Santésuisse sous Prozac

Publié: 1 septembre 2008 dans Anciens billets

Couchepin, je l’aime pas. Il est très intelligent, c’est un visionnaire doté d’une clairvoyance peu commune et de l’arrogance qui va bien souvent de pair. Il fait moins de promesses en l’air que bien d’autres politiciens ; en cas de litige sur un dossier épineux, il aura plutôt tendance à affirmer clairement que ses opposants l’auront bien profond et il joint l’acte à la parole. Futé et compétent, il aurait pu faire beaucoup pour le pays s’il l’avait voulu.

 

On se rappelle qu’en 2007, la votation sur la caisse unique avait plongé les assureurs dans la tourmente. Pour préserver leurs intérêts, les caisses maladies s’étaient unies sous la bannière de Saint-Couchepin afin de combattre par tous les moyens possibles cette idée du Diable. J’en sais quelque chose, je bossais dans les assurances à l’époque, Dieu me pardonne. En ces temps de trouble et de peur dans le grand royaume de la santé publique, les consignes étaient claires : il fallait pousser nos proches à rejeter l’initiative. Nos places de travail en dépendaient et surtout celles de nos supérieurs. Et à terme, l’initiative avait été refusée, essentiellement parce que Couchepin avait promis que les constantes augmentations arrivaient à terme, grâce à son projet bien huilé (heureusement pour ce dernier point, vu où on se l’est pris, son projet).

 

Un peu partout avaient résonné des avertissements logiques : Couchepin tiendrait ses promesses un an ou deux et puis passez muscade : on redresserait la barre et les primes exploseraient. On en est là. Les coûts de la santé augmenteront d’environ 4% l’année prochaine, ce à quoi Couchepin promet de réagir : « non, on ne vous augmentera pas vos primes de 4%, je limiterai la croissance à 3%. Merci qui ? »

 

Pour justifier ces augmentations on nous déballe un Niagara de logorrhée, comme chaque année, comprenant notamment la croissance démographique, les problèmes de stress de plus en plus courants, l’augmentation de la technologie médicale, des coûts des médicaments (ils sont fabriqués ici et on les achète plus cher qu’à l’étranger, m’enfin bon…) et la propension des assurés à consulter leurs médecins pour un oui ou pour un non. Je suis à moitié d’accord sur ce dernier point, mais c’est un peu facile de résumer les choses à ça. Car si les caisses maladies clament avec raison qu’une prévention efficace devrait pouvoir sauver les meubles (car beaucoup se ruent aux urgences au premier mal de tête), elles exigent aussi de leurs employés qu’ils consultent immédiatement leur médecin si ils se portent malade, même une seule journée. Vous avez dit paradoxal ?

 

Quelque peu dépité, je suis allé faire un saut sur le site Internet de santésuisse où j’ai pêché ce mot doux de Dieter Boesch, membre de leur conseil d’administration :

 

« Somme toute, regardons vers l’avenir, car rien n’est plus constant que le changement. Le marché de la santé est aussi en perpétuelle mutation. Les valeurs, mais aussi l’attitude et les attentes de la population s’adaptent rapidement aux conditions cadres qui évoluent. Les idées suivantes dominent de plus en plus :

La santé est sans limite et globale ;

La santé est partout ;

La santé peut-être façonnée. »

 

Amen. C’est peut-être l’exemple le plus criard d’inepties servies à grand renfort de langue de bois dont nous suisses sommes si friands. Pour moi, la chose est simple : en venant m’installer à Lausanne il y a sept ans, je payais environ 180 francs de primes par mois. Maintenant, si je n’avais pas changé de franchise, je paierais à peu près 420 balles. Sans compter l’augmentation à venir. Cette croissance dantesque de ses cotisations, tout le monde se l’est prise dans les dents. Ça jazze, ça proteste, mais au final ça obtempère, on n’a pas le choix, Madame Poursuites guette !

 

Je n’irai pas plus loin sur ce point sans quoi ça commencera vraiment à sentir le réchauffé. En fait, ma question est la suivante : pourquoi persiste-t-on à encenser Pascal Couchepin ? Pourquoi continue-t-il à pérorer, à crier son génie à la face de la Suisse ruinée alors que nous sommes victime d’une hausse des coûts ahurissante dans le secteur qu’il est supposé gérer ? Après ses promesses non tenues, il serait logique qu’il paie le prix de son arrogance et qu’il se fasse éjecter de tout ce qui ressemble à un poste à responsabilité. Sa politique est un échec total. Mais il va rester, ça oui, parce qu’il est intelligent. Mais l’intelligence n’est pas une qualité : c’est un atout. Elle ne sera une qualité que s’il l’utilise à bon escient. Et là, y a du chemin !

 

On a la critique facile en Suisse ; on montre la France du doigt pour ses crises, ses émeutes, on fait tout pour prouver qu’on est différent, mais là on va à l’abattoir en faisant des gros sourires au boucher. Un français ou un allemand ne laisserait jamais faire. Mais un français ou un allemand, ça a une fierté !

 

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