Abomination éthylique

Publié: 8 septembre 2008 dans Anciens billets

 

Il y a quand-même des choses horribles en ce bas monde ; leur existence elle-même tient du miracle et n’est pas forcément un cadeau pour tout le monde. Tiens, je te donne un exemple : vendredi soir, je suis allé écluser quelques bocks avec une poignée d’aminches. A cette occasion,  il m’a été donné de vérifier que l’établissement « Les Brasseurs » à Lausanne est toujours infréquentable le vendredi soir, à moins que vous n’aimiez pas parler, à cause des tablées d’ados ivres morts qui hurlent comme des cochons qu’on égorge en vidant leurs colonnes et en vociférant « santé ».

 

On a fini au « Backstage », à jouer au baby-foot en enchaînant les consommations saines et toniques, jusqu’à ce qu’on me demande si j’avais déjà goûté à la spécialité locale, dont on m’a bien évidemment tu la composition ; dans ces conditions, la prudence veut que l’on réponde « oui, c’est pas bon » à cette question. La « spécialité locale » d’un troquet lausannois qui diffuse du métal et du gros rock, c’est forcément périlleux. Mais là, pompette et joyeux, suffoquant dans la moiteur rance typique de ce genre de bouge surchauffé et l’esprit embrumé par les vapeurs délétères d’eau de vie de grains de genévriers dont j’avais fait grande consommation ce soir-là, j’ai commis l’erreur d’accepter.

 

Et me voilà, avec un ami qui tenta aussi l’expérience, devant deux verres à shot remplis de liquides douteux, clair pour l’un, brunâtre pour l’autre, à affronter mes craintes et les sourires narquois des amis qui m’avaient poussé à la faute. « Pis vous nous accompagnez pas alors ? » leur lançais-je pour gagner du temps. « Ben non, t’es fou, nous on a déjà goûté ! ». Sans équivoque. Une telle honnêteté vaut bien quelques menus sacrifices. Prenant mon courage et mes verres à deux mains, j’ai avalé leur contenu sans vaciller.

 

L’histoire aurait pu mal tourner à ce moment-là, mais il n’en est rien ; on a plus ou moins tenu le choc. Mais par contre, les enfants, quelle horreur, mais quelle horreur !!  Le premier verre était rempli de vodka-piment, je crois que c’est immonde, mais force est d’admettre que mon esprit a totalement occulté les quelques impressions que j’ai pu emmagasiner avant de passer au second breuvage à l’odeur infecte de médicament, à savoir de la vodka… Fisherman. Et ça, c’est absolument répugnant, abject, d’une horreur qui repousse les limites du mauvais goût jusqu’à l’infini !

 

Comment de telles choses peuvent-elles exister ? Je sais que le monde compte de nombreux amateurs de boissons blasphématoires comme la vodka-caramel, mais pourquoi ? Qu’est-ce qui cloche avec les êtres humains ? On m’a dit que le « Backstage » était plus ou moins réputé pour avoir des bons alcools, faits avec des vrais produits ; certes, j’imagine bien qu’au vu du résultat désastreux de la vodka-fisherman (produite avec des vrais fishermen tous frais cueillis de l’arbre), personne ne va aller s’amuser à synthétiser cette aberration pour en servir une de qualité moindre ! Comment en est-on arrivé à consommer des liquides pareils ?

 

Certes, la mode veut qu’on se cuite de plus en plus vite, mais ça n’empêche pas de faire ça avec goût, non ?

 

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commentaires
  1. Le Passant dit :

    Merci pour l’info !

    Pour ma part, je n’ai jamais regretté d’avoir testé les « spécialités » des bars Lausannois. Mais là, visiblement, nous sommes face à l’exception qui confirme la règle.

  2. labo80 dit :

    En même temps, il faut voir ce qu’on entend par « spécialités ». Ce truc ressemblait surtout à un piège à ado. En général on trouve plein de bonnes choses à Lausanne !

  3. Le Houblon pensant dit :

    Fallait se méfier!

    Un baby-foot à l’entrée aurait pourtant du lever quelques soupçons: vous étiez face à un débit de boissons suspect.
    La présence de jeux indique une probabilité élevée d’avoir de mauvais alcools. Il s’agit d’une manoeuvre de tenancier mal intentionné qui tente de distraire son monde avec des joujoux plutôt que de se concentrer sur l’essentiel, à savoir, la dégustation de son verre!
    Tout le monde le sait: un comptoir patiné, une odeur rance de sueur, un brouhaha de voix rauques et râpeuses, abimées par les vapeurs d’amiante de l’usine, ça c’est un vrai bistrot!
    Tout le reste n’est que gnognotte pour buveurs prépubères cherchant à imiter les adultes.

  4. labo80 dit :

    Ah pardon, je ne suis pas d’accord, le baby-foot est une activité saine, ludique et tonique, joyeuse et conviviale, instructive et enrichissante ! A l’instar des flippers, il fait partie de ces choses qui te font vivre un bar et on en voit aujourd’hui trop rarement ! C’est bruyant, ça grince et arrache des hauts cris aux joueurs, tout ça profite à l’ambiance et désinhibe le consommateur qui paye la tournée ! Ca ressemble pas à un rêve, ça ?

  5. Le singe dit :

    Cela me fait penser à une soirée d’un week-end pas si lointain. J’ai fini dans une boîte de Lausanne (comme d’hab’ tu me diras) dont la spécialité est un mélange qui décape violemment (tu sais, le même que tu trouves pour nettoyer les fours). Je ne me rappelle plus de la composition exacte, ni même de son nom (étrange, moi qui suis toujours sobre) mais tout ce dont je me rappelle, c’est le composant principal : du Tabassco. Hé bien mon ami, on a pas besoin de réfléchir longtemps pourquoi ils ont appelés cette saloperie comme ça… Parce-que ça TABASSCOmme il faut!!! (excuse mais il fallait que je place ce jeu de mot stupide, ça me démangeait)

    On m’a dit : « Vas-y, essaie! Tu verras, rien du tout… ». Il est évident que lorsqu’on te dit ça, c’est ironique à 200%. Et en plus, vu que j’adore les défis qui permettent de me distinguer du reste de la masse, j’ai foncé tête baissée (j’suis pas une fiotte ).

    Ma réaction après avoir ingurgité pareil breuvage a été de me cramponner instantanément au bar d’un telle force que j’ai cru que j’allais l’arracher (il est d’ailleurs soudé au plancher en prévision de l’acte je suppose)… Tu restes figé durant une dizaine de secondes sans pouvoir bouger, la bouche grande ouverte lâchant un léger sifflement ainsi qu’un filet de bave, tellement la sensation en bouche (sans parler de la gorge qui flambe littéralement) monopolise tes neurones à la recherche d’une solution possible pour que ça passe (et bien entendu, il n’y en a pas d’autre que d’attendre) : « Faut que ça passe, faut que ça passe, put*** ça arrache je vais crever, j’vais crever, c’est pas possible autrement, c’te fois-ci c’est la fin, j’suis vraiment trop con, au secours, aidez-moi, aaargh!!! ».

    Bref, après avoir vidangé un bon litre de sueur par tous les pores de ton corps, tes habits complètement trempé (c’est l’été donc tu t’en fous, ça fait aquatique et te donne l’air frais), tu commences enfin à te décrisper, laissant au passage la marque de tes doigts incrustés sur le bar style « Hollywood Boulevard » mais sans la paume, sans star, sans trottoir et photographe (à part celui de Tilllate qui se réjouis déjà de poster ta tronche complètement défaite sur ce site à 2 balles).

    Tu peux d’ailleurs percevoir sur le comptoir les traces anonymes laissées par les candidats précédents, te rassurant sur le fait qu’il y probablement une forte population de gens aussi niais que toi ayant passé par ça. Et tu commences à percevoir dans ton esprit encore embrumé par les volutes du puissant mélange ingurgité une satisfaction d’avoir survécu à cette apocalypse des papilles. Tu peux même ressentir de la fierté (va savoir pourquoi…).

    Une minute plus tard tu réalises ce qu’il s’est passé. Ton palais va mieux mais tu sais que c’est maintenant ton estomac qui ramasse les restes (il te gratifie d’ailleurs d’un « Merci connard » totalement justifié). A ce niveau là, suivant la résistance physique de l’individu, ça peut passer comme une lettre à la poste ou ressortir dans les plus brefs délais dans un style tout en finesse (Kärcher pour bien imager la chose). Mais il vaut mieux préféré la première option (du moins si ton corps le permet) si tu ne veux pas passer pour le boulet de la soirée… C’est d’ailleurs là le but : ne pas t’écrouler et garder ta fière allure de winner, histoire de montrer que tu en as. Et t’attends avec impatience de voir le prochain répéter ton geste en espérant au fond de toi qu’il ne vas pas y arriver…

    Aaah, quelle soirée! Vivement la prochaine, j’adore les spécialités…

  6. labo80 dit :

    Tu as bien résumé l’état d’esprit général de ces saines beuveries, on voit qu’on a affaire à un pro !
    Je crois connaître la boisson dont tu parles : tabasco, kérosène, paprika, sambal-olek, produit vaisselle, jus d’orange pour la couleur (facultatif), sang de dragon, vieille gnôle et alcool de bois, non ?
    Bravo pour la performance en tous cas, rappelle-moi de ne pas la tenter, je veux bien revendiquer mon statut de fiotte si ça peut m’éviter ça ! Et puis après le vodka fisherman je voudrais pas gâter le souvenir…
    Quand j’étais ado et asthmatique un de ces hideux mélanges (gin-sirop de citron je crois…) m’avait déclenché une crise directe, comme quoi c’est vraiment de la…
    Bon, vais aller faire un petit saut sur le site de Tillate moi… Hin hin !

  7. Le Houblon pensant dit :

    Que nenni!

    Ce sont cris stridents et hurlements blessants qui viennent briser le doux ronronnement des discussions d’une clientèle fatiguée par une dure journée de labeur! Mais il ne s’agit que d’un avis personnel.

    Juste un petit exemple: hier, alors que je dégustais un plat de moule en croûte avec mon ami, Jean-Pierre Dubruet, des jeunes jouaient bruyamment avec un de ces engins du Diable. Au rythme des cris qui redoublaient de volume, mon mal de plot augmentait d’autant! Je me tournai alors vers mon ami et lui dit (tout bas, parce que je suis pas très brave en fait): « Je leur flanquerai bien un coup de latte dans les burnes à ces petits cons. » Celui-ci me toisa d’un air éreinté et, sans mot dire, dilua une aspirine dans son cidre! Si ce n’est une preuve ça! ^^

  8. labo80 dit :

    Premièrement, c’est facile d’accuser les joueurs de te foutre le mal de caillou alors que tu précises toi-même que tu descendais des chopes. Et deuxièmement, vous auriez dû leur péter les guiboles quand-même. Y en a marre des ces ados-hurleurs, autant leur donner une bonne raison de gueuler ! ‘tits cons, tiens !
    Et puis est-ce qu’on était bruyant, nous, quand on avait leur âge ? Pas du tout ! On avait de la retenue, nous !
    Sauf quand on était bourré, mais là c’était différent.

  9. Le Houblon pensant dit :

    Je suis surpris par votre manque de précision à la lecture de mon message. Jamais je n’ai dit que je buvais de chopes! J’ai juste signalé que mon ami Dubruet buvait un cidre (qui se marie à merveille avec les coquillages.)

    De plus, je réfute toute idée de violence. Je suis violent par mes choix politiques, par mon vote mais jamais je ne m’abaisserai au niveau de ces barbares. Je suis bien-pensant et correct sous tous rapport, bref je suis ce que la Confédération peut espérer de mieux comme citoyen!

    Bref, sous mon air de pas y toucher avec mon chapeau et mes cigarettes, je m’obstine, avec mon ami Jean-Pierre à maintenir le pays dans un consensus comateux.

    Pour les jeunes, y a l’armée, fort heureusement!

  10. labo80 dit :

    Ben disons qu’avec un pseudo pareil, c’est quand-même gonflé de prétendre boire du banga ; ensuite, la bière est recommandée avec les moules et pour finir, votre mal de plot m’a peut-être incité à la conclusion facile.
    Enfin, je vous félicite pour votre non-violence mais vous rappelle quand-même que vous avez vous-même parlé de « coup de latte dans les burnes ». Mais si vous êtes un bon citoyen helvète porté sur le bien-pensant, je veux bien croire que vous oscillez régulièrement entre la droite et la gauche à plein pot, sans jamais cibler le milieu. Un peu comme notre équipe de foot, en fait !

  11. Le singe dit :

    Tout à fait d’accord avec Labo, prendre comme pseudo « Le Houblon* et faire le gars outré dès qu’on dit qu’il boit des chopes, c’est un peu l’hôpital qui se fout de la charité, hein?

    Pis le foot faut plus en parler. On a plus d’équipe national, je suis en période de deuil alors j’aimerais bien qu’on évite de me rappeler ce match douloureux, catastrophique, d’une nullité atteignant des sommets encore jamais vu dans ce sport. On devrait empailler tous les joueurs et en faire des nains de terrain de foot… Ou des cervelas.

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