Guide de survie à l’usage des utilisateurs des transports publics

Publié: 4 décembre 2008 dans Anciens billets

Aussi loin que je me souvienne, je n’ai jamais rencontré qui que ce soit qui apprécie les déplacements en ville au moyen des transports publics. C’est logique en un sens, ce n’est pas franchement ludique comme activité et en plus des petits lapins se font parfois pincer très fort. Alors quand j’ai lu sur les publicités des transports lausannois (TL) « vous allez aimer vos déplacements », je me suis dit « bigre, qu’ont-ils trouvé comme moyen révolutionnaire de rendre attrayants les trajets en bus ? Les engins sont-ils maintenant pourvus de flippers, de minibars et de juke-box, ont-ils fait appel à des clowns, des call-girls et des chippendales, diffusent-ils des Charlie Chaplin sur écran géant ? » Mais rien de tout ça. Je ne suis pas loin de croire qu’il s’agit là d’un vulgaire slogan flirtant avec la limite de l’inadéquat.

 

Pourtant, avec un soupçon de culot et de sens commun, on peut tout à fait survivre à un trajet en bus, même à Lausanne, quand bien même cette ville, malgré sa petite taille, peut se targuer d’être la plus nulle du système solaire au niveau de la fluidité de la circulation. Mais pour ce faire il convient d’observer certaines règles salutaires pour la santé mentale.

 

Premièrement, en arrivant à l’arrêt, il ne faut pas regarder le panneau indiquant le temps à attendre avant le prochain bus, mais s’asseoir bien sagement en pensant à autre chose (par exemple à une cigogne). Le fait est que les transports publics ne sont pas forcément très ponctuels et, une fois qu’on a pris le coup (c’est-à-dire lorsqu’on a attendu quelques fois pendant une demie heure un bus qui n’est jamais venu), on contemple presque avec pitié les gens qui trépignent, postés au bord du trottoir, le regard rivé sur l’horizon, fixant la route qui grisoie et les voitures qui passoient, certains de voir poindre le bus tant attendu d’un instant à l’autre. Les naïfs.

 

Ensuite, une fois le bus arrivé, il ne faut pas se laisser impressionner par la masse compacte de chair humaine s’agglutinant misérablement autour des portes, mais bien prendre un peu d’élan et foncer dans le tas sans égards aucun. Il faut dire que les passagers se collent tous près des ouvertures, peut-être ont-ils peur, allez savoir, tant de choses horribles peuvent arriver dans un bus qu’il faut être placé stratégiquement pour pouvoir se ruer hors du véhicule à la moindre alerte. Allez-y carrément, ne prêtez pas attention aux yeux de cocker des passagers qui vous fixent à l’ouverture des portes, vous disant silencieusement « non, y a plus de place, faut pas monter ! ». De la place on en trouve, pour peu qu’on en fasse.

 

Sachant que les bus lausannois ne sont pas bien rapides (dans la majorité des cas un trajet à pied prend moins de temps), autant vous dégotter une place assise. Allez-y, ce n’est pas ça qui manque : la plupart du temps, les passagers préfèrent rester debout plutôt que s’asseoir à côté d’un inconnu, d’autant plus que ce dernier, pour décourager toute velléité de lui prendre une de ses deux places, s’assied invariablement côté couloir ; pour faire sisite sur le siège voisin, il est nécessaire de se glisser devant lui en lui offrant un gros plan de vos fesses (au mieux). Ça lui apprendra à ne pas se décaler, tiens ! Et s’il trouve à râler, rien ne vous empêche de lâcher une caisse au passage.

 

En cas de contrôle, si vous n’avez pas de billet, levez-vous, rendez-vous pacifiquement aux brigades de la mort faisant office de contrôleurs TL et ôtez vos lunettes : y a du passage à tabac dans l’air, c’est inéluctable.

 

Quant aux passagers que vous pouvez être amenés à côtoyer lors de vos trajets, ne leur prêtez pas attention s’ils parlent tout seuls, ont des tics, chantent des trucs incompréhensibles, rient spontanément sans raison ou parlent très fort. Il y a beaucoup de gens bizarres dans les bus, mais ne soyez pas trop prompts à les montrer du doigt : s’ils prennent tous les jours les transports publics depuis vingt ans, il n’y a pas de quoi s’étonner à ce qu’ils aient perdu la boule ; et on finira probablement comme eux.

 

Publicités
commentaires
  1. La Guenaude dit :

    Ben dis moi, t’as une dent contre nos amis des TL ! serait-ce le fait de t’être misérablement vautré en bas d’un bus un soir de beuverie qui te fait ainsi cracher ton venin ?
    Toujours est-il que je ne peux que t’approuver Caliméro, j’ai croisé lors d’un retour tardif dans mes pénates un des sbires officiant au contrôle des billets, mes pieds s’en souviennent encore…
    Allez, une ptite verveine et tu seras à nouveau tout détendu !

  2. labo80 dit :

    Beuverie ?? Pas du tout, perfide guenaude à la langue fourchue, mes beuveries je les assume, mais là j’étais parfaitement net, j’étais même allé faire du squash ! L’autre m’ayant posé un lapin, je rentre direct et, en descendant du bus… il pleuvait…

    Tu connais l’histoire de zip le labo ?

  3. La Guenaude dit :

    Non, connais pas zip le labo ! excuuuuse !

  4. labo80 dit :

    Il te manque des références littéraires ! (Labo descend du bus et zip le labo !)(Zip : onomatopée représentant le bruit d’une glissade.)Tsss…

  5. La Guenaude dit :

    Ouh là, mais c’est tellement recherché ton truc ! faut m’excuser mon cher, je suis blonde que veux-tu !
    Tu t’exposes à des représailles mon pauvre Caliméro, tremble….

  6. labo80 dit :

    C’est trop injuste !

  7. Le Houblon pensant dit :

    Petit lunch pour le bus:

    -2 Gousses d’ail
    -1 Epoisse
    -1 vieux pain (entendez par là qu’il fait BEAUCOUP de miettes)
    -1 bouteille de gnôle

    Préparation:
    Ecrasez l’ail, mélangez avec l’époisse préalablement ramolli au soleil (comptez cinq, six jours) dans un bol.
    Tartinez allégrement sur le pain coupé en deux dans sa longueur, c’est prêt.

    Rendez-vous à l’arrêt TL le plus proche de votre habitation, lieu de travail (tout dépend de où vous avez préparé le sandwich (expression angloise)).
    Videz tranquillement votre bouteille en attendant, finir cul-sec lorsque le bus pointe à l’horizon.
    Une fois le véhicule à la station, déballez le sandwich, et prenez une GROSSE bouchée (idéalement vous devriez avoir de la peine à mâcher) puis faites mine de monter en hurlant (la bouche pleine): »PAAAAARDON ».
    Si vous souhaitez être assis, placez-vous au-dessus de l’individu assis côté couloir et croquez à belles dents dans votre casse-graine en laissant ruisseler une jolie cascade de miettes sur la gueule du mec.
    Attention: évitez les gros costauds dénués d’humour pis les autres aussi.
    Les cahots infernaux du bus vont faire brasser naturellement le mélange époisses-vin rouge, à ce stade si vous éprouvez des relents, serrez les dents. Rien ne vous empêche de lâcher de temps à autre un rot sonore et odorant pour éloigner ceux qui n’aurait pas encore compris que vous désiriez de l’espace.
    En cas de contrôle, ben lâchez tout: les agents n’oseront pas s’approcher de vous. Inconvénient, il vous proposerons quand-même de descendre à la prochaine station parce que c’est un peu crade.

    Recette testée et approuvée par mon ami Jean-Pierre Dubruet, hardi défenseur d’une zone d’intimité pour tous dans les bus.

    • labo80 dit :

      Je suppose que c’est d’une efficacité redoutable mais je soulèverai un ou deux défauts : premièrement, je prends le bus le matin et ne supporte que moyennement une bouteille de gnôle cul sec, je ne pense pas qu’arriver plein comme un avion soit une bonne chose pour améliorer mes relations avec certaines personnes de la boîte. Ensuite, je n’aime pas l’époisse et ça me troue un peu de m’en envoyer un chaque matin, au final je crois que je préférerais aller bosser à pieds !
      C’est vrai, on ne fait pas assez de sport de nos jours…
      Cela dit, personne ne mettra en doute l’efficacité de cette méthode ! J’y penserai aussi la prochaine fois que je prends l’avion !

  8. Dieu dit :

    Y a t-il quelque chose qui vous plaît donc dans cette ville de Lausanne? Est-ce que les trottoirs que vous utilisez avec vos deux grands pieds sont-ils suffisamment agréables? Plus agréables que les bus? Si les bus sont si désagréables, mieux vaut alors utiliser vos deux grands pieds, à condition bien sûr de ne pas biller dans les aveugles. Mais en lisant votre blog, je suis presque sûr, du haut du ciel, que vous trouverez bien à redire sur les trottoirs et les passages pour piétons de la ville de Lausanne.
    Je vous bénis en espérant qu’une fois vous pourrez trouver quelques avantages à ne pas toujours tout dénoncer. 🙂

  9. labo80 dit :

    Au cas où le fait vous aurait échappé, seigneur, ce blog se veut surtout caustique. Je pourrais faire un billet pour dire que la cathédrale est belle ou que j’aime le festival de la cité, mais comme cela tournerait au soporifique je laisse ce soin à d’autres, il y en a bien assez.
    Du haut de votre nuage, vous m’avez sans doutes beaucoup plus vu marcher que prendre le bus, alors oui, les trottoirs me sont bien plus agréables et je préfère d’ordinaire la marche au transport en commun. Mais on n’a pas toujours le temps.
    Et je vous rassure : je sais autant encenser que déconcer. Mais vous ne verrez probablement que peu de coups de coeur ici. Par contre, j’espérais qu’avec votre esprit divinement éclairé, vous liriez davantage que de simples coups de gueule dans ces lignes, à savoir une volonté de tourner en dérision les petits tracas quotidiens, quitte à les amplifier et les exagérer, pour essayer d’en rire un peu.
    Amen.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s