Archive de la catégorie «Ma vie est palpitante»

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La loi de la jungle

5 octobre 2009

Pour faire dans la comparaison de haut vol, l’employé de commerce est la bête de somme des temps modernes, à l’œil vif, au poil lustré et au crin soyeux, qui par son labeur tourne inlassablement la Grande Roue de la société moderne. Beau dans l’effort et digne dans la tourmente, il ne compte pas les sacrifices consentis à chaque instant pour accomplir avec professionnalisme son épanouissant apostolat ; l’énergie fuse de toute part de son corps de rêve et il vit chaque journée au rythme fou de l’orgie de travail exigée par l’impitoyable Grand Capital qui nourrit ses rêves à défaut de nourrir son homme.

D’un point de vue plus pratique à l’attention des dubitatifs, si vous observez le bestiau attentivement, vous verrez ma comparaison corroborée par son regard bovin, sa propension à caqueter en permanence et son désir ardent de brouter de l’autre côté de la barrière. Or donc, pour que la paix règne dans l’étable et que le crottin abonde dans les champs, il convient de nourrir la bête et de lui apporter le minimum de soins pour qu’elle s’épanouisse dans ses vertes prairies, vous en conviendrez.

C’est donc dans cette optique que mon employeur, puissent toutes les joies du Jardin d’Allah lui être réservées, a consenti à un geste miséricordieux envers l’ensemble de son personnel : désormais, et ce deux fois par semaine, on reçoit au boulot une grande caisse de fruits mise gratuitement à disposition des employés bienheureux. Ce qui est bien sympathique.

À l’annonce de la générosité du Roy, le peuple s’étala en conjectures et la réaction la plus généralement répandue était « des fruits gratuits ? Ça c’est gentil ! ». Toutefois, dans bien des têtes, c’était un discours différent qui dominait : « des fruits gratuits ? Mais combien ? Tout le monde aura son fruit gratuit au moins ? Et si quelqu’un me piquait mon fruit ? » et les regards se chargèrent de suspicion.

Ce matin donc, une corbeille chargée de beaux fruits aux couleurs aguichantes arriva en grande pompe à la cafétéria ; non que cela importait pour moi : des fruits ? Et pourquoi pas des légumes encore ? Ça va pas ? Je connais bien le cercle vicieux, on commence par manger un fruit et bing ! Sans avoir compris comment, on se retrouve à faire du sport. Je ne mettrai pas le doigt dans cet engrenage périlleux. Néanmoins, la nouvelle se répandit comme une traînée de poudre et le sol trembla sous la course effrénée des affamés inquiets de perdre leur dû. Et chacun de retourner tranquillement à sa place avec son trophée en poche.

Mais rapidement, c’est un autre type d’amateur de fruits qui vint rôder aux alentours de la précieuse Corde d’Abondance ; discrets et silencieux, se fondant dans les ombres, les yeux emplis de convoitise, les envieux guettaient leur proie. Sitôt laissée seule, l’innocente corbeille devenait la cible de pillage de bien peu d’ambition, au terme desquels leurs auteurs retournaient à la dérobée dans leurs bureaux en dissimulant tant bien que mal quelques dizaines de pièces de butin qu’ils s’empressaient de cacher dans leurs tiroirs, avant de reprendre le boulot le cœur battant : ouf, mission accomplie. Pendant quelques jours, on mangera des fruits à l’œil.

Le monde du bureau est le réceptacle des instincts les plus sots librement exprimés. Rien de méchant, non, en fait c’est juste idiot. Quelle vie faut-il avoir pour accorder pareille importance à quelques malheureux fruits ?

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Youkaïdi !

31 août 2009

Si, comme je me plais à l’imaginer, vous êtes des personnes avenantes et pures pourvues d’un coeur d’or dont chaque battement porte l’espoir de voir un jour naître un monde meilleur autant pour vous que pour vos pairs, vous aurez ce vendredi une petite pensée pour votre serviteur et souhaiterez ardemment qu’une pluie diluvienne s’abatte sur les montagnes helvètes. 

Parce que vendredi, c’est sortie de boîte, annulée uniquement en cas de mauvais temps.

Pour l’intérimaire moyen que je suis, une “journée verte” avec le boulot, c’est toujours un dilemme qui oppose deux parties distinctes de ma personnalité. D’une part, le côté “courtisan”, plus communément appelé “cire-pompes”, voit en cette triste contrainte une occasion de montrer que je ne suis pas aussi détestable et sinistre que le laisse supposer l’austère mine grisâtre, revêche, sournoise et méprisante que j’affiche à l’attention de mes collègues, ce qui peut s’avérer utile dans mon optique d’être un jour embauché pour un poste fixe. D’un autre côté, mon caractère plus naturel se demande pourquoi le collaborateur temporaire que je suis, payé au lance-pierres et destiné à être abandonné sur le bord de la chaussée lorsque le travail viendra à manquer, irait s’emm… à faire des courbettes et des ronds de jambe alors qu’officiellement, il ne fait même pas partie du staff.

Evidemment, comme il convient dans ce genre de situation de montrer qu’on est un individu affable et civilisé doublé d’un courtois gentleman au sourire désarmant, j’ai fini par accepter la sortie, la mort dans l’âme. Après tout, c’est avec beaucoup de gentillesse qu’il m’ont fait savoir par mail qu’ils trouveraient “sympathique que je me joigne au reste du département à l’occasion de la sortie annuelle du secteur des Finances de l’entreprise” et je me devais de répondre sur un ton à peu près similaire. De toutes façons, je suis échec et mat : ils avaient prévu deux dates, c’eut été peu crédible d’affirmer que j’étais pris aux deux. J’ai préféré avancer qu’une seule me convenait, en tablant sur le fait que la journée tomberait sur l’autre pour cause de pluie. Une sorte de pari risqué pour m’offrir une chance de me tirer à bon compte de cette épineuse situation sans avoir à passer pour un mufle. Bref.

Vendredi donc, je suis de sortie et ça finit à vingt-trois heures après un gros gueuleton. C’est d’ailleurs là que le bât blesse : eut-ce été un simple apéro, je me serais joyeusement joint à la compagnie que j’aurais rapidement fui, genre “bonsoir, merci, volontiers un petit verre de rosé, c’est gentil, santé les gars, cul-sec, allez, bon week-end tout le monde et à lundi !” mais non. Pour bien couper tout espoir de retraite, ils ont choisi pour la sortie un endroit reculé cerné d’à-pic vertigineux, de fosses traîtresses et de gouffres béants, juché en haut d’une éminence rocheuse Valaisanne, répondant au nom de Champéry. On y trouve une fonderie de cloches et beaucoup de caillasse. Et des rudes montagnards Valaisans au regard torve. La route qui y mène est méconnue autant que sinueuse, les dangers guettent, le dahu rôde, le bouquetin chasse le chardon, le Roc y tient son nid et l’ennui règne sans partage.

C’est là que je glisse que bien que je ne m’y rende que rarement pour diverses mauvaises raisons, j’aime d’ordinaire beaucoup la montagne. Cet environnement intimidant de masse rocheuse titanesque mettant tout en oeuvre pour nous faire sentir minuscules et éphémères éveille en moi bien plus d’émotions et de plaisir que, par exemple, une plage de sable clair où s’entassent mollement des corps luisants de crème solaires avachis sur des serviettes de bains, pour reprendre la bonne vieille rivalité mer-montagne. Donc de base, une virée du côté de Champéry avait tout pour me plaire, c’est vrai. Sans doutes n’aurais-je même pas hésité à répondre présent si, pour mon malheur, je n’avais pas posé mes yeux sur le programme de la journée. Que je m’en vais vous résumer pour répondre à mon besoin de vous faire partager ma peine, d’extérioriser mon ressentiment, d’expliquer mon désarroi, d’évacuer mon chagrin, de confier ma détresse.

Vendredi matin : départ en bus à huit heures pour Champéry, que l’on rejoindra une bonne grosse plombe bien musclée plus tard. Une fois en montagne, le frisson nous attend avec la Via Ferrata, ou, en Français courant, la varappe. Or, je suis passablement sujet au vertige, ce qui rend la chose impossible. Activité annexe pour les chochottes comme moi et les vieux anciens personnes âgées vieux : visite de la fonderie de cloches précitée. Il faut savoir que parfois, lorsqu’on me demande mes projets d’avenir professionnel, je réponds “fondeur de cloches” pour botter la question en touche, afin d’éviter de lancer la conversation là-dessus (oui, parce que j’ai bien quelques idées, mais j’évite les donneurs de leçons. On ne choisit pas ses collègues, mais on peut influencer la conversation. C’est tout un art.). Bref, la fonderie de cloche évoque en moi la profession la plus improbable qui soit. Et c’est précisément sur ce métier que je vais m’instruire à coups de baillements toute une matinée durant. On appelle ça un retour de manivelle, après tout ça m’apprendra à me moquer des fondeurs de cloches, qui sont sûrement des gens très bien.

Vendredi après-midi : VTT. J’ai horreur du vélo. Tout ce qui ressemble de près ou de loin à un vélocipède éveille en moi une antipathie confinant à la haine vorace (je suis en train de donner une très bonne image de moi dans ce billet). C’est comme ça, j’ai déjà dit plus haut que j’étais un peu chochotte, on ne va pas revenir là-dessus. Mais je crois que si je devais choisir deux sports que je ne pratiquerais pas pour tout l’or du monde, je sélectionnerais le cyclisme et l’escalade, soit ceux que les organisateurs de la sortie du département, du haut de leur cruauté sans borne, ont sélectionné dans un cinglant éclat de rire spectral. Me voilà bien. Activité annexe ? La visite d’une ferme. Avec questionnaire théorique, rentrée des vaches à l’étable et traite de ces dernières à l’ancienne. Bottes, bâton et salopettes fournies. Sur ce coup, j’opte quand même pour le cyclisme, ça fera dix ans que je n’ai pas posé le poum sur une selle, j’en serai quitte pour marcher comme un cow-boy le week-end qui suivra – si je survis – mais la visite de la ferme, c’est trop. Surtout que je me serai déjà tapé la fonderie le matin. Mes grands parents étaient paysans, donc une ferme, je vois plus ou moins à quoi ça ressemble. Et puis une fonderie de cloches d’accord, on n’en voit pas tous les jours, y aura sûrement des trucs à apprendre, mais une étable…

Bref, vendredi sera une grande et belle journée. Ca sera peut-être la troisième fois de ma vie que je m’intéresserai de près à la météo ces prochains jours…

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La demande téméraire

9 juin 2009

J’ai déjà eu l’occasion de dire que j’assume volontiers mon côté beauf, en dépit des ironies et des sarcasmes des vilains peine-à-jouir moroses qui peuplent notre quotidien ; du coup j’affirme qu’en ce début de semaine c’est presque tout un pays qui a le sourire et je rejoins au pas de course le cortège béat de ceux que la victoire de Federer à Paris transporte d’allégresse. Et je suppose que les nombreux suisses qui affirmaient d’un ton péremptoire et sarcastique, en affectant un détachement feint, que c’était pour lui « l’année de trop » ne se sont pas fait prier pour fêter dignement son succès et pérorer tout leur soûl sur le « retour du patron ». Ah, les Suisses !

Bref, ce n’est pas pour ça que je vous embête aujourd’hui, mais plutôt pour vous faire partager la piquante conversation que j’ai eue en ce jour (enfin hier, vu que j’ai pris l’habitude d’écrire mes billets en deux fois) avec ma cheffe de service, une personne plutôt sympathique qui a affiché un embarras inattendu lorsque j’énonçais ce que je pensais être une question rhétorique, à laquelle je n’imaginais pas d’autre réponse qu’un « bien-sûr, voyons, pensez-donc ! » distrait.

Pour situer, il faut savoir que j’effectue ce qu’ils se plaisent à appeler une « mission temporaire » pour une boîte de placement et que je dois faire parvenir hebdomadairement à cette dernière une fiche signée des RH de l’entreprise pour toucher ma pitance. Or, ayant entre mes mains la précieuse feuille en question, j’entreprends de la mettre sous pli, accompagnée de celle de ma collègue temporaire, car il ne sera pas dit que je manquerai aux devoirs auxquels la galanterie m’oblige, écris l’adresse en y laissant le moins de fautes possibles et cherche à affranchir l’enveloppe ; point de machine à timbrer dans les environs (on fait vraiment des machines pour tout aujourd’hui) et je m’adresse à ma cheffe :

 « Pardonnez-moi, très vénérée et bienveillante supérieure hiérarchique dont la chaleureuse vigilance presque maternelle emplit ce bureau d’une douce quiétude familiale, comment procède-t-on à l’affranchissement du courrier entre vos murs, existe-t-il un service auquel je dois apporter mon importante missive afin qu’ils la confient à un vaillant coursier qui ira la délivrer promptement à son destinataire frétillant d’impatience ? »

Silence. Le calme reposant qui emplissait jusqu’alors la pièce semble s’être d’un coup métamorphosé en une lourde chape de plomb réduisant tous ses occupants au mutisme.

« Si par hasard vous avez l’impression qu’une voix s’est élevée céans, ne vous inquiétez pas, c’était moi ! » (Toujours tenter l’humour pour débloquer une situation.)

« Oui oui, je réfléchis ! » Ma cheffe affiche un air songeur et semble trouver ma question surprenante « C’est que les anciens temporaires, ils amenaient leurs fiches eux-mêmes. »

En fait, la question rhétorique dont je parlais plus haut était bien-sûr celle-ci. D’ordinaire, tout le monde répond que oui, pas de problèmes, on envoie la lettre à ta boîte de placement, c’est vraiment la moindre des choses au vu de la qualité exceptionnelle du travail que tu accomplis pour nous. Ou quelque chose comme ça. Quand on brasse des millions par année, on ne s’inquiète généralement pas trop pour un timbre hebdomadaire, qui correspond, calculette au poing, à une augmentation de 1/2000 des frais que nous leurs imposons, ma collègue et moi, sous la forme du scandaleux salaire qu’on leur extorque injustement.

Elle m’explique que pour elle il n’y a pas de problèmes, mais qu’elle veut voir avec les Ressources Humaines si une procédure est de mise pour ce genre de cas. Et de m’expliquer en pianotant sur son téléphone qu’elle se demande si les frais d’expédition ne devraient pas être à notre charge, après tout c’est du domaine privé. A l’autre bout (aux RH donc), on décroche.

« Oui, c’est Gudule*, ça va ? Oui, hihihi, dis-moi, j’ai une question de Labo, un temporaire, il demande si il peut envoyer sa fiche de paie à sa boîte de placement par le biais du courrier de l’entreprise, c’est possible ça ? (Silence.) Oui, je te pose une colle là, hein ! Comme tu dis, c’est privé en quelque sorte, mais bon, c’est aussi en travaillant pour nous… Bonne idée, je vais lui demander ! »

« Avant vous étiez aussi temporaire dans un autre service, vous faisiez comment ? »

« Ben, on avait une machine à affranchir et roulez jeunesse ! »

« Ah oui ? Ils étaient d’accord ? Vous aviez demandé l’autorisation ? »

Là c’est difficile, j’ai envie de lui dire que oui, pour soigner les apparences on avait effectivement demandé l’autorisation, ce à quoi ils avaient naturellement répondu que ça ne posait aucun problème, que c’était même normal, qu’il faudrait être quand même de sacrés ballots pour nous laisser payer l’addition de notre poche, que nous sommes entre gens civilisés etc. Mais là, les circonstances surprenantes l’exigeant, je me devais d’habiller ma pensée de termes plus habiles.

« Oui oui, ça n’a pas posé de problèmes, je me risquerai même à dire qu’ils paraissaient trouver cela normal… » (En même temps, ils m’ont payé presque une année à rien foutre, alors quelques timbres…)

S’en suit une longue conversation téléphonique dont je vous passe les détails. À terme, il est décidé qu’exceptionnellement on veut bien affranchir mon courrier aux frais de la princesse dans un accès fou de générosité qui, souhaitons-le, ne les conduira pas à la faillite, après quoi il serait bien que ma boîte de placement me fasse parvenir des enveloppes timbrées.

Il serait bien que je considère cette enrichissante expérience comme référence future. Parce qu’avec mes requêtes audacieuses, ma façon éhontée de tirer sur la corde et de prendre le bras lorsque l’on me tend la main, il se pourrait qu’on décide légitimement de ne pas prolonger mon contrat. Dès fois que je leur coulerais la baraque avec mes caprices de radin. Il ne faut pas froisser l’oncle Picsou !

 

*Prénom d’emprunt. D’ailleurs, la personne à qui je l’ai emprunté m’assure ne pas vouloir le récupérer.

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Au Boulot II

19 mai 2009

 

Le retour

Bon, observons attentivement ; des bureaux, des ordinateurs, des gens que je ne connais pas qui occupent des places qu’ils semblent s’accaparer légitimement… Des plantes vertes, des armoires emplies de classeurs, une moquette indéfinissable, des néons et, devant moi, un bureau étroit, quelques feuilles de procédure et une tasse de café. Dans tous les coins (quatre), des machines diverses se dressent en silence, leurs écrans tactiles émettant des lueurs spectrales dans la pénombre.

Pas de doutes, mes soupçons se confirment : je crois que je bosse à nouveau. Juste avant Roland Garros en plus.

Me voilà bien. Après deux pauvres petites semaines d’inactivité relative, je me retrouve à nouveau, sans avoir le temps de comprendre comment, devant un écran débitant des chiffres et des données obscures ; mais comment en suis-je arrivé là ?

« Un travail de deux semaines, peut-être plus, ça pourra être prolongé selon les circonstances » m’a-t-on susurré en agissant un petit pendule pour influencer ma décision. Euphorie. J’aime pouvoir regarder loin en avant et ne voir que ciel bleu là où porte mon regard de braise, jusqu’aux horizons lointains et nébuleux, si distants aujourd’hui, qui représentent le futur indéfinissable que sera le monde dans quinze jours.

Mais ne crachons pas dans la soupe ; ce taf risque d’être court, mais je crois que je suis bien tombé. Pas de crispation dans l’air, pas de tensions entre les collègues, pas de fiel derrière les sourires. Et du boulot à abattre. Tout plein. Je vais devoir travailler les gens ! Horreur indéfinissable du raz-de-marée surgissant du gouffre de l’Administration qui engloutira mon maigre cri de désespoir dans son tumulte grondant lorsqu’il refermera sur mon pauvre corps grêlé par le labeur son étreinte d’acier ! Travail. On m’avait pourtant mis en garde. Quelle inconséquence.

Ça m’apprendra à me rendre indispensable ; parce que je bosse dans la même boîte qu’avant. Autre bureau, autre service, autre bâtiment, autre quartier, mais mon âme fusionne à nouveau avec l’esprit de la Ruche et tend de toutes ses forces à l’accomplissement du Grand Dessein de la Reine Mère.

Mais force est d’admettre que j’avais oublié ce que ça fait de devoir travailler. Partout où se pose mon regard, des piles de boulot à abattre me hèlent à grands cris. Je ne trouve même pas le temps de bosser pour mon blog, ce qui est déplorable. Je devrais peut-être faire valoir mon statut d’Auteur pour obtenir un temps déductible de mes heures de travail pour avancer mes travaux d’écriture. Le boulot, les délais, les clients qui s’impatientent, la confiance émise par la direction qui a bien voulu m’engager, tout ça c’est bien beau, mais il ne faudrait pas perdre de vue les choses importantes quoi !

Mais bon, je suis sûr qu’on trouverait des raisons fallacieuses pour écarter ma légitime requête. Si ça se trouve, on ne me prendrait même pas au sérieux ! Alors tant pis, autant travailler. Et puis c’est peut-être la dernière fois avant longtemps.

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Le Nouveau Monde

4 mai 2009

Je savais bien que ça serait différent d’écrire depuis chez moi ! Forcément : au boulot, j’avais la possibilité d’écrire pour le blog ou de travailler ; en outre, pour m’influencer dans ce choix déjà limité, il fallait prendre en considération le fait qu’il n’y avait pas de travail. Donc à terme, pour raccourcir autant que possible la longue agonie d’une journée de bureau sans boulot, écrire était la meilleure solution.

Et là, chez moi, bien au chaud, en pantoufles, mal coiffé, pas rasé, sale gueule et tout, j’ai tout de suite accès à un éventail de possibilités d’occupations quand même largement plus étoffé qu’en offre l’espace aseptisé et glauque d’un bureau blanc et froid, décoré de panneaux statistiques et de procédures à suivre en cas d’incendie, sans fantaisies aucune, peuplé de collègues qui y déambulent comme s’ils étaient chez eux.

Donc après avoir rempli les quelques procédures d’usage qui font le quotidien palpitant du chômeur, au terme desquelles je peux zoner chez moi la conscience tranquille, je suis soumis à un choix déchirant : vais-je regarder l’un des innombrables dvd qu’on m’a prêté pour rattraper ma désastreuse culture cinématographique ? Me vautrer devant la PS2 ? Bouquiner ? Parcourir la blogosphère ? Ecrire ? C’est un dilemme cornélien au quotidien.

Alors pour l’inspiration, forcément, il y aura un pli à prendre. Ce n’est pas la même chose d’écrire quand on n’a pas quatre heures à tuer, ou plutôt quand on a d’innombrables moyen des les meubler ; du coup je vous ponds ce billet vite fait pour me montrer que je n’ai pas perdu la main. Voilà. C’est le centième en plus !

Quoi qu’il en soit j’ai du temps ; une ressource précieuse qu’on a pris l’habitude de subir plutôt que d’exploiter. Et j’en profite pour déterrer ici et là sur des blogs des billets sympas, dont je vous en glisse un, plus tout neuf mais à nouveau d’actualité, semble-t-il.

http://vidberg.blog.lemonde.fr/2008/07/02/les-grandes-profondeurs/

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Ka boom !

24 avril 2009

C’est marrant parfois les annonces sur lesquelles on tombe en cherchant du boulot ; par exemple, que veut dire « cherche assistantes sympathiques et fidèles » ? Est-ce que certaines personnes n’ont toujours pas réalisé que si leurs employés ne restent pas, elles n’y sont peut-être pas étrangères ? Dans quelques cas aussi, les annonces sont fausses et leurs liens renvoient sur des sites publicitaires, comme si les chômeurs avaient du blé à dépenser. Déjà qu’un travailleur au bas de l’échelle n’a aucun pouvoir d’achat, pourquoi cibler les demandeurs d’emploi ? Enfin, il n’y a pas de petits profits. Je suppose que la leçon à en retenir est que même dans le cadre des recherches de travail, il vaut mieux réfléchir à deux fois avant de laisser son e-mail, c’est la porte ouverte aux spam.

 

Mais bon, laissons ce sujet de côté, si je tapote sur mon clavier aujourd’hui c’est pour relater une anecdote illustrant le fait que lorsque je suis concentré sur un truc, je deviens hermétique au reste, comme beaucoup de monde (et c’est là que les dames arguent que les hommes ne peuvent pas faire deux choses à la fois. Lâchez-vous les amies, c’est là pour ça !). Le ciel pourrait virer au vert que je ne le remarquerais même pas. Hier soir, donc, rentrant chez moi au terme d’une dure journée de labeur, grisé par la fierté du sacerdoce dûment mené à bien, les écouteurs dans les oreilles, toutes mes pensées étaient tournées vers mon avenir direct, effectuant divers calculs à court terme, bref, répondant aux préoccupations classiques d’un chômeur.

 

Tout à mes réflexions, je contourne le fourgon stationné devant l’entrée de mon immeuble, passe la porte exceptionnellement ouverte, salue le flic qui déambule dans le hall d’entrée et m’attaque aux étages. Arrivé au troisième, juste en dessous de mon appartement, j’enjambe un seau empli de gravats, remarque que mes pas, sous lesquels crisse du verre brisé, laissent des empreintes distinctes dans la poussière épaisse qui recouvre jusqu’aux murs, je salue négligemment un pompier et un policier en pleine conversation, ignore la forte odeur de fumée, jette un œil sans y penser au gouffre noir marquant l’ancien emplacement de la porte d’entrée de mon voisin du dessous, constate que ladite porte, noircie et violemment arrachée à ses gonds, gît misérablement plus loin au milieu des débris, et commence à grimper le dernier éta…

 

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Je me retourne et contemple le navrant spectacle, réalisant seulement là que non, ce n’est ni des travaux de routine, ni un déménagement, c’est carrément une attaque des Russes (ou des Libyens), ou quelque chose comme ça ! J’entends un agent parler d’explosion au téléphone et alpague un policier pour le soumettre à la Question. Mais gentiment.

 

-                     Ouais, y a eu une pétée, c’est vous qui habitez au dessus ?

-                     Ben oui… Je peux entrer chez moi où j’ai plus de plancher ?

-                     Non c’est tout bon, pas de problèmes, ne vous inquiétez pas… Euh, y a quoi de ce côté-là (je vous épargne la gestuelle, pas indispensable pour vous représenter vaguement la scène) ?

-                     C’est ma chambre à coucher là-bas.

-                     Alors évitez d’y entrer, même si ça devrait être bon, on viendra vérifier dans la soirée si y a pas de dangers. Ça vous pose un problème ?

-                     Non, je ne comptais pas me coucher tout de suite… Y a eu des blessés ?

-                     Non, il n’y avait personne au moment de l’explosion.

 

Bon, bref. Ils ne sont pas repassés pour finir, tant mieux, comme ça ils n’ont pas vu les trois familles de Chinois en que j’héberge en situation irrégulière, ni leur local de machines à coudre. C’est le concierge qui a fini par m’indiquer que tout était rentré dans l’ordre. Lui ne sait pas non plus ce qui a pété, d’ailleurs ses yeux trahissent sa curiosité dévorante. Par la fenêtre de mon bureau, je vois mon jeune voisin du dessous affronter ses noires pensées, assis avec un ami à lui sur un muret, le regard cloué au sol. Pauvre bougre. Je vais le chercher ou bien ?

 

-                     Regarde-le, il est triste, il est désemparé, tu vas pas le laisser comme ça, si ?

-                     Oui, mais s’il recommence à faire péter des appartements alors qu’il est chez moi, hein ?

-                     Et quoi, tu vas le laisser pourrir dehors ? Si ça se trouve il a la dalle !

-                     Je sais, mais moi, dans son cas, je ne me verrais pas crécher chez un voisin que je ne connais presque pas, j’irais plutôt chez des amis… D’ailleurs il attend sûrement quelqu’un !

-                     Mais justement, il y a toutes les chances pour qu’il décline, ou alors il passe un petit moment pour décompresser, ça te laisse l’occasion de te montrer fraternel à bon compte ! Et même s’il dit non ça lui fera plaisir, mets-toi à sa place !

-                     Bon, si dans cinq minutes il est encore là j’y vais…

 

Attendre cinq minutes ? C’est quoi ce raisonnement de con ? Entre temps, une voiture s’arrête et l’embarque, me laissant avec l’impression d’avoir été un peu salaud. Pour ne pas arranger ma piètre estime de moi dans cette affaire, j’en viens à déplorer que la déflagration n’ait pas eu lieu encore un étage en dessous, histoire de satelliser les deux affreux molosses bruyants.

 

Mais ça me servira de leçon : la prochaine fois qu’un appartement explose dans mon immeuble, je me montrerai plus disponible !

 

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Coupez-lui les zèles !

22 avril 2009

Je ne sais pas si j’ai déjà eu l’occasion de le relater, mais il se trouve que je n’ai pas énormément de travail à faire ces temps-ci ; j’expérimente en fait une sorte de chômage technique qui se transformera en authentique chômage pur pedigree dans moins de deux semaines, lorsque je serai livré à moi-même, abandonné lâchement au fond d’une ruelle sordide, laissé seul et sans espoir dans la nuit froide et que, soumis à la cinglante flagellation d’une pluie glaciale, je lèverai des yeux impuissants et larmoyants vers le Ciel qui m’a oublié.

 

Le seul défi que je puisse me lancer durant mes heures de travail, c’est de meubler au mieux mes journées pour ne pas trop m’ennuyer ; ah, il est loin le temps où on me jurait un « tsunami de travail » et des « océans de paperasse » alors que l’on m’engageait pour ma résistance au stress et ma faculté de travailler rapidement (et hop, un peu de pommade pour mézigue, voilà comment on glisse une petite note à l’attention d’éventuels DRH, n’oublions pas que j’ai envoyé plein de dossiers ces derniers jours). Pour me montrer concret, pour une fois, disons que si je m’active à fond les ballons, je liquide mon travail quotidien avant la pause café.

 

Inutile de dire qu’essayer d’étaler mes tâches sur toute une journée revient à répartir une de ces mini portions individuelles de confiture sur deux kilos de pain et que lorsque l’on reçoit au bureau un gros carton plein de boulot, on est plus excité encore que des gosses une nuit de Noël devant un paquet cadeau étiqueté à leurs noms qui les dépasse en taille. Pour revenir aux exemples concrets, à l’heure où j’écris cette ligne-là (11h27, si j’en crois mon ordinateur), il me reste une pile d’un centimètre de haut de feuilles A4 déjà traitées, n’attendant plus que d’êtres pliées en deux et rangées.

 

Mais ce matin, le destin a voulu qu’un rayon de soleil éclaire cette journée. C’est très aimable à lui, d’autant plus que ça avait plutôt mal débuté, avec un fourbe mal de plot qui m’est bassement tombé dessus au réveil. Je roulais donc des yeux surpris lorsque le facteur déposa lourdement deux grosses enveloppes bourrées de papiers divers qui, répartis entre ma collègue et moi, devrait nous occuper à peu près toute la matinée pour peu que l’on ne se rue pas dessus comme une marée de crapauds en rut.

 

Très bien donc, une nouvelle positive en ce début de mercredi. Dans l’immédiat je laisse tout ça de côté, je m’y attellerai en milieu de matinée. Là, mon mal de crâne me tue, chaque battement de cœur m’arrache une grimace (donc je grimace en permanence, sinon ça fait bizarre), j’appuie mes petits doigts contre ma boîte crânienne dans l’espoir de soulager la douleur, c’est affreux, vous voyez comme je souffre hein ! Mais je fais comme Rambo (encore un point commun) : j’ignore la douleur. Vexée, elle finit par passer et va chercher quelqu’un d’autre à embêter. Il est à peu près dix heures et demie, me voilà frais comme un gardon, au boulot donc !

 

Et là, stupeur : plus de papiers, plus de courrier, plus d’enveloppes, plus de boulot, plus rien ! Je tourne la tête dans tous les sens, incrédule, pour admettre à terme la triste vérité : ma collègue a tout bouclé. En moins de trois heures. Bigre, elle est rapide quand elle s’y met ! Et c’est vrai que j’aurais dû le sentir, alors que je luttais contre ces stupides nains qui s’amusaient à faire résonner des cloches depuis l’intérieur de mon crâne, je voyais bien qu’elle bossait à tout rompre, je devinais une agitation intense et fébrile, un empressement peu commun qui aurait dû me mettre la puce à l’oreille, mais je n’ai même pas raisonné jusque là, tout occupé que j’étais à faire ma sucrée.

 

Mon regard hébété se pose sur la coupable ; dans ses yeux, quelque chose n’est pas comme d’habitude : une sorte de calme, un apaisement, une paix physique et morale que je ne lui ai pratiquement jamais vue, traduisant sa satisfaction d’avoir répondu à son besoin presque addictif de travailler à fond. Je n’ignore pas le soin très particulier qu’elle met à bosser vite, tout le temps, sans la moindre pause, elle est une de ces employées rêvées par beaucoup, qui ne compte pas ses heures et place la vie professionnelle avant tout, même si elle déteste son boulot et ses supérieurs, même si elle se sent méprisée, ce qui est le cas ici. J’hésite entre stupeur et pitié. Et opte à terme pour le second.

 

Je vais plier une petite feuille, tiens !

 

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Quand Labo mendie

2 avril 2009

…Pour payer son loyer.

 

Non c’est bon, ça va bien, je ne suis pas encore réduit à me tenir aux carrefours pour nettoyer les pare-brise des voitures attendant aux feux afin de pouvoir assumer mes charges, je devrais pouvoir tenir quelques mois avant d’en arriver là et justement on va vers le beau, ça tombe plutôt bien.

 

Le titre, c’est plus parce que j’aime bien créer des situations qui poussent les gens à me prendre en pitié, à se dire « pauvre Labo, encore une victime innocente de ce monde de riches, des méchants banquiers et de la crise injuste, comme il doit peiner, c’est quoi son adresse, histoire de lui filer du pognon ? »

 

En fait, la mendicité évoquée dans le titre est un peu paradoxale, illustrant un état de fait encore impensable il y a dix ans : depuis le début de l’année, je dois quémander pour recevoir la facture de mon loyer. Si. Maintenant, pour les gérances, il ne suffit plus de hausser les loyers et les charges toutes les demie heures, il faut aussi essayer d’économiser sur les timbres et le courrier. Pourquoi pas, mais quand on attend une facture qui ne vient pas, assez logiquement, on ne peut pas la payer ; d’autant plus que maintenant, remplir un bulletin de versement vierge n’est plus possible, il faut vingt-cinq mille références. Du coup, qu’est-ce qu’elles font, les méchantes gérances qui ont pas palpé le pognon de leurs locataires parce qu’elles ne leur ont pas envoyé la douloureuse ? Elles facturent des frais de rappel qu’elles indiquent dans des sommations menaçantes qu’elles font parvenir, toujours sans bulletins de versement, au locataire qui donc ne peut toujours pas payer. Et après, si rien ne bouge, le bonhomme finit aux poursuites et peut protester tout ce qu’il veut, ça sera pour sa gueule (expérience faite).

 

Allons, l’erreur est toujours possible, restons calmes. Pense, Labo ! La communication étant un remède à bien des maux, j’empoigne le téléphone et compose le numéro de ma gérance, ainsi que je l’ai déjà fait avec succès en décembre dernier pour la même raison. Cette fois-ci, une voix synthétique me fait très poliment remarquer que je me suis vautré en pianotant sur les petites touches qui font bip. Ma gérance a changé de numéro, soit. Rien d’indiqué dans l’annuaire, voyons ce qu’on trouve sur le ouaibe : pas d’autre numéro, peste. Tiens, elle a aussi quitté Lausanne, les adresses indiquées sont toutes désuètes. En consultant les preuves de paiement de mes derniers versements, je réalise que la raison sociale de ma gérance a changé trois fois en autant de mois.

 

Ça s’annonce plus compliqué que prévu, mais une des caractéristiques principales du Labo, c’est qu’il ne baisse pas les bras pour finir à genoux sur un coup de tête. À nous deux, gérance ! Je vous passe les détails qui rendraient ce billet plus confus encore qu’un discours de Nicolas Sarkozy pour dire qu’après une plombe de recherches quasi-incessantes, j’ai fini par localiser l’objet de mon ressentiment (non, pas à Rome, quelle drôle d’idée !). En effet, ma gérance s’est faite bouffer par un plus gros poisson qui a ensuite changé de nom, un truc pas clair, j’ai pas tout compris.

 

Après tant de recherches, je l’ai quand même un peu mauvaise et une légère envie de mettre une claque à mon futur interlocuteur me taraude tandis que dans le cornet résonne le lancinant « tuuuut » qui précède une sorte de bruit que j’ai pas bien identifié mais que j’ai bien voulu considérer comme un « allô ? ». On est en bonne voie. J’explique mon problème, on me passe une autre personne. J’explique mon problème, on me passe un autre service, j’explique mon problème, on me passe le responsable, le responsable n’est pas là, retour à la case réception.

 

Pfou. Je n’ai rien contre la personne que j’ai au bout du fil, très sympathique au demeurant, mais pour connaître le monde du bureau je sais assez comment ça marche : un réceptionniste, quelle que soit sa bonne volonté, n’a pas souvent les moyens de répondre aux souhaits de son interlocuteur et sert le plus généralement de défouloir aux types comme moi bien chauffés par les recherches de numéro de téléphone et le temps passé à rebondir d’un service à un autre. Mais pas moi, non, l’empathie naturelle qui me caractérise m’interdit de tomber si bas et ma colère est rapidement et provisoirement étouffée par mon indomptable amabilité. Je reste souriant et calme. Mais tendu. Ça doit se sentir d’ailleurs, en face on met des gants.

 

En synthèse, j’explique que z’avez intérêt à faire péter les factures vite fait, si vous m’envoyez aux poursuites je vous fous le feu, tas de culs ! Le tout enrobé bien sûr de termes plus habiles. (« S’il vous plaît, veillez à me faire parvenir dans les meilleurs délais les factures requises afin que je puisse m’en acquitter, merci de ne pas m’envoyer aux poursuites faute de quoi je me verrai dans la regrettable obligation de vous immoler, amoncellement de postérieurs »).

 

Plus qu’à attendre. On verra demain, on verra lundi. Mais je ne serais pas surpris que ma démarche se révèle vaine, je pense qu’à force de restructurer leurs programmes, leurs comptes et leur personnel à cause des changements survenus ces derniers mois, il doit régner dans leurs affaires un chantier dantesque. Mais dans ce genre de cas, c’est quand même le client qui passe à la caisse !

 

Donc voilà, c’est une mendicité d’un genre nouveau : pleurnicher pour qu’on veuille bien nous envoyer nos factures avant de finir aux poursuites.

 

Et sinon, pour la petite histoire, je pensais que ce billet serait assez court… Vous êtes toujours là ?

 

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La porte, c’est là !

26 mars 2009

Bernard

Moi, quand je m’absente plus de deux jours du boulot, je suis convoqué par les chefs. C’est comme ça, ça m’a fait le coup dans mon ancien taf et là, rebelote. Il faut dire que le charme immense que je dégage, cette prestance charismatique que j’impose, laissant dans mon sillage comme un irrésistible encens hypnotique, exerce sur mon entourage un envoûtement qui n’est pas sans rappeler le chant des sirènes mais qui dure rarement plus de deux jours. Au terme desquels, l’esprit à nouveau clair, on secoue la tête, prend conscience de la réalité et finit par murmurer à mon propos « ‘tain, mais y nous sert à rien en fait ce mec ! ».

 

Donc ces derniers jours, alors que je transbahutais des matelas vendredi, servais des cafés et des portions de couscous samedi et dimanche, rangeais tout ce souk jusqu’à lundi et récupérais mardi, le tout innocemment et sans me douter de rien, une décision difficile était prise à mon sujet : loin.

 

Et mercredi, arrivant au boulot pour reconnecter avec le quotidien,  je m’aperçois que l’on m’a fait parvenir un mail durant mon absence, me convoquant dans le bureau du big boss. « Ventre-Saint-Gris et par la Très Sainte Vierge Marie, ça sent le sapin ! » m’écriais-je avec véhémence avant d’aller me tirer un café.

 

Bien entendu, mon instinct, affûté par le patrimoine génétique des meilleurs chasseurs des tribus anciennes, ne m’avait pas trompé : arrivé dans le bureau du boss, quelque chose au fond de son regard dissipe mes doutes ; une sorte de gêne, un malaise à aborder un sujet qu’il aurait préféré ne jamais devoir évoquer. Cet homme a un grand cœur. Son assistante, à ses côtés, semble elle aussi accuser le coup avec difficulté : elle m’a épargné ses habituelles piques maussades.

 

« Ca a été une expérience humaine intéressante, je suis ravi d’avoir découvert les mécanismes internes de votre entreprise et travailler au sein de votre service a été très enrichissant, surtout du point de vue humain. » En substance, c’est à peu près ce que j’ai dit, en plantant parfois mon regard pur et clair dans le sillon noir se détachant du jaune vif des yeux de l’assistante. Après, ils comprennent ce qu’ils veulent.

 

Ce qui est sûr, c’est que je me tire à fin avril (rappelons que c’était un job temporaire) avec une bouteille de bourgogne (même pas une Rolex) et des souvenirs mitigés, rassemblant d’une part un chef sympathique, quelques bons collègues, des apprenties aussi belles qu’adorables et souvent bien plus humaines que leurs formatrices et, d’autre part, la réconfortante certitude de l’expérience vécue me prouvant que oui, il y a des gens qui sont justes méchants pour être méchants, qui tirent leurs seuls et pauvres plaisirs de leur capacité à importuner ceux qu’ils estiment inférieurs. J’ai vu ici des hommes et des femmes en or se faire marcher dessus par de véritables crevures et faire comme si de rien n’était, des personnes qui ont fini par admettre à contrecoeur que la bêtise fait partie du quotidien.

 

Retour à la case chômage, donc. Pas grave, on fait avec. J’espère juste que mon conseiller sera plus sympa que la dernière qui m’avait sèchement aboyé après moins de deux minutes d’entretien l’ordre de « faire des phrases moins longues et plus simples ». En fait, j’ai rencontré en 2008 un sacré paquet de cons, j’espère que 2009 marquera un tournant…

 

N’empêche, sans ce boulot de flan, je n’aurais probablement jamais ouvert ce blog. Vous mesurez la perte pour l’humanité un peu ? Vous vous rendez compte à quoi ça tient ? Et j’ajouterai que la pensée la plus singulière que ce licenciement m’évoque est qu’à partir de mai, je devrai commencer à écrire mes billets chez moi, là où j’ai l’habitude de consciencieusement rien foutre. Donc ce retour au chômage peut se caractériser par la phrase… « Fini de glander » !

 

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« Une bière, siouplait ! »

25 mars 2009

Pas de doutes, je suis bien de retour au boulot. Première impression, c’est dur. Deuxième, j’étais mieux en week-end. (J’aime bien commencer mes billets par une révélation choc.)

 

Mais voilà, les meilleures choses ont une fin. Et avant ce week-end, je n’étais pas mécontent de la voir poindre à l’horizon, ladite fin. De la meilleure chose, donc. Suivez un peu s’il vous plaît. Déjà que moi je m’embrouille, les doigts tout rouillés après cinq jours hors du monde, si vous vous y mettez aussi on va pas s’en sortir. Merci.

 

En fait, ce week-end, c’était Orc’idée*, convention lémanique de jeux de rôle et de plateaux, qui, selon une tradition séculaire, se déroule chaque année à l’EPFL depuis environ quinze ans. Et dont je participe à l’organisation depuis 2002. Tudieu, comme le temps passe. Et puis ça fait très classe de dire qu’on organise un évènement depuis des années, mais il me faut préciser que mon rôle se limite à la rédaction, ce qui ne bouleverse pas trop mes habitudes, ainsi qu’au maintien du bar une fois sur place. Ouaip, bibi est « responsable bar ». Detcheu la gloire !

 

Ça veut dire qu’au cours de la convention, le pauvre Labo traîne derrière un comptoir, rassasiant une sympathique horde de geeks affamés, enchaînant les services de pizzas, de cafés, de boissons pétillantes noirâtres provenant de l’autre bout du monde, de croque-monsieur, bref, de plein de bonnes choses, le tout, bien sûr, avec le soutien inestimable d’aides diablement efficaces et d’un vrai pote qui, eut-il été l’ami d’Atlas, l’aiderait encore aujourd’hui à supporter le monde. (Pommade) (Il me lit)

 

Comme l’homme se distingue de la bête sans âme par sa capacité à reconnaître ses erreurs (surtout lorsqu’il les reproduit), j’ai pu, au cours de ces années de services, apprendre bien des points passionnants sur ce glorieux sacerdoce qu’est la noble tâche de sustenter une foule. Je vous livre ci-après quelques unes de mes considérations :

 

• Le bar, c’est la vie. Il y a les vivants, qui disent « je vais chercher une grignote » et les âmes tristes et moribondes qui y répondent toujours « tu peux me prendre quelque chose ? » parce qu’elle n’ont pas envie de se déplacer. Presque tout le monde passe au moins une fois au bar, on y retrouve des potes, on y parle tout haut pour faire profiter tout le monde de sa science, c’est un lieu d’échange, de culture, de partage d’idées, de fraternité et de chaleur humaine. Enfin peut-être pas tout ça, mais en tous cas c’est un bar, et c’est toujours bien un bar.

 

• Il est difficile d’expliquer que l’on ne vend pas d’alcool lorsqu’on tient un bar dont les locaux nous ont été aimablement prêtés par un vrai établissement (Satellite pour les connaisseurs) (il y a en a ?) dont les panneaux publicitaires citent au moins quinze marques de bières.

 

• On a beau couvrir peu de terrain, à force de marcher derrière un comptoir, à la fin du week-end, on a les pieds usés jusqu’aux genoux.

 

• A cinq derrière le bar, on arrive à se répartir pour couvrir toute la surface et servir tout le monde rien qu’en se passant les choses, sans avoir à se lever des tabourets amenés exprès. Mais les clients tirent une drôle de tête.  Sauf le dimanche matin, où ils ne réalisent pas.

 

• Servir un chili con carne ou un couscous le dimanche matin avant huit heures, ça a quelque chose de traumatisant.

 

• A force de servir à toute heure des myriades de pizzas et de platées de bouffe chaude, lorsqu’on s’offre une assiette parce qu’on crève littéralement de faim, on en a tellement vu qu’on arrive à peine à y planter une fourchette.

 

• Après un jour de montage, deux jours de convention entrecoupés de trois petites heures de sommeil, le démontage et le nettoyage, on est fatigué, vidé, lessivé, crevé, usé, abîmé, brisé, en un mot, naze. Mais heureux. Parfois, on est un peu comme l’électronique : une fois les batteries complètement vidées puis remplies, on repart pour plus longtemps !

 

 

*Saurez-vous déceler le subtil jeu de mots qui se cache derrière ce nom apparemment anodin ?