Morning Blues

Publié: 11 novembre 2008 dans Anciens billets

morning-palMatin. Pas réveillé. Du tout. Moi, quand je n’ai pas mes quatorze heures de sommeil, je suis un ours. Un ours fatigué. Je laisse l’habitude me guider jusqu’au bureau où m’attend mon apostolat quotidien, encore. Sitôt la porte franchie, les éclats de voix d’une vive discussion entre collègues parviennent jusqu’à mes oreilles, m’enfonçant dans une aigreur indéfendable : j’aime pas les gens qui parlent trop le matin.

 

Surtout qu’il existe une tendance dans les bureaux, probablement supposée détendre l’atmosphère, qui pousse certaines personnes à rire un mot sur deux. Même si c’est pas drôle. « Je vais commencer par un café, hihihi » « il fait froid hihihi » « j’ai pas envie de travailler, hihihi » « c’est dur le matin, hihihi » « t’as imprimé l’adresse ? Hihihi » etc. C’est une situation difficile, parce que pour répondre de façon amicale, il faut rire jaune aussi, sans quoi on passe pour un butor.

 

Alors bon, je me fends d’un sourire, éventuellement d’une sorte d’expiration pouffante que l’on interprétera, l’imagination aidant, comme un rire franc et cordial et, si je suis très inspiré, réponds sur le même ton, pour bien faire. « Ah oui, c’est important le café, le matin, hihihi ». Et ça m’écorche le museau à chaque fois parce que je n’aime pas ce petit jeu, surtout quand je suis d’une humeur de coyote !

 

Mais là, je dois prendre sur moi : c’est l’ambiance bureau, faut faire avec. Typiquement, ce matin, une collègue était de retour d’un week-end prolongé, il fallait bien marquer le coup : « ça c’est bien passé ton week-end ? » avais-je demandé tout en nourissant l’espoir fou qu’elle se contente d’un laconique « oui » et, évidemment, elle a répondu. Longuement. Ça posait problème, parce que si, objectivement, je me contrefoutais de son week-end, j’étais quand même obligé de me taper la petite histoire jusqu’au bout et de me montrer au moins un tant soit peu concerné, j’ai posé la question, à moi d’assumer ! Au moins, lorsque dans ce genre de cas la conversation devient vraiment trop saoulante, je peux toujours m’expatrier à la cuisine pour me tirer un café. Ce que j’ai fait.

 

Or, c’est dans ce lieu qu’un détail m’a frappé l’esprit, alors que j’observais – je ne sais pas exactement pourquoi –un sachet de décoction en poudre mystérieuse rappelant vaguement un goût proche du café : un petit dessin se cachait dans un coin, schématisé et simplifié à l’extrême, représentant une tasse avec du café dedans. Au dessus de l’œuvre, trois mots concis, limpides : « suggestion de préparation ».

 

Alors je tiens à remercier la société Nestlé pour la foi inébranlable qu’elle place en sa clientèle dont elle doute de la capacité à comprendre d’elle-même l’attitude à adopter en présence d’un sachet de boisson lyophilisée. Sans doutes est-ce une façon de se protéger, des fois que, n’ayant pas bien deviné le concept, je voudrais leur intenter un procès après avoir manqué de m’étouffer en avalant le sachet. Mais quand même, parfois même moi j’ai envie de dire que les gens ne sont pas si cons !

 

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commentaires
  1. Dr Zen dit :

    Cher Labo,
    Sans doute faites-vous partie de ces gens que je croise le matin dans le bus, quand mon chauffeur est en vacances: sinistres, désabusés, névrotiques ou apparentés.
    Bref, tout le contraire de la joyeuse empathie qui eût dû être la vôtre cet ensoleillé matin de travail, et vous faire poser non la question «ça c’est bien passé ton week-end?» mais «Chère collègue, ce beau week-end a-t-il comblé tes plus folles espérances?», suivi d’un immédiat «hihihi», formulation qui lui aurait fait comprendre que vous vous intéressez vraiment à elle.
    Au lieu de cela, cette condamnable attitude lui a révélé votre véritable nature: attendez-vous donc à ce qu’elle dépose un ou deux sucres piqués dans la cuisine dans le réservoir de votre mobilette.
    Un peu de circonspection, que diable! Comme le disait jadis le maître à penser de ma studieuse jeunesse, Henri Vernes, papa de Bob Morane «Prudence est mère de porcelaine».
    Bonne journée,
    Dr Zen

  2. Conseillère en relations humaines dit :

    Cher Monsieur
    je sens chez vous une légère exaspération. Faites attention, vous êtes sur la mauvaise pente. Afin de libérer les tensions qui vous tenaillent l’estomac lorsque vous arrivez au travail le matin, je vous conseille fortement d’appliquer sur vos collègues la « podoculthérapie », ce qu’on appelle plus communément la thérapie par coups de pied au cul. Pardonnez-moi ce langage peu châtié mais parfois, il faut appeler un chat un chat. Essayez et vous verrez, les résultats ne se feront pas attendre. Je vous conseille aussi de mettre de bonnes chaussures avec un bout renforcé, ainsi la thérapie aura des effets immédiats sur les patients en question. Votre pied sera protégé et eux seront soignés.
    Dans quelques semaines, vous aurez fait le vide autour de vous et vous pourrez siroter sereinement votre café Nespresso. What else? 🙂

  3. labo80 dit :

    Voyez-vous docteur Zen, il se trouve que je déploie bien des précautions pour faire comprendre à ma collègue que non, je ne m’intéresse pas à elle. Il ne faut pas y voir du mépris, mais simplement un instinct de préservation : déjà lorsque je lui fait comprendre que je me fiche de ses histoires elle me tient longuement la jambe avec, alors quand je manifeste de l’intérêt ça prend tout de suite beaucoup plus de temps ! Et si j’entre dans le jeu des « hihihi », on est reparti pour d’innombrables plaisanteries douteuses répétées vingt-six fois et des fous rires aussi nerveux que malsains. C’est aussi pour la préserver donc que je garde le silence, mais bien sûr, on ne me remercie même pas ! Ce n’est pas grave, j’aspire à aider les gens gratuitement. Sans bruit.

    Enfin, j’avoue que je suis totalement d’accord avec notre chère conseillère en relations humaines : quelques bon coups de satons intelligemment placés résoudraient durablement mes problèmes et me feraient bénéficier d’un confortable espace de travail que nul n’oserait traverser. Mais hélas, trois fois hélas, nous vivons dans une société où la personne qui se montre avenante, enjouée, amicale et rieuse bénéficie de plus de crédit que le rustre qui lui fiche une mandale pour avoir la paix. Pourtant il faudrait reconnaître le mal que font certaines de ces personnes. Notamment le matin. Dans ces moments où l’on aspire au calme, mettre une claque aux gens bruyants, tout gentils soient-ils, devrait être considéré comme un état de légitime défense.

    On devrait même en encourager la pratique !

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