Restons calmes

Publié: 21 novembre 2008 dans Anciens billets

Tiens, ça fait longtemps que je n’ai plus poussé ma beuglante sur la presse ! Il faut dire que, déjà, je ne la lis presque plus et qu’en outre, j’ai beau gueuler, rien à faire, les gratuits sont toujours aussi nuls, c’est à croire qu’ils se fichent de mon avis !

 

Mais là, quand j’ai vu la première page du bleu de ce matin, j’ai senti le coup tordu à plein nez, tel le zébu en pleine chasse percevant les fragrances du phacochère de garenne dont il est si friand : le gros titre clamait en effet d’un ton lugubre aux passants frissonnants qu’un odieux pédophile avait séquestré une adolescente pendant cinq jours.

 

« Ciel ! Que de misère humaine ! » Hurle l’affiche. « Encore une pauvre enfant payant infiniment cher le prix de son innocence, encore un ignoble pervers friand de cris déchirants, de plaintes impuissantes, de suppliques implorantes, de mensonges éhontés, encore une sombre histoire de chaînes et de larmes, de cave glacée, de murs épais, de ruine de l’âme et du corps, encore une manifestation d’une des plus hideuses dérives de l’esprit humain », poursuit-elle inlassablement, « prends-moi et tu sauras tout, lecteur ! »

 

Oui mais. Sourd aux invectives de cet alarmiste crieur publique paranoïaque, Je passe mon chemin, vais me renseigner sur Internet et comme prévu, tombe sur une histoire certes peu joyeuse, mais particulièrement loin du tableau initialement décrit : une adolescente a fugué d’un internat avec la complicité d’un homme au passé pédophile qu’elle a rencontré par le biais du web, sur un chat, et avec qui elle est restée cinq jours, jusqu’à son arrestation. Boum voilà. Relations sexuelles il y a eu, mais avec le consentement de la fille. Pas de séquestration, pas de viol, pas de brutalité. Une gamine naïve, un type pervers et malade qui sera enfermé, une histoire d’abus, point.

 

À force de hurler au loup pour appâter le chaland, personne ne prendra leurs titres au sérieux le jour où il se passera quelque chose de vraiment grave. Mais ça on s’en fout, par contre ce qui me met en rogne, c’est le côté absolument malsain de la démarche : on a déjà entendu parler d’actes pédophiles meurtriers, d’assassinats et de viols de gosses, ce sont des faits choquants qui marquent durablement les esprits et pourtant j’ai l’impression que les gratuits en demandent, un peu comme un dealer cherchant la came qui plaît au client : « j’ai quelque chose qui va t’intéresser, du croustillant comme tu l’aimes… » Mais bon Dieu, qui voudrait des histoires pareilles ?

 

Voilà, c’était le mot joyeux de la fin de semaine, bon week-end bande de gens !

 

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