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Adieu pupuce

25 juin 2009

On va commencer par une métaphore évoluée : l’inspiration est comme un large fleuve qui alimente diverses zones du cerveau d’un blogueur, zones généralement vouées à la culture de l’ironie, du sens critique, du facteur grande-gueule et de l’auto attribution du droit sacré de juger bassement son prochain. Voilà. C’est juste pour dire que chez moi, avec l’été, c’est pas vraiment la saison des crues. Oui je sais, vous l’aviez vue venir. Mais je dois confesser que nombre de débuts de billets ont dernièrement rencontré un destin brutal par le biais de la fonction « vider la corbeille » de mon ordinateur au cours de laquelle leurs cris de détresse se sont élevés à l’unisson. Chochottes.

Mais bon, puisqu’on en est là, autant laisser de côté mes sujets habituels (la presse, le boulot, les gens, la presse, le boulot…) et revenir sur un point que j’ai trop longtemps laissé de côté : l’instruction. C’est toujours bien, passe-partout, ça plaît et on peut pas critiquer sans passer pour un plouc. Donc hop, culture !

Je propose que l’on s’intéresse à nouveau à la zoologie ; la dernière fois nous nous étions penchés sur cet admirable ruminant qu’est le phacochère et la connaissance ainsi acquise de ses mœurs et de son mode de vie avait joué un rôle prépondérant dans le rapprochement de nos deux espèces. Aujourd’hui, pour demeurer dans un registre à peu près similaire, je vous propose un exposé sur la puce.

LA PUCE donc 

Sous un nom un peu ridicule, la puce cache une appellation romaine nettement plus classe, à savoir « Siphonaptera », qui conviendrait bien à la méchante d’un film américain sur l’Egypte antique. C’est un petit insecte ectoparasite – donc une bête qui parasite l’ecto, mais pas le verso – dont le mode de vie consiste le plus généralement à se taper l’incruste là où on ne l’a pas invité, ce qui lui réussit bien puisqu’on en a recensé au cours d’études sûrement passionnantes pas moins de 2500 familles à travers le monde. Il faut admettre que l’évolution et la diversité de cette espèce à quelque chose d’étonnant, comme en témoignent ces divers clichés :

Puce standard Puce standard

 

 

 

 

 

Puces sauteusesPuces joueuses

 

 

 

 

 

Puce évoluée Puce évoluée

 

 

 

 

Emplie de courage et animée par une puissante soif genre vendredi soir à l’heure de l’apéro, la puce saute sans crainte sur sa proie pourtant nettement plus grande qu’elle, défait ses affaires et squatte les lieux sans vraiment chercher à se faire trop remarquer. Au cours de son séjour, la puce se nourrit du sang de sa proie qu’on lui souhaite sobre et l’on notera d’ailleurs que cette tendance est particulièrement bien dans le ton « énergies renouvelables » de notre société, en opposition avec le puma, pour ne citer que lui, qui préfère étouffer sa proie pour ensuite l’engloutir en entier, sans rien laisser pour les copains, pratique déjà plus dans le ton « milieu de la finance ».

Pour conclure, on retiendra surtout que la puce est une bébête qui se nourrit du fluide vital d’autrui et reste accrochée à sa proie jusqu’à ce que cette dernière finisse exsangue ou ne prenne les mesures nécessaires pour chasser le parasite. Et puisqu’on est sur le sujet, je tiens à souhaiter une bonne retraite à Pascal Couchepin, ministre de la santé démissionnant devant la situation désastreuse du système de santé après avoir assuré une fortune considérable aux pontes du secteur et aux caisses maladies.

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Weedstock

13 juin 2009

Yo Rasta ! T’as lu les journaux dernièrement man ? La police Vaudoise a saisi en l’espace de quelques mois la bagatelle de huit mille trois cents plantes de cannabis, des productions industrielles qui, attention, n’étaient pas destinées à la fumette, mais bien à répondre à l’énorme demande en Suisse des consommateurs qui apprécient tant mettre une petite pincée de Marijuana dans leurs bains ou s’en faire d’innocentes tisanes contre l’insomnie. Un véritable génocide végétal !

Huit mille trois cents plantes arrachées à leur environnement naturel de tubes néons, d’arroseurs automatisés et de murs isolés, c’est une injustice criante, Rasta ! ça fait une sacrée forêt, tout un écosystème abritant d’innombrables vies animales, des cours d’eau sauvages, des recoins inexplorés, des tribus primitives, le rêve de tout reggae-man explorateur ! Tout ça parce que c’est illégal. Allons allons, un peu de bon sens, comment un jeune peut-il tenir le coup durant les quinze semaines de l’école de recrue s’il ne s’arrange pas pour être stone le plus souvent possible ? Et si tous ces silencieux et paisibles groupes de fumeurs avachis dans leurs canapés s’extirpent de leurs salons enfumés et vont chercher une compensation dans les bars, ça va encore faire du raffut dans les rues !

En se creusant un peu le bonnet, on doit bien pouvoir trouver des usages à toute cette verdoyante nature. Par exemple, on pourrait vendre tout ça aux Pays-Bas, ça renflouerait les caisses de l’Etat et on verserait les recettes à l’aide sociale pour être en mesure de continuer à offrir sa pitance au pauvre zigue qui doit bien se payer son packs et entretenir ses dreadlocks. Parce que si on lui sucre ses indemnités, le jeune, il va chercher du taf, c’est logique : essayez seulement de glander plusieurs années sans fumette, c’est d’un ennui total (d’où l’expression « long comme un jour sans joint »). Il faut s’occuper, sinon c’est un coup à perdre la boule. Et si tout ce monde se met à vouloir travailler, vous imaginez l’explosion de demandeurs d’emploi ? En temps de crise en plus ! Quelle inconséquence !

Ou alors, pourquoi n’utiliserions-nous pas ce stock pour remplacer les antidépresseurs dont tant de Suisses sont friands en cette période de stabilité économique et sociale ? Voilà qui diminuerait les coûts de la santé tout en remettant les dépressifs sur les rails. Parce qu’on n’a pas fini de découvrir les effets secondaires des antidépresseurs, sans compter la dépendance, facteur absent de la consommation de cannabis, c’est vrai, tout fumeur le dira : il arrête quand il veut. Et puis si on consomme toute une boîte de médicaments, on n’aura plus jamais l’occasion de déprimer, alors que la Marijuana n’a jamais tué personne. Des fois on dirait, on arrive chez des potes, y a un type tout blanc qui bouge pas dans un fauteuil, on croit qu’il a crevé mais non, il est en pleine forme, avant peu il sera debout, avec une puissante fringale de lion et il vous descendra tout le frigo ! Et ça, si c’est pas un signe de bonne santé, je ne sais pas ce que c’est !

Mais non, poussés par notre tendance autodestructrice on va foutre le feu à tout ça, impitoyablement. En espérant que le système de ventilation de l’incinérateur ne batte pas de l’aile, sinon c’est tout le canton qui va partir en bad trip. Bob Marley doit se retourner dans sa tombe. C’est déprimant tout ça, je vais aller me faire une tisane.

Pour conclure, une vidéo de vacances hors-sujet d’un monsieur qui ne fume pas : http://www.youtube.com/watch?v=5MeiwLLZjDo

One Love Rasta !

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La demande téméraire

9 juin 2009

J’ai déjà eu l’occasion de dire que j’assume volontiers mon côté beauf, en dépit des ironies et des sarcasmes des vilains peine-à-jouir moroses qui peuplent notre quotidien ; du coup j’affirme qu’en ce début de semaine c’est presque tout un pays qui a le sourire et je rejoins au pas de course le cortège béat de ceux que la victoire de Federer à Paris transporte d’allégresse. Et je suppose que les nombreux suisses qui affirmaient d’un ton péremptoire et sarcastique, en affectant un détachement feint, que c’était pour lui « l’année de trop » ne se sont pas fait prier pour fêter dignement son succès et pérorer tout leur soûl sur le « retour du patron ». Ah, les Suisses !

Bref, ce n’est pas pour ça que je vous embête aujourd’hui, mais plutôt pour vous faire partager la piquante conversation que j’ai eue en ce jour (enfin hier, vu que j’ai pris l’habitude d’écrire mes billets en deux fois) avec ma cheffe de service, une personne plutôt sympathique qui a affiché un embarras inattendu lorsque j’énonçais ce que je pensais être une question rhétorique, à laquelle je n’imaginais pas d’autre réponse qu’un « bien-sûr, voyons, pensez-donc ! » distrait.

Pour situer, il faut savoir que j’effectue ce qu’ils se plaisent à appeler une « mission temporaire » pour une boîte de placement et que je dois faire parvenir hebdomadairement à cette dernière une fiche signée des RH de l’entreprise pour toucher ma pitance. Or, ayant entre mes mains la précieuse feuille en question, j’entreprends de la mettre sous pli, accompagnée de celle de ma collègue temporaire, car il ne sera pas dit que je manquerai aux devoirs auxquels la galanterie m’oblige, écris l’adresse en y laissant le moins de fautes possibles et cherche à affranchir l’enveloppe ; point de machine à timbrer dans les environs (on fait vraiment des machines pour tout aujourd’hui) et je m’adresse à ma cheffe :

 « Pardonnez-moi, très vénérée et bienveillante supérieure hiérarchique dont la chaleureuse vigilance presque maternelle emplit ce bureau d’une douce quiétude familiale, comment procède-t-on à l’affranchissement du courrier entre vos murs, existe-t-il un service auquel je dois apporter mon importante missive afin qu’ils la confient à un vaillant coursier qui ira la délivrer promptement à son destinataire frétillant d’impatience ? »

Silence. Le calme reposant qui emplissait jusqu’alors la pièce semble s’être d’un coup métamorphosé en une lourde chape de plomb réduisant tous ses occupants au mutisme.

« Si par hasard vous avez l’impression qu’une voix s’est élevée céans, ne vous inquiétez pas, c’était moi ! » (Toujours tenter l’humour pour débloquer une situation.)

« Oui oui, je réfléchis ! » Ma cheffe affiche un air songeur et semble trouver ma question surprenante « C’est que les anciens temporaires, ils amenaient leurs fiches eux-mêmes. »

En fait, la question rhétorique dont je parlais plus haut était bien-sûr celle-ci. D’ordinaire, tout le monde répond que oui, pas de problèmes, on envoie la lettre à ta boîte de placement, c’est vraiment la moindre des choses au vu de la qualité exceptionnelle du travail que tu accomplis pour nous. Ou quelque chose comme ça. Quand on brasse des millions par année, on ne s’inquiète généralement pas trop pour un timbre hebdomadaire, qui correspond, calculette au poing, à une augmentation de 1/2000 des frais que nous leurs imposons, ma collègue et moi, sous la forme du scandaleux salaire qu’on leur extorque injustement.

Elle m’explique que pour elle il n’y a pas de problèmes, mais qu’elle veut voir avec les Ressources Humaines si une procédure est de mise pour ce genre de cas. Et de m’expliquer en pianotant sur son téléphone qu’elle se demande si les frais d’expédition ne devraient pas être à notre charge, après tout c’est du domaine privé. A l’autre bout (aux RH donc), on décroche.

« Oui, c’est Gudule*, ça va ? Oui, hihihi, dis-moi, j’ai une question de Labo, un temporaire, il demande si il peut envoyer sa fiche de paie à sa boîte de placement par le biais du courrier de l’entreprise, c’est possible ça ? (Silence.) Oui, je te pose une colle là, hein ! Comme tu dis, c’est privé en quelque sorte, mais bon, c’est aussi en travaillant pour nous… Bonne idée, je vais lui demander ! »

« Avant vous étiez aussi temporaire dans un autre service, vous faisiez comment ? »

« Ben, on avait une machine à affranchir et roulez jeunesse ! »

« Ah oui ? Ils étaient d’accord ? Vous aviez demandé l’autorisation ? »

Là c’est difficile, j’ai envie de lui dire que oui, pour soigner les apparences on avait effectivement demandé l’autorisation, ce à quoi ils avaient naturellement répondu que ça ne posait aucun problème, que c’était même normal, qu’il faudrait être quand même de sacrés ballots pour nous laisser payer l’addition de notre poche, que nous sommes entre gens civilisés etc. Mais là, les circonstances surprenantes l’exigeant, je me devais d’habiller ma pensée de termes plus habiles.

« Oui oui, ça n’a pas posé de problèmes, je me risquerai même à dire qu’ils paraissaient trouver cela normal… » (En même temps, ils m’ont payé presque une année à rien foutre, alors quelques timbres…)

S’en suit une longue conversation téléphonique dont je vous passe les détails. À terme, il est décidé qu’exceptionnellement on veut bien affranchir mon courrier aux frais de la princesse dans un accès fou de générosité qui, souhaitons-le, ne les conduira pas à la faillite, après quoi il serait bien que ma boîte de placement me fasse parvenir des enveloppes timbrées.

Il serait bien que je considère cette enrichissante expérience comme référence future. Parce qu’avec mes requêtes audacieuses, ma façon éhontée de tirer sur la corde et de prendre le bras lorsque l’on me tend la main, il se pourrait qu’on décide légitimement de ne pas prolonger mon contrat. Dès fois que je leur coulerais la baraque avec mes caprices de radin. Il ne faut pas froisser l’oncle Picsou !

 

*Prénom d’emprunt. D’ailleurs, la personne à qui je l’ai emprunté m’assure ne pas vouloir le récupérer.

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J’ai une question

3 juin 2009

On me fait signe dans le fond que je m’encroûte un peu. C’est vrai, d’ailleurs ma mauvaise conscience me guette tandis que je me vide l’esprit au soleil dans les parcs du coin (c’est une image) et son regard en dit long. Mais bon, le nouveau taf, le tennis, le beau temps, tout cela expliquera bien assez mes égarements et manques d’inspiration actuels que vous voudrez bien pardonner, avec au fond de vos yeux cet inaltérable éclat de bienveillante compréhension emprunte de sollicitude, lequel d’ailleurs vous rend superbe.

En fait il se trouve qu’aujourd’hui une question me taraude, d’ailleurs vous vous en serez peut-être doutés si vous avez lu le titre attentivement et y avez décelé son subtil premier degré délicatement souligné, octroyant par ailleurs un charme sobre mais profond à la tournure de la phrase, je pense que c’est un de mes meilleurs titres. Une question toute simple qui me vient à l’esprit suite à la lecture d’un article qu’on m’a désigné en ricanant, dévoilant, dans sa plus dure vérité, que Mister Suisse est blonde presque illettré.

Bon, selon l’article, c’est un problème limite fonctionnel qui peut arriver à tout le monde, voilà, pas de bol. Par contre, plus loin, on apprend que 500′000 personnes seraient (toujours privilégier l’usage du conditionnel lorsque l’on se réfère aux gratuits romands) dans le même cas en Suisse. Ce qui exclut le problème fonctionnel, je pense.

Ben oui, on connaît le langage SMS et l’étrange jargon du web, les mômes ne sont plus légion à s’arracher les dicos à la bibliothèque, on ne se bat plus trop pour les prix de français à l’école, ça fait peur. Quand on pense à quel point on était appliqué en classe quand on avait leur âge, et fiers de réciter sans un accroc nos leçons durement apprises, ça fait froid dans le dos ! Le monde que l’on s’échine à bâtir, si pimpant, si frais, si prometteur, ils vont tout nous le foutre par terre !

Mais je dis, ne nous emballons pas ! Je pense qu’on devrait dédramatiser, rassurer la population inquiète par la recrudescence de barbares en nos terres ; certes, lorsque l’on observe les jeunes sortant de l’école, on a envie d’affirmer qu’ils ne croulent pas tous sous la culture générale. Et puis ils ont quelque chose d’indéfinissable, avec leurs regards veules et leurs voix rauques, leurs soupirs inquiétants et leurs ricanements secs qui s’élèvent dans la Pampa. Mais ils ne sont pas si méchants. Je l’affirme par expérience, je côtoie des vrais apprentis au boulot, et je ne m’en sors pas si mal. Il y en a même à qui j’ai parlé, parfois autours d’un café, amicalement, presque à égal ! J’ai échangé des points de vue, j’ai collaboré avec, je les ai écouté ! Je leur ai serré la main, sereinement, sans faire d’histoires !

Et bien je maintiens, ils sont braves, ces petits ! Ils parlent correctement, se tiennent à l’écart des persiflages de couloirs, discutent de foot, travaillent bien, s’investissent, ils sont gentils, propres, ne mordent pas, ne coupent pas leur salade avec un couteau et ne mettent pas les coudes sur la table en mangeant. Certes, ils ne se lancent que rarement dans d’interminables échanges d’interprétations des préceptes de Zarathoustra, mais ils ont la vie devant eux pour réparer les graves carences de leur culture.

Mais bon, si j’en crois ce que je lis sur le degré d’analphabétisme en Suisse, observe à la dérobée ses sales jeunes à casquettes, écoute les conversations des sages personnes d’expérience qui parlent si bien du bon vieux temps, ressasse mes propres souvenirs et surtout, généralise comme on sait si bien le faire, je constate qu’apparemment :

ils ne savent pas écrire, (« tu peux me relire stp ? » « Bien-sûr, donne… Alors… Non, y a… euh… Ouais, c’est complètement faux en fait. »)

Ils sont un peu fâchés avec l’histoire (« eh non, la guerre de Cent Ans c’était pas aux Etats-Unis… Hein ? Ouais si tu veux, on parie ! »)

Ils sont pires que moi en calcul (« - 5% de 200, ça fait combien ? » « Euuuh *pianote pianote*… » « Non, tu touches pas cette calculette, donne-moi ça ! Je répète : 5% de 200, ça fait combien ? » « Euuuhhh… *panique* » « Concentre-toi… »)

Ils sont zéro en allemand (« *panique (mêlée d’espoir, après-tout il ne me connaît pas)* J’ai un gus de Lucerne au téléphone, tu parles allemand toi ? » « Non. ») 

Du coup toutes ces profondes réflexions m’amènent à la question précitée : si on en croit tout ça, elle sert à quoi l’école aujourd’hui ?

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Sirènes hurlantes

30 mai 2009

Tous les deux ans, lors d’un championnat d’Europe ou d’un Mondial de foot, on a pris l’habitude d’assister après chaque match au navrant cortège des supporters avinés de l’équipe victorieuse, bloquant et empestant les axes routiers des heures durant au volant de leurs bagnoles au milieu des paisibles agglomérations généralement endormies, roulant au ralenti tout en envoyant à coups de trompes raisonner leur allégresse agressive aux oreilles des habitants du coin. C’est la grosse tuile des championnats et j’ai beau regarder volontiers des gens taper dans des balles, ces processions braillardes de crétins bruyants me tapent sur les nerfs.

Oui, c’est encore une résurgence mon côté vieux con, que j’affûte comme une hache de bataille à chaque occasion que j’ai de faire un peu mon pénible. Mais j’ai la prétention de croire que c’est toujours moins ballot qu’aller faire résonner tout ce que je peux avoir de bruyant au milieu de gens qui ne m’ont rien fait. Certes, ces évènements sont rares, ça anime les rues, ça rapproche les gens qui oublient leur peur des diverses variantes de la grippe bestiale, ça change du quotidien, tout ça. C’est ce que j’avançais moi-même crânement il y a quelques années aux autres vieux cons qui levaient le poing vers ces processions tonitruantes. Qu’on veuille bien considérer cette bienveillante tolérance et cette largesse d’esprit comme une erreur de jeunesse, merci, je promets de travailler dur pour rectifier le tir.

Parce que ça, c’était avant. Ça veut dire avant que tout le monde s’y mette, à tel point qu’après chaque match on ait droit à des heures d’éclats de trompes hystériques (« Fichtre, tu savais qu’il y avait autant d’équatoriens à Lausanne ? »). Avant que la durée de ces festivités ne s’allonge démesurément, passant d’une heure à deux, trois plombes à bouffer de l’essence en roulant au pas au milieu de supporters déchaînés. Bref, c’était lorsque les zigues prenaient la voiture pour se rendre du point « A » (pour « Allez les gars, on va faire la noce ! ») au point « B » (Pour « Bistrot ». Ou « Bar ». Mais certainement pas « Bibliothèque, rayon Arthur Rimbaud »). Dès lors, affichant fièrement le maillot de l’équipe élue (voire des vaincus (généralement en rouge et blanc), pour montrer qu’on est beau dans la défaite), arborant drapeaux et fanions, bonnets et écharpes, chaussettes et strings girafes, les heureux fêtards généralement bien entamés à la Kro s’en allaient se camphrer la ruche au troquet du coin, en faisant raisonner les klaxons de la victoire durant le trajet. Ça durait une petite heure, point. Généralement, l’animation dans les rues venait essentiellement de piétons. C’était le bon temps j’vous dis.

Donc maintenant, quelle que soit l’équipe gagnante, ça fait péter les décibels jusqu’à pas d’heure. Si c’est l’Italie ou la France (improbable), c’est trois plombes minimum. L’Espagne, la Hollande ou le Portugal, c’est l’hystérie et on ne parle que de ça dans les journaux. La Corée ou le Japon, les rues sont envahies d’une minorité d’asiatiques submergés par des fans de Manga. La Turquie, la fête dure toute la nuit et le Suisse se terre chez lui, terrifié. L’Allemagne, pas un bruit (c’est l’exception qui confirme à la règle, manifestement. Du coup, hop Mannschaft !). La Suisse, je sais pas.

Bref, si je viens sur le sujet (pas tout à fait d’actualité, je vous le concède), c’est parce que cette semaine a eu lieu la tant attendue finale de la Ligue des Champions, une vraie finale, c’est à dire crispée et assez ennuyeuse. Une finale qui, comme il se doit, à vu un vainqueur. En l’occurrence, Barcelone l’a emporté sur Manchester, mais ça on s’en fout (enfin, vous vous en foutez, moi ça me fait beaucoup de peine). Or, tard dans la soirée, alors que j’arpentais les rues pour rentrer chez moi, croisant ça et là les supporters du Barça tout sourire, les klaxons ont commencé à retentir dans les avenues principales de la ville. Trois voitures isolées faisaient retentir les sirènes du triomphe et éructaient leur joie à la face de la population indifférente. Trois pauvres bagnoles, une demi-douzaine de personnes à tout casser qui brandissaient leurs fanions dans l’habitacle, qui donnaient vraiment l’impression d’être en retard d’une année.

Pauvres fanatiques déments, vous étiez pétés comme des hélices, à tel point que le navrant ridicule de votre situation ne pouvait pas vous atteindre. Éructant de triomphe, à aucun moment vous n’avez réalisé à quel point vous étiez seuls, décalés et emmerdants, aussi déplacés qu’une père-noël sur les plages au mois d’août. Et qu’aviez-vous fait pour vous laisser ainsi transporter par votre joie puérile ? Rien, sinon rester assis dans vos canapés à vous gaver de San-Miguel et de nachos, pour finalement surgir de vos appartements à onze heures passées, un soir de semaine, pour vous engoncer dans vos tires et faire péter les klaxons dans le centre-ville, pour bien faire comprendre au plus de monde possible que vous étiez contents. Parce que c’est le foot, on peut. On a le droit. Êtes-vous allés faire la fête au moins ? J’en doute. L’important, c’est d’être bruyants, je suppose donc que, fidèles aux traditions qui se sont développées ces dernières années, vous vous êtes contentés de faire quelques fois le tour des mêmes quartiers avant de retourner chez vous emmerder vos voisins.

Vous allez voir, à la prochaine victoire de Federer sur un hispanique, je vais faire péter toutes les sirènes possibles dans les quartiers espagnols, on verra qui est content !

Ouais, c’est peut-être pas une bonne idée en fait…

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La politique de Joseph Curwen

27 mai 2009

(Une mousse à celui qui comprend le pourquoi de ce titre incompréhensible)

La fin du mois de mai est toujours un moment intense pour les amateurs de sensations : on établit des pronostics en vue de la finale de la Ligue des Champions, on s’avachit des heures durant devant Roland Garros, on contemple avec extase diverses icônes bling bling se pavaner dans leurs costumes de luxe au Festival de Cannes et les organisateurs du Grand Prix on fait le plein de mousseux en vue de ventiler tout ça depuis le podium. Bref, l’été arrive, le soleil, le ciel bleu, les horizons dégagés, la lumière chaleureuse et intense, tous ces signes longtemps attendus nous annoncent une saison idyllique propice aux grandes compétitions sportives et aux rassemblements divers qu’on ne manquera pas de suivre avec délectation depuis notre salon. En baissant les stores, quand même, parce que le reflet du soleil est fichu de nous gâcher le spectacle. Et en fermant les fenêtres aussi, histoire de ne pas être importuné par ces maudits hurlements d’oiseaux. On est fin prêt, tout est réglé comme sur du papier à musique. Y a des bières au frigo, les pizzas s’entassent dans le bac à glaçons du frigidaire, les chips sont disposées sur la table. Mais qu’on est bien ! Cigarette ?

Toutefois, tous ces évènements majeurs ne sont rien cette année comparés à l’amplitude qu’atteint la rude course à l’idée fantasque qui se déroule en ce moment aux quatre coins du globe ; en France, on instaure des lois de bourrins contre les téléchargements illégaux. En Italie, on botte en touche les questions embarrassantes posées à un petit vieux local concernant certaine jeunette. En Suisse, on parle d’enseigner la self-défense aux écoliers et d’acheter des n’avions de guerre, et j’en passe ! Une compétition d’excellent cru, une épreuve acharnée que se disputent les grands professionnels de notre temps. Et dans le peloton de tête, là où l’on joue des coudes et où l’on redouble d’inventivité pour s’arroger la victoire, une percée exceptionnelle d’un coureur a attiré nombres d’exclamations de surprise : Frédéric Lefebvre, député français, a proposé de mettre en place une loi visant à « permettre aux employés de continuer à travailler durant certaines périodes de congés », à savoir en cas de maladies, d’accidents ou, pourquoi pas, de maternité. Et de renforcer du coup son statut d’un des favoris de la compétition.

Une petite précision, pour cerner plus concrètement le sujet : l’employeur ne pourra pas s’opposer à cette demande (sic). Lefebvre fait fort et frappe là où ça fait mal : dans l’orgueil des patrons, qui ne pourront que se soumettre aux velléités de leurs employés zélés.

-         « Boss, j’ai une nécropneumonie, je file à l’hosto. Au fait, j’embarque le dossier Radiguet, je plancherai entre deux op’. »

-         « Ah mais non ! Reposez-vous bon sang ! »

-         « Tututu, on me la fait pas à moi ! J’emporte le boulot, point barre ! »

-         « God damn it ! »

L’idée a cependant été fraîchement reçue. Lefebvre est un chevalier moderne, qui se bat pour des causes nobles et incomprises. Il s’explique pourtant clairement : « Il y a des salariés qui subissent un arrêt maladie, qui sont immobilisés chez eux deux mois, mais qui ont les facultés intellectuelles pour travailler. » C’est vrai, les pauvres, ils ont une jambe cassée en trois, la grippe okapienne ou pire, un enfant, et ils n’auraient pas le droit d’avancer un peu le boulot ? Et quoi, on ne va pas dire qu’ils n’ont pas le temps de passer un petit coup de fil ou de mettre à jour des statistiques entre deux quintes de toux, si ? Quelques petits spasmes douloureux de temps à autres n’influenceront, à terme, en aucune façon le résultat d’une étude de marché, pas vrai ? Et ce n’est pas une malheureuse rotule cassée qui empêche de pianoter gaiement sur un clavier !

Le texte a été repoussé en commission, mais le député ne baisse pas les bras. Il n’oublie pas qu’avant lui, Anaxagore, philosophe grec, avait été condamné à mort puis gracié pour avoir avancé que le soleil était une masse incandescente et non le chariot d’Hélios. Son idée lui attire la colère de la foule et l’ire des salariés, mais Émile Zola, lui aussi incompris, avait de même déclenché le courroux des mineurs à la sortie de « Germinal », avec Renaud et Gérard Depardieu. Sûr de son droit, beau dans sa peine, blessé par les critiques de ceux à qui il tend la main mais ivre de liberté malgré tout, il promet de défendre son texte et portera sa croix jusqu’au sommet.

Sarkozy sera fier de lui. Il accouche dans la douleur d’un concept nouveau (quoi que…), qui offre à un salarié un droit qui profite à son employeur ; voilà qui donnera lieu à de jolies scènes de chantage. Et il est vrai que dans la situation actuelle du monde du travail, il est primordial de décourager l’octroi d’emplois temporaires à des chômeurs en manque d’expérience. Toutefois, on notera que la Suisse et la France, avec respectivement leurs politiques de la santé et du travail, arrivent à une idée de base identique : quand on est malade, on assume jusqu’au bout.

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Conversation d’ascenseur

24 mai 2009

Je sais ce que vous pensez : vous avez chaud, vous souffrez. Parce que loin d’ici, une grosse boule de feu composée de 74% d’hydrogène, de 24% d’hélium et d’une poignée d’autres trucs s’obstine à faire son intéressante ; elle flotte au dessus de nos têtes, indifférente, et nul nuage ne semble avoir les tripes de contester sa suprématie. D’aucuns le diront : un temps de rêve. Un temps à abandonner l’oppressante atmosphère de son appartement surchauffé pour se jeter sur les plages ou à la campagne, un temps à courir nu dans les champs d’émeraude et se rouler dans l’herbe fraîche en jouant avec les tapirs. D’autant plus que c’est peut-être les derniers beaux jours de l’année.

Il n’empêche, c’est éprouvant. Les journées ensoleillées sont épuisantes, à tel point qu’on se demande ce qu’on leur trouve, à la fin ; après plusieurs heures à se vautrer au soleil, on se sent toujours fatigué, plus encore qu’après une âpre semaine de travail. Je rentre d’ailleurs d’une séance bière-bouquin au parc du coin, lisant d’un œil la confection en bouse de vache d’un campement Masaï (j’aime trouver dans mes lectures ces petits enseignements simples qui peuvent pourtant se révéler si utiles) et regardant de l’autre les silhouettes féminines de rêve qui s’offrent au dieu-soleil (quel veinard, celui-là ! Et dire que ça le laisse de glace !).

Quoi qu’il en soit, réjouissez-vous : demain lundi, vous serez à nouveau à l’abri de l’oppressante morsure céleste dans votre bureau, à débattre avec vos collègues de points passionnants : comment satisfaire tout le monde, sachant que la climatisation enrhume certains, que les ventilateurs créent de détestable courants d’air selon d’autres et qu’il se trouve toujours un triste sire pour baisser complètement les stores ou refuser de bosser la fenêtre ouverte ?

Bref, tout ça pour dire que si un dimanche je me retrouve à vous parler du temps qu’il fait, c’est que vraiment, l’inspiration se fait désirer. Autant pour moi. Ce doit être le soleil (il a bon dos, au moins). Ou la flemme, aussi. Mais force est d’admettre qu’il en résulte que ce blog prend peu à peu des allures de désert sinistré et abandonné où les oasis se font rares.

Mais baste, bon début de semaine à vous et ne vous enrhumez pas !

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Au Boulot II

19 mai 2009

 

Le retour

Bon, observons attentivement ; des bureaux, des ordinateurs, des gens que je ne connais pas qui occupent des places qu’ils semblent s’accaparer légitimement… Des plantes vertes, des armoires emplies de classeurs, une moquette indéfinissable, des néons et, devant moi, un bureau étroit, quelques feuilles de procédure et une tasse de café. Dans tous les coins (quatre), des machines diverses se dressent en silence, leurs écrans tactiles émettant des lueurs spectrales dans la pénombre.

Pas de doutes, mes soupçons se confirment : je crois que je bosse à nouveau. Juste avant Roland Garros en plus.

Me voilà bien. Après deux pauvres petites semaines d’inactivité relative, je me retrouve à nouveau, sans avoir le temps de comprendre comment, devant un écran débitant des chiffres et des données obscures ; mais comment en suis-je arrivé là ?

« Un travail de deux semaines, peut-être plus, ça pourra être prolongé selon les circonstances » m’a-t-on susurré en agissant un petit pendule pour influencer ma décision. Euphorie. J’aime pouvoir regarder loin en avant et ne voir que ciel bleu là où porte mon regard de braise, jusqu’aux horizons lointains et nébuleux, si distants aujourd’hui, qui représentent le futur indéfinissable que sera le monde dans quinze jours.

Mais ne crachons pas dans la soupe ; ce taf risque d’être court, mais je crois que je suis bien tombé. Pas de crispation dans l’air, pas de tensions entre les collègues, pas de fiel derrière les sourires. Et du boulot à abattre. Tout plein. Je vais devoir travailler les gens ! Horreur indéfinissable du raz-de-marée surgissant du gouffre de l’Administration qui engloutira mon maigre cri de désespoir dans son tumulte grondant lorsqu’il refermera sur mon pauvre corps grêlé par le labeur son étreinte d’acier ! Travail. On m’avait pourtant mis en garde. Quelle inconséquence.

Ça m’apprendra à me rendre indispensable ; parce que je bosse dans la même boîte qu’avant. Autre bureau, autre service, autre bâtiment, autre quartier, mais mon âme fusionne à nouveau avec l’esprit de la Ruche et tend de toutes ses forces à l’accomplissement du Grand Dessein de la Reine Mère.

Mais force est d’admettre que j’avais oublié ce que ça fait de devoir travailler. Partout où se pose mon regard, des piles de boulot à abattre me hèlent à grands cris. Je ne trouve même pas le temps de bosser pour mon blog, ce qui est déplorable. Je devrais peut-être faire valoir mon statut d’Auteur pour obtenir un temps déductible de mes heures de travail pour avancer mes travaux d’écriture. Le boulot, les délais, les clients qui s’impatientent, la confiance émise par la direction qui a bien voulu m’engager, tout ça c’est bien beau, mais il ne faudrait pas perdre de vue les choses importantes quoi !

Mais bon, je suis sûr qu’on trouverait des raisons fallacieuses pour écarter ma légitime requête. Si ça se trouve, on ne me prendrait même pas au sérieux ! Alors tant pis, autant travailler. Et puis c’est peut-être la dernière fois avant longtemps.

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Pas de crise pour l’armement

13 mai 2009

Lu aujourd’hui sur le site de la TSR : la Suisse, pour s’aligner aux exigences de Schengen, a renforcé sa loi sur les armes et le Conseil Fédéral prévoit « un fichier informatique dans lequel les acquisitions d’armes seront enregistres ».

C’est marrant, moi je croyais que c’était déjà le cas et je suis sûr que je n’étais pas le seul… Si je vais acheter maintenant un 9mm pour me sentir bien mâle, qui sera au courant ? Ce n’est pas bien clair et je n’ai pas envie de me farcir le code pour avoir des précisions, mais j’imagine déjà les montées au créneau des ayatollahs de la poudre noire réclamant je ne sais quelle obscure protection des données. Parce que niveau flingues, la Suisse n’est pas très loin des Etats Unis.

Enfin, au moins ça nous fait un secteur qui marche : la société suisse RUAG Holding, principal fabricant d’armes du pays, qui se réclame écologique puisqu’elle a supprimé le plomb de ses balles, a déjà exporté pour 137 millions de francs de matériel de guerre vers 54 pays en 2009, soit une augmentation de 18% par rapport à 2008, année déjà record.

Quoi de plus beau, pour un pays neutre, que de vendre des pétoires à l’étranger ? Et ces acquéreurs, qu’en feront-ils de nos flingues ? Qui tueront-ils avec ? Ceux qui contestent le pouvoir en place ? Qui vénèrent un dieu différent ? Ou tout simplement le voisin qui ne pense pas comme eux ? Ce n’est pas notre problème : on est neutre.

RUAG Holding, donc, société propre appartenant à 100% à la Confédération, générant des milliards, dirigée par des Ueli Maurer, ne connaît pas la crise. La course à l’armement est un remède efficace contre la stagnation économique, un moyen aisé de relancer un peu la machine. Pour peu qu’on ait un retour sur investissement je suppose. Et un retour sur investissement dans les armes, ça donne quoi ?

Evidemment qu’elle est à l’abri de la crise : alors qu’on cherche à tout prix à faire des économies, qu’on a sorti des milliards de francs de caisses vides pour sauver nos Banques, on continue à lui faire les yeux doux et à lui passer tous ses caprices, comme à un enfant râleur, obèse et gâté dès sa naissance, jouissant d’un obscur privilège qu’on ne s’expliquera jamais. Une entreprise à l’image de la future acquisition d’avions de combat : inutile, vide de sens, coûteuse et inappropriée.

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Ça va piquer un peu

12 mai 2009

Quand on réfléchit deux secondes, on se demande pourquoi les gens trouvent toujours à gueuler. Par exemple, lorsque l’on va faire un billard ou un bowling, quand on s’offre une journée de piscine ou une visite au musée, on paye, quoi de plus logique ? Alors pourquoi ne paierait-on pas lorsque l’on va chez le médecin ?

Parce qu’une visite chez le docteur, c’est rafraîchissant et vivifiant comme une brise printanière ; une tonifiante conversation avec un être dynamique et cultivé, un moment de détente où l’on pense enfin à soi. Lorsque l’on approche de la porte ornée d’une plaque reluisante « Dr. Wilhelm Estutweh – vous qui sonnez et entrez ici, abandonnez l’espoir », un émoustillant frisson d’excitation nous parcourt l’échine. Ouvert aux merveilles inconnues comme un enfant dans un parc d’attraction, on pénètre lestement dans les locaux tempérés et immédiatement le sourire franc et cordial de la jolie réceptionniste nous dit « entre, bienvenue, je sais que t’es là pour ta dépression, heureux sacripant » et d’une voix feutrée elle nous prie de prendre place à la salle d’attente.

Dans cette pièce lumineuse aux douces fragrances de désinfectants et du faux cuir des sièges, on parcourt le Géo, qu’on aura préféré à France Dimanche et à Gala, avec pour nous tenir compagnie la présence muette d’un retraité épuisé par ses nuits d’angoisse et de douleur, attendant ici que lui soit délivré le verdict tant craint et attendu avec ce le courage qu’il arrive encore à trouver.

Au terme de l’entretien, après s’être ouvert de ses peurs et de ses maux au Docteur qui sait, après avoir entendu des diagnostics, des conseils, après avoir donné de son sang, lorsque l’on ressort les mains moites, il est normal qu’on les mette à la poche, après tout, si l’on n’a pas la constitution d’un Phelps, y a qu’à payer.

Bref, applaudissons des deux mains cette nouvelle mesure prévue pour réduire les coûts de la santé (payer plus, donc). Et tout à notre joie, accueillons dans un concert d’acclamations hystériques les autres innovations que notre bien aimé ministre de la santé nous propose dans sa grande mansuétude, car non, il ne s’est pas arrêté là, il n’a pas édicté vite fait sa taxe à la con pour aller écluser des bocks au rince-pintes du coin, nenni, il a encore proposé bien d’autres mesures, comme par exemple celle de repousser à deux ans au lieu d’un la franchise à options, parce que Couchepin en a marre que les gens choisissent une franchise élevée lorsqu’ils se portent bien et la baissent lâchement si ils se découvrent un truc grave. C’est pas du jeu.

Personnellement, je trouve déplorable qu’un homme comme lui soit voué à l’oubli au fil des siècles ; et j’espère qu’à sa mort on aura le bon sens de taxer les classes pauvres et moyennes pour lui ériger un mausolée.