Archive de la catégorie «En tout homme il y a un geek qui sommeille»

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Momo RPG

30 septembre 2008

 Je sais pas si t’as déjà eu l’occasion d’entrer dans un cybercafé essentiellement orienté MMORPG, mais c’est enrichissant. En franchissant la porte, tu vois un certain nombre d’ados qui tournent la tête vers toi comme un seul homme et, l’espace d’une seconde, te dévisagent en silence avant de retourner à leurs occupations. Ça rappelle un peu le saloon, donc, mais sans le tord-boyaux, le piano, les colts et le type qui joue de l’harmonica dans le fond. Tout ça, tu remplaces par une série de mômes engoncés dans des fauteuils en skaï trop grands pour eux, parfaitement immobiles sauf leurs mains qui courent avec virtuosité de la souris au clavier et dont les voix éraillées s’élèvent sporadiquement, tantôt en chapelet d’injures, tantôt en exclamations enjouées. Bienvenue dans l’univers du jeu en ligne.

 

Pour les profanes, MMORPG, ça veut dire « Multi Massive Online Role Playing Game », ou un truc du même tonneau, en français « jeu de rôle en ligne massivement multijoueur ». En substance, c’est un jeu de rôle sur ordinateur auquel des milliers, voire des millions, de personnes jouent en même temps. Donc on peut imaginer un monde où il est impossible de faire deux pas sans bousculer un archimage réputé, un paladin bourrin ou un gros barbare, un monde où à moins de trente mètre d’une mégapole se trouvent des grottes remplies à raz la gueule de gobelins et dont un cimetière est inconcevable sans horde de zombies.

 

On a déjà dit beaucoup de mal du MMORPG, notamment à cause de sa propension à engloutir les joueurs qui disparaissent de la vie de leurs proches ; qui n’a pas perdu en tous cas un ami, absorbé par la trame éthérée d’un monde moins que réel ? Et qui n’a pas entendu ces histoires sordides de joueurs morts d’inanition à force de rester scotchés à l’écran, sans dormir ni manger ? Et qui ne s’est pas dit que, franchement, c’est quand même un peu la honte de mourir comme ça, même que tu dois pas trop savoir quoi dire au bon Dieu quand t’arrives devant lui ?

 

Alors si je viens sur cet édifiant sujet, c’est parce que ces jours est sorti un jeu qui aurait pu m’intéresser : Warhammer Online. Sans entrer dans les détails, Warhammer est un jeu de figurines qui m’a passionné quand j’étais ado. Bien que scandaleusement pompé sur les idées de Tolkien ou de Chrétien de Troyes, entre autres, le monde, sombre et médiéval, était bien fichu, riche et très complet. Et par bien des aspects, retrouver cet univers sous forme virtuelle et fouler les terres qui m’ont naguère tant fait rêver pourrait m’intéresser. Pourquoi je m’y essaie pas alors ?

 

Et bien essentiellement pour préserver cette perfection qui règne en maître dans mon imagination ; les souvenirs sont biens, mais c’est tout ce qu’ils sont. Et parfois, les choses du passé gagnent à rester au passé. Parce que retrouver le mythique Vieux Monde sur ordinateur, ça sera à coup sûr constater des détails rageants, notamment qu’il y a sans doutes plus d’aventuriers que de roturiers ou de paysans, qu’on traverse deux nations supposément immenses en une heure de cheval ou encore qu’on y trouve beaucoup plus facilement une épée runique, magique et maléfique qu’une livre de farine de millet.

 

Mais surtout, c’est pour préserver l’identité culturelle des êtres imaginaires qui peuplent ce monde fictif ; un monde sombre, corrompu et inquiétant dont j’imagine aisément, dans son pendant virtuel, le niveau des conversations entre, par exemple, des seigneurs maléfiques craints et respectés. Conversations qui doivent ressembler à peu près à ça :

Seigneur Garkain : « C’kon leur a mi, tro tro lol, izon pas fé un pli kan on a razé le chato !!!!!!!!!!! »

Dark-Mordrim : « Cé vré, moa ya un palad1 ki ma Dfié, g lui ai tro PT sa race et il a tro pleuré sa mère, mdr !!!!!!!!!! »

Gohorr-sombre-hache : « Bon alé, GV me couché, 2main y a TE et ma reum L me fé iéch, a+ les ga, lollllll Kissssss, A12C4 !!!!! »

 

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Jedi et côté obscur

16 septembre 2008
Mister Suisse 3155 AD

Dans notre monde de plus en plus surpeuplé, il est important de s’ouvrir à de nouvelles perspectives d’avenir et d’agrandir notre éventail de métiers et de formations afin de proposer aux générations futures des corps de métiers variés et des formations adaptées, sans quoi tout ce beau monde finira au chômage à jouer à la Xbox en cultivant de la drôgue. C’est probablement à cet effet que l’université de Belfast propose maintenant à ses étudiants une formation de Jedi.

 

Avoir un pote Jedi, c’est bien pratique, par exemple pour déplacer un canapé ou faire sauter une contravention. Et puis c’est des chevaliers modernes, ces braves gens ; ils défendront la veuve et l’orphelin, prôneront les vertus du cœur et feront bidonner tout le monde en parlant à l’envers. Le côté obscur guettant tel un crapaud tapi dans l’ombre l’imprudent padawan trop enhardi pour respecter les règles les plus élémentaires de prudence, il conviendra d’encadrer les apprentis pour éviter des nouvelles tueries dans les écoles, au sabre laser ou aux éclairs bleutés cette fois.

 

C’est évidemment un immense progrès qui offre au domaine de l’éducation de nouvelles lettres de noblesse en or massif. Parce qu’il n’y a pas de raisons que les universités ne soient pas ouvertes aux geeks. On se réjouit déjà des prochaines innovations qui devraient notamment permettre de proposer des cours d’élaboration d’anneaux magiques, de développement des capacités Mentat ou Bene Gesserit, d’usage de la baguette magique et d’animation de marionnettes en bois.

 

Ce n’est tout de même pas l’unique grande nouvelle colportée en ce jour par nos journaux enrichissants. Le Matin Bleu, par exemple, met enfin le doigt sur un débat passionnant qui manquait à notre édification en demandant si le pays est mûr pour élire une Noire au concours Miss Suisse. La réponse qui me vient à l’esprit est que oui, le pays serait prêt depuis quelques années si la presse ne passait pas son temps à touiller le fond de la marmite en réactualisant ces questions d’un autre âge. C’est un peu un comble de s’estimer ouvert tout en relevant systématiquement les différences de couleur ou de culture entre habitants de notre beau petit pays. « Regardez ! Une Noire au concours Miss Suisse ! Là ! Sommes-nous prêts ? Bien évidemment, puisqu’on n’est pas raciste !!! » Pourquoi poser la question alors ? Plongeons-nous une seconde dans un monde utopique qui aurait rayé jusqu’à la définition du mot racisme de son vocabulaire et de sa culture : personne ne relèverait de tels détails, chacun admettrait qu’il y a des différences physiques entre les noirs et les blancs (la couleur…) sans pour autant prétériter l’un par rapport à l’autre. Le racisme ne sera combattu efficacement qu’en abattant les barrières mentales qui nous poussent à ressasser sempiternellement les mêmes faux débats. Mais c’est beaucoup trop tentant pour nos journaux décidemment consternants de nullité qui, année après année, rajoutent constamment une briquette dans le feu à chaque occasion. Car la même question se pose chaque année, à chaque concours.

 

A part ça ben ça va, mais je serais assez satisfait si les chauffages pouvaient être activés dans mon bureau. Parce que j’ai une stalactite qui pend au bout du nez, mon souffle se transforme en froide vapeur spectrale et si je m’arrête d’écrire une minute, j’ai les doigts trop engourdis pour reprendre.

 

 

 

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Quand les jeux vidéos rendent niais

5 septembre 2008

Je n’ai pas honte d’avouer que je suis un peu geek sur les bords, à savoir que j’aime bien me lobotomiser de temps à autres sur mon ordinateur quand j’ai un bon jeu sous le coude et une petite heure à tuer. A chacun sa croix. Je ne regarde pas de séries télé ni ne passe mes soirées sur les chaînes musicales, je ne parle pas le sindarin, je n’ai pas rejoint les invétérés du jeu online qui passent leur vie devant leur écran, je me défonce pas aux acides tous les week-end en trépignant du soir au matin sur les pistes de danse et Star Wars me laisse froid, alors je compense avec les jeux vidéos pour pas me sentir vieux.

 

Cause à effet logique, le battage qui se fait bien souvent autour me fait un peu sourire. On y sent à plein nez la recherche de sensationnalisme mêlée à l’appréhension de l’inconnu ; la technologie aidant, les jeux, aux yeux de certains, sont passés de cons à dangereux. Pas totalement faux d’ailleurs, c’est un secteur qui a tellement évolué qu’on y trouve maintenant de tout et, à l’instar des films, chaque titre n’est pas forcément à recommander à tout le monde. Certains jeux sont bourrins au possible, d’autres mignons tout plein ou absolument terrifiants, quelques-uns, axés sur le scénario, ont un message à faire passer tandis que d’autres encore privilégient la réflexion ou, au contraire, proposent un exutoire jouissif au joueur qui saisit son pad en bavant après une journée de caille. Bref, le secteur est devenu comparable à celui du cinéma, voire du roman. Je schématise, hein !

 

Or, s’il existe un titre qui fait couler de l’encre, c’est bien GTA IV (Gran Theft Auto 4), un jeu qui vous propose d’incarner un type plongé dans le monde sordide de la rue de Liberty City (sorte de New York virtuel) et qui se démerde comme il peut pour tirer son épingle du jeu dans le monde du crime. Un jeu donc où il est potentiellement possible de flinguer des innocents, des flics etc, même si ce n’est pas forcément recommandé. Pour ceux que ça intéresse, un petit extrait marrant ici donne le ton. Faut juste attendre dix secondes et appuyer sur « play ».

 

Bref, à chaque sortie d’un nouveau volet, diverses associations montent au créneau et dénoncent avec fracas les ravages que ne manquera pas de produire une telle œuvre de Belzébuth parmi nos chères têtes blondes (le jeu est interdit aux moins de 18 ans, mais bon…). Fort de cette publicité, il ne manque pas de faire péter tous les records le jour de sa sortie et est devenu l’un des titres les plus réputés du moment. 

 

Il n’y a pas si longtemps, une agression en Indonésie (ou un autre de ces affreux pays barbares, je ne sais plus précisément) a été imputée à GTA IV ; un joueur aurait tourné du bocal et agressé un conducteur de taxi. C’est regrettable évidemment, mais ce genre de nouvelles est à prendre avec des pincettes, un peu comme quand on accuse Marilyn Manson d’être responsable des tueries dans les écoles américaines. Mais il faut admettre que quitte à péter un plomb, il vaut peut-être mieux que ça soit en jouant à autre chose.

 

Et bien aujourd’hui, contre-attaque ! Le jeu tant redouté aurait sauvé des vies ! En effet, on nous apprend dans un émouvant article qu’au terme d’une embardée sur une route quelque part dans l’Illinois, une gamine de onze ans férue de GTA IV (comme quoi on respecte scrupuleusement les recommandations d’âge aux States) et occupant la voiture accidentée  aurait exhorté et aidé sa famille à quitter l’habitacle au plus vite, craignant que, comme dans le jeu, le véhicule n’explose brutalement. Genre « ‘tention, si ça pète on va y laisser les trois quarts de notre barre de vie et on n’a pas de gilet pare-balles, on va y rester et on n’a pas sauvegardé ! ». En fait, si je trouve un peu navrant qu’on accuse ce jeu d’être une sorte de boîte de Pandore dont découle chaque rixe impliquant des joueurs, là, tant de naïveté fait presque de la peine ! Sans doutes la famille, bien installée dans la bagnole en ruine juchée sur son toit, pissant l’essence et emplie de verre brisé, aurait-elle tranquillement déballé le pique-nique en attendant le garagiste sans même déboucler la ceinture !

 

Un peu de bon sens, tudieu ! Que GTA IV se fasse montrer du doigt et qu’on l’accuse de foutre le chaos, c’est navrant mais de bonne guerre. Lui-même n’hésite pas à jouer sur son côté « gansta » pour intéresser le client potentiel. Mais qu’on ne commence pas à répondre avec les mêmes moyens, ça va vraiment pas voler haut ! En fait, je dois bien admettre au jeu vidéo une propension à rendre certains individus très niais : ceux qui y jouent beaucoup trop et ceux qui n’y touchent jamais, mais s’obstinent à donner leur avis quand-même.