Archive de la catégorie «Causons sports !»

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K.O. sur glace

1 avril 2009

Il faut vivre à Lausanne pour s’en rendre compte, mais en ce moment le chef-lieu vaudois est en effervescence : son club de hockey sur glace est bien parti pour rejoindre la ligue A.

 

C’est beaucoup d’émotion pour les amateurs de ce sport dont les moins jeunes se souviennent avec une petite larme de la dernière promotion du Lausanne Hockey Club en ligue nationale A, il y a une grosse dizaine d’années : Zürich avait été plié lors du dernier match de barrage sur un score sans appel que j’ai oublié, le public chantait « auf wiedersehen », le champagne coulait à flot jusque sur la glace et dès l’année d’après Lausanne avait pu constater le large fossé qui sépare la première ligue de hockey de la seconde en se mangeant débâcle sur débâcle.

 

Retour en ligue B avec quelques bosses, un ou deux sparadraps et les illusions et rêves de gloire passés au broyeur à gros bois. Et cette année, nouvel essai, en affrontant en plusieurs match de barrage le H.C. Bienne, promu l’année dernière et luttant aujourd’hui, blessé et agonisant, pour conserver sa place de souffre-douleur en ligue nationale A.

 

C’est donc un très nombreux public qui piaffe d’impatience, soutenant son équipe depuis les gradins glacés en chantant, gueulant, insultant l’arbitre, hurlant, frappant des mains, mangeant des saucisses et buvant de la bière et du vin chaud. Hein ? Mais non je ne critique pas, au contraire, c’est l’esprit « sports d’équipes », c’est con mais tellement humain, je n’exclus d’ailleurs pas d’aller moi aussi me geler le poum lors d’une des prochaines rencontres et de regarder ces Musclor sur glace se mettre des bourre-pifs et s’envoyer le museau contre les bordures ; et si j’ai de la chance, je serai peut-être capable d’entrevoir une seconde durant le minuscule puck, là où les vrais supporters de hockey le localisent aisément, ce qui reste pour moi un des grands mystères de la vie.

 

Du coup, quelque chose a changé à Lausanne. On voit des passants arborer la veste ou l’écharpe rouge, des étalages dans les boutiques proposent les produits dérivés du club, il y a des stickers collés aux culs des bagnoles et, les soirs de match, ils sont des milliers à se diriger comme un seul homme vers la patinoire. Il faut dire qu’en Suisse, le hockey jouit d’un peu plus de prestige que le foot, on est moins des pives sur la glace que sur le gazon.

 

C’est vrai : c’est un club suisse, Zürich, qui a remporté la ligue des champions en hockey sur glace et Stéphane Lambiel a remporté des compétitions majeures en patinage artistique ; d’ailleurs, c’est assez marrant de comparer ces deux disciplines, on dirait que tout a été mis en œuvre pour qu’on ne confonde pas : entre les fines et gracieuses figures sur fond de musique classique qui enchantent et émerveillent le public par l’harmonie qu’elles dégagent et les courses effrénées de bourrins casqués maousses aux protections plus lourdes qu’une armure du temps des croisades et brandissant des crosses comparables au « naginata » japonais, c’est sûr qu’on risque pas de confondre. Surtout que les clubs de hockey en mettent encore une couche en se faisant appeler « Red Lions » ou « Dragons », afin d’être bien certains qu’on ne va pas les prendre pour des Kimmie Meissner.

 

Si le LHC monte en ligue A, je trinquerai au souvenir du marmot que j’étais, suivant avec passion les retransmissions radiophoniques de ce club que je n’avais jamais vu de mes propres yeux. S’il se vautre, je pourrai toujours vanner mes potes supporters !

 

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Melbourne, c’est loin

2 février 2009

…Et il y a dix heures de décalage horaire.

 

Ce qui fait que dimanche dernier, au petit matin, alors que j’arpentais la trame onirique de quelque rêve ouaté dans la plus totale sérénité pour récupérer d’une dure soirée tisane-mah-jong, mon réveil s’est soudainement pris à mugir de tous ses petits poumons électroniques.

 

Je me réveille, donc, avec la sensation d’avoir été injustement arraché à mon oreiller. Il faut dire que je suis assez étranger au concept du dimanche matin. C’est un peu comme « mort-vivant », ce sont des mots qui ne vont pas ensemble, qui décrivent quelque chose qui ne peut être. On appelle ça un oxymore. En l’occurrence, je dédie généralement la première moitié du jour du seigneur à la récupération des excès de la soirée d’avant. C’est comme ça la vie, il faut faire des sacrifices, sinon on ne tient pas le coup, moi, je sacrifie mes dimanches matin.

 

Mais là pas, donc. Rejetant mes couvertures et peaux de bêtes, je m’arrache à mon grabat, cherche à tâtons mes lunettes et mon peignoir dont je me pare et me rends au salon dans une sorte d’état second. Je me souviens vaguement avoir mis du temps à trouver la télécommande de ma télé, laquelle, à cette occasion, m’a confié avoir cru que je l’avais oubliée (j’ai pris la manie de regarder des films sur mon ordinateur) et enclenche la chaîne sportive suisse. Tout va bien, Federer et Nadal s’échauffent, je n’ai rien raté. J’ai même le temps de me ruer sous la douche, de me tirer un café et de presser quelques fruits, il me faudra bien ça pour me réveiller.

 

Ainsi se sont déroulés les prémices d’un dimanche de glandage dans les règles de l’art. Avachi comme un flan pendant plus de quatre heures dans mon canapé (fichtre, c’est que ça peut durer un match de tennis !), j’ai rempli avec fierté et professionnalisme mon rôle de beauf.

 

Et si en tant que bon suisse, je tenais pour le perdant, force est d’admettre que Nadal est un grand joueur et un grand vainqueur. Et que de tous ces ogres assoiffés de victoires qu’on voit dans le monde du sport, c’est sans aucun doutes l’un des plus humains.

 

Perceval brandissant le Saint-Graal

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Soyons foot !

15 octobre 2008

J’ai l’impression que c’était hier, mais en fait non, c’était pas hier, mais j’ai quand même l’impression que hier encore notre pays était une de ces petites nations du football dont on se gausse grassement des pathétiques efforts qui finissent logiquement ruinés par une simulation de Grosso dans les seize mètres à la nonante-deuxième, on appelle ça le réalisme, parce qu’on est des gens polis.

 

Mais reconnaissons qu’il n’y a pas si longtemps, notre équipe nationale pataugeait dans la gadoue pour arracher péniblement l’égalité à l’équipe B du Bhoutan grâce à un auto goal et deux penalty. Mais maintenant tout cela appartient au passé et le supporter suisse peut aujourd’hui donner libre cour à sa verve, s’engoncer dans le nationalisme, siffler l’hymne turc et dégobiller sur l’équipe de France.

 

La transition a été fulgurante, elle s’est effectuée avant qu’on ait le temps de dire déhydroépiandrostérone, lors de la coupe du monde en Allemagne, voire même un peu avant, lors du match de barrage contre la Turquie qu’on avait remporté – c’était le bon temps – 2 à 0, quand bien même on avait perdu la revanche au Sayokan à Bysance.

 

Et depuis lors, paf, on a une grande équipe de foot que tous nous envient. Toutefois, tout le monde vous le dira, surtout si tout le monde vit à Liverpool ou à Glasgow, tout le monde, donc, faut que j’arrête avec mes virgules intempestives, conviendra en opinant du chapeau d’un air entendu qu’une grande équipe ne saurait être complète sans un grand public pour la soutenir. Heureusement, nous autres suisses avons le sens de la fête et du fair-play, nous savons encourager, pardonner, relativiser et surtout, nous n’oublions pas qu’il y a peu, notre équipe n’était pas cette machine à gagner qu’elle est aujourd’hui.

 

Tant mieux, parce qu’autrement, on se retrouverait à siffler chaque passe ratée et chaque contre-performance, on tiendrait des théories de comptoir à deux ronds, on descendrait en flammes des joueurs qu’on encensait peu de temps auparavant et on saurait tout mieux que le coach. En un mot, on ressemblerait au supporter français moyen tel qu’on se l’imagine et tel qu’on le décrie.

 

Mais encore une fois, on est bien loin de cette extrémité. Nos sportifs professionnels ont toujours pu compter sur la foi inébranlable de la nation qui les soutient dans la victoire comme dans la défaite et envers qui la presse ne tarit pas d’encouragements ni d’éloges, demandez à Federer.

 

Heureusement, parce qu’en sport comme ailleurs, se donner à fond pour faire plaisir à des ploucs, ça n’encourage pas à être performant !

 

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Le monde va mal

18 septembre 2008

Il suffit de tendre l’œil et d’ouvrir l’oreille pour constater que tout va mal. C’est pas moi qui le dis : les manchettes de la presse nous annoncent constamment des nouvelles désastreuses, les anciens, dans les tavernes, parlent tout bas entre eux de sales jeunes qui rôdent la nuit, les trous noirs se préparent à engloutir le monde, la bourse s’effondre, Federer a été rattrapé par Nadal et Charlize Theron ne m’écrit plus.

 

Et ben je m’en fous : le monde peut bien crever, la Ligue des Champions a repris, donc moi je quitte pas mon salon et tout va très bien. Nombre d’esprits chagrins affirment que le foot n’est qu’un sport à la con corrompu par le pognon, où des connards courent après un ballon sous les hurlements d’une foule avinée et haineuse, mais ces mêmes personnes, comme l’indiquent tous les sondages sérieux, n’aiment pas non-plus les enfants, les oiseaux, les fleurs, la planète et les petits lapins.

 

Donc moi j’aime le foot et j’assume. J’aime pas les ballots qui font vingt fois le tour de la ville au volant de leurs bagnoles et y vont à coups de trompe pendant des heures lorsque « leur » équipe a gagné, mais pour le reste, d’adhère. Du reste, pour ceux qui n’agréent pas, détestent ce noble art et qui, malgré tout, persistent à lire ce billet qui, je les préviens, cause de foot tout le long – pas de happy end, désolé – je donne ici une explication claire, précise, indiscutable et concise à l’attrait qu’exerce envers moi cette activité hautement intellectuelle. Juste pour le plaisir des yeux. Alors regarde, savoure en silence, baisse la tête avec révérence et va allumer un cierge en l’honneur de Saint-Gerrard.

 

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Nati-tanic

12 septembre 2008

Je sais pas si t’as remarqué, mais depuis hier, les humeurs suisses ont considérablement changé quand on aborde la question du foot. Jusqu’à mercredi soir, en effet, si tu disais à un pote « eh, machin, t’as vu c’te débâcle ? » le zigue répondait, avec un sourire carnassier : « ouais, Domenech iz goin’ down ! ». Maintenant, les visages ont plutôt tendance à s’allonger, les regards fuient, les voix se taisent, le vent siffle, les chiens hurlent, les feux s’éteignent, les volets claquent et le froid s’abat sur la pampa. La Suisse, cette grande nation du football, a perdu. Avec la manière. Et les amateurs de foot se demandent tous s’ils ne devraient pas s’intéresser plutôt au tennis.

 

Parce qu’alors quelle dégelée hein les copains ? L’expression « Bérézina » est en passe d’être remplacée par « Letzigrund » dans le cœur des suisses. Heureusement que c’est pas arrivé pendant l’Euro hein, t’imagines la honte ? Pourtant on a quand même quelques points pour relativiser : premièrement, on a peut-être la mononucléose. Ensuite, l’état d’esprit ne se limitait pas qu’à l’équipe, mais paraissait toucher le pays entier ; par exemple, un ami me disait qu’il trouvait que Alain Nef et Alex Frei se ressemblaient vachement. Et puis Streller était pas là. Barnetta et Frei non-plus. Ah si, merde !

 

Allez, redressons la tête et disons-nous qu’il nous a été donné d’admirer le plus mauvais match concevable ! D’ailleurs, le coach a senti le coup puisqu’il a sorti le seul joueur qui tenait à peu près debout.

 

Et c’est là que j’étais sensé mettre un lien youtube sur « Afrique Adieu » du vieux Sardou, mais la chanson n’existe pas sur le site susnommé, à part une version électro encore plus nulle que le match. On la trouve peut-être sur Dailymotion, mais j’y ai pas accès au boulot. Youtube pas de problème, mais dailymotion que pouic, va comprendre…