Génies du Mal

Publié: 22 octobre 2008 dans Anciens billets

Personnellement, les grands méchants me font toujours frissonner. Il y a Dark Vador, un type un peu naïf qui a mal vécu sa crise d’adolescence et qui a été grièvement blessé suite à une longue panne d’inspiration de scénariste, à la fin il devient gentil et c’est depuis là qu’on dit que Star Wars, c’est de la science fiction. Plus proche de nous parce qu’on sait pas à quoi il ressemble, qu’il bosse en haut d’une tour et qu’il s’entiche pour des colifichets en or, il y a Sauron, individu peu causant qui détient la suprématie militaire mais qui l’a quand même dans l’os à la fin. Et puis pas mal d’autres aussi, méchants nobles, sadiques, bêtes, manipulateurs, charismatiques ou gratuits, il en vient de partout et leur principal point commun et qu’il s’en prennent plein la gueule à la fin et finissent le plus généralement dans un panneau de voltage après une chute de trente étages alors qu’au début du combat, ils étaient bien partis pour mettre Jean-Claude Van Damme au tapis.

 

Mais ça, c’est du fictionnel. Dans la réalité, il est à déplorer que les méchants ont moins de classe et des idéaux souvent bien ternes, genre accumuler plein de ronds ou prôner le nationalisme à outrance, c’est banal. Toutefois, ces temps troublés et chaotiques favorisent l’apparition de vrais « bad guys » inventifs et sans scrupules qui sont prêts à toutes les bassesses pour manger le pain de leurs compatriotes en ricanant, ce qui entre nous soit dit offre un spectacle un peu navrant.

 

En premier lieu, il y a les directeurs des méga corpos sans âmes qui affament la planète pour sauver le système économique, c’est le pauvre qui passe à la caisse sous le rire strident du méchant riche, mais la Suisse ne s’y laisse pas prendre puisqu’elle demande à Marcel Ospel de restituer son bonus et tout rentrera dans l’ordre.

 

Mais surtout il y a les jeunes : eux sont vraiment méchants, prêts à toutes les bassesses, ils se croient immortels, se saoulent honteusement à tout moment, conduisent très vite et fument beaucoup de la drogue. En plus ils n’écrivent pas correctement et mangent du makdô. Et quand il faut monter un coup diabolique, ils s’y entendent, ces monstres ! Par exemple, pas plus tard qu’il y a pas longtemps, une bande est tombée toutes griffes dehors sur un autre jeune (gentil celui-ci, il y en a encore trois ou quatre en Suisse Romande) pour lui piquer son pognon, sa carte de crédit et lui mettre deux ou trois tatanes dans la foulée, le tout sous une caméra de surveillance. Mais loin de s’en tenir à ça, ces princes du crime le raccompagnent encore chez lui et lui donnent rendez-vous le lendemain en lui disant d’amener plus de ronds et un natel, s’il te plaît. Mais notre héros ne s’y laissera pas prendre et toute la fine bande, en se présentant le lendemain au rendez-vous, se voit appréhendée par la police. Il en va souvent ainsi avec les grands maîtres du mal : à un moment, ils font une toute petite erreur, un minuscule péché d’orgueil, une broutille qui sera exploitée par nos vaillants justiciers pour rétablir l’amour et la bonté et punir les méchants.

 

Mais le véritable péril est ailleurs, là où on ne le soupçonne pas : au bord des rivières, dans des terriers. Là, dans les ténèbres de ces crevasses ignorées de tous s’enfonçant jusque dans les entrailles de la Terre torturée, au fin fond des abîmes obscurs et des gouffres abyssaux, loin sous la croûte terrestre cachant dans son opacité glacée tout un monde d’horreurs ignorées se terre le vrai péril insoupçonné, la menace en marge du temps, la bête affamée mais patiente, rythmant de sa respiration sifflante la longue attente de son heure inéluctable où le monde à genoux la verra fouler la surface du globe et décréter l’avènement de l’âge de cendres, de l’hivers du monde des Hommes que le monstre infâme revendiquera pour sien : le ragondin.

 

Tremblez ! Les journaux (enfin pas tous, seulement ceux qui ne sont pas encore à la botte de la bête ignoble qui se tapit sous terre) annoncent en effet que le ragondin, débarqué tout droit d’Amérique Latine par le dernier vol Caracas – Cointrin, est maintenant installé en nombre dans ce pays dans lequel il n’a rien à foutre et sa seule présence, selon le WWF qui n’a pas l’habitude d’y aller dans la mesure, serait calamiteuse et périlleuse pour notre écosystème. Bientôt, sous un ciel zébré d’éclairs, l’homme combattra le ragondin pour sa survie. Sauf s’il claque au premier hiver un peu rigoureux, ce qui pourrait bien arriver.

 

Ou alors on combat le feu par le feu et on introduit un de ses prédateurs naturels pour lui faire la peau. Parmi eux, le puma et le caïman paraissent adaptés. Ça serait sympa, des caïmans en Suisse, non ? Après le foin qu’on a fait pour le loup et le lynx…

 

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