Space facts !

Publié: 26 avril 2017 dans Physique

Je l’avoue très humblement, je suis un amoureux des étoiles. C’est pourquoi, une fois la nuit tombée, vous me verrez souvent, pèlerin céleste en quête de contact avec l’infini, assis devant mon ordinateur à regarder des reportages sur Youtube.

Qui a besoin de promenades nocturnes alors qu’on a Neil deGrasse Tyson à portée de clic ?

Ce que le sujet a de rassurant, c’est qu’on a beau ne rien comprendre, on sait que c’est normal. Après tout, l’astrophysique est une science qui consiste essentiellement à réaliser des découvertes qui anéantissent ce qu’on a laborieusement déduit des précédentes. Une façon comme une autre pour l’Univers de nous rappeler que nous ne sommes pas grand chose.

L’Univers a son propre langage, parfois assez cash.

Car oui, dans le mot astrophysique, la partie « physique » fait autant référence aux lois de l’Univers qu’à la bonne constitution qu’entretiennent les chercheurs en portant régulièrement leurs données et leurs théories jusqu’à la broyeuse à papier à chaque fois qu’un de ces événements incompréhensibles, appelés « spacefucks » par la communauté scientifique – pour peu qu’elle accepte ma suggestion – se déroule quelque part dans l’espace.

SN 1987A, l’étoile disparue

à quelques 163’000 années-lumière de notre Voie Lactée se trouve une galaxie naine connue sous le nom de « Large Magellanic Cloud ».

Appelée ainsi à cause des gigantesques lettres qui flottent mystérieusement dans l’espace proche.

Comme la recherche ne fait pas dans les bonnes manières, elle braque régulièrement ses télescopes sur notre petite voisine afin d’en percer les secrets. Ce qui lui valut, en 1987, d’y découvrir une étoile en train d’entrer en supernova, qu’ils baptisèrent « SN 1987A » parce que ces gens sont des poètes. Pour rappel, une supernova, c’est ce qui arrive lorsqu’une étoile en fin de vie ne trouve plus assez de trucs à fusionner, alors que les étoiles adorent fusionner des trucs, s’énerve et envoie littéralement tout péter. Ensuite de quoi, selon sa taille, sa composition et la vitesse du vent, elle devient généralement une naine blanche, un trou noir ou une étoile à neutrons.

Et c’est justement en étoile à neutrons que SN 1987A est supposée se transformer. Pour la recherche, habituée à devoir observer les supernovas aux confins de l’Univers pour peu qu’elle les détecte à temps, en repérer une sur le point de se produire dans une galaxie voisine est un peu comme assister à un striptease en live après des années de calendriers Pirelli et le jour J, tout le monde est prêt, stylo et calepin à la main, arborant des t-shirts « SN 1987A rocks ! ».

Ainsi, sous les yeux émerveillés des scientifiques, l’étoile à l’agonie entame sont chant du cygne. L’espace d’une fraction de seconde, la lumière qu’elle émet éclipse le reste de la galaxie tandis qu’elle éjecte au loin la matière qui compose sa structure externe à des milliers de kilomètres par secondes. Puis, rien.

Mais vraiment rien du tout : pas d’étoile à neutrons, pas de trou noir, pas de naine blanche, même pas un petit mot d’explication. Que pouic. Si les chercheurs avaient ignoré la supernova et observé la galaxie du jour au lendemain, ils auraient tout simplement remarqué qu’une étoile n’était plus là, comme si elle avait été absorbée par un Super Mario stellaire.

Théorie renforcée par l’absence de Goombas dans les environs.

Or, une étoile, ce n’est normalement pas quelque chose qui se perd comme une chaussette après une lessive, on leur connaît même une tendance plutôt tenace à rester là où elles sont ; évidemment, une supernova redistribue certaines cartes, mais quoi qu’il en résulte, il n’y a pas de raison qu’on ne le retrouve pas à l’endroit où se tenait l’astre.

Alors certes, les chercheurs ont bien quelques idées. Certains avancent que SN 1987A aurait pu se transformer en étoile à quarks, qui serait, pour faire court, comme une étoile à neutrons, mais plus dense et plus petite, ce qui la rendrait inobservable (et rendrait les étoiles à neutrons moins badass, nous ne voulons pas ça). D’autres pensent qu’étoile à neutrons il y a, mais qu’on ne peut pas encore la voir à cause d’un dense nuage moléculaire, rémanent de la supernova, entourant l’astre. Une troisième hypothèse envisage l’option d’un petit trou noir, qu’on n’apercevrait pas parce qu’il n’aurait pas de matière proche à absorber, condition nécessaire pour qu’il émette la lumière requise pour qu’on repère ce type d’objets.

Pour résumer : soit c’est une étoile qu’on ne voit pas parce qu’il y a trop de trucs autour, soit c’est un trou noir qu’on ne voit pas parce qu’il n’y a pas assez de trucs autour.

Dans tous les cas, le fait que la supernova la plus proche jamais observée avec des moyens modernes soit aussi celle dont on ait le moins appris n’en demeure pas moins une solide tape sur le museau de la recherche.

On a vu un trou blanc (et ça n’existe certainement pas)

On s’est demandé un temps si les trous noirs n’étaient pas reliés à des trous blancs par ce qu’on appellerait des trous de vers, absorbant goulûment la matière dans un coin de l’Univers pour la recracher dans un autre, la plus grande raison allant dans ce sens étant, je cite, « pourquoi pas ? »

à l’image : le directeur du département de la recherche sur les trous blancs, présentant ses théories à la conférence annuelle des astrophysiciens.

Aujourd’hui toutefois, au grand désespoir des auteurs de SF, on doute sérieusement de cette idée, premièrement parce qu’elle n’a aucun sens et ensuite parce que l’existence même des trous blancs serait un bras d’honneur aux lois de la physique telles qu’on les connaît.

Après, je vous avoue que je n’ai pas parfaitement compris pourquoi on a inventé le concept du trou blanc si l’on est à ce point convaincu qu’il n’existe rien de tel, mais je crois que ça a quelque chose à voir avec la théorie de la relativité, qui indique qu’un truc qui va dans un sens peut aller dans un autre, comme par exemple une balançoire, et que si on on applique le principe de la balançoire dans l’espace, ça donne un trou blanc.

N’est-ce pas, Science ?

Le vrai problème avec les trous blancs, c’est que, comme vous l’avez instinctivement deviné, une singularité émettant constamment de la matière dans l’espace contreviendrait au deuxième principe de la thermodynamique, selon lequel l’entropie globale de l’Univers ne peut que demeurer identique ou augmenter, sinon ça ne va pas du tout. Or, un trou blanc serait grosso modo une machine à diminuer l’entropie. Ça serait comme avoir une broyeuse à bois inversée, dans laquelle vous mettriez des copeaux pour obtenir un arbre.

Ce qui serait chouette, mais ça ne peut pas marcher, à cause de l’Univers.

Donc pour faire court, ça n’existe certainement pas. Ce qui pose un autre problème : à partir du moment où ça n’existe pas, on n’a absolument aucune idée de ce qu’on a détecté le 14 juin 2006, lorsque le satellite Swift de la NASA capta aux confins de l’espace un gigantesque rayon gamma qui n’avait rien à faire là.

Baptisé GRB060614, l’événement dura 102 secondes et se déroula à 1.6 milliards d’années-lumière d’ici, dans la constellation de l’Indien, appelée ainsi pour des raisons qui vont vous sauter aux yeux :

On dirait qu’il va se mettre à parler !

Et à l’heure actuelle, on ne sait toujours pas ce qui a déclenché l’explosion initiale. Or, on parle quand même d’une quantité d’énergie équivalant à un milliard de milliards de fois celle émise par notre bon vieux Soleil, on peut donc supposer que ça n’est pas arrivé tout seul.

Évidemment, l’explication la plus logique impliquerait une supernova, mais aucun événement de la sorte n’a été décelé dans les environs et, si on rejette un œil à la constellation de l’Indien, on soupçonne que si une étoile venait à y manquer, les chercheurs le remarqueraient.

C’est ainsi que la constellation de l’Indien devint la constellation de l’Angle.

D’autres hypothèses accourent en renfort à grands coups d’étoiles à neutrons, comme toujours lorsque les chercheurs sèchent, impliquant qu’un tel objet aurait pu être absorbé par un trou noir, ou que deux d’entre elles pourraient s’être télescopées, autant d’événements certes aptes à libérer une énergie aberrante, mais dont les rayons gamma en résultant ne durent jamais aussi longtemps.

Et c’est là que le trou blanc se rappelle au bon souvenir des scientifiques ; pour le peu qu’on en sait, un trou blanc libérerait une énergie démente tout en tendant un doigt bien haut aux lois de l’Univers, lequel, en retour, ne tarderait pas à le rappeler à l’ordre. Donc si un trou blanc devait se produire, il ne durerait sans doute que quelques secondes avant de s’effondrer sur lui-même, probablement pour devenir un trou noir.

Bref, c’est troublant.

Donc bien que les chercheurs continuent à douter sérieusement de l’existence des trous blancs, ils admettent dans le même temps que GRBtruc ressemble trait pour trait à l’image qu’ils s’en font, et qu’ils ne peuvent, à l’heure actuelle, pas expliquer le phénomène autrement.

Le grand vide au milieu du vide

Si on adopte un point de vue un peu étriqué, il est vite arrivé de voir en l’espace une infinité de vide absolu constellé d’explosions gigantesques, comme s’il avait été réalisé par Michael Bay. Néanmoins, c’est un peu plus que ça.

Parce que pour peu qu’on prenne de la distance (pas mal de distance), l’Univers devient plus qu’un foutoir géant où des atomes et des machins deviennent des étoiles et des quasars et des planètes et peut-être des trous blancs sous l’effet de la gravité : il devient une structure complexe et organisée, d’apparence spongieuse, ou organique, ou quelque adjectif qui vous passe par la tête en voyant l’image ci-après :

Violet, pour moi.

Ceci est une représentation d’une partie de l’Univers telle que la verrait au microscope un chercheur très très grand. On y voit des amas de galaxies et des superamas de galaxies reliés entre eux par des filaments de galaxies, bref, beaucoup de galaxies. Le tracé qu’emprunte tout ce bazar ne doit bien sûr rien au hasard, mais suit à la lettre les lois de la gravité et de l’énergie noire, adoptant une forme et une structure prévisible tandis que l’Univers gagne en volume comme une barbe à papa.

Malgré tout, l’essentiel de sa composition demeure du vide (là aussi, comme une barbe à papa). À peu près 90% de vide, d’après des chiffres avancés un peu au bol par des chercheurs. Sachant cela, on pourrait penser que trouver un endroit vide dans l’espace reviendrait à déceler un lieu mouillé dans l’océan, pourtant la Science en a dégotté un et s’est exclamée « c’est incroyable ! »

Elle venait de découvrir, à 700 millions d’années-lumière de la Terre, le Boötes Void, ou Vide du Bouvier en français, à proximité de la constellation du même nom. D’ailleurs regardez : un bouvier !

Un bouvier étant une personne qui garde les bœufs, on pourrait penser que sa constellation et celle du Taureau seraient voisines, mais même pas. Les premiers astronomes manquaient d’humour.

Le Vide du Bouvier est une structure sphérique de 250 millions d’années-lumière de diamètre, soit 2’500 fois celui de la Voie Lactée. On parle de 0.27% de la taille de l’Univers observable, c’est incommensurable. En moyenne, on devrait y trouver environ 10’000 galaxies, or celle-ci en contient soixante. Les plus brillants esprits de la Science s’accordent à dire que c’est peu.

C’est même vertigineusement peu. Si la Voie Lactée se trouvait en son centre, on estime qu’on n’aurait pas pris conscience de l’existence d’autres galaxies avant les années 60. Les chercheurs ont trouvé une abysse au milieu du vide et se demandent avec raison quelle horreur lovecraftienne a pu y élire domicile pour que même les étoiles ne veulent pas rester.

L’explication actuellement privilégiée évoque de larges zones de vide qui auraient fusionné au fil des âges, la gravité tirant vers leurs extrémités la matière qu’elles contiennent. Une autre hypothèse, un peu moins prisée, parle d’une civilisation extraterrestre recyclant l’énergie des étoiles en construisant des gros (mais vraiment très gros) panneaux solaires autour d’elles.

« Tu te rends compte comme on est petit dans l’Univers ? Il suffirait d’un large groupe de quasars pour mettre fin à notre civilisation ! »

Enfin, certains évoquent une sorte de maladie du cosmos, s’étendant dans l’espace en rongeant les galaxies les unes après les autres. Personne n’y croit vraiment, ce qui n’empêche pas les chercheurs d’observer attentivement les étoiles entourant le Vide du Bouvier, des fois qu’elles commenceraient à s’étioler…

L’avenir nous apparaît rarement aussi flou que lorsque quelqu’un nous tient en otage, c’est pourquoi nous cherchons instinctivement à écourter ce genre de situations autant que faire se peut. En général, on opte pour une méthode visant à rester en vie le temps que les forces spéciales ou Batman interviennent.

Certains, néanmoins, se montrent plus inventifs. Vous leur gueulez dessus en leur pointant une arme ? Bravo, vous les avez vexés. Maintenant ils méditent vengeance, et non seulement ils seront rentrés chez eux à temps pour les quarts de finale, mais en plus ils vous auront ridiculisé dans la manœuvre.

Le pilote et le pirate de l’air non francophone

Vous savez que vos vacances débutent mal lorsqu’un homme armé pénètre dans la cabine du pilote de votre avion. C’est ce qu’ont vécu en 2007 les 71 passagers d’un vol reliant la Mauritanie aux Canaries, ce qui ne pouvait pas plus mal tomber, parce que j’imagine que personne ne part en vacances aux Canaries pour y rechercher la grande aventure.

« à nous deux, Canaries ! »

Le pirate souhaitait détourner le vol vers la France pour y demander l’asile politique. Alors que le pilote lui expliquait qu’ils n’avaient pas assez de carburant pour cette distance (et que de toute façon c’était une mauvaise idée à la base), ce dernier prit conscience d’une chose importante : l’agresseur ne parlait pas français. Après quelques négociations, tous deux se mirent d’accord pour garder le cap vers la destination initiale, d’où le pirate pourrait planifier son prochain détournement tout en profitant du soleil.

Et peut-être réaliser qu’il n’était finalement pas si mal aux Canaries.

Du côté des passagers, on avait, comme vous pouvez l’imaginer, les nerfs assez à vif. Aussi, lorsque le commandant prit le micro pour une communication, il fut plus écouté qu’à l’accoutumée. S’exprimant en français, il expliqua aux passagers qu’ils allaient se poser comme prévu aux Canaries, mais que ce faisant, il allait piler soudainement sur les freins avant d’accélérer, et que normalement, ils devraient voir un pirate de l’air bouler hors du cockpit en pestant contre la gravité et qu’ils étaient invités à lui préparer une petite fête.

Ce qui ne manqua pas. Tous les passagers prêts à en découdre vinrent s’installer aux premiers rangs tandis que femmes et enfants gagnèrent les sièges arrières. La manœuvre fut sèche et plusieurs passagers subirent de légères contusions durant l’atterrissage, mais un seul d’entre eux fut solidement maintenu à terre et rossé par une dizaine de costauds pendant que des hôtesses lui déversaient de l’eau bouillante sur la poitrine jusqu’à sa reddition.

Le fou du volant et l’encore plus folle

Cindy Birdsong était une des chanteuses du groupe « Diana Ross & the Supremes » que l’histoire retient affectueusement sous le nom de « pas Diana Ross ». La nuit du 2 décembre 1969, alors qu’elle rentre tranquillement dans l’appartement qu’elle partage à Hollywood avec deux amis, elle constate que ces derniers ont un invité, à savoir un forcené hystérique brandissant un couteau de cuisine.

Un ustensile qui devient de facto une arme lorsque vous-même êtes à mains nues.

Sous la menace, elle ligote ses colocataires avant d’être amenée de force dans une voiture, à bord de laquelle elle part en virée nocturne sur l’autoroute avec l’aimable inconnu.

Insensible aux cris, aux insultes et aux « c’est encore loin ? » de sa victime, le ravisseur taille la route durant une demi-heure avant que Cindy ne tente de le désarmer. Échec, la promenade continue, avec quelques bonnes entailles aux mains en plus. La chanteuse décide alors de passer au plan B (comme « bitume ») : tandis que le type ralentit pour un changement de piste, elle ouvre la portière et s’envole vers la liberté.

Jusqu’où faut-il vous pousser, mesdames, pour que vous quittiez un véhicule en marche avec la même détermination et absence de regret que s’il s’agissait de l’appartement d’un blogueur suisse ?

La liberté, vous l’imaginez, n’était en l’occurrence pas bien loin, très très dure et accusait une grosse différence de vélocité avec le corps de la malheureuse. Toutefois, probablement protégée par l’esprit de quelque antique dieu de courage témoin de son incroyable badasserie, elle s’en tira miraculeusement avec juste quelques bosses.

Terrifiée à l’idée que son agresseur fasse demi-tour pour venir la rechercher – car comme on l’a vu (et comme on va le voir encore) la pauvre Cindy avait quelque peu perdu la notion de ce qui se fait et ce qui ne se fait pas sur une autoroute – la jeune femme se met à courir dans l’autre sens en faisant des signes aux véhicules pour qu’ils s’arrêtent.

Alors qu’on venait pourtant de lui rappeler qu’il ne faut pas monter dans une voiture avec un inconnu.

Par chance, elle croise presque immédiatement une voiture de police, dont les agents à son bord n’ignorent pas que leur métier consiste entre autres à s’arrêter lorsqu’une femme ensanglantée et en larmes court à contresens sur l’autoroute en appelant à l’aide.

« Vous savez pourquoi on vous arrête ? »

Fin de la balade, Cindy rentre chez elle après un crochet à l’hôpital. Quant à son agresseur, il se livre de lui-même à la police quelques jours après. Vous voyez, il était gentil finalement !

Les otages qui se hâtèrent lentement

Le Moyen Orient regorge de bandes armées ayant juré l’anéantissement de l’Occident, qu’elles combattent un village afghan ou nigérian à la fois. Comme cela n’est pas gratuit, elles essaient d’arrondir leurs fins de mois en prenant des otages.

En novembre 2008, David Rohde, un reporter du New York Times, est capturé à Kaboul avec son interprète et son chauffeur par des Talibans. Tous trois sont acheminés dans un bled pakistanais situé près de la frontière afghane, où on leur demande de bien vouloir prendre leur mal en patience le temps qu’un accord, qu’on leur garantit imminent, soit conclu.

Sept mois d’accord imminent plus tard, David commence à perdre patience et se demande si, finalement, ces Talibans sont vraiment dignes de confiance. Lorsqu’une de ses tâches lui permet de mettre la main sur une corde, il la cache du mieux qu’il peut et fait part à Tahir, son interprète, de sa volonté de s’en servir pour jouer les filles de l’air.

« Si l’on rassemble encore quelques objets, on pourra construire une baliste pour briser le mur. »

Ils ne préviennent pas leur chauffeur, soupçonnant que ce dernier les dénoncerait pour s’attirer les faveurs de leurs ravisseurs. La décision est difficile à prendre, mais ils fondent leurs doutes sur divers détails, notamment le fait qu’il les a déjà dénoncé une fois, qu’il fréquente maintenant ouvertement les Talibans et que ces derniers lui ont remis un fusil d’assaut. Mais avant de trop le blâmer, rappelez-vous qu’un chauffeur, c’est comme n’importe quel otage, sauf qu’il ne vaut pas un clou.

Leur projet d’évasion est néanmoins confronté à un problème essentiel : les Talibans ne veulent pas qu’ils partent. David fait le tour des ressources à sa disposition, à savoir, donc, une corde, ainsi qu’un jeu de Checkah, la version pakistanaise du jeu « Hâte-toi lentement », ou « Parcheesi », ou plein d’autres noms en fait.

C’est le fameux jeu où il faut gagner pour remporter la partie.

Dans une flamboyante application du système D, les deux prisonniers décident de faire le meilleur usage possible de ces deux objets : la corde pour franchir le mur de cinq mètres entourant la bâtisse, et le jeu pour endormir les gardes. Ce dernier point paraît un peu bancal, mais que voulez-vous, parfois vous avez besoin d’une boîte de puissants somnifères, et tout ce que la vie vous donne, c’est un jeu de plateau.

Leur plan est le suivant : Tahir joue le plus tard possible avec les gardes, comme ça ils sont crevés et vont dormir. Ensuite, ils escaladent le mur à l’aide de la corde pendant que tout le monde roupille et voilà. Simple et ingénieux.

Tellement simple que ça allait fonctionner comme un charme ; à leur stupéfaction, les deux hommes se retrouvent à galoper ivres de liberté dans les folles prairies sauvages du Pakistan, sauf que Tahir s’est foulé la cheville en passant le mur et qu’ils sont terrifiés à l’idée d’être rattrapés par leurs ravisseurs, voire pire, par d’autres bandes plus brutales.

Du type qui ne leur laisseraient même pas un jeu de Checkah.

Ils commencent par arranger leurs atours de manière à ressembler autant que possible à un Taliban (ils avaient déjà la barbe, il ne leur restait plus qu’à s’assurer qu’on ne les prenne pas pour des Vikings), puis se mettent en route vers une base militaire pakistanaise pour y demander de l’aide. Bien sûr, approcher un tel lieu de nuit en s’étant préalablement arrangé pour ressembler à un Taliban ne va pas sans risque, mais il ne fallait pas non plus que ça soit trop facile.

Rapidement interceptés par des soldats, ils passent un long moment à s’expliquer, mains en l’air et torse nu, pendant qu’on inspecte leurs vêtements à la recherche de bombes, mais finissent par être recueillis. Et c’est dans les heures qui suivent que tous deux réalisent, par strates, qu’ils sont tirés d’affaire. Ils ne peuvent plus s’arrêter de rire pour tout, se perdent en remerciements et se tombent dans les bras, mais s’inquiètent pour leur chauffeur (qui, pour la petite histoire, s’évadera un mois plus tard) (par contre je ne sais pas si son plan a également impliqué le Checkah).

Et avant peu, David Rohde est au téléphone, le cœur battant, attendant que de l’autre bout du monde, la voix de sa femme scelle cet inoubliable moment. Dans sa tête, l’anticipation de l’instant tellement attendu, des mots à prononcer enfin, vire à la tempête émotionnelle lorsqu’on décroche le combiné.

C’était sa belle-mère.

Ninja fumble

Publié: 6 février 2017 dans Histoire

Comme l’a démontré Harrison Ford dans Air Force One, il n’est jamais facile de tuer un homme de pouvoir. Il faut une solide organisation, des moyens considérables, des informations de premier ordre et si possible des balles magiques. Si vous arrivez vers votre cible, que vous lui réglez froidement son compte et que la foule à laquelle elle s’adressait s’en va comme si tout était normal, félicitations, vous êtes Conan le Barbare. Pour les autres, il va vous falloir un plan de sortie. Vite.

Remarquez, pas nécessairement. Après tout, la fin justifie les moyens ; à partir du moment où vous êtes résolu à faire la peau à une personnalité importante, si vous devez passer pour un con en plus d’un assassin, vous n’en êtes probablement plus à ça près. Les meurtriers impliqués dans les affaires suivantes l’ont compris.

L’assassinat d’Abraham Lincoln

L’acteur américain John Wilkes Booth, que l’Histoire retient comme étant l’assassin d’Abraham Lincoln en dépit de ses bonnes prestations sur les planches, était, je vous jure, un sympathisant des Confédérés durant la guerre civile américaine. Lorsque ça commença à sentir le sapin pour sa cause, Booth décida de donner un petit coup de pouce au général Lee en lui remettant le président Lincoln pieds et poings liés.

Il échafauda un plan complexe, qui échoua à cause de menus détails, notamment le fait que Lincoln n’était pas du tout passé à l’endroit où on l’attendait avec un grand sac et une ficelle. Quelques semaines plus tard, Lee déposait les armes, mettant fin à la guerre.

Ainsi cessa sa sécession.

Ainsi cessa sa sécession.

Booth décida alors de passer au plan B, à savoir tuer le président pour remonter le temps. Il le trouva au théâtre, s’infiltra dans sa loge, lui tira une balle dans l’arrière du crâne à bout portant à l’aide d’un Colt Derringer à un coup, se rendit compte que ledit Colt Derringer à un coup était une mauvaise idée lorsque le très contrarié major Rathbone, qui accompagnait le président, se rua sur lui, et engagea un combat épique.

Un coup de couteau dans l’épaule du vaillant major plus tard (ça n’était finalement pas si épique), Booth opta pour la sortie la plus proche, à savoir la scène, juste en dessous de la loge. Il sauta du balcon, se prit le pied dans le rebord et se vautra lourdement quelques mètres plus bas, se brisant la jambe. À son crédit, il trouva la force de se relever, de crier « Sic Semper Tyrannis » en américain ancien, puis de clopiner hors des lieux.

Sic Semper Tyrannis, qui signifie en gros que les tyrans vont s'en prendre plein la gueule, était la devise de l'état de Virginie et, accessoirement, sera probablement le slogan démocrate aux prochaines élections présidentielles.

Sic Semper Tyrannis, qui signifie en gros que les tyrans vont s’en prendre plein la gueule, était la devise de l’état de Virginie et, accessoirement, sera probablement le slogan démocrate aux prochaines élections présidentielles.

Il ne fut pas immédiatement pris en chasse, car il y avait plus important : quelqu’un venait d’assassiner le président. Booth regagna son cheval et galopa vers le soleil couchant. Il retrouva ses complices, se fit rafistoler la jambe et rejoignit des Confédérés, mais le fait que le guerre était terminée valut à ces derniers de ne pas prendre la nouvelle de la mort de Lincoln avait l’enthousiasme que Booth avait espéré. Au lieu de recevoir des médailles et le titre de sauveur de la galaxie, le tueur et ses complices ne reçurent que quelques provisions et une vague direction à suivre pour aller se faire voir ailleurs.

Ce qu’ils firent. Et c’est finalement dans une grange que Booth fut abattu quelques jours plus tard, au terme d’une dantesque chasse à l’homme.

La chute héroïque de Reinhard Heydrich

Reinhard Heydrich, figure éminente du Troisième Reich, était tellement méchant qu’on aurait dit une caricature de Himmler ; c’était Joe Dalton avant son café, Sauron en train d’arrêter de fumer et le baron Harkonnen au régime réunis.

Hitler lui disait tout le temps de se calmer.

Hitler lui disait tout le temps de se calmer.

Bras droit de Himmler, c’est notamment lui qui présida en janvier 1942 la conférence de Wannsee, où les dignitaires nazis mirent en place ce qui deviendrait l’Holocauste en mangeant des petits fours. Il fut également à l’origine de la création des Einsatzgruppen et joua un rôle important durant la nuit des Longs Couteaux.

En 1941, on lui attribua le commandement de la Bohême-Moravie, où ses actions pour gagner le respect de la population lui octroyèrent le surnom de la Bête Blonde, ou du Boucher de Prague. Berlin est ravi, Heydrich croule sous les louanges et les médailles. À seulement 38 ans, il est déjà promis aux plus hautes sphères du Troisième Reich tandis qu’il envisage de gagner la France pour y transposer ses méthodes.

Aussi, beaucoup avaient intérêt à le voir mort, ne serait-ce que par philanthropie, et c’est la résistance Tchécoslovaque qui se dévoua ; le 27 mai 1942, trois hommes gagnent une route pour y attendre le passage de la voiture de leur cible. L’un d’eux, nommé Gabcik, est doté d’un fusil Sten, ainsi qu’un d’un haut sens pratique puisqu’il profite du trajet pour récupérer de l’herbe pour ses lapins.

Vers dix heures et demie, un véhicule approche ; les résistants reconnaissent aux bannières noires, aux crânes sur les piques, aux flammes et aux âmes des suppliciés la voiture de Heydrich, et passent à l’action : au dernier moment, Gabcik surgit sur le bord la route, pointe son arme et ouvre le feu, mais son fusil, qu’il venait d’assembler, est complètement parasité par les herbes qu’il avait fourrées dans ses poches. Aucun coup ne part.

Qui aurait pu se doute qu'un fusil Sten n'était pas entièrement fiable ?

Qui aurait pu se douter qu’un fusil Sten n’était pas entièrement fiable ?

Heydrich, qui n’est pas du genre à prendre le danger au sérieux, preuve en est qu’il se déplace en décapotable en plein territoire occupé, ordonne à son chauffeur de s’arrêter. Se dressant sur son siège arrière, il dégaine et riposte, mais son pistolet n’est pas chargé. L’espace de quelques secondes irréelles, les deux ennemis se font face, chacun boutiquant fiévreusement son arme, jusqu’à ce qu’un complice de Gacik décide d’employer quelque chose de plus fiable que ces engins compliqués avec des balles qui ne veulent pas partir : une bonne vieille grenade antichar. Malheureusement, l’exécution n’est pas à la hauteur de l’ambition et l’engin explose trop loin de sa cible, blessant son lanceur au passage. Quelques éclats, néanmoins, traversent le siège de la voiture et Reinhard est blessé au dos. Imité par son chauffeur, il descend tout de même de son véhicule et se jette sur ses assaillants, qui détalent dans tous les sens.

Mission échouée. Les résistants s’évaporent, blessant le chauffeur à la jambe durant la poursuite, et disparaissent dans la campagne pour y fomenter de nouveaux complots et nourrir des lapins. Heydrich, plus sérieusement touché qu’il ne le pensait, s’écroule et est transporté à l’hôpital. Il y reçoit des soins, se rétablit, jure vengeance, est frappé d’une septicémie foudroyante à cause de fragments de rembourrage de siège de voiture restés dans son dos, et meurt bêtement. Mission accomplie, en fin de compte.

Grigoris Lambrakis et les ninjas des cavernes

Si les Grecs sont souvent crédités d’avoir inventé la démocratie, il leur manque encore le petit truc pour la maintenir ; l’histoire grecque moderne constitue la plus récente de leurs tragédies et, de Hitler à la BCE en passant par la dictature des colonels, il s’est toujours trouvé quelqu’un pour leur dire quoi faire.

En 1963, le pays, bien qu’il profitait du climat économique favorable de l’époque, restait miné par les tensions internes, les dettes, les incertitudes et la corruption. Parmi les gens qui y faisaient beaucoup de bruit, on trouvait Grigoris Lambrakis, membre de l’aile gauche de la politique grecque. Virulent opposant au pouvoir en place, il organisait régulièrement des manifestations, comme la « marche pour la paix » visant à relier Marathon à Athènes, au cours de laquelle la police arrêta tous les sympathisants qui l’accompagnaient, à tel point qu’il arriva seul à la capitale.

« Maintenant, si l'Histoire ne nous a pas menti, il devrait tomber raide mort d'une seconde à l'autre. »

« Maintenant, si l’Histoire ne nous a pas menti, il devrait tomber raide mort d’une seconde à l’autre. »

Finalement, décision fut prise de liquider Lambrakis, comme le voulait la coutume envers les contestataires de gauche au siècle dernier. La mission incomba à deux sympathisants de l’extrême-droite qui, fidèles à leur doctrine, optèrent pour une solution directement inspirée de l’âge de pierre : y aller à coups de gourdins.

L’un saisit un pied de biche, l’autre une massue en bois, et les voilà partis sur une gracieuse motocyclette-triporteur vers le centre de Thessalonique pour y rencontrer leur proie, tels des preux chevaliers sur leurs montures traquant le vil apostat.

« Hue, Diamant Céleste ! »

« Hue, Diamant Céleste ! »

Ils n’y vont pas par quatre chemins : ils repèrent leur cible en train de traverser la route et mettent les gaz, tandis que les agents de police des environs sifflotent le nez en l’air. Lambrakis est violemment heurté et, selon certaines sources, frappé à la tête d’un coup de massue.

C’est là que nos deux maîtres assassins réalisèrent que leur plan comportait une faille : ils venaient de percuter de plein fouet une personnalité entourée de ses sympathisants et ils n’avaient pas vraiment pensé à un plan d’évacuation. Comme ils s’étaient en plus débarrassés de leurs armes, ils se trouvèrent rapidement débordés par une foule légitimement remontée et finirent arrêtés par un agent de circulation.

Lambrakis décéda de ses blessures cinq jours après l’attentat. Le gouvernement parla en premier lieu d’un accident, mais il est difficile de faire passer cette idée lorsque la victime est un contestataire reconnu de gauche et que les conducteurs du véhicule impliqué sont deux membres de l’extrême-droite. L’enquête qui suivit fut tout d’abord marquée par de fortes pressions sur les témoins du meurtre, jusqu’à ce que le premier ministre lui-même, probablement étranger à l’attentat, ordonna une investigation plus poussée qui aboutit à l’inculpation de quelques hauts fonctionnaires de police.

Néanmoins, au vu de l’extrême-droite, l’opération reste un succès tonitruant : les répercussions politiques du meurtre sont énormes et, avec l’aide d’autres facteurs, aboutissent à terme à la dictature des colonels, qui n’est rien moins qu’une application à plus large échelle de l’idée du gourdin.

Les grandes tuiles du 7ème art

Publié: 24 décembre 2016 dans Arts et lettres

Il existe une règle universelle selon laquelle plus vous la pilez pour aboutir un projet, meilleur sera le résultat final. Enfin, c’est moins une règle universelle qu’une idée caricaturale que je viens de sortir de mon tiroir à clichés, mais songez-y : James Cameron a failli mourir noyé sur un plateau de tournage et ça a donné Abyss ; quelques années plus tard, il a failli se cogner le genou contre un meuble en entrant dans une pièce et ça a donné Avatar. Coïncidence ? Aucune chance. Le Destin ne se déplace pas pour rien.

Lui.

Lui.

Vous me direz que ce sont des hasards fortuits, mais j’t’en fous : Tolkien a écrit les mots qui amèneraient le Seigneur des Anneaux au fond d’une tranchée en tenant un fusil, là où Bernard Werber a rédigé les premières lignes de ce qui deviendrait les Fourmis dans un fauteuil en mangeant des Smacks. Peut-être. Probablement pas en fait, mais merci à lui de ne pas le relever si c’est inexact, j’essaie de prouver un point ici : ce que je veux dire, et sans vouloir manquer de respect au bon Bernard, c’est que quand on compare les récits, on constate qu’un seul des deux est devenu une œuvre majeure de fantaisie épique adaptée au cinéma.

Car il semble que souvent, la route qui mène à la légende est un chemin de croix semé d’ornières qui vous détestent, comme si une grande naissance impliquait forcément de grandes souffrances. Peut-être que l’ambition de celui qui veut toucher les étoiles le pousse à marcher un peu trop le nez en l’air, au risque de tomber tête la première dans la fosse fétide de la désillusion. Et comme nous l’apprend l’excellent Fossoyeur de Films dans sa série Film Wars, nombre de réalisateurs seront d’accord avec moi :

William Friedkin, L’Exorciste

L’Exorciste, aka « le film avec la fille qui descend l’escalier », a été pour beaucoup l’équivalent d’une nuit enterré vivant dans une tombe infestée d’araignées-serpents. Immédiatement paré d’une aura de mystère et de terreur qu’il n’a depuis jamais perdue, le film a donné à l’horreur un visage nouveau.

Et des cheveux.

Et des cheveux.

Il faut dire que le bougre date de 1973, époque où l’image généralement associée au cinéma d’épouvante consistait en un jeu d’ombre dramatique accompagnant un lever de couteau théâtral sur fond de contrebasse ; c’est difficile à imaginer pour les jeunes générations, mais à l’époque de son exploitation en salle, il y avait souvent des ambulances devant les cinémas pour prendre en charge les spectateurs qui tournaient de l’œil. Aujourd’hui, nos cadets, qui, avec l’évolution des mentalités, jugent un film d’horreur au nombre de fois où ils y sursautent pour rien, ne voient en l’Exorciste rien d’autre qu’une œuvre bizarre incluant une fillette qui ressemble à un gros burrito. C’est con un jeune.

Bien fait.

Bien fait.

Mais dans un bon film d’horreur, et donc dans l’Exorciste, tout est question de dosage ; pas question d’endormir les soupçons avec une histoire bateau avant de prendre le public et la blonde du film en traître avec une scie égoïne : le but est d’instaurer une atmosphère oppressante où mystère, peur et malaise s’alimentent mutuellement pour faire monter une tension de plus en plus étouffante, telle une béchamel maudite. Et dans le cas qui nous intéresse, Friedkin a su obtenir de ses acteurs l’authenticité recherchée en les plongeant dans une situation où mystère, peur et malaise s’alimentèrent pour faire monter une tension de plus en plus étouffante.

Friedkin, en effet, s’accrochait aux nerfs de ses acteurs comme Tarzan à ses lianes, avec les cris et tout. Un bruit inattendu est supposé leur arracher une réaction de surprise ? Un tir d’un flingue chargé à blanc en plein milieu de la scène et William la tient, son expression ; Ellen Burstyn est tractée un peu trop virilement par un câble et se fracasse contre un mur en se blessant au dos ? C’est dans la boîte ! Le prêtre de profession et acteur amateur William O’Malley n’est pas assez convainquant lorsqu’il approche son ami mourant ? Une solide gifle, une bonne poussette, le malheureux finit à genoux et en sanglots, et ça tourne ! Vous vous souvenez de la scène des spasmes, avec Regan qui supplie qu’on fasse cesser ses souffrances ? C’était Linda Blair, en train de supplier qu’on fasse cesser ses souffrances. Friedkin voulait tellement de réalisme qu’on en vient à se demander pourquoi il n’a pas engagé un vrai démon.

 Bilan des personnes physiquement maltraitées sur le tournage : une fillette, une femme et un prêtre.

Bilan des personnes physiquement maltraitées sur le tournage : une fillette, une femme et un prêtre.

Et aux déboires physiques s’ajoutèrent rapidement les déboires, disons, spirituels ; basé sur un best-seller, le film était attendu au tournant et incitait à la controverse bien avant d’atteindre les salles. Certains détails (« il y a un démon dans l’histoire ») valurent à des fondamentalistes de prétendre que le film lui-même était possédé, affirmation dont la crédibilité douteuse se vit renforcée par le fait que neuf personnes plus ou moins liées à son élaboration trouvèrent la mort avant sa sortie. Des décès certes tous naturels (si l’on considère que se prendre une moto sur la poire est naturel), mais quand même, neuf. En outre, un incendie ravagea les lieux du tournage, mais voulut bien épargner la chambre de Regan, ce qui n’arrangea rien aux spéculations. Ni le fait que Friedkin utilisait les rumeurs entourant son film à des fins promotionnelles.

Ou qu'il avait giflé un prêtre.

Ou qu’il avait giflé un prêtre.

Le film finit par trouver les salles quelques déboires plus tard et, rumeurs ou non, il donna à son public une bonne raison d’avoir peur. Ainsi qu’à Linda Blair, qui resta six mois sous protection rapprochée à cause des intentions avérées de certains bon chrétiens résolus à lui faire la peau, parce qu’ils n’avaient pas bien compris la fin de l’histoire. Ni le principe d’un exorcisme.

Werner Herzog, Aguirre, la colère de Dieu

Avec l’arrivée du numérique, il est devenu possible de montrer à peu près tout au cinéma ; tout à l’heure on parlait d’Avatar, lors de son tournage les acteurs étaient plantés sur un fond vert et on leur disait « imaginez qu’il y a des arbres, des montagnes et un scénario » et ils se démerdaient. Mais avant, comment qu’on faisait, hein ? Avant, bon sang de bois, on ne pouvait pas tricher ! Vous vouliez un singe géant ? Il fallait le bricoler de toutes pièces. Vous vouliez un monstre ? Il fallait un Boris Karloff. Vous vouliez décrire la descente aux enfers d’une expédition condamnée dont les membres cèdent à la folie et au désespoir ? Il fallait isoler des gens avec Klaus Kinski.

Parce que Klaus Kinski, il avait cette tête-là (à droite sur la photo, si si), ainsi que le caractère qui va avec  :

Le Kinskisme est une doctrine morale consistant à libérer sa colère sur tout ce qui est constitué d’atomes.

Le Kinskisme est une doctrine morale consistant à libérer sa colère sur tout ce qui est constitué d’atomes.

Klaus était un acteur extraordinaire, dans le sens « qui sort de l’ordinaire ». Il en sortait tellement que lors du tournage de Fitzcaraldo, quelques années après Aguirre et réalisé par le même masochiste, les indigènes engagés par Herzog lui proposèrent le plus sérieusement du monde de liquider Kinski gratuitement. Une aubaine !

 Cette semaine, pour chaque comédien local engagé, profitez d’un Kinskicide gratuit pratiqué par la communauté. Pensez-y !

Cette semaine, pour chaque comédien local engagé, profitez d’un Kinskicide gratuit pratiqué par la communauté. Pensez-y !

L’histoire se déroule au seizième siècle et décrit le voyage d’une expédition espagnole partie à la recherche de l’Eldorado. Une mutinerie plus tard, l’équipe passe sous les ordres de Lope de Aguirre, interprété donc par Klaus Kinski, qui ne découvre l’Eldorado ni dans la jungle, ni dans son cœur, mais trouve par contre folie, mort et des petits singes adorables.

« Adorable » n'était certainement pas dans les pensées du petit singe à cet instant précis.

« Adorable » n’était certainement pas dans les pensées du petit singe à cet instant précis.

Le tournage s’effectue au Pérou, où jungles et montagnes offrent à Werner un plateau certes chaotique, mais vaste ; adepte du système D, le réalisateur se jette à l’aventure bien décidé à se retrousser les manches, avec un budget tellement serré qu’une de ses premières actions en vue de son projet avait été de voler une caméra à l’école de cinéma de Munich.

Herzog tourne son film de manière chronologique, afin que l’évolution de son travail fasse écho à celle de l’histoire ; résultat, la troupe se coupe de plus en plus du monde en s’enfonçant dans la jungle, où chaque prise de vue, chaque scène devient un véritable défi. Les conditions d’hygiène et de sécurité sont à peu près égales à celles de la réelle expédition du seizième siècle et le moral de l’équipe gît au fond de l’Amazone. Comme les membres du staff proviennent de seize pays différents, la communication s’en ressent, d’autant plus que tout le monde s’engueule, à commencer par Herzog et Kinski. Leurs disputes sont constantes et violentes, et Klaus s’emporte tellement qu’il fait peur aux indigènes.

C'est dommage, c'était un des derniers endroits à n'avoir jamais connu de problèmes avec les Allemands.

C’est dommage, c’était un des derniers endroits à n’avoir jamais connu de problèmes avec les Allemands.

Déjà au deuxième jour de tournage, Kinski exige que Herzog renvoie certains membres de l’équipe ; devant le refus du réalisateur, il décide de se tirer lui-même, mais accepte finalement de rester lorsque Herzog le menace de l’abattre au pistolet, non sans avoir préalablement crié « police », à 650 bornes du village le plus proche.

Le tournage dure six semaines, au cours desquelles la troupe isolée dans la jungle se met régulièrement en danger sur des rapides ou des falaises et résiste tant bien que mal aux tempêtes, aux orages et aux éruptions. Et à ceux qui me diront qu’il n’y avait pas de volcan là où ils tournaient, je répondrai que je parlais de Klaus Kinski. Mais ils durent également faire face à une crue inattendue de l’Amazone.

Dans tous les cas, personne ne trouve la mort durant le tournage, ce qui tient presque du miracle ; Werner Herzog rentre en Allemagne pour la post-production, mais le budget ne suit plus. Si le film avait été tourné en anglais pour faciliter sa diffusion, on prend la décision de le post-synchroniser en allemand et Kinski, qui avait déjà englouti le tiers du budget avec son seul salaire, demande une blinde pour doubler son personnage. Le film est achevé fin 1972, mais pour quelque raison bizarre, il est d’abord diffusé en noir et blanc à la télévision allemande avant de trouver les salles et la couleur.

Tout était rentré dans l'ordre : la jungle était verte, et Herzog ne l'était plus.

Tout était rentré dans l’ordre : la jungle était verte, et Herzog ne l’était plus.

Aguirre rencontra toutefois son petit succès et l’accueil critique fut bon. Il a depuis atteint un statut culte, ayant réussi à capturer à l’écran l’ombre de la folie qui s’était abattue sur la troupe. La très forte aura psychologique entourant l’œuvre inspira plus d’un réalisateur, notamment un très célèbre, pour son malheur et notre bonheur :

Francis Ford Coppola, Apocalypse Now

Vous avez peut-être déjà vu Apocalypse Now, sinon je vous autorise exceptionnellement à faire un break le temps de le visionner, car il est largement considéré dans le milieu cinéphile comme étant, je cite, « putain bien ».

On y raconte l’histoire de Martin Sheen, envoyé en pleine jungle pour vérifier que Marlon Brando a bien appris ses textes. Débute alors un voyage initiatique où notre héros, rejoint par un tigre, une planche de surf et Morpheus, s’ouvrira aux vérités fondamentales de la vie qui l’amèneront à trouver la richesse intérieure.

Encore quelques mètres et la richesse intérieure va prendre cher.

Encore quelques mètres et la richesse intérieure va prendre cher.

Et si vous vous demandez à quoi bon regarder le film maintenant que je vous l’ai complètement spoilé, sachez qu’il vous reste une raison majeure de le découvrir, à savoir la réconfortante certitude que chaque scène que vous y visionnerez a été tournée dans les larmes et le sang. Vous n’y verrez littéralement rien d’autre que des gens plongés dans une inconcevable souffrance qu’ils essaient de dissimuler en jouant leur rôle. Yep : comme dans la vraie vie.

Le scénario original provient de « Au cœur des ténèbres », un livre qui se déroule en Afrique légèrement retravaillé pour donner un film qui se passe au Viet Nam. Initialement, Coppola entend juste le produire et demande à un vague inconnu d’alors, un dénommé George Lucas, de s’occuper de sa réalisation. George, qui a déjà les mains pleines avec un petit projet SF de derrière les fagots, décline et le vieux Francis décide de s’atteler lui-même à la tâche, probablement en disant « qu’est-ce qui pourrait mal tourner ? » un jour de conjonction stellaire en riant très fort à la face de Dieu, avant d’aller signer les papiers dans un bureau construit sur un cimetière indien en renversant une gitane sur le trajet.

Et c’est parti pour huit longs mois de « la croisière, ça use » !

Et c’est parti pour huit longs mois de « la croisière, ça use » !

Les difficultés débutent dès le casting ; Coppola, pourtant au sommet de sa gloire, ne parvient pas à trouver un seul acteur qui veuille bien interpréter son personnage principal et tous ses choix semblent se retourner contre lui. Harvey Keitel est viré au bout de quinze jours pour être remplacé par Martin Sheen, lequel souffre de gros problèmes de bouteille. Dennis Hopper est tellement shooté que tous les chiens policiers du pays hurlent à l’unisson dès son arrivée sur le territoire ; afin de mieux rentrer dans son personnage, il s’abstient de se laver pendant quarante jours, initiative saluée comme vous pouvez l’imaginer par ses collègues. Il est tellement jeté qu’avant peu, Marlon Brando refuse catégoriquement de travailler avec lui, ce qui pose évidemment quelques problèmes, dont le plus gros est, en l’occurrence, Marlon Brando : le bonhomme est largement en surpoids par rapport au rôle, s’est rasé le crâne sur un caprice et débarque sans avoir jeté le moindre coup d’œil au script, ni même à ses textes. Coppola doit retravailler entièrement son personnage et, du coup, toute la fin du film.

Côté accessoires, pas mieux : les hélicoptères sont prêtés par le président Ferdinand Marcos, et, bien qu’à disposition du réalisateur, ils s’absentent régulièrement pour partir en mission contre des « terroristes » (comme quoi ce n’était pas si différent). De véritables cadavres sont acheminés en même temps que des faux et balancés de-ci de-là dans le décor dans un souci d’ambiance, valant au gouvernement d’intervenir en catastrophe avant que Coppola n’inclue des macchabées dans son film à son insu. Philippines oblige, un bon vieux typhon passe faire un coucou, occasionnant pour plus d’un million de dollars de dégâts et coupant toute la troupe du reste du monde.

Mais ce n'était pas grave : ils étaient si bien entre eux.

Mais ce n’était pas grave : ils étaient si bien entre eux.

Selon les propres mots de Coppola, le tournage de ce film sur la guerre du Viet Nam devient peu à peu la guerre du Viet Nam elle-même, où des Américains pourvus de trop de moyens et de trop d’ambition deviennent fous dans une monde qui leur échappe. L’équipe, déjà démoralisée, est affaiblie par les maladies. Un technicien décède de la rage. Martin Sheen est frappé d’une crise cardiaque ; Coppola cache la bonne nouvelle aux banques et fait venir le frère de Martin en douce pour quelques plans de dos le temps que l’acteur se retape. Le tournage était prévu sur une centaine de jours, il en faudra plus de 230 ; le budget du film passe de 17 millions à 30. Coppola n’a plus de quoi payer les techniciens locaux, mais importe des steaks, des spaghettis et du vin des quatre coins du monde et se fait construire une piscine dans son jardin. La révolte gronde.

La presse américaine apprend les déboires du tournage. Le réalisateur sombre dans la picole et les joints, perd la face et quarante kilos, résiste à une tentative de putsch et prend une maîtresse, au grand bonheur de sa femme, qui fait partie du staff. Alors que le tournage touche à sa fin, un technicien envoie à Coppola un sac contenant les cendres de certaines pellicules, menaçant de foutre le feu au reste s’il ne peut pas coucher avec Melissa Mathison, une assistance du bon Francis qui, pour la petite histoire, épousera plus tard Harrison Ford. Il n’obtient pas gain de cause, mais épargne les pellicules et rentre chez lui chercher un nouveau boulot.

À terme, Coppola rentre avec des tonnes de pellicules, énormément de travail en perspective et une solide dépression. Il mettra trois ans à terminer son film, qui entrera dans la légende autant pour l’œuvre qu’il représente que pour les galères rencontrées pour le mener à bien.

On ne sait pas où se situe le film sur l'échelle de la poisse cosmique, mais ce dont on est sûr, c'est que Coppola a marché dessous.

On ne sait pas où se situe le film sur l’échelle de la poisse cosmique, mais ce dont on est sûr, c’est que Coppola a marché dessous.

 

L’art de la vengeance

Publié: 10 novembre 2016 dans Sciences sociales

On dit que la vengeance est un plat qui se mange froid, mais si on veut être plus spécifique, on peut la comparer à un imposant chariot à desserts : c’est tentant de piocher dedans pour conclure un repas au cours duquel on a paradoxalement trop dégusté, mais le plus raisonnable resterait de s’en abstenir complètement.

Déjà parce que ça ne sert pas à grand-chose – ce n’est pas parce que vous avez crevé les pneus de sa voiture que votre ancien chef va vous réengager – mais aussi parce qu’on ne sait pas s’y prendre. On n’a pas la manière.

Dans le film Opération Dragon, Bruce Lee apprend l’identité des responsables de la mort de sa petite sœur, lesquels, incidemment, organisent un tournoi de kung-fu. Le vieux Bruce peut donc obtenir réparation à coups de bourre-pifs ; cela étant, lui-même admettra que les circonstances s’y prêtaient plutôt bien. Ce n’est pas tous les jours que vos ennemis jurés vous défient au kung-fu alors que vous vous appelez Bruce Lee.

Le reste du temps, on n’a rien de vraiment mieux à faire que crever des pneus. Sauf, bien sûr, pour les Bruce Lee de la vengeance :

La Technique des Mille Coups de Fil

De tous les débats houleux qui agitent régulièrement notre société, celui sur l’avortement est probablement l’un des plus légitimes. C’est une question sérieuse, quoi qu’on en pense. Sachant cela, Todd Stave, propriétaire d’une clinique d’avortement aux États-Unis, reconnaît aux protestataires le droit de manifester devant son établissement, admettant même qu’il n’existe pas vraiment de meilleur endroit pour le faire. Todd Stave est très pragmatique.

Je sais ce que c'est : à l'heure où j'écris ces lignes, une cinquantaine de lecteurs mécontents manifestent devant ma fenêtre.

Je sais ce que c’est : à l’heure où j’écris ces lignes, une cinquantaine de lecteurs mécontents manifestent devant ma fenêtre.

Aussi, patients et membres du personnel durent s’habituer à composer avec une petite foule de manifestants pro-life combattant leurs choix de vie en leur distribuant des tracts et en leur chantant Jésus. La coexistence entre ces deux groupes se passait mieux qu’on aurait pu le penser, jusqu’au jour où une petite frange de manifestants se lassa de voir que l’on continuait à pratiquer des avortements dans une litanie continuelle de sutras sataniques malgré toutes leurs pancartes. Aussi décidèrent-ils de pousser la bataille un cran plus loin.

C’est ainsi que Todd Stave et sa famille commencèrent à recevoir des appels téléphoniques en quantité astronomique, jusqu’à plusieurs dizaines par heure, de jour comme de nuit. Certains leur disaient prier pour eux, d’autres les menaçaient de mort violente suivie de damnation éternelle, même que ça sera bien fait. Quelques proches de Todd ne furent pas en reste, notamment un beau-frère dentiste, qui eut la surprise de voir qu’on agitait des pancartes jusque devant son cabinet et qu’on s’en prenait à ses patients.

« Emmerdez-les tous, Dieu reconnaîtra les siens ! »

« Emmerdez-les tous, Dieu reconnaîtra les siens ! »

Et comme ces braves gens si inquiets pour l’âme de Todd Stave en sont ironiquement eux-mêmes dépourvus, ils allèrent jusqu’à s’en prendre à sa fille, une môme de onze ans, en l’invectivant depuis la rue le jour de la rentrée des classes, brandissant des photos de Todd et de fœtus, ainsi que des informations personnelles sur sa famille.

Il devint urgent pour Stave de trouver une réponse appropriée, tâche rendue plus ardue par le fait que la majorité desdites réponses appropriées à ce genre d’actions sortent largement du cadre légal ; mais il trouva : avec l’aide d’amis à lui, il fonda Voice of Choice.

Le principe est le suivant : si vous vous inscrivez sur le site, vous vous engagez à passer à chaque personne contactant Stave ou un membre de sa famille – ou n’importe qui connaissant les mêmes problèmes que lui et demandant de l’aide – un bref coup de fil, pour le remercier poliment pour ses prières et sa sollicitude.

Et il se trouva que le site connut son petit succès ; bientôt, les harceleurs recevaient la bagatelle de cinq mille coups de fil pour chaque appel qu’ils passaient, certes brefs et polis, mais enfin, cinq mille quand même. Et si le combat dure encore à ce jour, Todd Stave a plus ou moins réglé son problème d’appels téléphoniques.

Si vous vous demandez pourquoi les harceleurs ne passaient pas leurs appels en anonyme, je n'ai pas la réponse exacte, mais c'est probablement parce que la Bible n'explique pas comment paramétrer un téléphone.

Si vous vous demandez pourquoi les harceleurs ne passaient pas leurs appels en anonyme, je n’ai pas la réponse exacte, mais c’est probablement parce que la Bible n’explique pas comment paramétrer un téléphone.

La Position du Cochon Caché

Lorsque l’on demande ce qu’il faut faire des détenus durant leurs séjours en prison, une minorité répond qu’il faut préparer leur retour dans la société tandis que la majorité trouve dégueulasse qu’ils aient une bonne connexion à internet.

Si j'en crois une étude menée au comptoir du Café des Sports.

Si j’en crois une étude menée au comptoir du Café des Sports.

En général, nous cherchons à les réintégrer et c’est une bonne chose. Après, si l’on s’intéresse au taux de récidive, on doit bien admettre que les résultats ne suivent pas toujours. Pourquoi ces criminels, regroupés et forcés à vivre longuement entre eux, coupés de la société, traités en parias et disposant de beaucoup de temps pour se créer leurs réseaux durant leurs séjours à l’ombre, tendent à ne pas rentrer spontanément dans les rangs, nous ne le saurons sans doute jamais.

En fait, quand ils sortent de prison, ils se connectent à internet pour chercher un job, s'écrient « c'est quoi cette connexion de merde ? » et sont découragés.

En fait, quand ils sortent de prison, ils se connectent à internet pour chercher un job, s’écrient « c’est quoi cette connexion de merde ? » et sont découragés.

Ce n’est pas une raison pour baisser les bras ; peut-être que si on leur donne des possibilités de se sentir utiles derrière leurs barreaux en employant leurs compétences pour la communauté, on peut arriver à un résultat gagnant-gagnant. Et c’est ce qu’on fait : les détenus, souvent, effectuent de menus travaux.

Après, évidemment, on évite de leur confier des tâches dans la sécurité, les arsenaux ou les écoles, mais il reste bien assez à faire. Par exemple, aux USA, quelques détenus se sont retrouvés à faire parler leurs talents de graphistes pour la police du Vermont. Ça a donné ça :

Je me demande ce qu'a fait le graphiste de Ben & Jerry's pour être incarcéré.

Je me demande ce qu’a fait le graphiste de Ben & Jerry’s pour être incarcéré.

Comme vous le voyez, le logo dépeint un décor bucolique servant de cadre à une scène où une vache explique à trois créatures extraterrestres que l’une d’elle semble avoir sa tête à l’envers. Toutefois, il se trouve qu’une insulte envers la police fut subtilement ajoutée à cette insulte envers le bon goût. Pour la trouver, il faut savoir qu’en anglais, on emploie le mot « pig » pour désigner la police lorsqu’on n’est pas trop copain avec.

Trouvé ? Il vous a fallu moins de temps qu’à la police du Vermont. Trente voitures de patrouille sillonnèrent le terrain pendant plus d’une année sans que personne ne prenne conscience qu’une insulte subliminale était dissimulée sur le dessin de la vache. Bien que l’enquête officielle soit toujours en cours, on pense qu’un détenu s’est infiltré dans la salle informatique de sa prison et a procédé à quelques retouches au travail en cours pour la police. Pour la petite histoire, il semblerait qu’ils essaient de déterminer le coupable à l’aide du test de Rorschach.

« Un... Un aubois. »

« Un… Un aubois. »

La Danse de la Honte

On peut parler des heures de la façon de punir quelqu’un qui a commis un délit, le fait est que si le type est jeune, vous ne pouvez rien lui faire de pire que nuire à son image. C’est pour ça que je force mes enfants à pratiquer des danses traditionnelles embarrassantes dans des costumes ridicules devant la caméra, et au premier mauvais résultat scolaire, pan, c’est sur Facebook.

Mark Bao, étudiant à l’université Bentley, est parfaitement au clair sur ce concept. Lorsqu’il se fit voler son ordinateur portable, il pratiqua quelque tour de magie dont les informaticiens seuls ont le secret pour accéder à son laptop à distance et, ainsi, prit connaissance de ce que le voleur en faisait. Il ne fut pas déçu.

Il réalisa en effet qu’outre son inclinaison au larcin, son nouvel ami était affublé d’une seconde tare condamnable, à savoir son sens du rythme, chose dont il prit conscience en visionnant quelques vidéos de lui en train de danser devant la webcam.

Or, Bao était du genre rancunier ; il avait pu identifier le voleur par son compte Facebook et détenait toutes les informations nécessaires pour récupérer son bien de manière légale, mais il opta pour une autre méthode : il sélectionna la vidéo qu’il estimait être la pire et la publia sur Youtube, en la nommant « ne vole pas d’ordinateur à une personne qui sait se servir d’un ordinateur ».

L’histoire date de 2011 ; à ce jour, la vidéo a été visionnée plus de deux millions de fois. Le malheureux – et très mauvais danseur – voleur réalisa plusieurs jours après qu’il était devenu une star, restitua le laptop à la police et envoya un mail à Bao pour lui demander très respectueusement de bien vouloir retirer la vidéo, s’il vous plaît.

Malheureusement, on prend goût à la célébrité des autres.

Malheureusement, on prend goût à la célébrité des autres.

Vous pouvez trouver son mail en en-tête de la rubrique, sur une page Reddit où Bao le publia à sa réception. Et comme la vidéo est toujours sur Youtube, je pense qu’on peut tous retenir une bonne leçon de cette histoire : Bao a raison, il ne faut pas voler d’ordinateur à quelqu’un qui sait s’en servir. Si ça devait vous arriver, demandez d’abord à son propriétaire ce qu’il fait dans la vie.

Terre brûlée

Pour ma génération, George Lucas est un peu le type qui nous a offert nos rêves d’enfants, puis qui s’en est servi comme chausse-pied quelques années plus tard. Certains ne s’en sont jamais vraiment remis. Suivant le genre d’endroit où vous êtes, vous avez nettement meilleur temps de lancer une discussion sur l’immigration que sur Star Wars si vous voulez éviter de déclencher une bagarre.

Et vous ne voulez pas mettre les fans en colère.

Et vous ne voulez pas mettre les fans en colère.

Mais croyez-le ou non, George Lucas a contrarié ses propres voisins bien plus encore que les trentenaires barbus qui ont élu domicile au geek-store du coin ; et il convient d’ajouter qu’il a fait montre à cette occasion d’une subtilité qu’on n’aurait pas crue possible venant du type qui a inventé Jar Jar.

L’histoire nous emmène dans le comté de Marin, en Californie, reconnu comme étant l’un des plus riches des États-Unis. Certes, on y trouve des gens fauchés – il faut bien que certains bossent – mais on tend à les voir comme des éoliennes : une énergie renouvelable bon marché, mais bruyante et encombrante, qu’on essaie de regrouper dans des coins discrets.

Aussi, lorsque George Lucas y acheta, en 1978, un vaste terrain pour y fonder ses propres studios, il ne s’y fit pas que des amis ; non pas qu’on avait un problème avec le vieux George – ou n’importe quel Américain appelé George, vraiment – mais la perspective d’un complexe créant de l’emploi et, à ce titre, attirant le genre de créatures qui en avait besoin n’était pas forcément bien perçue.

Sans compter que les lumières des bâtiments menaçaient les – je cite – « sombres nuits étoilées » de l'endroit.

Sans compter que les lumières des bâtiments menaçaient les – je cite – « sombres nuits étoilées » de l’endroit.

Dès lors, et bien que l’on relèvera quand même que beaucoup dans la région accueillaient le projet à bras ouverts, il se trouva passablement de monde pour s’opposer aux constructions. George avait certes pu faire bâtir sa propre résidence, mais il put s’arrondir tous ses autres projets, systématiquement contestés devant la justice.

L’affaire avança à sauts de puce jusqu’en 2012, où le réalisateur annonça à la stupeur générale qu’il abandonnait le combat. Dans un communiqué, il déclara qu’il cédait devant l’opposition et vendait ses terres pour partir poursuivre ses projets sous des cieux plus cléments. Il laissa à ses adversaires le temps de s’échanger quelques high-five, ensuite de quoi il ajouta l’air de rien qu’il avait déjà trouvé preneur pour son terrain : la « Marin Community Foundation », une organisation visant à créer des habitations à loyers modérés.

Inutile de dire qu’il y eut comme un malaise. Ces gens avaient voulu éviter le bar louche de Tatooine, voilà qu’on leur promettait Gotham City. Une habitante révéla vivre depuis dans un état de « terreur absolue » et se sentir « comme en Syrie », tandis qu’à la tête des opposants, on accuse Lucas de chercher à déclencher une guerre des classes.

Du côté de l’intéressé, on botte en touche avec, peut-être, un soupçon d’obséquiosité, arguant que le comté avait un réel besoin d’habitations abordables et qu’il avait simplement cherché à faire un beau geste avant de partir.

Beau je ne sais pas, mais geste il y eut, c'est indéniable.

Beau je ne sais pas, mais geste il y eut, c’est indéniable.

Affaires classées (par chance)

Publié: 5 octobre 2016 dans Histoire

Il existe des circonstances où, malheureusement, la police se retrouve dans l’impossibilité de résoudre un crime, indépendamment du nombre de témoignages recueillis ou de donuts ingérés. Aucune piste sérieuse, aucun indice tangible, aucune conversation anodine où est mentionné par hasard un fait complètement trivial qui vaut à l’inspecteur de tout comprendre en un instant.

« Attendez une minute... Licorne, cheval blanc. Cheval blanc, Napoléon. Napoléon, Louis. Louis, Louis d'or. Louis d'or, hôtel de la monnaie. Hôtel de la monnaie, hôtel... Hôtel... Bon sang ! C'est le maître d'hôtel qui a fait le coup ! »

« Attendez une minute… Licorne, cheval blanc. Cheval blanc, Napoléon. Napoléon, Louis. Louis, Louis d’or. Louis d’or, hôtel de la monnaie. Hôtel de la monnaie, hôtel… Hôtel… Bon sang ! C’est le maître d’hôtel qui a fait le coup ! »

Ces dossiers sont alors classés sans suite et rangés dans des cartons poussiéreux entreposés dans un sous-sol obscur, où un enquêteur du futur viendra tôt ou tard y chercher des corrélations avec ses propres affaires.

Et d'où il appellera sa femme pour prévenir qu'il rentrera tard et se fera engueuler parce qu'il avait promis à son fils d'être là pour son grand match.

Et d’où il appellera sa femme pour prévenir qu’il rentrera tard et se fera engueuler parce qu’il avait promis à son fils d’être là pour son grand match.

C’est dans ces moments-là que l’on se rappelle des paroles de Tywin Lannister dans Last Action Hero : dans la vraie vie, les méchants peuvent gagner.

Sauf, bien sûr, si Super-Coïncidence s’en mêle.

À la recherche de la grande sœur perdue

En 1997, une résidente du Cap enceinte entre en maternité mais perd son bébé lors d’une fausse couche. Qu’à cela ne tienne, la dame veut un enfant, elle aura son enfant : s’emparant d’une blouse d’infirmière, elle se rend dans la chambre d’une jeune mère groggy récupérant d’une césarienne, prend sa fille de trois jours dans son berceau et rentre à la maison avec, cachant la petite histoire à son mari. Pourquoi insister sur les détails ?

« L'accouchement ? Oh, bof, tu sais, rien de bien significatif autant que je me souvienne... Et toi, ça a été ta journée ? »

« L’accouchement ? Oh, bof, tu sais, rien de bien significatif autant que je me souvienne… Et toi, ça a été ta journée ? »

Les malheureux parents, dont on ne peut qu’imaginer la peine, de la petite Zephany (ce qui veut dire « caché par Dieu ») Nurse (ce qui veut dire « infirmière ») firent l’impossible pour la retrouver, à commencer par maudire l’ironie de la situation, mais en furent pour leurs frais. Ils poursuivirent cahin-caha leur vie de couple, eurent trois autres enfants et gardèrent espoir. Ils firent bien.

Ils firent bien, car contrairement à ce que je dis régulièrement, la vie, parfois, c’est exactement comme la télé. 17 années après la tragédie de la famille Nurse, leur fille Cassidy, 13 ans, se lia d’amitié avec une camarade d’école de quatre ans son aînée qui lui ressemblait bizarrement et parla de sa nouvelle BFF à ses parents.

Pour Borne, le père, il ne fallut pas plus d’indices pour se convaincre que de toutes les filles de dix-sept ans d’Afrique du Sud qui ressemblaient à Cassidy, celle que cette dernière venait de rencontrer par hasard dans son école ne pouvait qu’être son enfant enlevée. Il contacta la police, demanda un test ADN, et bingo !

« Vous pouvez relâcher la cigogne et lui présenter nos excuses. »

« Vous pouvez relâcher la cigogne et lui présenter nos excuses. »

C’est ainsi que la famille Nurse fut enfin réunie après presque deux décennies de séparation. Happy end ? Allons, faut-il vous rappeler que la vie n’est pas comme la télé ?

La vie n'a qu'une seule « end » et elle n'est jamais « happy ».

La vie n’a qu’une seule « end » et elle n’est jamais « happy ».

Imaginez un instant que vous êtes une jeune fille de dix-sept ans (moi je fais ça tout le temps), comment réagissez-vous en apprenant que votre mère vous a enlevé à la naissance, vous a menti ainsi qu’à votre père et que vos véritables parents se trouvent être ceux de votre nouvelle copine, lesquels vivent à moins de deux bornes de chez vous ? Exactement : en virant le scénariste.

Remarquez, dix-sept ans est peut-être un bon âge pour réaliser que, comme vous l'aviez toujours suspecté, vos parents ne sont largement pas assez cool pour être vos vrais parents.

Remarquez, dix-sept ans est peut-être un bon âge pour réaliser que, comme vous l’aviez toujours suspecté, vos parents ne sont largement pas assez cool pour être vos vrais parents.

Après quelques mois de bonheur incrédule, pas mal de monde finit par craquer sous l’effet de cette tempête émotionnelle. À l’heure actuelle, Zephany est retournée chez sa famille « d’adoption » et ne parle plus à ses parents biologiques, lesquels sont en instance de divorce. Et bien entendu, la kidnappeuse est actuellement jugée pour enlèvement. Ces dernières nouvelles sont récentes, elles datent de mars 2016, et j’imagine qu’il va falloir pas mal d’années avant qu’une histoire pareille ne commence à sa tasser.

Le tueur en série et le code de la route

On dit toujours que pour résoudre un meurtre, il faut d’abord chercher à qui profite le crime, mais dès lors, ça devient tout de suite plus compliqué lorsqu’un assassinat est commandité par un labrador noir possédé par Satan.

« Redrum ! »

« Redrum ! »

Ce qui nous amène à New York dans les années 70, lorsqu’un tueur en série surnommé « the Son of Sam » se faisait sa petite réputation en ouvrant le feu au hasard sur des couples qui bécotaient dans la rue en pleine nuit.

« Tu sais que ça te va bien le gilet pare-balles ? »

« Tu sais que ça te va bien le gilet pare-balles ? »

Le bonhomme tua six personnes et en blessa à peu près autant d’autres entre 1976 et 1977. Le reste du temps, il menait une existence tranquille en bossant à la poste et en envoyant des lettres cryptiques à la police, laquelle, naturellement, les étudiait sous toutes les coutures.

« Je te tiens, Tea Party ! »

« Je te tiens, Tea Party ! »

Malgré tout, ils séchèrent devant l’absence de schéma cohérent du Fils de Sam et l’enquête piétina. La nuit du 30 juillet 1977 toutefois, le tueur se retrouva face à plus fort que lui : la police de la route. Car pendant qu’il faisait ses deux dernières victimes, un agent verbalisait sa voiture qu’il avait garée n’importe comment ; à son retour, le Flis de Sam retira la prune de son pare-brise et réintégra son véhicule, sous les yeux d’un habitant du quartier qui promenait son chien au même moment. Le lendemain, le bonhomme entendit parler des meurtres et contacta la police.

Les chiens sont à l'origine de la naissance et de la chute du Fils de Sam. Ils assument nettement mieux leurs responsabilités que nous.

Les chiens sont à l’origine de la naissance et de la chute du Fils de Sam. Ils assument nettement mieux leurs responsabilités que nous.

Les agents remontèrent la piste et obtinrent le nom d’un certain David Berkowitz, à qui ils rendirent une petite visite sans forcément trop y croire. Arrivés chez lui, ils trouvèrent dans sa voiture son flingue ainsi qu’une lettre manuscrite relatant ses projets de meurtres futurs, ce qui allait passablement faciliter la suite de l’investigation. Arrêté le même jour, Berkowitz se mit directement à table, dénonçant dans la foulée le labrador de son voisin. Ce dernier point ne l’empêcha pas d’être reconnu sain d’esprit par la cour, parce qu’aux USA, si vous internez les gens rendus fous à lier par la religion, vous déclenchez un énorme vacuum politique. À l’heure actuelle, il purge la première de ses six peines de prison à vie.

La flemme, l’interview et l’impossible coïncidence

Bon, résumé rapide parce que c’est glauque : juin 2011, un étudiant en droit de Macon, dans l’état de Géorgie, s’infiltre dans la chambre d’une camarade de classe, la tue, la découpe en morceaux, répartit les sacs dans divers containers et estime avoir accompli sa journée.

Lorsque sa disparition de la jeune femme est signalée à la police, deux agents se rendent en son domicile, d’où ils repartent bredouilles.

« Ils avaient raison : elle n'est pas chez elle. »

« Ils avaient raison : elle n’est pas chez elle. »

Dans le même temps, un camion-benne fait le tour du quartier et, sans le savoir (parce que c’est un camion-benne), emporte avec lui les restes de la malheureuse, ainsi que les chances pour la police d’élucider l’affaire rapidement.

Toutefois, il se trouva un container qui ne put être chargé : celui devant lequel les agents, qui étaient des gros flemmards, avaient garé leur voiture en allant investiguer chez la disparue. Il fut donc laissé tel quel pour une prochaine tournée, qui n’eut pas le temps d’être opérée avant qu’une odeur suspecte n’attire l’attention des résidents.

C’est ainsi que la fainéantise de deux policiers mena directement à une découverte essentielle à la résolution d’un meurtre, bitch-slapant dans la foulée tous les inspecteurs au monde dont le zèle consacré à leurs carrières avait mené au divorce. Mais c’est seulement ensuite que survint la deuxième énorme coïncidence de cette investigation : lorsque le tueur, interviewé en tant que résident du coin au sujet de la disparition, apprit alors qu’il était filmé que la police avait découvert « quelque chose » dans un container non loin.

Je ne vous mets pas la vidéo parce que je ne veux pas de ça sur mon blog, mais vous la trouverez en lien dans l’en-tête de la rubrique. Quoi qu’il en soit, on y voit un type louche parler de la disparue en termes aimables (parce que croyez-le ou non, ils étaient amis), avant d’encaisser de plein fouet un tiger-uppercut métaphorique lorsque la journaliste évoque la rumeur d’une récente découverte dans les parages. Vous pouvez littéralement voir sa vie défiler au ralenti devant ses yeux effarés, et entendre résonner dans son crâne les trompettes de l’apocalypse.

Et c’est après avoir vu cette vidéo que la police se décida à faire un coucou au type en question, qui passa promptement aux aveux.

La mystérieuse affaire du meurtre sablonneux

Si vous cliquez sur le lien ci-dessus, vous arriverez sur une émission relatant la résolution de meurtres sordides, que vous êtes invités à regarder en pantoufles depuis chez vous avec un paquet de tortilla chips et du guacamole.

C’est donc ce que j’ai fait, sauf qu’au lieu de tortilla chips et de guacamole j’ai mangé du houmous, par contre j’avais utilisé des pois chiches secs que j’avais préalablement faits tremper une nuit au lieu de prendre une boîte comme je fais habituellement, et dès lors les proportions ne sont plus du tout les mêmes, donc je me suis retrouvé avec une énorme quantité de pois chiches et il ne me restait pas assez de pâte de sésame, ce qui fait que j’ai dû congeler la moitié de ma purée de pois chiches en vue d’un houmous du futur et j’ai mélangé le reste à mon tahini, à quoi j’ai rajouté de l’huile de sésame, du cumin, du sel, de l’huile d’olive et du jus de citron, et c’était pas mal, sauf que le dosage était quand même perfectible et que de toute façon j’ai mangé ça plus tard, parce que qui dîne devant une affaire de meurtre ?

Tout ça pour vous dire que je n'avais vraiment aucune raison de vous parler de mon houmous.

Tout ça pour vous dire que je n’avais vraiment aucune raison de vous parler de mon houmous.

Pour en venir à notre affaire, un corps de femme fut découvert dans un désert du Nouveau Mexique dans le courant de l’an 2000. La malheureuse se nommait Betty Lee, était infirmière et avait été tuée à coups de couteau et de masse, armes que l’on retrouva non loin des lieux du crime.

Je vous l'accorde, c'est plus sympa quand on parle de houmous.

Je vous l’accorde, c’est plus sympa quand on parle de houmous.

On trouva également des traces de pneus, que la police remonta jusqu’à déboucher sur une étonnante scène indiquant l’implication de quatre véhicules. Ils dénichèrent également un téléphone portable en bon état, qui avait apparemment été négligemment jeté dans les fourrés.

Évidemment, pour la police, trouver un téléphone portable sur une scène de crime revient plus ou moins à trouver le meurtrier, avec en prime une grosse centaine de photos de ses derniers repas.

Quoi que les téléphones de l'époque ne pouvaient pas prendre de photos. Par contre, ils tenaient le coup quand vous les jetiez dans un buisson.

Quoi que les téléphones de l’époque ne pouvaient pas prendre de photos. Par contre, ils tenaient le coup quand vous les jetiez dans un buisson.

Toutefois, le propriétaire du téléphone, un dénommé Charley Bergin, était innocent comme l’agneau. Dans les faits, après avoir tué leur victime, l’assassin et son complice partirent rouler au bol dans le désert pour se détendre (vous connaissez tous cette tendance irrépressible qu’on a à vouloir aller tailler de la piste après avoir refroidi quelqu’un à coups de masse). Toutefois, ces cons-là s’arrangèrent pour finir ensablés et n’eurent pas d’autre choix que d’appeler au secours.

Le meurtrier, Robert Fry, contacta alors son père, préférant sans doute éviter le risque d’attirer l’attention d’un inconnu sur sa présence dans ce désert en pleine nuit de meurtre. Papa se pointa donc au volant de son truck et entreprit de dégager fiston, mais merda si totalement qu’il finit également coincé. N’ayant pas de raison de suspecter quoi que ce soit, le bonhomme appela une dépanneuse.

Bien des années plus tard...

Bien des années plus tard…

Lorsque cette dernière se retrouva ensablée à son tour parce que le Destin était d’humeur guillerette ce jour-là, le dépanneur contacta un collègue, qui s’avéra être, finalement, Charley Bergin. Or, le vieux Charley apprécia moyennement d’être tiré du lit pour aller se perdre (et probablement s’ensabler) en plein désert et s’y rendit bien remonté. Arrivé sur place, le vaillant professionnel entreprit de dégager la cohorte de véhicules mais, au milieu de ses manœuvres, il reçut un appel de sa femme qui venait de se rappeler qu’elle devait l’engueuler. Déjà sur les nerfs, Bergin ne comprit rien à ce qu’elle lui disait à cause de la mauvaise réception et, sous l’effet de la colère, finit par jeter son appareil dans le décor.

La police peina à croire à une histoire aussi invraisemblable, avant de réaliser qu’il paraissait encore plus improbable que le vieux Bergin l’ait inventée. De toute façon, il possédait ce que les enquêteurs recherchaient : Fry l’avait payé par chèque. Les agents remontèrent la piste, passèrent faire un coucou à l’intéressé, repartirent de chez lui avec des montagnes de preuves ainsi le nom de son complice, lequel témoigna contre Fry afin d’échapper à la corde. Ce dernier fut reconnu coupable de ce meurtre, ainsi que de trois autres homicides non élucidés, et fut condamné à mort.

Ainsi fut arrêté un tueur brutal et imprévisible, grâce à un coup de fil hargneux d’une épouse fâchée, ainsi qu’à une réaction furieuse et inconsidérée du mari. Rétrospectivement, Bergin considère cet appel comme étant le plus merveilleux qu’il ait jamais reçu. On espère que leur couple va mieux.

Philosophie Internet

Publié: 31 août 2016 dans Sciences sociales

Il était une fois un petit écureuil qui avait mis des noisettes de côté en prévision de l’hiver. Il en était si content qu’il commença à gonfler tous les animaux de la forêt avec ses foutues noisettes, comme quoi il avait bien raison d’être prévoyant et que les autres étaient des gros harengs de ne pas faire comme lui. Alors un jour, le sage hibou, le pragmatique sanglier, le gentil lapin, le rusé renard et le suffoquant merlu lui firent remarquer que ce qui était important pour lui ne l’était pas nécessairement pour tout le monde, ensuite de quoi le renard mangea le lapin, car il était rusé. Mais l’écureuil ne comprit rien du tout et depuis, il continue de soûler tout le monde. Mais la moitié de la forêt a bloqué ses publications, alors ça va.

Moralité : ce billet parlera des moralités gonflantes qui foisonnent sur internet.

Parce que la philosophie, il faut voir ça comme le fléau d’armes du sage : cela peut s’avérer très pratique pour cueillir à la nuque le Lansquenet de la Guigne lorsqu’il vous cherche des crosses, mais il faut être bien sûr que votre engin tienne la route. Si, au premier mouvement, la chaîne et le boulet tombent au sol, alors ce n’est plus un fléau d’armes du sage, c’est juste un bâton du sage. Et le Lansquenet de la Guigne se rit de votre bâton du sage.

Aussi, je vous propose aujourd’hui de nous pencher sur quelques-uns de ces proverbiaux (depuis peu) bâtons du sage qui pullulent sur nos réseaux sociaux afin qu’ensemble, nous puissions souhaiter les voir quitter le Web au plus vite pour faire de la place à de nouvelles tendances agaçantes.

Alors, heureux ?

Commençons avec une simple question : êtes-vous heureux ? Bof ? Mince alors ! Attendez, j’ai peut-être la solution pour vous :

Vous avez juste mal choisi ; vous seriez surpris du nombre de gens à qui ça arrive.

Vous avez juste mal choisi ; vous seriez surpris du nombre de gens à qui ça arrive.

Ça va mieux ? Pas tant que ça ? Ce n’est pas grave, essayons autre chose :

D'accord, ça marche mieux si on est Audrey Hepburn.

D’accord, ça marche mieux si on est Audrey Hepburn.

Et là ? Toujours pas ? Mais c’est à n’y rien comprendre !

Écoutez, je réalise pleinement que vous êtes en droit de me voir comme l’écureuil de ma métaphore (car oui, c’était une métaphore) : qu’est-ce je viens piétiner une pensée aussi inoffensive et positive avec mes gros sabots ? D’autant qu’elle peut certainement faire beaucoup de bien à quelqu’un qui la lirait au bon moment, par exemple durant une période difficile ou à onze ans. Ce sont parfois des trucs très simples qui nous font décoller. Concrètement, ce que je lui reproche, c’est cette tendance qu’elle a à pousser ceux qu’elle aide à la répandre abondamment autour d’eux, tel un dogme simpliste d’une divinité gentille, mais un peu bête.

Priez Bubbha.

Priez Bubbha.

Résultat, ce type de philosophie foisonne sur internet comme une nuée grouillante de rats béats d’optimisme, accumulant les adeptes tandis que le Lansquenet de la Guigne affûte son espadon en vue de son prochain coucou. Car un jour, fatalement, il va arriver une vraie tuile qui va nécessiter davantage qu’un soupçon de relativisme.

Et c’est là que le bât blesse : qu’est-ce qui vous fait souffrir comme ça, pauvre de vous ? Vous n’arrivez pas à réaliser votre rêve d’avoir des enfants ? Je suis vraiment désolé, je ne sais pas quoi vous dire. Courage. Vous avez perdu votre peigne ? Peut-être alors devriez-vous rejeter un œil aux citations ci-dessus, en effet.

Il est peut-être juste sous vos yeux !

Il est peut-être juste sous vos yeux !

Dans les faits, c’est certainement beaucoup moins bête que ça, mais ça n’en reste pas moins l’image que vous renvoyez en publiant ce genre de morales. Parce que si cette citation vous a permis de sortir de la mélasse, j’en suis certes ravi pour vous, mais l’impression que j’en retire est que votre problème était déjà plus ou moins réglé et que tout ce qu’il vous restait à faire, c’était vous extraire d’un cercle vicieux de négativisme. On est d’accord que ça peut être coton, mais pour notre ami le Lansquenet de la Guigne, ça reste une passe d’échauffement. Allez-vous vraiment dire à un veuf qu’il n’a qu’à choisir d’être heureux ?

Mais là, que vous soyez endeuillé, malade, dépressif, perdu ou juste en proie à un coup de blues, vous êtes tous rangés au même râtelier : le problème est dans votre tête, c’est juste une question d’état d’esprit ; pourtant, ce n’est pas comme ça que le cerveau fonctionne, ou la mélancolie, ou même la vie en général. Et adhérer trop aveuglément à ce genre de principes revient aussi à tourner le dos aux réflexions qui peuvent réellement faire avancer.

La complainte du vieux con

Internet a sa propre version de l’aîné qui agite sa canne et rouspète en voyant passer des jeunes à motos, à savoir une personne de trente à cinquante ans qui ronchonne en voyant que les enfants d’aujourd’hui ont accès à des smartphones et ça donne ça :

Le bon vieux temps, vu par le bon vieux con.

Le bon vieux temps, vu par le bon vieux con.

Je sais bien que je suis loin d’être le premier à venir sur le sujet puisque ce type d’image a été largement parodié. Il n’empêche que cette pensée reste énormément partagée sur la toile par, je suppose, des personnes qui, d’une part, n’ont pas d’enfants et, d’autre part, ont oublié leur jeunesse. Parce que sinon, ils réaliseraient qu’il est possible d’expérimenter tout à la fois les jeux dans la nature et l’utilisation de la technologie au cours d’une enfance.

Whatsapp : « On va jouer dans la rivière cet après-midi ? »

Whatsapp : « On va jouer dans la rivière cet après-midi ? »

Dame, il est même possible de combiner les deux durant la même journée ! Mais pas pour les zélotes qui partagent ce genre d’images : la technologie est un hideux virus qui ronge l’âme de l’enfance et détourne notre jeunesse des saines découvertes qui nous ont fait grandir et nous épanouir. Sauf que bien sûr, ils oublient que la question ne date pas d’hier :

Lucidité.

Lucidité.

Cette question, elle a même un nom depuis peu : la junenoia, cette tendance qu’on a à se croire plus progressistes que les générations nous précédant et plus sages que celles qui nous suivent. Mais là, ça ne découle même pas de la juvenoia, juste du n’importe quoi : quel genre de message véhicule cette citation ?

Technologie : n.f. : ensemble de moyens ou d'outils que la science nous a donnés et qui s'appliquent aux smartphones et aux tablettes, mais pas aux consoles de jeu et à la télévision.

Technologie : n.f. : ensemble de moyens ou d’outils que la science nous a donnés et qui s’appliquent aux smartphones et aux tablettes, mais pas aux consoles de jeu et à la télévision.

Est-ce que la technologie peut nuire à l’enfance ? Bien sûr qu’elle le peut, les parents s’en préoccupent d’ailleurs assez et ont pleinement raison, mais elle peut aussi amener du positif. Contrairement à ce message-là, qui n’amène rien à personne. C’est juste une version mise à jour de « c’était mieux avant ».

Le voyage est la richesse de l’âme, tout ça

On est d’accord : voyager est un très bon moyen de s’ouvrir au monde. Mais de grâce, ne venez pas me dire que c’est le seul. Comme l’autre nouille, là :

Auteur inconnu ? Quelle honteuse injustice !

Auteur inconnu ? Quelle honteuse injustice !

Je ne sais pas, auteur inconnu, as-tu essayé d’acheter un livre ?

« Oui. Livres nuls. Seul compter vent dans les cheveux et terre inconnue sous les pieds. »

« Oui. Livres nuls. Seul compter vent dans les cheveux et terre inconnue sous les pieds. »

Le fait que nous autres occidentaux souffrions d’un problème d’identité est une évidence. La morosité économique et sociale, la précarité du monde du travail, la disparition des repères moraux, idéologiques ou religieux, l’absence de confiance en le système, l’excès de concurrence individuelle, la désinformation ou encore la généralisation des recours aux extrêmes, les raisons de ne pas se retrouver dans notre société sont légion.

En conséquence, il appartient à chacun de chercher à s’épanouir d’une façon qui lui est propre et dès lors, en effet, la découverte d’autres cultures par le biais du voyage est une méthode plus que valable.

D’ailleurs c’est facile à vérifier : la plupart du temps, quand quelqu’un dans votre entourage se tire une longue période parcourir tel ou tel pays avec son sac à dos, il en revient grandi.

Ou alors pas du tout, et à son retour il publie ça :

C'est surtout vrai si par « livre », vous entendez « guide du routard ».

C’est surtout vrai si par « livre », vous entendez « guide du routard ».

Eh oui, ignares ! Si vous ne voyagez pas, vous vous bornez à lire bêtement la même page encore et encore, retournant au début du texte à chaque jour que Dieu fait. Tandis que si vous voyagez, alors là, vous allez enfin savoir ce qui se raconte après cette virgule qui conclut la première page ! Vous allez connaître la suite de l’histoire ! De votre histoire !

À condition bien sûr de considérer que le quotidien de toute personne passant sa vie dans son bled (dont un bon paquet ne voyage pas faute de moyens) se résume à un éternel recommencement sans surprise ni défi. Ce qui est complètement à côté de la plaque, mais ne laissez pas cette citation nuire à la haute estime que vous avez de Saint Augustin, car le bon Père de l’Église ne l’a vraisemblablement jamais prononcée.

Mais c’est vrai que c’est joli ! Et suivant comment vous la prenez, certes, elle n’est pas dénuée d’un certain sens. Contrairement à la démarche de la personne qui l’a partagée sur sa fichue page Facebook, en ajoutant probablement celle-ci par la suite :

Traduction : qui aime voyager ressent parfois le besoin de voyager.

Traduction : qui aime voyager ressent parfois le besoin de voyager.

Encore une fois, je ne prétends pas qu’il n’existe pas un bénéfice réel à retirer d’une telle expérience. Suivant quelles sont vos ambitions, un voyage peut s’avérer être un véritable défi, mais vous savez quoi d’autre est un défi ? Faire carrière. Ou fonder une famille. Ou progresser en tant qu’artiste. Ou se faire décerner une ceinture noire. Ou intégrer un orchestre. Ou courir un marathon. Autant d’expériences tout à fait valables pour se réaliser, mais qui ne sont pas toujours compatibles avec un grand et beau voyage, entre autres pour une triste réalité que la citation suivante, malgré ses louables efforts, ne saurait occulter :

Traduction : voyage pendant que papa et maman peuvent raquer pour ton appartement et tes études.

Traduction : voyage pendant que papa et maman peuvent raquer pour ton appartement et tes études.

Vous connaissez l’auteur de cette phrase ? Moi non plus, personne ne le connaît et c’est normal. Mais ce dont on peut être certain, c’est qu’il n’a jamais eu à faire face à des problèmes financiers. Certes, il est possible de voyager avec un petit budget, mais tout le monde ne peut pas juste « faire que ça marche ».

Ce qui ne veut pas dire que vous ne devriez pas tout plaquer pour voyager si c’est important pour vous, mais épargnez-nous les citations condescendantes à votre retour. Parce que l’impression que ça donne, c’est que tout ce que vous avez retiré de votre expérience, c’est la fierté de l’avoir réalisée.

Ne changez rien, malheureux !

En gros, je pense qu’on peut résumer la plupart des citations évoquées jusqu’ici par ceci : « pensez comme moi, j’ai raison. » Et le problème n’est pas qu’ils ont tort, le problème est qu’ils ont raison, mais n’admettent pas que d’autres peuvent penser différemment tout en ayant aussi raison. Parce que les gens sont, vous savez, différents.

Mais gardez-vous de prendre ce que je viens de dire trop au pied de la lettre, parce que sinon ça donne ça :

Pourquoi ces citations, qui ne sont ostensiblement pas des proverbes, sont-elles toutes répertoriées sur un site appelé « les beaux proverbes » ?

Pourquoi ces citations, qui ne sont ostensiblement pas des proverbes, sont-elles toutes répertoriées sur un site appelé « les beaux proverbes » ?

S’il existe d’innombrables contextes dans lesquels cette pensée peut s’avérer tout à fait pertinente, la dernière chose à faire reste de l’appliquer à absolument tout le monde, ce qui est pourtant ce qui se passe lorsqu’on la partage sur les réseaux sociaux. Je vous laisse prendre une seconde pour imaginer le foutoir que ça serait si tout le monde devait s’obstiner à ne jamais changer pour les autres. Si vous avez de la peine à vous représenter la scène, focalisez-vous sur la moitié de la foutue société moderne, qui agit déjà comme ça. Parfois de manière assez cash :

« D'abord ! »

« D’abord ! »

Bien sûr, un minimum d’estime de soi est important et beaucoup se sont fait du mal en cherchant à devenir ce qu’ils n’étaient pas pour accommoder leur entourage. Mais faut-il pour autant basculer dans l’excès contraire ? Je pense que si vous en êtes à considérer qu’il revient au monde entier de s’accommoder de vos défauts, votre prochaine étape consistera à vous écrire vos propres mots d’amour sur la buée du miroir en sortant de la douche.

Cette citation s’inscrit dans un registre que l’on voit se répandre considérablement depuis quelques temps et qui consiste à revendiquer de la fierté à être ce que l’on est. Et il n’y a pas vraiment de mal à ça, encore que selon moi, si l’on est en quête d’estime de soi, on obtiendra de meilleurs résultats en cherchant à être fier de ce que l’on fait. Tenez, voici une citation qui n’est pas d’accord avec moi :

Signé : les fleurs de l'arrière-plan.

Signé : les fleurs de l’arrière-plan.

Et oui, selon le point de vue, elle peut tomber assez juste ; toutefois, si vous regardez bien la photo en elle-même, vous constaterez qu’on a mis l’accent sur les fleurs, pas la terre sur laquelle elles poussent. Eh bien voici une révélation choc : les gens font pareil avec vous. Évidemment, la personne que l’on est au fond de nous est primordiale, c’est bien sur elle que tout se construit. Mais tout est là, justement : il faut construire.

Et c’est précisément ce que ces citations vous invitent à ne pas faire.