Il faut vivre à Lausanne pour s’en rendre compte, mais en ce moment le chef-lieu vaudois est en effervescence : son club de hockey sur glace est bien parti pour rejoindre la ligue A.
C’est beaucoup d’émotion pour les amateurs de ce sport dont les moins jeunes se souviennent avec une petite larme de la dernière promotion du Lausanne Hockey Club en ligue nationale A, il y a une grosse dizaine d’années : Zürich avait été plié lors du dernier match de barrage sur un score sans appel que j’ai oublié, le public chantait « auf wiedersehen », le champagne coulait à flot jusque sur la glace et dès l’année d’après Lausanne avait pu constater le large fossé qui sépare la première ligue de hockey de la seconde en se mangeant débâcle sur débâcle.
Retour en ligue B avec quelques bosses, un ou deux sparadraps et les illusions et rêves de gloire passés au broyeur à gros bois. Et cette année, nouvel essai, en affrontant en plusieurs match de barrage le H.C. Bienne, promu l’année dernière et luttant aujourd’hui, blessé et agonisant, pour conserver sa place de souffre-douleur en ligue nationale A.
C’est donc un très nombreux public qui piaffe d’impatience, soutenant son équipe depuis les gradins glacés en chantant, gueulant, insultant l’arbitre, hurlant, frappant des mains, mangeant des saucisses et buvant de la bière et du vin chaud. Hein ? Mais non je ne critique pas, au contraire, c’est l’esprit « sports d’équipes », c’est con mais tellement humain, je n’exclus d’ailleurs pas d’aller moi aussi me geler le poum lors d’une des prochaines rencontres et de regarder ces Musclor sur glace se mettre des bourre-pifs et s’envoyer le museau contre les bordures ; et si j’ai de la chance, je serai peut-être capable d’entrevoir une seconde durant le minuscule puck, là où les vrais supporters de hockey le localisent aisément, ce qui reste pour moi un des grands mystères de la vie.
Du coup, quelque chose a changé à Lausanne. On voit des passants arborer la veste ou l’écharpe rouge, des étalages dans les boutiques proposent les produits dérivés du club, il y a des stickers collés aux culs des bagnoles et, les soirs de match, ils sont des milliers à se diriger comme un seul homme vers la patinoire. Il faut dire qu’en Suisse, le hockey jouit d’un peu plus de prestige que le foot, on est moins des pives sur la glace que sur le gazon.
C’est vrai : c’est un club suisse, Zürich, qui a remporté la ligue des champions en hockey sur glace et Stéphane Lambiel a remporté des compétitions majeures en patinage artistique ; d’ailleurs, c’est assez marrant de comparer ces deux disciplines, on dirait que tout a été mis en œuvre pour qu’on ne confonde pas : entre les fines et gracieuses figures sur fond de musique classique qui enchantent et émerveillent le public par l’harmonie qu’elles dégagent et les courses effrénées de bourrins casqués maousses aux protections plus lourdes qu’une armure du temps des croisades et brandissant des crosses comparables au « naginata » japonais, c’est sûr qu’on risque pas de confondre. Surtout que les clubs de hockey en mettent encore une couche en se faisant appeler « Red Lions » ou « Dragons », afin d’être bien certains qu’on ne va pas les prendre pour des Kimmie Meissner.
Si le LHC monte en ligue A, je trinquerai au souvenir du marmot que j’étais, suivant avec passion les retransmissions radiophoniques de ce club que je n’avais jamais vu de mes propres yeux. S’il se vautre, je pourrai toujours vanner mes potes supporters !





