Syndrome portable

Publié: 28 octobre 2008 dans Anciens billets

Le téléphone portable est le dernier-né au rayon des indispensables de l’homme, évolution la plus prodigieuse depuis qu’on a inventé le pouce. Aujourd’hui, celui qui n’a pas de natel n’existe pas plus que l’ermite qui vit à poil au fond d’une grotte sans meubles et sans bagnole et qui se coupe du monde en mangeant des racines et des baies sauvages devant la télé.

 

Pourtant, il existe des dangers terribles dont la presse fait parfois écho, malgré la tendance actuelle qui est plutôt au flegme et au rationalisme. Des mises en gardes résonnent de part et d’autres pour nous prévenir que l’abus de natel peut nuire à votre santé et à celle de votre entourage.

 

Et c’est vrai. Ne nous leurrons pas, nous vivons en possession de machines diaboliques qui renferment plus de merdier que la boîte de Pandore. C’est bien sûr un odieux complot ourdi par les lobbies de la téléphonie mobile qui veulent qu’on attrape le virus du cancer pour nous vendre le remède à prix d’or après.

 

Mais pourtant, déjà maintenant, les victimes sont nombreuses à déambuler dans la rue, affligées de tares terribles qu’elles doivent à l’emploi abusif de cette petite boîte à paroles. Voici une liste des maux les plus courants connus à ce jour :

 

L’ablation d’autonomie : l’usager perd peu à peu son indépendance et sa capacité à prendre des décisions ; il en résulte des coups de téléphone à chouchou toutes les vingt-sept minutes environ pour tous les sujets possibles, quand bien même chouchou est occupé à résoudre le mystère du vase de Soissons. Alors ça surprend un peu quand tu fais tes courses au supermarché, tu cherches des patates douces, du râble de merlan et de la noix de muscade pour ton papet vaudois de ce soir et soudainement tu buttes sur quelqu’un de pendu au téléphone parce qu’il hésite entre pêches et nectarines, là tu te dis qu’à l’époque où le portable n’existait pas, on osait faire preuve de plus d’audace lors de dilemmes cornéliens comme celui-ci !

 

Le dérèglement des cordes vocales : la grande force du téléphone, c’est de pouvoir parler à quelqu’un qui est loin sans avoir à hurler, mais cette subtilité n’est pas encore très bien connue, c’est dû à des lacunes dans le département de la communication des fabricants de téléphones, ce qui est un comble. Il en découle qu’à tout moment, alors que tu es par exemple bien installé dans le wagon d’un train dont le léger tremblement te berce et que ton esprit s’égare dans les nimbes éthérées d’un assoupissement apaisant, un bruit de fond te rappelle peu à peu à la réalité, sorte de chanson pop ou hip hop à deux balles crachée par une sortie son mono lamentable, qui s’interrompt soudainement pour laisser place à un « allô koi ! » précédant une conversation aussi longue que bruyante. Car le malade croit à tort que sa discussion sur sa soirée au Star Pub avec Joao intéresse tout le monde et quand il la raconte avec force détails, notamment sur le débit de boissons et la présence d’une certaine « Nancy » qui aurait pas voulu faire un truc et qui du coup est une salope, c’est toujours en s’égosillant dans le combiné.

 

Le photomaniaque : celui-ci, la possibilité de prendre des photos avec le téléphone lui a changé sa vie ; parce qu’avant, un appareil photo, ça lui serait jamais venu à l’idée d’en trimballer un partout où il met les pieds, mais désormais c’est un chasseur d’images dans l’âme. À l’instar de la pub où des jeunes branchés qui tirent la gueule s’emmerdent tellement grave à une soirée qu’ils se prennent en photo pour tuer le temps, il immortalise tout ce qui l’entoure pour pouvoir le montrer plus tard aux copains. Comme la qualité de l’objectif laisse encore plus ou moins à désirer, les résultats ne sont pas toujours à la hauteur de l’assiduité qu’il met à la tâche, mais ça alimente au moins la conversation, genre « celle-là elle est trop, on dirait un lièvre coursé par un couguar, mais en fait non, c’est Michel qui s’allume une clope. »

 

Il existe encore quantité de dérives, comme par exemple les types qui te bourrent leur téléphone de sketch MP3, de chansons ou de vidéos poilantes ou encore ceux qui doivent absolument posséder le matos dernier cri, mais le billet se fait long et j’en profite pour saluer ceux qui ont eu le courage de lire jusqu’au bout. Et j’enchaîne direct avec le mot de la fin, qui sera, disons, « tambour ».

 

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commentaires
  1. ground0 dit :

    Autre appareil révolutionnaire dont il faut impérativement voir la démonstration sur Youtube :

    http://www.usbwine.com

    Merci pour cette chronique

  2. labo80 dit :

    Encore un grand pas pour l’homme !

    Le problème avec ces vins par informatique, c’est qu’y paraît qu’ils ont souvent le goût de bouton !

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