foi, cette pratique démontre quelque chose de positif : en bas de l’échelle, on voudrait bien changer deux ou trois choses (mais on se sent un peu impuissant). Il paraîtrait même qu’il est demandé à Dieu de « guider les directeurs de la finance vers une nouvelle éthique dans leur façon de diriger ». D’accord, ça sonne bien, on apprécie le geste. Mais quand même, si le Créateur devait quitter de son royaume céleste pour descendre dans un rai de lumière dorée régler tous les déficits des entreprises cotées en bourse dans un concert de chants divins, j’avoue que mes convictions chrétiennes en ressortiraient quelque peu ébranlées. Parce que j’imagine que depuis de nombreuses années, des centaines de millions de voix s’élèvent dans bien pays pour demander à Dieu son céleste secours dans leur misère, laquelle est provoquée en grande partie par les pratiques aveugles de ce système financier immoral qui profite tant à ces fervents zélotes qui se rassemblent dans la prière avant de rejoindre les bureaux en BMW climatisées.

Alors les gars, la prière c’est bien, au moins vous vous êtes sortis les pouces pour joindre les mains, mais après va aussi falloir vous creuser un peu le bonnet. Parce que sur ce coup je ne suis pas sûr que vous aurez votre miracle.