L’art de la vengeance

Publié: 10 novembre 2016 dans Sciences sociales

On dit que la vengeance est un plat qui se mange froid, mais si on veut être plus spécifique, on peut la comparer à un imposant chariot à desserts : c’est tentant de piocher dedans pour conclure un repas au cours duquel on a paradoxalement trop dégusté, mais le plus raisonnable resterait de s’en abstenir complètement.

Déjà parce que ça ne sert pas à grand-chose – ce n’est pas parce que vous avez crevé les pneus de sa voiture que votre ancien chef va vous réengager – mais aussi parce qu’on ne sait pas s’y prendre. On n’a pas la manière.

Dans le film Opération Dragon, Bruce Lee apprend l’identité des responsables de la mort de sa petite sœur, lesquels, incidemment, organisent un tournoi de kung-fu. Le vieux Bruce peut donc obtenir réparation à coups de bourre-pifs ; cela étant, lui-même admettra que les circonstances s’y prêtaient plutôt bien. Ce n’est pas tous les jours que vos ennemis jurés vous défient au kung-fu alors que vous vous appelez Bruce Lee.

Le reste du temps, on n’a rien de vraiment mieux à faire que crever des pneus. Sauf, bien sûr, pour les Bruce Lee de la vengeance :

La Technique des Mille Coups de Fil

De tous les débats houleux qui agitent régulièrement notre société, celui sur l’avortement est probablement l’un des plus légitimes. C’est une question sérieuse, quoi qu’on en pense. Sachant cela, Todd Stave, propriétaire d’une clinique d’avortement aux États-Unis, reconnaît aux protestataires le droit de manifester devant son établissement, admettant même qu’il n’existe pas vraiment de meilleur endroit pour le faire. Todd Stave est très pragmatique.

Je sais ce que c'est : à l'heure où j'écris ces lignes, une cinquantaine de lecteurs mécontents manifestent devant ma fenêtre.

Je sais ce que c’est : à l’heure où j’écris ces lignes, une cinquantaine de lecteurs mécontents manifestent devant ma fenêtre.

Aussi, patients et membres du personnel durent s’habituer à composer avec une petite foule de manifestants pro-life combattant leurs choix de vie en leur distribuant des tracts et en leur chantant Jésus. La coexistence entre ces deux groupes se passait mieux qu’on aurait pu le penser, jusqu’au jour où une petite frange de manifestants se lassa de voir que l’on continuait à pratiquer des avortements dans une litanie continuelle de sutras sataniques malgré toutes leurs pancartes. Aussi décidèrent-ils de pousser la bataille un cran plus loin.

C’est ainsi que Todd Stave et sa famille commencèrent à recevoir des appels téléphoniques en quantité astronomique, jusqu’à plusieurs dizaines par heure, de jour comme de nuit. Certains leur disaient prier pour eux, d’autres les menaçaient de mort violente suivie de damnation éternelle, même que ça sera bien fait. Quelques proches de Todd ne furent pas en reste, notamment un beau-frère dentiste, qui eut la surprise de voir qu’on agitait des pancartes jusque devant son cabinet et qu’on s’en prenait à ses patients.

« Emmerdez-les tous, Dieu reconnaîtra les siens ! »

« Emmerdez-les tous, Dieu reconnaîtra les siens ! »

Et comme ces braves gens si inquiets pour l’âme de Todd Stave en sont ironiquement eux-mêmes dépourvus, ils allèrent jusqu’à s’en prendre à sa fille, une môme de onze ans, en l’invectivant depuis la rue le jour de la rentrée des classes, brandissant des photos de Todd et de fœtus, ainsi que des informations personnelles sur sa famille.

Il devint urgent pour Stave de trouver une réponse appropriée, tâche rendue plus ardue par le fait que la majorité desdites réponses appropriées à ce genre d’actions sortent largement du cadre légal ; mais il trouva : avec l’aide d’amis à lui, il fonda Voice of Choice.

Le principe est le suivant : si vous vous inscrivez sur le site, vous vous engagez à passer à chaque personne contactant Stave ou un membre de sa famille – ou n’importe qui connaissant les mêmes problèmes que lui et demandant de l’aide – un bref coup de fil, pour le remercier poliment pour ses prières et sa sollicitude.

Et il se trouva que le site connut son petit succès ; bientôt, les harceleurs recevaient la bagatelle de cinq mille coups de fil pour chaque appel qu’ils passaient, certes brefs et polis, mais enfin, cinq mille quand même. Et si le combat dure encore à ce jour, Todd Stave a plus ou moins réglé son problème d’appels téléphoniques.

Si vous vous demandez pourquoi les harceleurs ne passaient pas leurs appels en anonyme, je n'ai pas la réponse exacte, mais c'est probablement parce que la Bible n'explique pas comment paramétrer un téléphone.

Si vous vous demandez pourquoi les harceleurs ne passaient pas leurs appels en anonyme, je n’ai pas la réponse exacte, mais c’est probablement parce que la Bible n’explique pas comment paramétrer un téléphone.

La Position du Cochon Caché

Lorsque l’on demande ce qu’il faut faire des détenus durant leurs séjours en prison, une minorité répond qu’il faut préparer leur retour dans la société tandis que la majorité trouve dégueulasse qu’ils aient une bonne connexion à internet.

Si j'en crois une étude menée au comptoir du Café des Sports.

Si j’en crois une étude menée au comptoir du Café des Sports.

En général, nous cherchons à les réintégrer et c’est une bonne chose. Après, si l’on s’intéresse au taux de récidive, on doit bien admettre que les résultats ne suivent pas toujours. Pourquoi ces criminels, regroupés et forcés à vivre longuement entre eux, coupés de la société, traités en parias et disposant de beaucoup de temps pour se créer leurs réseaux durant leurs séjours à l’ombre, tendent à ne pas rentrer spontanément dans les rangs, nous ne le saurons sans doute jamais.

En fait, quand ils sortent de prison, ils se connectent à internet pour chercher un job, s'écrient « c'est quoi cette connexion de merde ? » et sont découragés.

En fait, quand ils sortent de prison, ils se connectent à internet pour chercher un job, s’écrient « c’est quoi cette connexion de merde ? » et sont découragés.

Ce n’est pas une raison pour baisser les bras ; peut-être que si on leur donne des possibilités de se sentir utiles derrière leurs barreaux en employant leurs compétences pour la communauté, on peut arriver à un résultat gagnant-gagnant. Et c’est ce qu’on fait : les détenus, souvent, effectuent de menus travaux.

Après, évidemment, on évite de leur confier des tâches dans la sécurité, les arsenaux ou les écoles, mais il reste bien assez à faire. Par exemple, aux USA, quelques détenus se sont retrouvés à faire parler leurs talents de graphistes pour la police du Vermont. Ça a donné ça :

Je me demande ce qu'a fait le graphiste de Ben & Jerry's pour être incarcéré.

Je me demande ce qu’a fait le graphiste de Ben & Jerry’s pour être incarcéré.

Comme vous le voyez, le logo dépeint un décor bucolique servant de cadre à une scène où une vache explique à trois créatures extraterrestres que l’une d’elle semble avoir sa tête à l’envers. Toutefois, il se trouve qu’une insulte envers la police fut subtilement ajoutée à cette insulte envers le bon goût. Pour la trouver, il faut savoir qu’en anglais, on emploie le mot « pig » pour désigner la police lorsqu’on n’est pas trop copain avec.

Trouvé ? Il vous a fallu moins de temps qu’à la police du Vermont. Trente voitures de patrouille sillonnèrent le terrain pendant plus d’une année sans que personne ne prenne conscience qu’une insulte subliminale était dissimulée sur le dessin de la vache. Bien que l’enquête officielle soit toujours en cours, on pense qu’un détenu s’est infiltré dans la salle informatique de sa prison et a procédé à quelques retouches au travail en cours pour la police. Pour la petite histoire, il semblerait qu’ils essaient de déterminer le coupable à l’aide du test de Rorschach.

« Un... Un aubois. »

« Un… Un aubois. »

La Danse de la Honte

On peut parler des heures de la façon de punir quelqu’un qui a commis un délit, le fait est que si le type est jeune, vous ne pouvez rien lui faire de pire que nuire à son image. C’est pour ça que je force mes enfants à pratiquer des danses traditionnelles embarrassantes dans des costumes ridicules devant la caméra, et au premier mauvais résultat scolaire, pan, c’est sur Facebook.

Mark Bao, étudiant à l’université Bentley, est parfaitement au clair sur ce concept. Lorsqu’il se fit voler son ordinateur portable, il pratiqua quelque tour de magie dont les informaticiens seuls ont le secret pour accéder à son laptop à distance et, ainsi, prit connaissance de ce que le voleur en faisait. Il ne fut pas déçu.

Il réalisa en effet qu’outre son inclinaison au larcin, son nouvel ami était affublé d’une seconde tare condamnable, à savoir son sens du rythme, chose dont il prit conscience en visionnant quelques vidéos de lui en train de danser devant la webcam.

Or, Bao était du genre rancunier ; il avait pu identifier le voleur par son compte Facebook et détenait toutes les informations nécessaires pour récupérer son bien de manière légale, mais il opta pour une autre méthode : il sélectionna la vidéo qu’il estimait être la pire et la publia sur Youtube, en la nommant « ne vole pas d’ordinateur à une personne qui sait se servir d’un ordinateur ».

L’histoire date de 2011 ; à ce jour, la vidéo a été visionnée plus de deux millions de fois. Le malheureux – et très mauvais danseur – voleur réalisa plusieurs jours après qu’il était devenu une star, restitua le laptop à la police et envoya un mail à Bao pour lui demander très respectueusement de bien vouloir retirer la vidéo, s’il vous plaît.

Malheureusement, on prend goût à la célébrité des autres.

Malheureusement, on prend goût à la célébrité des autres.

Vous pouvez trouver son mail en en-tête de la rubrique, sur une page Reddit où Bao le publia à sa réception. Et comme la vidéo est toujours sur Youtube, je pense qu’on peut tous retenir une bonne leçon de cette histoire : Bao a raison, il ne faut pas voler d’ordinateur à quelqu’un qui sait s’en servir. Si ça devait vous arriver, demandez d’abord à son propriétaire ce qu’il fait dans la vie.

Terre brûlée

Pour ma génération, George Lucas est un peu le type qui nous a offert nos rêves d’enfants, puis qui s’en est servi comme chausse-pied quelques années plus tard. Certains ne s’en sont jamais vraiment remis. Suivant le genre d’endroit où vous êtes, vous avez nettement meilleur temps de lancer une discussion sur l’immigration que sur Star Wars si vous voulez éviter de déclencher une bagarre.

Et vous ne voulez pas mettre les fans en colère.

Et vous ne voulez pas mettre les fans en colère.

Mais croyez-le ou non, George Lucas a contrarié ses propres voisins bien plus encore que les trentenaires barbus qui ont élu domicile au geek-store du coin ; et il convient d’ajouter qu’il a fait montre à cette occasion d’une subtilité qu’on n’aurait pas crue possible venant du type qui a inventé Jar Jar.

L’histoire nous emmène dans le comté de Marin, en Californie, reconnu comme étant l’un des plus riches des États-Unis. Certes, on y trouve des gens fauchés – il faut bien que certains bossent – mais on tend à les voir comme des éoliennes : une énergie renouvelable bon marché, mais bruyante et encombrante, qu’on essaie de regrouper dans des coins discrets.

Aussi, lorsque George Lucas y acheta, en 1978, un vaste terrain pour y fonder ses propres studios, il ne s’y fit pas que des amis ; non pas qu’on avait un problème avec le vieux George – ou n’importe quel Américain appelé George, vraiment – mais la perspective d’un complexe créant de l’emploi et, à ce titre, attirant le genre de créatures qui en avait besoin n’était pas forcément bien perçue.

Sans compter que les lumières des bâtiments menaçaient les – je cite – « sombres nuits étoilées » de l'endroit.

Sans compter que les lumières des bâtiments menaçaient les – je cite – « sombres nuits étoilées » de l’endroit.

Dès lors, et bien que l’on relèvera quand même que beaucoup dans la région accueillaient le projet à bras ouverts, il se trouva passablement de monde pour s’opposer aux constructions. George avait certes pu faire bâtir sa propre résidence, mais il put s’arrondir tous ses autres projets, systématiquement contestés devant la justice.

L’affaire avança à sauts de puce jusqu’en 2012, où le réalisateur annonça à la stupeur générale qu’il abandonnait le combat. Dans un communiqué, il déclara qu’il cédait devant l’opposition et vendait ses terres pour partir poursuivre ses projets sous des cieux plus cléments. Il laissa à ses adversaires le temps de s’échanger quelques high-five, ensuite de quoi il ajouta l’air de rien qu’il avait déjà trouvé preneur pour son terrain : la « Marin Community Foundation », une organisation visant à créer des habitations à loyers modérés.

Inutile de dire qu’il y eut comme un malaise. Ces gens avaient voulu éviter le bar louche de Tatooine, voilà qu’on leur promettait Gotham City. Une habitante révéla vivre depuis dans un état de « terreur absolue » et se sentir « comme en Syrie », tandis qu’à la tête des opposants, on accuse Lucas de chercher à déclencher une guerre des classes.

Du côté de l’intéressé, on botte en touche avec, peut-être, un soupçon d’obséquiosité, arguant que le comté avait un réel besoin d’habitations abordables et qu’il avait simplement cherché à faire un beau geste avant de partir.

Beau je ne sais pas, mais geste il y eut, c'est indéniable.

Beau je ne sais pas, mais geste il y eut, c’est indéniable.

Affaires classées (par chance)

Publié: 5 octobre 2016 dans Histoire

Il existe des circonstances où, malheureusement, la police se retrouve dans l’impossibilité de résoudre un crime, indépendamment du nombre de témoignages recueillis ou de donuts ingérés. Aucune piste sérieuse, aucun indice tangible, aucune conversation anodine où est mentionné par hasard un fait complètement trivial qui vaut à l’inspecteur de tout comprendre en un instant.

« Attendez une minute... Licorne, cheval blanc. Cheval blanc, Napoléon. Napoléon, Louis. Louis, Louis d'or. Louis d'or, hôtel de la monnaie. Hôtel de la monnaie, hôtel... Hôtel... Bon sang ! C'est le maître d'hôtel qui a fait le coup ! »

« Attendez une minute… Licorne, cheval blanc. Cheval blanc, Napoléon. Napoléon, Louis. Louis, Louis d’or. Louis d’or, hôtel de la monnaie. Hôtel de la monnaie, hôtel… Hôtel… Bon sang ! C’est le maître d’hôtel qui a fait le coup ! »

Ces dossiers sont alors classés sans suite et rangés dans des cartons poussiéreux entreposés dans un sous-sol obscur, où un enquêteur du futur viendra tôt ou tard y chercher des corrélations avec ses propres affaires.

Et d'où il appellera sa femme pour prévenir qu'il rentrera tard et se fera engueuler parce qu'il avait promis à son fils d'être là pour son grand match.

Et d’où il appellera sa femme pour prévenir qu’il rentrera tard et se fera engueuler parce qu’il avait promis à son fils d’être là pour son grand match.

C’est dans ces moments-là que l’on se rappelle des paroles de Tywin Lannister dans Last Action Hero : dans la vraie vie, les méchants peuvent gagner.

Sauf, bien sûr, si Super-Coïncidence s’en mêle.

À la recherche de la grande sœur perdue

En 1997, une résidente du Cap enceinte entre en maternité mais perd son bébé lors d’une fausse couche. Qu’à cela ne tienne, la dame veut un enfant, elle aura son enfant : s’emparant d’une blouse d’infirmière, elle se rend dans la chambre d’une jeune mère groggy récupérant d’une césarienne, prend sa fille de trois jours dans son berceau et rentre à la maison avec, cachant la petite histoire à son mari. Pourquoi insister sur les détails ?

« L'accouchement ? Oh, bof, tu sais, rien de bien significatif autant que je me souvienne... Et toi, ça a été ta journée ? »

« L’accouchement ? Oh, bof, tu sais, rien de bien significatif autant que je me souvienne… Et toi, ça a été ta journée ? »

Les malheureux parents, dont on ne peut qu’imaginer la peine, de la petite Zephany (ce qui veut dire « caché par Dieu ») Nurse (ce qui veut dire « infirmière ») firent l’impossible pour la retrouver, à commencer par maudire l’ironie de la situation, mais en furent pour leurs frais. Ils poursuivirent cahin-caha leur vie de couple, eurent trois autres enfants et gardèrent espoir. Ils firent bien.

Ils firent bien, car contrairement à ce que je dis régulièrement, la vie, parfois, c’est exactement comme la télé. 17 années après la tragédie de la famille Nurse, leur fille Cassidy, 13 ans, se lia d’amitié avec une camarade d’école de quatre ans son aînée qui lui ressemblait bizarrement et parla de sa nouvelle BFF à ses parents.

Pour Borne, le père, il ne fallut pas plus d’indices pour se convaincre que de toutes les filles de dix-sept ans d’Afrique du Sud qui ressemblaient à Cassidy, celle que cette dernière venait de rencontrer par hasard dans son école ne pouvait qu’être son enfant enlevée. Il contacta la police, demanda un test ADN, et bingo !

« Vous pouvez relâcher la cigogne et lui présenter nos excuses. »

« Vous pouvez relâcher la cigogne et lui présenter nos excuses. »

C’est ainsi que la famille Nurse fut enfin réunie après presque deux décennies de séparation. Happy end ? Allons, faut-il vous rappeler que la vie n’est pas comme la télé ?

La vie n'a qu'une seule « end » et elle n'est jamais « happy ».

La vie n’a qu’une seule « end » et elle n’est jamais « happy ».

Imaginez un instant que vous êtes une jeune fille de dix-sept ans (moi je fais ça tout le temps), comment réagissez-vous en apprenant que votre mère vous a enlevé à la naissance, vous a menti ainsi qu’à votre père et que vos véritables parents se trouvent être ceux de votre nouvelle copine, lesquels vivent à moins de deux bornes de chez vous ? Exactement : en virant le scénariste.

Remarquez, dix-sept ans est peut-être un bon âge pour réaliser que, comme vous l'aviez toujours suspecté, vos parents ne sont largement pas assez cool pour être vos vrais parents.

Remarquez, dix-sept ans est peut-être un bon âge pour réaliser que, comme vous l’aviez toujours suspecté, vos parents ne sont largement pas assez cool pour être vos vrais parents.

Après quelques mois de bonheur incrédule, pas mal de monde finit par craquer sous l’effet de cette tempête émotionnelle. À l’heure actuelle, Zephany est retournée chez sa famille « d’adoption » et ne parle plus à ses parents biologiques, lesquels sont en instance de divorce. Et bien entendu, la kidnappeuse est actuellement jugée pour enlèvement. Ces dernières nouvelles sont récentes, elles datent de mars 2016, et j’imagine qu’il va falloir pas mal d’années avant qu’une histoire pareille ne commence à sa tasser.

Le tueur en série et le code de la route

On dit toujours que pour résoudre un meurtre, il faut d’abord chercher à qui profite le crime, mais dès lors, ça devient tout de suite plus compliqué lorsqu’un assassinat est commandité par un labrador noir possédé par Satan.

« Redrum ! »

« Redrum ! »

Ce qui nous amène à New York dans les années 70, lorsqu’un tueur en série surnommé « the Son of Sam » se faisait sa petite réputation en ouvrant le feu au hasard sur des couples qui bécotaient dans la rue en pleine nuit.

« Tu sais que ça te va bien le gilet pare-balles ? »

« Tu sais que ça te va bien le gilet pare-balles ? »

Le bonhomme tua six personnes et en blessa à peu près autant d’autres entre 1976 et 1977. Le reste du temps, il menait une existence tranquille en bossant à la poste et en envoyant des lettres cryptiques à la police, laquelle, naturellement, les étudiait sous toutes les coutures.

« Je te tiens, Tea Party ! »

« Je te tiens, Tea Party ! »

Malgré tout, ils séchèrent devant l’absence de schéma cohérent du Fils de Sam et l’enquête piétina. La nuit du 30 juillet 1977 toutefois, le tueur se retrouva face à plus fort que lui : la police de la route. Car pendant qu’il faisait ses deux dernières victimes, un agent verbalisait sa voiture qu’il avait garée n’importe comment ; à son retour, le Flis de Sam retira la prune de son pare-brise et réintégra son véhicule, sous les yeux d’un habitant du quartier qui promenait son chien au même moment. Le lendemain, le bonhomme entendit parler des meurtres et contacta la police.

Les chiens sont à l'origine de la naissance et de la chute du Fils de Sam. Ils assument nettement mieux leurs responsabilités que nous.

Les chiens sont à l’origine de la naissance et de la chute du Fils de Sam. Ils assument nettement mieux leurs responsabilités que nous.

Les agents remontèrent la piste et obtinrent le nom d’un certain David Berkowitz, à qui ils rendirent une petite visite sans forcément trop y croire. Arrivés chez lui, ils trouvèrent dans sa voiture son flingue ainsi qu’une lettre manuscrite relatant ses projets de meurtres futurs, ce qui allait passablement faciliter la suite de l’investigation. Arrêté le même jour, Berkowitz se mit directement à table, dénonçant dans la foulée le labrador de son voisin. Ce dernier point ne l’empêcha pas d’être reconnu sain d’esprit par la cour, parce qu’aux USA, si vous internez les gens rendus fous à lier par la religion, vous déclenchez un énorme vacuum politique. À l’heure actuelle, il purge la première de ses six peines de prison à vie.

La flemme, l’interview et l’impossible coïncidence

Bon, résumé rapide parce que c’est glauque : juin 2011, un étudiant en droit de Macon, dans l’état de Géorgie, s’infiltre dans la chambre d’une camarade de classe, la tue, la découpe en morceaux, répartit les sacs dans divers containers et estime avoir accompli sa journée.

Lorsque sa disparition de la jeune femme est signalée à la police, deux agents se rendent en son domicile, d’où ils repartent bredouilles.

« Ils avaient raison : elle n'est pas chez elle. »

« Ils avaient raison : elle n’est pas chez elle. »

Dans le même temps, un camion-benne fait le tour du quartier et, sans le savoir (parce que c’est un camion-benne), emporte avec lui les restes de la malheureuse, ainsi que les chances pour la police d’élucider l’affaire rapidement.

Toutefois, il se trouva un container qui ne put être chargé : celui devant lequel les agents, qui étaient des gros flemmards, avaient garé leur voiture en allant investiguer chez la disparue. Il fut donc laissé tel quel pour une prochaine tournée, qui n’eut pas le temps d’être opérée avant qu’une odeur suspecte n’attire l’attention des résidents.

C’est ainsi que la fainéantise de deux policiers mena directement à une découverte essentielle à la résolution d’un meurtre, bitch-slapant dans la foulée tous les inspecteurs au monde dont le zèle consacré à leurs carrières avait mené au divorce. Mais c’est seulement ensuite que survint la deuxième énorme coïncidence de cette investigation : lorsque le tueur, interviewé en tant que résident du coin au sujet de la disparition, apprit alors qu’il était filmé que la police avait découvert « quelque chose » dans un container non loin.

Je ne vous mets pas la vidéo parce que je ne veux pas de ça sur mon blog, mais vous la trouverez en lien dans l’en-tête de la rubrique. Quoi qu’il en soit, on y voit un type louche parler de la disparue en termes aimables (parce que croyez-le ou non, ils étaient amis), avant d’encaisser de plein fouet un tiger-uppercut métaphorique lorsque la journaliste évoque la rumeur d’une récente découverte dans les parages. Vous pouvez littéralement voir sa vie défiler au ralenti devant ses yeux effarés, et entendre résonner dans son crâne les trompettes de l’apocalypse.

Et c’est après avoir vu cette vidéo que la police se décida à faire un coucou au type en question, qui passa promptement aux aveux.

La mystérieuse affaire du meurtre sablonneux

Si vous cliquez sur le lien ci-dessus, vous arriverez sur une émission relatant la résolution de meurtres sordides, que vous êtes invités à regarder en pantoufles depuis chez vous avec un paquet de tortilla chips et du guacamole.

C’est donc ce que j’ai fait, sauf qu’au lieu de tortilla chips et de guacamole j’ai mangé du houmous, par contre j’avais utilisé des pois chiches secs que j’avais préalablement faits tremper une nuit au lieu de prendre une boîte comme je fais habituellement, et dès lors les proportions ne sont plus du tout les mêmes, donc je me suis retrouvé avec une énorme quantité de pois chiches et il ne me restait pas assez de pâte de sésame, ce qui fait que j’ai dû congeler la moitié de ma purée de pois chiches en vue d’un houmous du futur et j’ai mélangé le reste à mon tahini, à quoi j’ai rajouté de l’huile de sésame, du cumin, du sel, de l’huile d’olive et du jus de citron, et c’était pas mal, sauf que le dosage était quand même perfectible et que de toute façon j’ai mangé ça plus tard, parce que qui dîne devant une affaire de meurtre ?

Tout ça pour vous dire que je n'avais vraiment aucune raison de vous parler de mon houmous.

Tout ça pour vous dire que je n’avais vraiment aucune raison de vous parler de mon houmous.

Pour en venir à notre affaire, un corps de femme fut découvert dans un désert du Nouveau Mexique dans le courant de l’an 2000. La malheureuse se nommait Betty Lee, était infirmière et avait été tuée à coups de couteau et de masse, armes que l’on retrouva non loin des lieux du crime.

Je vous l'accorde, c'est plus sympa quand on parle de houmous.

Je vous l’accorde, c’est plus sympa quand on parle de houmous.

On trouva également des traces de pneus, que la police remonta jusqu’à déboucher sur une étonnante scène indiquant l’implication de quatre véhicules. Ils dénichèrent également un téléphone portable en bon état, qui avait apparemment été négligemment jeté dans les fourrés.

Évidemment, pour la police, trouver un téléphone portable sur une scène de crime revient plus ou moins à trouver le meurtrier, avec en prime une grosse centaine de photos de ses derniers repas.

Quoi que les téléphones de l'époque ne pouvaient pas prendre de photos. Par contre, ils tenaient le coup quand vous les jetiez dans un buisson.

Quoi que les téléphones de l’époque ne pouvaient pas prendre de photos. Par contre, ils tenaient le coup quand vous les jetiez dans un buisson.

Toutefois, le propriétaire du téléphone, un dénommé Charley Bergin, était innocent comme l’agneau. Dans les faits, après avoir tué leur victime, l’assassin et son complice partirent rouler au bol dans le désert pour se détendre (vous connaissez tous cette tendance irrépressible qu’on a à vouloir aller tailler de la piste après avoir refroidi quelqu’un à coups de masse). Toutefois, ces cons-là s’arrangèrent pour finir ensablés et n’eurent pas d’autre choix que d’appeler au secours.

Le meurtrier, Robert Fry, contacta alors son père, préférant sans doute éviter le risque d’attirer l’attention d’un inconnu sur sa présence dans ce désert en pleine nuit de meurtre. Papa se pointa donc au volant de son truck et entreprit de dégager fiston, mais merda si totalement qu’il finit également coincé. N’ayant pas de raison de suspecter quoi que ce soit, le bonhomme appela une dépanneuse.

Bien des années plus tard...

Bien des années plus tard…

Lorsque cette dernière se retrouva ensablée à son tour parce que le Destin était d’humeur guillerette ce jour-là, le dépanneur contacta un collègue, qui s’avéra être, finalement, Charley Bergin. Or, le vieux Charley apprécia moyennement d’être tiré du lit pour aller se perdre (et probablement s’ensabler) en plein désert et s’y rendit bien remonté. Arrivé sur place, le vaillant professionnel entreprit de dégager la cohorte de véhicules mais, au milieu de ses manœuvres, il reçut un appel de sa femme qui venait de se rappeler qu’elle devait l’engueuler. Déjà sur les nerfs, Bergin ne comprit rien à ce qu’elle lui disait à cause de la mauvaise réception et, sous l’effet de la colère, finit par jeter son appareil dans le décor.

La police peina à croire à une histoire aussi invraisemblable, avant de réaliser qu’il paraissait encore plus improbable que le vieux Bergin l’ait inventée. De toute façon, il possédait ce que les enquêteurs recherchaient : Fry l’avait payé par chèque. Les agents remontèrent la piste, passèrent faire un coucou à l’intéressé, repartirent de chez lui avec des montagnes de preuves ainsi le nom de son complice, lequel témoigna contre Fry afin d’échapper à la corde. Ce dernier fut reconnu coupable de ce meurtre, ainsi que de trois autres homicides non élucidés, et fut condamné à mort.

Ainsi fut arrêté un tueur brutal et imprévisible, grâce à un coup de fil hargneux d’une épouse fâchée, ainsi qu’à une réaction furieuse et inconsidérée du mari. Rétrospectivement, Bergin considère cet appel comme étant le plus merveilleux qu’il ait jamais reçu. On espère que leur couple va mieux.

Philosophie Internet

Publié: 31 août 2016 dans Sciences sociales

Il était une fois un petit écureuil qui avait mis des noisettes de côté en prévision de l’hiver. Il en était si content qu’il commença à gonfler tous les animaux de la forêt avec ses foutues noisettes, comme quoi il avait bien raison d’être prévoyant et que les autres étaient des gros harengs de ne pas faire comme lui. Alors un jour, le sage hibou, le pragmatique sanglier, le gentil lapin, le rusé renard et le suffoquant merlu lui firent remarquer que ce qui était important pour lui ne l’était pas nécessairement pour tout le monde, ensuite de quoi le renard mangea le lapin, car il était rusé. Mais l’écureuil ne comprit rien du tout et depuis, il continue de soûler tout le monde. Mais la moitié de la forêt a bloqué ses publications, alors ça va.

Moralité : ce billet parlera des moralités gonflantes qui foisonnent sur internet.

Parce que la philosophie, il faut voir ça comme le fléau d’armes du sage : cela peut s’avérer très pratique pour cueillir à la nuque le Lansquenet de la Guigne lorsqu’il vous cherche des crosses, mais il faut être bien sûr que votre engin tienne la route. Si, au premier mouvement, la chaîne et le boulet tombent au sol, alors ce n’est plus un fléau d’armes du sage, c’est juste un bâton du sage. Et le Lansquenet de la Guigne se rit de votre bâton du sage.

Aussi, je vous propose aujourd’hui de nous pencher sur quelques-uns de ces proverbiaux (depuis peu) bâtons du sage qui pullulent sur nos réseaux sociaux afin qu’ensemble, nous puissions souhaiter les voir quitter le Web au plus vite pour faire de la place à de nouvelles tendances agaçantes.

Alors, heureux ?

Commençons avec une simple question : êtes-vous heureux ? Bof ? Mince alors ! Attendez, j’ai peut-être la solution pour vous :

Vous avez juste mal choisi ; vous seriez surpris du nombre de gens à qui ça arrive.

Vous avez juste mal choisi ; vous seriez surpris du nombre de gens à qui ça arrive.

Ça va mieux ? Pas tant que ça ? Ce n’est pas grave, essayons autre chose :

D'accord, ça marche mieux si on est Audrey Hepburn.

D’accord, ça marche mieux si on est Audrey Hepburn.

Et là ? Toujours pas ? Mais c’est à n’y rien comprendre !

Écoutez, je réalise pleinement que vous êtes en droit de me voir comme l’écureuil de ma métaphore (car oui, c’était une métaphore) : qu’est-ce je viens piétiner une pensée aussi inoffensive et positive avec mes gros sabots ? D’autant qu’elle peut certainement faire beaucoup de bien à quelqu’un qui la lirait au bon moment, par exemple durant une période difficile ou à onze ans. Ce sont parfois des trucs très simples qui nous font décoller. Concrètement, ce que je lui reproche, c’est cette tendance qu’elle a à pousser ceux qu’elle aide à la répandre abondamment autour d’eux, tel un dogme simpliste d’une divinité gentille, mais un peu bête.

Priez Bubbha.

Priez Bubbha.

Résultat, ce type de philosophie foisonne sur internet comme une nuée grouillante de rats béats d’optimisme, accumulant les adeptes tandis que le Lansquenet de la Guigne affûte son espadon en vue de son prochain coucou. Car un jour, fatalement, il va arriver une vraie tuile qui va nécessiter davantage qu’un soupçon de relativisme.

Et c’est là que le bât blesse : qu’est-ce qui vous fait souffrir comme ça, pauvre de vous ? Vous n’arrivez pas à réaliser votre rêve d’avoir des enfants ? Je suis vraiment désolé, je ne sais pas quoi vous dire. Courage. Vous avez perdu votre peigne ? Peut-être alors devriez-vous rejeter un œil aux citations ci-dessus, en effet.

Il est peut-être juste sous vos yeux !

Il est peut-être juste sous vos yeux !

Dans les faits, c’est certainement beaucoup moins bête que ça, mais ça n’en reste pas moins l’image que vous renvoyez en publiant ce genre de morales. Parce que si cette citation vous a permis de sortir de la mélasse, j’en suis certes ravi pour vous, mais l’impression que j’en retire est que votre problème était déjà plus ou moins réglé et que tout ce qu’il vous restait à faire, c’était vous extraire d’un cercle vicieux de négativisme. On est d’accord que ça peut être coton, mais pour notre ami le Lansquenet de la Guigne, ça reste une passe d’échauffement. Allez-vous vraiment dire à un veuf qu’il n’a qu’à choisir d’être heureux ?

Mais là, que vous soyez endeuillé, malade, dépressif, perdu ou juste en proie à un coup de blues, vous êtes tous rangés au même râtelier : le problème est dans votre tête, c’est juste une question d’état d’esprit ; pourtant, ce n’est pas comme ça que le cerveau fonctionne, ou la mélancolie, ou même la vie en général. Et adhérer trop aveuglément à ce genre de principes revient aussi à tourner le dos aux réflexions qui peuvent réellement faire avancer.

La complainte du vieux con

Internet a sa propre version de l’aîné qui agite sa canne et rouspète en voyant passer des jeunes à motos, à savoir une personne de trente à cinquante ans qui ronchonne en voyant que les enfants d’aujourd’hui ont accès à des smartphones et ça donne ça :

Le bon vieux temps, vu par le bon vieux con.

Le bon vieux temps, vu par le bon vieux con.

Je sais bien que je suis loin d’être le premier à venir sur le sujet puisque ce type d’image a été largement parodié. Il n’empêche que cette pensée reste énormément partagée sur la toile par, je suppose, des personnes qui, d’une part, n’ont pas d’enfants et, d’autre part, ont oublié leur jeunesse. Parce que sinon, ils réaliseraient qu’il est possible d’expérimenter tout à la fois les jeux dans la nature et l’utilisation de la technologie au cours d’une enfance.

Whatsapp : « On va jouer dans la rivière cet après-midi ? »

Whatsapp : « On va jouer dans la rivière cet après-midi ? »

Dame, il est même possible de combiner les deux durant la même journée ! Mais pas pour les zélotes qui partagent ce genre d’images : la technologie est un hideux virus qui ronge l’âme de l’enfance et détourne notre jeunesse des saines découvertes qui nous ont fait grandir et nous épanouir. Sauf que bien sûr, ils oublient que la question ne date pas d’hier :

Lucidité.

Lucidité.

Cette question, elle a même un nom depuis peu : la junenoia, cette tendance qu’on a à se croire plus progressistes que les générations nous précédant et plus sages que celles qui nous suivent. Mais là, ça ne découle même pas de la juvenoia, juste du n’importe quoi : quel genre de message véhicule cette citation ?

Technologie : n.f. : ensemble de moyens ou d'outils que la science nous a donnés et qui s'appliquent aux smartphones et aux tablettes, mais pas aux consoles de jeu et à la télévision.

Technologie : n.f. : ensemble de moyens ou d’outils que la science nous a donnés et qui s’appliquent aux smartphones et aux tablettes, mais pas aux consoles de jeu et à la télévision.

Est-ce que la technologie peut nuire à l’enfance ? Bien sûr qu’elle le peut, les parents s’en préoccupent d’ailleurs assez et ont pleinement raison, mais elle peut aussi amener du positif. Contrairement à ce message-là, qui n’amène rien à personne. C’est juste une version mise à jour de « c’était mieux avant ».

Le voyage est la richesse de l’âme, tout ça

On est d’accord : voyager est un très bon moyen de s’ouvrir au monde. Mais de grâce, ne venez pas me dire que c’est le seul. Comme l’autre nouille, là :

Auteur inconnu ? Quelle honteuse injustice !

Auteur inconnu ? Quelle honteuse injustice !

Je ne sais pas, auteur inconnu, as-tu essayé d’acheter un livre ?

« Oui. Livres nuls. Seul compter vent dans les cheveux et terre inconnue sous les pieds. »

« Oui. Livres nuls. Seul compter vent dans les cheveux et terre inconnue sous les pieds. »

Le fait que nous autres occidentaux souffrions d’un problème d’identité est une évidence. La morosité économique et sociale, la précarité du monde du travail, la disparition des repères moraux, idéologiques ou religieux, l’absence de confiance en le système, l’excès de concurrence individuelle, la désinformation ou encore la généralisation des recours aux extrêmes, les raisons de ne pas se retrouver dans notre société sont légion.

En conséquence, il appartient à chacun de chercher à s’épanouir d’une façon qui lui est propre et dès lors, en effet, la découverte d’autres cultures par le biais du voyage est une méthode plus que valable.

D’ailleurs c’est facile à vérifier : la plupart du temps, quand quelqu’un dans votre entourage se tire une longue période parcourir tel ou tel pays avec son sac à dos, il en revient grandi.

Ou alors pas du tout, et à son retour il publie ça :

C'est surtout vrai si par « livre », vous entendez « guide du routard ».

C’est surtout vrai si par « livre », vous entendez « guide du routard ».

Eh oui, ignares ! Si vous ne voyagez pas, vous vous bornez à lire bêtement la même page encore et encore, retournant au début du texte à chaque jour que Dieu fait. Tandis que si vous voyagez, alors là, vous allez enfin savoir ce qui se raconte après cette virgule qui conclut la première page ! Vous allez connaître la suite de l’histoire ! De votre histoire !

À condition bien sûr de considérer que le quotidien de toute personne passant sa vie dans son bled (dont un bon paquet ne voyage pas faute de moyens) se résume à un éternel recommencement sans surprise ni défi. Ce qui est complètement à côté de la plaque, mais ne laissez pas cette citation nuire à la haute estime que vous avez de Saint Augustin, car le bon Père de l’Église ne l’a vraisemblablement jamais prononcée.

Mais c’est vrai que c’est joli ! Et suivant comment vous la prenez, certes, elle n’est pas dénuée d’un certain sens. Contrairement à la démarche de la personne qui l’a partagée sur sa fichue page Facebook, en ajoutant probablement celle-ci par la suite :

Traduction : qui aime voyager ressent parfois le besoin de voyager.

Traduction : qui aime voyager ressent parfois le besoin de voyager.

Encore une fois, je ne prétends pas qu’il n’existe pas un bénéfice réel à retirer d’une telle expérience. Suivant quelles sont vos ambitions, un voyage peut s’avérer être un véritable défi, mais vous savez quoi d’autre est un défi ? Faire carrière. Ou fonder une famille. Ou progresser en tant qu’artiste. Ou se faire décerner une ceinture noire. Ou intégrer un orchestre. Ou courir un marathon. Autant d’expériences tout à fait valables pour se réaliser, mais qui ne sont pas toujours compatibles avec un grand et beau voyage, entre autres pour une triste réalité que la citation suivante, malgré ses louables efforts, ne saurait occulter :

Traduction : voyage pendant que papa et maman peuvent raquer pour ton appartement et tes études.

Traduction : voyage pendant que papa et maman peuvent raquer pour ton appartement et tes études.

Vous connaissez l’auteur de cette phrase ? Moi non plus, personne ne le connaît et c’est normal. Mais ce dont on peut être certain, c’est qu’il n’a jamais eu à faire face à des problèmes financiers. Certes, il est possible de voyager avec un petit budget, mais tout le monde ne peut pas juste « faire que ça marche ».

Ce qui ne veut pas dire que vous ne devriez pas tout plaquer pour voyager si c’est important pour vous, mais épargnez-nous les citations condescendantes à votre retour. Parce que l’impression que ça donne, c’est que tout ce que vous avez retiré de votre expérience, c’est la fierté de l’avoir réalisée.

Ne changez rien, malheureux !

En gros, je pense qu’on peut résumer la plupart des citations évoquées jusqu’ici par ceci : « pensez comme moi, j’ai raison. » Et le problème n’est pas qu’ils ont tort, le problème est qu’ils ont raison, mais n’admettent pas que d’autres peuvent penser différemment tout en ayant aussi raison. Parce que les gens sont, vous savez, différents.

Mais gardez-vous de prendre ce que je viens de dire trop au pied de la lettre, parce que sinon ça donne ça :

Pourquoi ces citations, qui ne sont ostensiblement pas des proverbes, sont-elles toutes répertoriées sur un site appelé « les beaux proverbes » ?

Pourquoi ces citations, qui ne sont ostensiblement pas des proverbes, sont-elles toutes répertoriées sur un site appelé « les beaux proverbes » ?

S’il existe d’innombrables contextes dans lesquels cette pensée peut s’avérer tout à fait pertinente, la dernière chose à faire reste de l’appliquer à absolument tout le monde, ce qui est pourtant ce qui se passe lorsqu’on la partage sur les réseaux sociaux. Je vous laisse prendre une seconde pour imaginer le foutoir que ça serait si tout le monde devait s’obstiner à ne jamais changer pour les autres. Si vous avez de la peine à vous représenter la scène, focalisez-vous sur la moitié de la foutue société moderne, qui agit déjà comme ça. Parfois de manière assez cash :

« D'abord ! »

« D’abord ! »

Bien sûr, un minimum d’estime de soi est important et beaucoup se sont fait du mal en cherchant à devenir ce qu’ils n’étaient pas pour accommoder leur entourage. Mais faut-il pour autant basculer dans l’excès contraire ? Je pense que si vous en êtes à considérer qu’il revient au monde entier de s’accommoder de vos défauts, votre prochaine étape consistera à vous écrire vos propres mots d’amour sur la buée du miroir en sortant de la douche.

Cette citation s’inscrit dans un registre que l’on voit se répandre considérablement depuis quelques temps et qui consiste à revendiquer de la fierté à être ce que l’on est. Et il n’y a pas vraiment de mal à ça, encore que selon moi, si l’on est en quête d’estime de soi, on obtiendra de meilleurs résultats en cherchant à être fier de ce que l’on fait. Tenez, voici une citation qui n’est pas d’accord avec moi :

Signé : les fleurs de l'arrière-plan.

Signé : les fleurs de l’arrière-plan.

Et oui, selon le point de vue, elle peut tomber assez juste ; toutefois, si vous regardez bien la photo en elle-même, vous constaterez qu’on a mis l’accent sur les fleurs, pas la terre sur laquelle elles poussent. Eh bien voici une révélation choc : les gens font pareil avec vous. Évidemment, la personne que l’on est au fond de nous est primordiale, c’est bien sur elle que tout se construit. Mais tout est là, justement : il faut construire.

Et c’est précisément ce que ces citations vous invitent à ne pas faire.

Casus Belli Stupidus

Publié: 4 août 2016 dans Histoire

On dit souvent que la guerre est horrible et c’est certainement vrai, mais on oublie de préciser qu’elle est aussi souvent très, très conne. Et même s’il y a une grande noblesse à se sentir prêt à mourir pour son pays, il n’est pas inutile de se demander parfois pourquoi son pays a besoin qu’on meure pour lui.

« Heureusement, Hélène de Sparte était très belle. » – Hector

« Heureusement, Hélène de Sparte était très belle. » – Hector

Parce que comme on le répète inlassablement sur ce blog, il y a une différence fondamentale entre l’idéal d’une chose et sa réalité. Dans l’idéal de la guerre, vous vous engagez dans l’armée pour défendre les valeurs de votre nation face aux barbares incultes et destructeurs venus piétiner vos principes avec leurs souliers pleins de terre. Tandis que dans sa réalité, vous vous retrouvez engagé contre un pays plus faible que le vôtre pour lui contester la propriété de quelque îlot où personne ne vit afin de raccourcir les trajets des navires de commerce.

« Il viendra un jour où l'homme laissera son voisin signer un accord d'échange qui compromettrait notre propre commerce de millet alors qu'on vient d'ensemencer, mais ce jour n'est pas arrivé ! »

« Il viendra un jour où l’homme laissera son voisin signer un accord d’échange qui compromettrait notre propre commerce de millet alors qu’on vient d’ensemencer, mais ce jour n’est pas arrivé ! »

Parce que si on adopte un point de vue très général, on constate que les guerres jalonnent l’histoire humaine, qu’elles sont décidées par des politiques et menées par des militaires. Il n’en faut pas plus pour s’assurer que certaines d’entre elles virent au ridicule le plus opaque.

La Guerre de l’Oreille de Jenkins

En 1731, alors que les relations diplomatiques entre les grandes puissances européennes étaient à fûts tendus, un navire espagnol naviguant dans ses eaux territoriales accosta un bateau de contrebandiers britanniques. Le capitaine ibérique trancha alors l’oreille de son homologue anglais, Robert Jenkins, lui sommant de rapporter à son roi qu’il lui ferait la même chose s’il devait venir par ici.

« ...le fourbe me sectionna ensuite l'oreille, avant de me dire quelque chose que je n'ai pas bien entendu. »

« …le fourbe me sectionna ensuite l’oreille, avant de me dire quelque chose que je n’ai pas bien entendu. »

Si les relations entre les deux pays étaient déjà exécrables, les efforts de leurs premiers ministres respectifs avaient jusque-là préservé la paix. Toutefois, avec les années, il devint essentiel pour la Grande Bretagne, pressée par les jeunes lobbies industriels, de faire perdre à l’Espagne sa mainmise sur le Nouveau Monde et elle se proposa d’y parvenir par le biais d’une bonne guerre.

Aussi, en 1739, on fait paraître le vieux capitaine Jenkins devant la Chambre des Communes, où il arrive avec sa précieuse chair meurtrie dans un bocal à cornichons. L’agitant sous le nez des Lords, il narre sa tragique mésaventure survenue huit ans plus tôt, soulevant cris d’indignation et appels aux armes. La guerre est déclarée.

L’Angleterre ne traîne pas : le premier décembre 1739, une puissante armada se dirige vers La Havane, d’où partent les galions espagnols chargés d’or, l’évite prudemment parce qu’elle est bien défendue, et s’en va anéantir un petit port du côté de Panama qui n’avait rien vu venir. Triomphe : l’événement est fêté tous azimuts en Grande-Bretagne, des médailles sont frappées, la presse se répand en louanges, on met déjà une bouteille au frais pour la victoire finale.

C’est à Carthagène, dans l’actuelle Colombie, que l’Angleterre porte sa prochaine estocade. En mars 1741, une force colossale met le cap sur le port espagnol qui s’apprête à passer un moment difficile : à 6 navires contre 186 et 3’300 hommes contre 31’000, les chances semblent plutôt du côté britannique. Même calcul du côté du commandement : les Anglais sont menés par l’amiral Vernon et le général Wentworth, tous deux de grand renom, tandis que les Espagnols sont placés sous le commandement de Blas de Lezo, un vieux vétéran couturé de cicatrices, borgne, manchot et unijambiste, que ses propres soldats surnomment « le demi-homme ».

« On ne fera qu'une bouchée du boss de ce niveau ! »

« On ne fera qu’une bouchée du boss de ce niveau ! »

Toutefois, le demi-homme, que l’on considère comme un stratège exceptionnel pour une bonne raison, a compris une chose importante : les Anglais vont rencontrer d’insurmontables problèmes pour approvisionner et entretenir leur flotte démesurée et le terrain va énormément ralentir leurs troupes au sol. Or, un petit mois plus tard, c’était le début de la saison des pluies, des chaleurs étouffantes, des moustiques, de l’insupportable humidité et des maladies tropicales.

Les Britanniques bombardent quinze jours durant le port avant de lancer un assaut le 5 avril, qui échoue lorsque Blas de Lezo fait saborder deux de ses navires pour boucher l’entrée d’un chenal. Privées d’appui naval, les troupes au sol ne parviennent pas à percer les défenses espagnoles et se retranchent dans des camps, qui se verront rapidement inondés par l’arrivée des pluies.

« Il est écrit dans le mode d'emploi qu'il faut entreposer les canons dans un endroit sec ».

« Il est écrit dans le mode d’emploi qu’il faut entreposer les canons dans un endroit sec. »

Un second assaut est lancé peu après, qui échoue encore plus lamentablement parce que, d’une part, les canons sont complètement embourbés et, d’autre part, parce qu’à ce stade, les deux meneurs britanniques ne peuvent plus se sentir et ne parviennent pas à coordonner leurs troupes.

Rapidement, la faim, la maladie, le manque d’entretien, le moral en berne, l’insalubrité et les conditions climatiques désastreuses valent à la puissante flotte anglaise de partir en lambeaux. Un assaut se voulant décisif est lancé le 14 avril, décidé par le général Wentworth, mais dont les hommes devront se passer de l’appui des bateaux, parce que l’amiral Vernon boude. Qu’à cela ne tienne, une énorme force au sol s’agglutine contre les murailles du port, y dresse ses échelles, constate qu’elles sont trop courtes, se fait allumer à bout portant, s’empêtre dans la gadoue et finit massacrée jusqu’au dernier homme lorsque les Espagnols organisent une sortie.

Avec l’intensification des pluies, les Britanniques quittent les camps et retournent s’entasser dans leurs vaisseaux, où ils sont décimés par les maladies encore plus sûrement que par une sortie espagnole. Finalement, à la mi-mai, après 67 jours de siège et 18’000 morts, les Anglais répartissent leurs survivants, incendient cinquante de leurs navires et, penauds, mettent le cap sur la Jamaïque pour se refaire une santé.

Pendant ce temps, la nouvelle d’une formidable victoire arrive on ne sait trop comment à Londres et, rebelote, des médailles sont frappées, la presse est aux anges, des dessins et des gravures montrent de Lezo à genoux devant Vernon et toute l’Angleterre exulte.

Un petit erratum plus tard, le roi George II interdisait que soit désormais mentionné le nom de Carthagène.

Problème réglé.

Problème réglé.

La Guerre de la Hampe

Dans le royaume d’Angleterre, le quotidien du dix-neuvième siècle dans la marine consistait à parcourir les flots, débarquer sur chaque lopin de terre, dire « c’est à nous », regarder comment ça passait auprès des autochtones, taper en fonction, puis aller se coucher en sachant qu’à l’autre bout du monde, les collègues reprenaient le flambeau.

Maintenant, ça ne voulait pas dire que c’était toujours simple ; toutes les peuplades rencontrées de par le vaste monde n’avaient pas eu besoin des Anglais pour apprendre à ne pas être d’accord entre elles et parfois, il arrivait aux Britanniques de se retrouver plantés entre des factions à couteaux tirés et ils n’avaient plus qu’à assister aux conséquences.

Ce fut notamment le cas en Nouvelle-Zélande, dans la ville de Kororareka, aujourd’hui Russel. Les Anglais avaient signé en 1840 le Traité de Waitangi avec les résidents Maoris, un pacte si bien compris par les deux nations qu’il demeure encore débattu à ce jour.

Les Maoris avaient cru conserver la gestion de leurs affaires, tandis que les Britanniques avaient cru les avoir.

Les Maoris avaient cru conserver la gestion de leurs affaires, tandis que les Britanniques avaient cru les avoir.

De ceci découla un accroissement de tensions déjà existantes entre diverses tribus, certaines souhaitant le départ de la Couronne et d’autres s’y opposant, jusqu’au 8 juillet 1844, où l’irréparable fut commis : quelqu’un coupa la hampe du drapeau britannique de Kororareka.

« Maintenant, ils n'auront plus qu'à partir. »

« Maintenant, ils n’auront plus qu’à partir. »

Du côté de sa très gracieuse majesté, on prend la chose au sérieux et l’on réfléchit à une réponse appropriée. Courant août, des soldats débarquent avec un drapeau flambant neuf et un conseil de crise est tenu avec les Maoris pour débattre de cette hideuse déprédation.

« Qu'on se le dise : jamais les Anglais ne se retireront d'une communauté économique qu'ils auront contribué à créer. »

« Qu’on se le dise : jamais les Anglais ne se retireront d’une communauté économique qu’ils auront contribué à créer. »

Le chef des rebelles, Hono Heke, ne participe pas aux pourparlers, mais envoie une lettre proposant de remplacer le drapeau pour apaiser les tensions. Le pire semble évité, les soldats s’en retournent à Sydney.

La situation paraît stable, mais cela ne dure pas bien longtemps. Le 10 janvier 1845, le drapeau est abattu une deuxième fois, cette fois-ci par Hono Heke en personne. Une semaine après, un détachement de trente soldats entre à Kororareka et le même jour, le fier étendard claque à nouveau au vent, cette fois-ci soutenu par un poteau renforcé et gardé par des hommes armés.

« Qu'on se le dise : jamais les résidents d'une petite île ne parviendront à renverser la grande Angleterre. »

« Qu’on se le dise : jamais les résidents d’une petite île ne parviendront à renverser la grande Angleterre. »

Hono Heke met au point un plan : il attend que les gardes aillent se coucher et dégomme le drapeau pendant leur sommeil.

Courant février, des rixes commencent à éclater de-ci de-là tandis qu’un nouveau détachement anglais débarque à Kororareka, où il érige une tour fortifiée où résidera une garnison de vingt hommes. Et bien sûr, on ne manque pas de fixer le fichu drapeau au sommet de l’édifice.

Loi de l’escalade oblige, la situation ne pouvait que dégénérer. Le 11 mars, environ six-cents Maoris menés par Hono Heke et ses alliés prennent Kororareka d’assaut, incendiant et pillant des quartiers entiers et tuant les soldats de la garnison. Vingt victimes sont à déplorer, dont un drapeau.

C’est le début de la Guerre de la Hampe, dont le nom seul donne déjà des frissons. Elle se prolongera pendant à peu près une année, causant quelques centaines de morts et se terminant sur une sorte de consensus flou surtout décidé par le fait que tout le monde en avait un peu marre. Ce qu’on en retirera toutefois, c’est que les Anglais gardèrent certes le contrôle relatif des terres, mais ne plantèrent plus jamais un drapeau à Kororareka.

Ainsi prit fin la Guerre de la Hampe et les Britanniques jurèrent de ne plus jamais se laisser entraîner dans un conflit pourvu d’un nom aussi bête. Hélas !

La Guerre du Tabouret d’Or

Lorsque vous vivez dans un endroit que le monde entier appelle la Côte d’Or, vous pouvez être certain que ça va vous attirer des emmerdes. C’était le cas de l’actuel Ghana, plus précisément d’une peuplade appelée les Ashantis.

Les Britanniques apprenaient à vivre avec les Ashantis depuis quelques décennies, au cours desquelles ils avaient établi des contacts que l’histoire retient comme la première guerre anglo-ashanti, la deuxième guerre anglo-ashanti et la troisième guerre anglo-ashanti. Il fallut un bouleversement majeur pour que le quatrième conflit soit appelé la Guerre du Tabouret d’Or.

Donc, les Ashantis avaient cette relique sacrée, un tabouret pourvu d’ornements et de clochettes, le tout en or ; en plus de symboliser le pouvoir des chefs suprêmes de la nation, il détenait également les âmes des Ashantis, qu’ils soient vivants, morts ou encore à naître.

À l'image : beaucoup de monde.

À l’image : beaucoup de monde.

Alors évidemment, lorsque le gouverneur Frederick Mitchell Hodgson se vit offrir cette opportunité unique de poser ses fesses tout à la fois sur l’esprit des vivants, des morts et du futur même de cette nation, il ne la laissa pas passer. Le 25 mars 1900, alors qu’il venait de prendre ses fonctions, il adressa dans un discours à l’attention des chefs Ashantis le reproche de ne pas lui avoir apporté le tabouret, sur lequel il aurait tant voulu s’asseoir.

Du côté des chefs, on prit bonne note, on hocha la tête et en rentra rassembler du monde et des armes. Peu de temps après, plusieurs milliers d’hommes et de femmes Ashantis, menés par la mère de leur roi exilé, prirent le gouverneur d’assaut, lequel put de justesse atteindre un fort avec quelques survivants aussi abasourdis que lui. Car à ce qu’il paraît, Hodgson n’avait pas réalisé l’importance que le tabouret revêtait aux yeux des Ashantis.

Ce n'est pas comme s'il était au milieu de leur drapeau.

Ce n’est pas comme s’il était au milieu de leur drapeau.

Près de douze mille Ashantis prirent part au siège et aux combats qui suivirent, bloquant les routes et les issues. Pris au piège, le gouverneur et ses troupes durent se serrer la ceinture durant trois longs mois, avant que le manque de ressources ne les pousse à une sortie désespérée. Il parvinrent in extremis à rejoindre une colonne de soldats arrivant en renforts et furent évacués.

La guerre qui suivit ne tourna pas du tout à l’avantage des Ashantis, dont les leaders furent à leur tour exilés aux Seychelles, ce qui ne les empêcha pas de revendiquer la victoire puisque les Anglais n’obtinrent jamais le fichu tabouret, qui demeura caché, avec toutes ses âmes.

« Dites à la reine que son tabouret, elle peut s'asseoir dessus. »

« Dites à la reine que son tabouret, elle peut s’asseoir dessus. »

Les lueurs dans les ténèbres

Publié: 23 juin 2016 dans Histoire

Vous avez très exactement un quart de seconde pour me citer un personnage historique très méchant.

Voilà. Si vous avez pensé à n’importe qui d’autre qu’à Hitler, il y a de bonnes chances que vous ayez dépassé votre quart de seconde. C’est parce qu’on aime notre histoire à la fois claire et romanesque : les malheureux Aztèques furent vaincus par les méchants Espagnols, les nobles Carthaginois anéantis par les fourbes Romains, les raffinés Britanniques repoussés par des nationalistes indiens, etc.

Or, le tableau mérite un peu plus de nuances ; ce billet sonnera comme une mauvaise nouvelle pour les manichéens et une bonne nouvelle pour mes futurs opposants en politique cherchant à me décrédibiliser en retirant mes citations de leur contexte :

Les Nazis avaient raison

On peut reprocher beaucoup de choses aux Nazis, notamment cette histoire de guerre, là. Ils ont piétiné les valeurs de la démocratie, imposé leur force aux plus faibles, désigné des boucs émissaires, pillé les plus démunis et délibérément déclenché un génocide.

Photo de nazis n° 354154348

Donc à peu près ce qui se pratique aujourd’hui un peu partout en occident, plus un génocide délibéré.

Toutefois, si on veut être de bonne foi, on doit au moins leur reconnaître les qualités de leurs défauts ; par exemple, lorsque vous cassez les pieds à tout le monde en prétendant appartenir à une race supérieure, le moins que vous puissiez faire est de chercher à rester en bonne santé. C’est pourquoi les Nazis furent les premiers à démontrer les dangers liés à la cigarette.

C’est en effet sur leur sol que furent menées les premières études poussées sur le tabagisme, débouchant sur une dénonciation des risques encourus par les femmes enceintes fumeuses, une large prévention axée sur les plus jeunes, un bannissement de la clope dans nombre de lieux et de transports publics, l’invention du terme « fumeur passif » ainsi qu’une réglementation stricte sur la publicité.

N'oubliez pas : si aujourd'hui vos enfants peuvent jouer dans des environnements sains, c'est un peu grâce à Hitler.

N’oubliez pas : si aujourd’hui vos enfants peuvent jouer dans des environnements sains, c’est un peu grâce à Hitler.

Évidemment, ces louables efforts sont à mettre en corrélation avec les théories aryennes voulant des jeunes hommes sains pour mourir au front et des jeunes femmes saines pour offrir à l’Allemagne ses futurs soldats ; il n’en demeure pas moins que ce sont les Nazis qui actionnèrent en premier la grande roue de la lutte anti-tabac qui tourne encore aujourd’hui. Ces mecs-là étaient doués pour déclencher des conflits.

En un sens, c'est pas de chance pour les Nazis de s'être mis à dos les seules personnes qui ne pouvaient pas décemment leur reprocher d'avoir causé des millions de morts.

En un sens, c’est pas de chance pour les Nazis de s’être mis à dos les seules personnes qui ne pouvaient pas décemment leur reprocher d’avoir causé des millions de morts.

Pour finir, si vous cherchez à arrêter de fumer, vous apprendrez qu’Hitler lui-même est passé d’une consommation d’une trentaine de clopes par jour à zéro. C’est toujours bien de pouvoir s’inspirer de figures historiques.

Le premier tyran triompha de tous ses ennemis et du racisme

Un jour, un Mésopotamien eut une idée révolutionnaire : rassembler un maximum d’hommes armés pour aller rosser ses voisins et revendiquer leurs terres. Cet homme s’appelait Sargon, ce qui signifie « roi légitime », nom qu’il s’attribua lui même après avoir usurpé le trône de Kish à son prédécesseur, Ur-Zababa.

Une fois les rennes de Kish en mains, l’homme que que l’histoire retient comme le premier empereur connu leva la première armée connue et entreprit l’invasion de nombre de cités rivales.

Et de Chypre. En passant.

Et de Chypre. En passant.

L’empire d’Akkad était né. Sargon se trouva à la tête d’un vaste territoire et dut composer avec un non moins vaste problème, qui allait par la suite devenir quelque peu récurent au Moyen Orient : tous ces gens étaient certes ralliés sous une même bannière, mais ne s’aimaient pas du tout.

Or, Sargon, en tant que tout premier tyran de l’histoire, ne pouvait pas savoir qu’il était maintenant supposé instaurer une propagande, lever des brigades de la mort et créer une police secrète, aussi opta-t-il pour une autre méthode : il fit étudier les mœurs de chaque province conquise et administra ces dernières selon les rapports qu’on lui en faisait, créant une sorte de gouvernement à la carte en fonction des besoins et des coutumes de chaque territoire.

À leurs têtes, il nommait autant d’hommes à lui que de gouverneurs locaux, toujours dans le but d’harmoniser autant que possible les rapports entre conquérants et conquis.

N’allons pas croire que tout était rose pour autant : la conquête d’Akkad fut très moche et les soulèvements étaient durement réprimés. La force première de Sargon résidait avant tout dans son gant de fer, mais il convient d’admettre qu’au moins, il l’envoyait indifféremment dans la gueule de tous ceux qui faisaient trop de bruit, sans discrimination aucune.

« Vos culs sont tous égaux devant ma botte. »

« Vos culs sont tous égaux devant ma botte. »

Empire Aztèque : sacrifices et éducation pour tous

Pendant plusieurs siècles, les Aztèques exercèrent sur la Mésoamérique une domination si brutale qu’on voit bien qu’à aucun moment ils n’ont pris deux minutes pour se demander comment ils justifieraient tout ça devant une implacable force surgie d’au-delà des océans.

Les Aztèques développèrent leur empire essentiellement par la guerre, qui n’avait pas pour but de détruire ou de tuer, mais plutôt de soumettre, d’imposer de lourds tributs et de ramener des esclaves pour leurs travaux et leurs sacrifices.

Les extraterrestres avaient besoin de main d’œuvre pour bâtir leurs pyramides-portails-génératrices.

Les extraterrestres avaient besoin de main d’œuvre pour bâtir leurs pyramides-portails-génératrices.

Et c’est bien sûr les sacrifices que l’on retient aujourd’hui ; les esclaves, après tout, étaient relativement bien traités, pouvaient acheter leur liberté, n’étaient pas nécessairement privés d’avenir et leurs enfants naissaient libres, c’était un peu leurs stagiaires. Les sacrifices, par contre, c’était une autre histoire.

Pas de pluie ? Quelques sacrifices d’enfants en pleurs (les larmes étaient indispensables pour appeler l’eau du ciel) et l’affaire était dans le sac. Ça fonctionne ? Un petit sacrifice pour dire merci. Ça ne fonctionne pas ? Encore des sacrifices, peut-être que le message s’est perdu en route. Une fête religieuse ? Sacrifices. On change de saison ? Sacrifices. Le Soleil doit continuer sa course dans le ciel ? Sacrifices.

Le chat est de retour alors qu'il avait disparu depuis une semaine ? Sacrifices.

Le chat est de retour alors qu’il avait disparu depuis une semaine ? Sacrifices.

Finalement, c’est à croire qu’on cherchait des prétextes pour pratiquer des sacrifices comme on en cherche aujourd’hui pour faire péter une petite fête. Et là où ça devient sinistre, c’est quand on voit la propension qu’avaient les Aztèques à sacrifier leur propre progéniture : bien que les chiffres varient considérablement d’une source à l’autre, certains vont jusqu’à penser qu’un enfant sur cinq finissait attaché sur un autel.

Alors qu'aujourd'hui, essayez d'en sacrifier ne serait-ce qu'un seul et vous verrez si ça ne fait pas du foin.

Alors qu’aujourd’hui, essayez d’en sacrifier ne serait-ce qu’un seul et vous verrez si ça ne fait pas du foin.

Et pourtant, les enfants qui traversaient sans heurt cette période assurément agitée étaient plus qu’équipés pour faire face à la vie d’adulte, puisque les Aztèques formèrent manifestement la première civilisation à rendre l’éducation obligatoire pour tous, indépendamment du sexe ou de l’extraction sociale.

Et ce n’était pas anodin, puisque pratiquement toutes les civilisations qui nous ont précédées, ainsi que pas mal qui existent encore de nos jours, ont partagé cette tendance à scinder la société en deux parties : les nobles, à savoir ceux qui décident, et les autres, à savoir rien à foutre. Apparemment, l’empire Aztèque considérait grandement les valeurs de l’humilité et ses rites tendaient à rappeler à chacun qu’il n’était au final pas grand chose, qu’il soit né prince ou péon.

Gengis Khan et la menace féministe

Aux alentours de l’an 1180, un clan Mongol condamne un dénommé Temüdjin et sa famille à l’exil, arguant que les risques que le principal intéressé revienne se venger sous le nom de Gengis Khan étaient très faibles. Diverses conséquences suivirent.

Il n’est pas exagéré d’affirmer que le siècle d’après appartint entièrement à Gengis Khan et à ses descendants. Dans pratiquement toute l’Asie, l’Europe de l’Est, une bonne part de la Russie et le Moyen Orient, on commença par déplorer qu’on n’ait pas plutôt condamné Temüdjin à la prison, puis on prépara des défenses, et enfin on apprit à parler mongol et à monter des yourtes. Le territoire du vieux Khan couvrait à son apogée une superficie totale de 33 millions de kilomètres carrés, formant le record actuel du plus vaste empire ayant jamais existé.

à terme, aucune armée ne sut mettre en déroute la Horde Mongole, mise à part celle du Japon, qui infligea en 1281 une terrible défaite aux quelques Mongols qui avaient survécu par miracle au gigantesque typhon qui venait d’anéantir leur flotte. Pour la deuxième fois.

« Nous avons vaincu grâce au Bushido et au Deus Ex Machina. »

« Nous avons vaincu grâce au Bushido et au Deus Ex Machina. »

Il fallut surtout attendre que l’empire, devenu trop grand, finisse par se fragmenter pour mettre un terme aux exactions, aux massacres, aux pillages et à tout ce féminisme.

Car oui, Gengis Khan réforma considérablement le droit des femmes durant son règne, leur octroyant des droits égaux aux hommes en matière d’héritage, leur autorisant le divorce, le remariage ou encore le droit à la propriété. Il abolit également le kidnapping, source de nombreuses guerres entre clans rivaux, et autorisa l’accès à l’armée aux femmes qui souhaitaient se battre. Et au vu du fait que les Mongols ventilèrent environ un dixième de la population mondiale, cela signifie qu’on a probablement tous quelques ancêtres qui se sont faits rosser par une femme, messieurs.

Badass.

Badass.

Gengis Khan valorisait en outre grandement les conseils prodigués par son entourage féminin, trait semble-t-il partagé par la majorité de la société mongole ; sa mère et ses femmes l’aidèrent notamment à établir une succession, chose moins aisée qu’elle n’y paraît lorsque l’héritage en question est constitué d’à peu près le tiers du monde connu.

« On ne conquiert pas un empire reliant le Pacifique à l'Europe sans écouter sa maman. » - Gengis Khan

« On ne conquiert pas un empire reliant le Pacifique à l’Europe sans écouter sa maman. » – Gengis Khan

N’allons pas en conclure pour autant que la société mongole avait quoi que ce soit de matriarcal, les velus détenaient bien l’essentiel du pouvoir. Mais il faut tout de même noter qu’à une époque où les femmes se cachaient derrière des voiles en Perse ou se bandaient les pieds en Chine, celles de Mongolie haussèrent les épaules devant ces pratiques, dirent librement « non merci » et sautèrent à cheval pour s’en aller trancher quelques têtes.

Sexy Cosmo

Publié: 12 mai 2016 dans Sciences sociales

On ne présente plus Cosmo, revue américaine spécialisée sur la question du couple, publiant continuellement des conseils dont la stricte application vous promet de finir votre soirée quelque part entre le septième ciel et l’hôpital.

J’avais déjà confessé il y a quelques temps ne jamais en avoir ouvert ne serait-ce qu’un seul numéro et, dans la foulée, avais enchaîné avec un billet complet sur tout ce qui n’allait pas dans leurs articles. Assez logiquement, vous en aviez conclu que j’étais une éminence omnisciente mâle juchée sur un trône de Savoir, telle une divinité hindoue à six bras : deux mains sur le clavier, une enserrant une chope, une autre dans le froc, une pour me gratter et une dernière pour taper sur la table.

La réalité est toutefois plus nuancée : Cosmo emploie sans aucun doute des rédactrices très pertinentes, mais je soupçonne que parmi elles se cachent des rescapées de la tribu d’Amazones massacrée par Hercule, et qu’elles veulent se venger des hommes.

Hercule

Je vous avais bien dit que c’était plus nuancé.

Mais rassurons-nous : Cosmo n’existe pas uniquement pour nuire à votre couple, et j’en veux pour preuve que si votre union passe le cap de ces quelques articles-pièges, à peu près tout le reste ne parle plus que de sexe.

Or, le sexe, ce n’est pas comme les tamagotchis, où quelqu’un pourrait légitimement vous demander si ça se pratique encore quelque part sur la planète : ça se pratique, aucun doute là-dessus. Et à ce titre, tout le monde a son avis sur la question, tout le monde y va de sa science ; y-compris et surtout les lecteurs.

Aussi, nous allons aujourd’hui nous pencher sur les pratiques des gens comme vous et moi (mais pas littéralement) et regarder quels conseils nous donnent nos pairs pour nous améliorer. Bien sûr, nous nous permettrons de nous focaliser sur ceux qui nous paraissent les plus pertinents pour les besoins de cet article. Parce que si la majorité des astuces sont mignonnes comme tout, voire naïves (« prenez une douche ensemble »), il y en a de plus inventives ; et parmi elles, il est à craindre que certaines n’aient pas survécu à la sortie de leur contexte d’un soir. En fait, il y en a même tellement que pour les répertorier, on peut soit parcourir la véritable encyclopédie contenue sur le site de Cosmo, soit lire les articles qui l’ont déjà fait.

Gardez un spray d’eau froide à côté du lit et servez-vous en pour prolonger vos rapports en vous aspergeant aux bons moments.

Aussi appelée la méthode « vilain minet », cette astuce offre en effet des perspectives pour faire durer votre partenaire plus longtemps. Attention en revanche à l’effet « Blade Runner », qui nous apprend que pour briller deux fois plus fort, une chandelle doit brûler deux fois plus vite : tous ces rapports prolongés ne manqueront pas à terme de raccourcir votre relation.

Trempé

« Tu es consciente que chez la plupart des gens, la douche vient après le sexe, n’est-ce pas ? »

Nourrissez-vous mutuellement de crème glacée dans le noir ; plus de saletés signifie plus de léchouilles.

Sans aller jusqu’à prétendre qu’il n’existe pas une sorte de vague rapport indistinct entre le sexe et le fait de manger de la glace dans le noir (à peu près le même qu’entre la Nébuleuse de la Lyre et un mocassin), je dirais quand même que certaines personnes consacrent trop de réflexions aux préliminaires. D’ailleurs…

56% des hommes non mariés préfèrent être allongés pour le sexe oral, tandis que le chiffre s’inverse chez les hommes mariés.

Le mariage, ça vous retourne un homme comme un gant.

Ce n’est pas souvent qu’un conseil, donc par définition quelque-chose qui se veut pratique, parvient à atteindre simultanément deux niveaux d’inutilité : parce que même si vous consacrez de l’importance à la position de votre partenaire pendant une gâterie (alors que concrètement, vous pouvez bien lui demander de faire un grand pont, il restera partant), que voulez-vous faire d’une marge où l’on passe de grosso-modo la moitié à grosso-modo la moitié ?

Chatouillez ses pieds avec vos tétons : placez-vous en reverse cowgirl et penchez-vous jusqu’à ce que vos seins atteignent ses orteils. Yowzah !

N’oubliez pas le « Yowzah », parce que c’est clairement la partie la plus excitante de cette astuce.

Recevez un « baiser papillon » : pour ce faire, il bat des cils au contact de votre peau très sensible juste sous vos seins.

Vous voyez ce qui arrive quand on oublie le « Yowzah » ?

Préparez à manger topless, appliquez un peu de sauce tomate sur vos seins et demandez-lui de goûter.

Attention à la température de la sauce tomate, sinon vous allez faire des bonds comparables à celui que l’égalité des sexes vient de faire en arrière avec la phrase « préparez à manger topless ».

(Si vous avez un colocataire) : louez un film d’horreur : s’il entend des cris, il considérera qu’ils proviennent du film.

Coloc'

« Qu’est-ce qu’on regarde, les poteaux ? »

Premièrement, si vos cris d’extase sont comparables à ceux qui émanent d’un film d’horreur, c’est probablement que vous faites quelque chose de travers. Ensuite, je pense qu’il n’y a pas besoin d’avoir inventé le bouquet de fleurs pour se rendre compte que niveau romantisme, on peut sans doute trouver mieux que le cinéma d’épouvante comme toile de fond à une nuit d’amour.

Prétendez avoir besoin de monnaie et fourrez votre main dans la poche de votre partenaire ; lorsque ça devient dur, demandez-lui : « est-ce un rouleau de pièces que je sens ou es-tu juste content de me voir ? »

Aha, on dirait que des lecteurs de Cosmo ont regardé Friends hier soir !

Versez de la bière sur son visage – *blabla sur les bienfaits de la bière sur la peau* – mais vous pouvez aussi lui dire que vos lèvres ne peuvent résister à son délicieux visage aux saveurs de bière.

Après la phrase absolument convenue que tout le monde avait déjà entendue, on enchaîne avec celle qui n’en est une qu’au sens grammatical strict, parce qu’il y a un verbe dedans. Elle n’en demeure pas moins largement trop improbable pour être articulée où que ce soit sur la planète – notamment dans votre chambre à coucher.

Lit

Mais bon, de toute façon vous deviez déjà nettoyer les draps à cause de la glace, alors…

Tenez son sexe dans une main et frappez-le doucement avec l’autre, comme si vous volleyiez une balle de tennis.

Nadal

Ou mieux : ne le faites pas. Garde tes distances, Cosmo.

Choisissez quelques-unes de vos combinaisons de saveurs érotisantes préférées, comme miel – beurre de cacahuètes ou crème fouettée – sauce au chocolat, et disposez des friandises sur le corps de votre partenaire.

Rien de franchement révolutionnaire de ce côté-ci, mis à part qu’il est plutôt rare pour Cosmo de vous encourager à vous goinfrer de beurre de cacahuète ou de sauce au chocolat. J’aimerais toutefois signaler que si vous disposez de suffisamment de « combinaisons de saveurs érotisantes préférées » pour pouvoir en sélectionner « quelques-unes » pour les besoins de cette astuce, c’est que vous êtes aussi probablement du genre a pouvoir définir une liste de vos fabricants d’emballages en plastique préférés selon l’odeur qu’ils dégagent et là encore, gardez vos distances.

Mélangez des types de saveurs de lubrifiants pour créer des combinaisons, comme « fraise-banane ».

À vous le grand soir…

Je parle peut-être un peu vite, mais il me semble que de manière générale, les articles « concons-assumés » qui ciblent essentiellement les femmes tendent à donner systématiquement des exemples pour tout, une fois j’avais même lu « faites un vœu (par exemple partir en vacances dans un pays chaud) ».

Allons, Cosmo, un peu de crédit que diable ! Pourquoi vos lectrices auraient-elles besoin que vous leur citiez des exemples de leurs propres saveurs préférées, ou que vous leur expliquiez qu’elles aiment les vacances au soleil ?

Après tout, ce n’est pas parce qu’un article se veut un peu niais qu’il ne sera lu que par des niais. Mes lecteurs seront d’accord avec moi, parce qu’ils n’ont pas vraiment le choix.

Pendant que vous mangez, dites quelque-chose de sexy, comme par exemple (vous voyez ?) « tu vois comme je mange ce morceau de viande ? C’est comme ça que je vais te manger après ! »

Un meilleur effet sera atteint si vous choisissez bien votre moment pour placer cette grivoiserie délicieusement inventive, par exemple lorsque vous essuyez votre front inondé de sueur à force de vous acharner à déchiqueter laborieusement une entrecôte récalcitrante au couteau à steak.

Flan

« Tu vois comme je gobe ce flan ? »

Enregistrez-vous lors de votre prochaine session solo et envoyez-lui le fichier en plein milieu de journée, avec un texte « tu veux m’entendre faire ça ce soir ? »

La réponse la plus probable consiste en un fichier audio composé d’une salve d’applaudissements nourris provenant de tout l’espace de travail de votre partenaire. Et je crains que ce soir, on entende tout autre chose qu’escompté à la maison.

Demandez-lui quelles chansons il écoutait quand il était sur la fin de l’adolescence et passez-les pendant une nuit. Ça le renverra à une époque où il était presque constamment en état d’excitation et réveillera ses pulsions primales.

Oui, alors je ne suis pas certain que ça marche vraiment comme ça ; non pas qu’il n’y ait pas quelque bénéfice à retirer de la nostalgie ou des souvenirs de jeunesse, mais lorsqu’on peut résumer une méthode par « Indochine réveillera ses pulsions primales », c’est qu’on a négligé des détails importants.

Prenez assez de film en plastique pour vous emballer environ huit fois dedans, tressez-le en corde et liez-vous solidement à votre partenaire en plusieurs endroits.

En plus, tout ce plastique entrera en harmonie avec celui qui recouvre encore votre matelas et vos meubles.

Trouvez une cascade, sautez nue dans le bassin avec votre partenaire ; la passion fera entrer l’eau en ébullition.

Ah, enfin du concret ! Effectivement, si vous connaissez un bassin harmonieux et propice à la baignade où personne ne va jamais, alimenté par une cascade, dans un cadre idyllique et pas trop loin de chez vous, vous tenez là une astuce en or !

Pour les autres, nous devrons continuer à nous contenter d’un monde où, malheureusement, nos moyens terrestres nous privent d’accès aux sex-tips les plus déconnectés de la réalité.

VLUU L100, M100  / Samsung L100, M100

Messieurs, vous voulez faire plaisir à votre femme ? Offrez-lui une Ferrari !

Trempez vos seins dans de la peinture comestible et servez-vous-en pour « peindre à l’éponge » son corps tout entier. Puis léchez.

Vous savez quoi ? Vos draps ? Jetez-les.

Sinon, cette astuce consiste à vous servir à des fins érotiques d’un produit qui n’a de toute façon pas été pensé autrement, donc elle est sans doute valable. Toutefois, la peinture corporelle est surtout prévue pour de petites surfaces, si vous comptez vous en servir pour peindre-au-sein (?) le corps entier de votre partenaire, déjà bon appétit, et ensuite attention au prix : la peinture comestible, si j’en crois Amazon, c’est environ dix balles les quatre petits pots.

Body Paint

Il y a un prix à payer pour profiter des saveurs de, je cite, « Chew Chew Cherry », « Scrumituous (quoi que ça veuille dire) Strawberry », « Gooey Blueberry » et « Awesome Apple ».

Et bien que je n’aie pas connaissance des quantités – parce qu’apparemment Amazon juge cette information superflue – je ne crois pas qu’on parle de gros bidons pour peindre au rouleau, mais bien de minuscules récipients. Et tout romantique vous dira que si votre tuyau vous revient aussi cher à appliquer qu’un week-end à Rome, abstenez-vous-en, et partez un week-end à Rome.

Peinture comestible

Mais on ne vous empêche pas d’y emmener un ou deux petits pots, frippons !

Et sinon, du côté des mecs ?

On rigole, mais qu’est-ce que ça donne lorsqu’on se penche sur des conseils exclusivement donnés par des hommes ? Eh bien…

Assurez-vous qu’on sache que vous avez aimé Ryan, 19 ans

Je suis désolé Ryan, mais c’est exactement ce qu’elles font.

Portez un t-shirt mouillé au lit Nick, 30 ans

Quoi ?

Portez un t-shirt mouillé quand vous faites la vaisselle – Bart, 22 ans

Ouais enfin, portez un t-shirt mouillé en permanence, quoi.

Sinon c’est pas bête : lorsque vous savez pertinemment que vous allez vous en prendre plein la gueule si vous articulez votre requête, vous la publiez sur Internet en espérant que votre partenaire tombe dessus et l’adopte.

N’oubliez pas le blowjob ! – Tanner, 21 ans

Vraiment Tanner ? Tu y vas avec « n’oubliez pas le blowjob » ?

Après une importante promotion, ma copine ne m’a donné que du sexe oral toute la nuit – Ken, 32 ans

Ken n’a apparemment aucun tuyau à vous donner sur le sexe, mais il a de bonnes astuces pour vous si un jour vous cherchez un moyen de vous la raconter tout en évitant de répondre à une question.

Ma copine prétendait ne pas vouloir m’embrasser, j’ai dû utiliser ma langue pour ouvrir sa bouche – Ron, 25 ans

En revanche, Ron n’aime pas du tout quand on lui fait ça en prison.

En fait, du côté des mecs, c’est un peu tout le temps la même chose. Et ça respire l’insécurité par moments (c’est fou le nombre de variantes que l’on peut trouver à « dites-moi que j’assure au lit »). Finalement, c’est vous qui avez raison mesdames : vous vous êtes infligées une indigestion avec toute cette crème fouettée et cette peinture, vous vous êtes brûlées à la sauce tomate, vous avez foutu de la bière partout et on vous appelle « la folle aux films d’horreur » dans tout le quartier, mais au moins vous vous êtes montrées imaginatives ; parce que nous, mis à part une pneumonie, on ne vous a rien donné de bien concret avec nos t-shirts mouillés.

Justice et autres farces

Publié: 31 mars 2016 dans Sciences sociales

La Justice est un concept probablement encore plus ancien que l’Homme ; remontez donc le temps jusqu’à nos ancêtres simiesques et tentez de dérober sa banane à l’un d’eux, vous verrez s’il ne vous envoie pas sa justice en plein dans la gueule.

Lorsque nous avons évolué, notre vision de l’équité a fait de même et nos législations se sont articulées autour de nos modes de vie ; par exemple, les Mésopotamiens édifièrent leur civilisation en partie autour de la bière (auto-promo). Comment ces gens-là en vinrent-ils à inventer l’écriture en étant pétés comme des coings, nous ne le saurons jamais, toujours est-il que les premières lois écrites que l’on connaisse, le Code de Hammourabi, stipulent que celui qui sabote sa production de bière ou la coupe avec de l’eau sera noyé dans son propre breuvage.

Bud Light

Ça, typiquement, ça n’aurait jamais existé sous Hammourabi

Ce qu’on en retirera, c’est que la Justice est toujours plus ferme lorsqu’elle traite d’un point névralgique de la société. Un crime lié à la bière à l’époque n’était pas très loin d’un crime en rapport à l’argent aujourd’hui, d’ailleurs vous remarquerez qu’après la récente tragédie des subprimes, les responsables de la débâcle finirent, eux aussi, noyés sous le fric.

Seulement voilà, on voudrait voir la Justice comme une entité impartiale à laquelle personne n’échapperait, un peu comme un Kraken vigilant qui générerait beaucoup de paperasse ; mais comme avec tous les concepts, nous avons parfois des points de vue divergents à son sujet. Et il peut arriver à certains d’y faire appel pour les raisons les plus ridicules imaginables.

Batman vs Batman

Batman est une ville turque de 350’000 habitants, capitale de la province de Batman, proche du confluent entre la rivière Batman et le fleuve Tigre, qui est incidemment le confluent le plus badass au monde.

Confluent

Parabole

Je vous invite à relire une ou deux fois le paragraphe ci-dessus et à me dire si vous ne trouvez pas qu’il y a quelque chose qui y cloche.

Et bien le maire de Batman est bien d’accord avec vous ! En 2008, Hüseyin Kalkan décida d’entamer une procédure judiciaire à l’encontre de la Warner Bros, de Christopher Nolan et du sens commun pour avoir volé son nom à sa bourgade.

Batman(city)

La ville turque de Batman, que l’on dit sillonnée par un héros nommé « Gotham City ». (Ou peut-être « Gökan City »).

« Il n’y a qu’un seul Batman au monde », nous assène le véhément bourgmestre, signant ainsi l’une des citations les plus improbables à avoir jamais émané d’un politicien. Selon lui, la Warner et Christopher Nolan ont utilisé le nom de la ville sans son autorisation, causant par là de sérieux préjudices à ses habitants, notamment ceux qui cherchaient à exporter leurs produits. Ce qui est certainement vrai, si l’on considère que dissiper un quiproquo constitue un sérieux préjudice.

Morgan Freeman

« Laissez-moi résumer : vous pensez que votre client, un des hommes plus riches et les plus influents au monde, est en réalité une ville du sud-est de la Turquie, et votre plan et de porter plainte contre la Warner ? Bonne chance ! »

Kalkan trace également des corrélations entre l’appropriation du nom de sa ville et plusieurs meurtres non élucidés qui y ont eu lieu, ainsi qu’un taux anormalement élevé de suicides chez les jeunes filles. Et s’il a raison d’insister sur ce dernier point, il serait plutôt lié au penchant des locaux pour le « suicide d’honneur », tradition dont le nom seul laisse à penser que le vrai Batman ne perdrait pas son temps s’il voulait bien faire un petit crochet par là-bas.

Évidemment, on aurait pu demander à Kalkan s’il ne se foutait pas un peu du monde en poussant sa gueulante au moment où la franchise remportait la timbale avec The Dark Knight, mais il n’aurait probablement pas répondu, parce que cette même année, il était condamné à dix mois de prison pour promotion du terrorisme, chose qui mit fin à ses ambitions juridiques. Et bien que je ne sache pas trop ce qu’il faut penser d’une telle condamnation en Turquie, il n’est pas impossible qu’à l’instar de son légendaire homonyme, la ville de Batman ait connu des déboires avec une sorte de clown malfaisant.

RIAA vs Gertrude Walton

On sait qu’avec les téléchargements illégaux, il est devenu aisé de se substituer aux grands distributeurs en extorquant directement les artistes à leur place ; pour endiguer le phénomène, la Recording Industry Association of America (RIAA) décida dans les années 2000 de se la jouer Vlad l’Empaleur en misant sur la force de l’exemple : pas moins de vingt mille procédures pénales furent entamées à l’encontre de downloaders piqués au hasard.

Mais vraiment au hasard : parmi les suspects se trouvaient une fille de douze ans, un bon paquet de personnes qui n’avaient jamais rien téléchargé et une octogénaire nommée Gertrude Walton. Vous savez instinctivement que lorsqu’une puissance économique porte plainte contre une personne qui s’appelle Gertrude, c’est qu’il y a un malentendu quelque part.

Et en l’occurrence, Gertrude était décédée depuis environ un an lorsque la plainte fut déposée. Sa fille, qui n’avait probablement pas vu la chose venir, ajouta que feu sa mère n’avait jamais ne serait-ce que possédé un ordinateur.

Spiritisme

« L’accusée plaide non-coupable, votre honneur ! »

Qu’à cela ne tienne, l’affaire fut portée en même temps que bien d’autres devant la cour et la prévenue, figurez-vous, ne se présenta pas à son procès. Ce dernier fut néanmoins bien entendu prononcé et Mrs. Walton Senior, alias « Smittenedkitten », fut formellement accusée d’avoir téléchargé plus de 700 chansons de rock, pop et rap.

Granny

Regroupées dans une playlist qu’elle avait appelé « musique de sauvages »

Ensuite de quoi la défense (sa fille) produisit l’acte de décès et la RIAA, penaude, retira sa plainte, probablement après que le juge leur ait dit « mais c’est quoi votre problème, à la fin ? »

Jonathan Lee Riches vs le monde

Vous avez tous connu des bellicistes dans votre vie, ces gens tout le temps remontés qui traversent l’existence comme un terrain de rugby, prêts à se jeter de tout leur poids sur qui leur barrera la route.

Astéroïde

Ce sont les astéroïdes du genre humain.

On sait que ces oiseaux-là ne sont pas nécessairement des durs à cuir ; en règle générale, les vrais pratiquants d’arts martiaux tendent à être plutôt relax et bien souvent, le type qui brandit le poing au rade du coin est davantage mis en confiance par son taux d’alcoolémie que par ses années de Ju-Jitsu ; et si vous auriez de toute façon tort de répondre à leurs provocations, il est probable que pour beaucoup de bellicistes, le jour où ils trouveront enfin la bagarre coïncidera avec celui où ils la perdront.

Self défense

S’ils devaient écrire un guide de self-défense, il serait tellement mauvais que vous seriez mort avant d’avoir fini de le lire.

 

Et comme aujourd’hui les combats modernes se déroulent devant un juge, il n’y a pas de raison de ne pas trouver aussi des bellicistes sur ce terrain-là.

Arrive Jonathan Lee Riches. Depuis janvier 2006, Jonathan a déposé pas moins de 2’600 plaintes contre de multiples personnes, organisations, entreprises, concepts ou à peu près tout aspect de notre existence que notre vocabulaire a su définir par le biais d’un mot. Condamné pour divers délits, il remplit ses formulaires depuis sa cellule et, de là, lance ses avocats à la conquête du monde, ou le ferait s’il en avait, ou si ses actions n’étaient pas systématiquement déboutées.

Parmi les noms des défendants qui nous sont connus, on trouve notamment NASCAR et Rockstar Games qu’il accuse de l’avoir enjoint à conduire comme un bourrin, Bernard Madoff, Britney Spears, Serena et Venus Williams, George W. Bush, Steve Jobs, Adolf Hitler, les pirates somaliens, Nostradamus, Platon, les films Ghostbusters ou Poltergheist, les bananes Chiquita, la planète naine Pluton, le Che, tous les survivants de l’holocauste, les treize tribus d’Israël, la Tour Eiffel, l’Empire Romain, le moyen âge, les dieux nordiques, le Saint Graal, Jay Z, l’Airbus A380, Ford Motor et bien, bien d’autres.

Bien sûr, un coup d’œil à cette liste suffit pour comprendre que le vieux Riches a un problème, mais il n’est pas le seul : lorsque la construction d’un nouveau palais de justice à côté de la prison aboutit à une économie en frais de timbres, c’est qu’il est temps de faire quelque chose, et quelque chose fut fait : il y a quelques années, Jonathan se vit retirer son droit à l’aide financière que l’état octroie aux gens fauchés qui intentent une action en justice et depuis, c’est silence radio.

Harvey Taylor vs la police

Recherché en Floride pour actes d’ordre sexuel sur un mineur, Harvey Taylor se réfugia dans un bled perdu du Maine pour échapper à la justice, car le seul facteur qui détermine si on retrouve un fugitif est le nombre de kilomètres qui le sépare du lieu de son crime.

Lorsqu’il fut appréhendé malgré tout, Harvey prit ses jambes à son cou et alla se perdre (au sens propre) dans une forêt. Une fois isolé au milieu des immensités sauvages du nord de l’Amérique, il put reprendre sa vie loin de ses poursuivants et, tant qu’à faire, de la civilisation.

Maine

« à moi la liberté ! »

Seulement voilà, si le climat de sa Floride natale lui aurait permis ce genre de fantaisies, celui de l’état du Maine requiert un peu plus de préparation avant de se lancer à la belle étoile, d’autant qu’on était en plein hivers ; à peine gambadait-il parmi les arbres qu’une tempête de neige se leva, amenant un froid tel qu’il en vint bien vite à regretter les couvertures, la sécurité et le chauffage des cellules américaines.

Rapidement très mal en point, Harvey se tourna vers Dieu et lui demanda une intervention divine (alors qu’Il venait probablement de le faire avec la tempête) pour le sortir de cette situation. Il fut peut-être entendu, car c’est en suivant un oiseau qui volait d’arbre en arbre qu’il parvint à un bled, où il fut secouru puis envoyé au trou.

Néanmoins, Taylor avait passé trois jours perdu en plein blizzard et, les engelures aidant, y laissa deux ou trois orteils ; il décida donc de faire la seule chose raisonnable, à savoir porter plainte contre l’inspecteur chargé de le retrouver dans le Maine, parce que s’il l’avait attrapé plus vite, il n’en serait pas là.

Il déclara donc qu’il déposerait une plainte officielle sitôt qu’un avocat accepterait l’affaire. À ma connaissance, l’histoire ne va pas plus loin.