Le Roscope

Publié: 24 août 2008 dans Anciens billets

Faussé par sa perception toute relative de l’espace et du temps, l’homme a tenté de comprendre puis de dompter les étoiles depuis déjà des éternités, notamment en leur donnant des noms et en estimant la distance qui nous sépare d’elles. Un grand pas en avant. De l’observation attentive des astres lointains est née une science absolue et pertinente, j’ai nommé l’astrologie.

Le principe est complexe : après avoir défini des groupes d’étoiles en estimant que certaines d’entre elles formaient des entités stellaires – quoi qu’à ma connaissance on ne leur ait pas demandé leur avis – on leur a ensuite prêté des attributs mystiques qui iraient jusqu’à influencer nos vies. Comme quoi on se gène pas pour s’approprier même ce qui est infiniment loin. Et de fait, la distance qui nous sépare d’elles est si énorme que si certaines s’étaient éteintes au cours des derniers millénaires (soit avant l’avènement de l’homo sapiens sapiens sur Terre), on en n’aurait toujours pas conscience. Mais ça, c’est une autre histoire. Ce qui importe, c’est qu’il y a quelques siècles, un groupe de savants complètement camphrés à la zythum a réussi à halluciner suffisamment méchamment pour prêter à ces groupes d’étoiles des formes le plus souvent animales auxquelles ces mêmes types ont fini par attribuer des noms. Et vas-y que je te fous la constellation du bélier, du cancer ou du capricorne, et vas-y que je te dis qu’au fond c’est la Balance (elle a dû donner des noms d’autres constellations), Andromède ou Proxima Centaure. Et le tout sérieusement, sans même pouffer, en y croyant dur comme fer !

Bon, on va dire que sur le moment c’était un peu dans l’air du temps, les mecs croyaient aux dieux grecs, égyptiens ou je ne sais qui, ils pensaient que la Terre était plate, ils coupaient la salade avec un couteau, bref, c’était pas des flèches et leur science approximative les poussait peut-être à une vision des choses un peu fantasque. C’était le bad trip de l’époque, soit. Mais le mal était fait ! Aujourd’hui, animé par l’esprit logique et pratique propre à notre époque et éclairé par la très sainte lumière de notre sauveur Jésus Christ, on a suffisamment de bagage pour balancer aux oubliettes ce genre de sciences vétustes et témoin d’un autre âge qui fleurait bon le combat de gladiateur, le sacrifice de cabri et la peste bubonique. Quid ? L’astrologie est aujourd’hui l’apanage de sorciers de villages, de rebouteux ou de voyantes superstitieuses dont les tanières sont envahies de musique new-age, d’étagères croulant sous les cristaux colorés et de trop nombreuses encens qui vous flanquent le cœur au bord des lèvres. Ces braves zigues collectionnent ce genre de sciences à la mords-moi-l’oreille et mélangent allègrement astrologie, numérologie et autres trucs marrants du même tonneau consistant à essayer de deviner le caractère profond et caché d’une personne – ainsi que des fragments de son avenir dans la foulée – en passant par son prénom, sa date de naissance, la forme de son crâne, le lieu où il est né ou les lignes de ses paumes.

En outre, pour que chacun puisse lire confortablement son destin dans les étoiles sans quitter son pouf ni ses pantoufles, des prévisions pointues sont proposées dans toute bonne feuille de chou qui se respecte via l’horoscope. Et si il me plaît pas mon horoscope, je peux changer de journal ? Et qu’est-ce que ça veut dire ça, sous mon signe, je cite : « L’astre nocturne vous inspire de magnifiques choses » ? Moi, l’astre nocturne, il me trouve le plus souvent au plumard, c’est pas le moment de m’inspirer ! J’ai sommeil, non mais eh !

A terme, il résulte de tout bon praticien de ces sciences sophistiquées un interlocuteur d’une autre planète dont chaque intervention te plombe toute possibilité de conversation constructive ; va répondre à une personne qui t’explique que si tu t’appelles Charles, tu seras un mec compréhensif et de caractère aisé, parce que « C » est une lettre aérée et ouverte ! Va argumenter avec le rigolo qui te soutiendra mordicus que les étoiles ont influencé ton choix de destination de vacances ! Et que veux-tu dire à quelqu’un qui s’excuse d’un coup de gueule en accusant la pleine lune, cette boule de caillasse morte flottant dans le vide glacial à plus de cinq cents mille kilomètres ? Elle a bon dos la lune !

Personnellement j’évite d’aborder le sujet avec ces gens-là, c’est un peu comme si tu parlais pas la langue… Je garde un souvenir partagé du jour où, affirmant que je n’aimais pas les poivrons, une illuminée frappée d’une brusque révélation me lança : « T’es capricorne ? » ! Parce qu’une simple préférence culinaire dépendrait de la position d’étoiles situées à des éons peut-être ? J’aurais bien fait comprendre à cette zélote d’un autre âge le ridicule presque condamnable de sa remarque, mais je me la suis bouclée, pour une fois.

Faut dire aussi que je suis capricorne.

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commentaires
  1. Le singe dit :

    T’aurais pas dû te la boucler : j’aime les poivrons et je suis capricorne (c’est probablement une balance qui t’as dénoncé)…

  2. labo80 dit :

    En même temps, le Singe est un signe astral chinois, tu m’étonnes que tu sois au-dessus des lois de nos signes ! Quant au coup de la balance, c’est fort probable en effet ! Ces balances, c’est un véritable cancer !

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