Saines lectures

Publié: 10 février 2009 dans Anciens billets

On m’a dit dernièrement que l’on n’avait jamais vendu autant de livres qu’au cours de ces dernières années. Et tout comme vous, je n’y ai pas cru.

 

Parce que si c’est vrai, pourquoi continue-t-on regarder de travers le quidam qui cite un auteur autre que Dan Brown (SAS Jesus Project – In ze shadow of ze Vatican) ou Paolo Coelho (La Littérature pour les Nuls) ? Pourquoi est-ce que « Gogol » évoque davantage un adjectif peu charitable qu’un homme de lettres russe ?

 

Et puis je me suis dit que l’essor de films comme « Le Seigneur des Anneaux », « Harry Potter », « Le Diable s’habille en Prada » ou encore « Mémoires d’une Geisha » devait avoir joué un rôle prépondérant. Il faut dire que les adaptations de livres au cinéma propulsent souvent le roman en question au top des ventes dans les librairies (« j’ai lu tout « Le Nom de la Rose » au cinéma ! ») ; mais j’avais tout faux. Une habitude chez moi.

 

La vérité, qui vient de m’être assénée, est plus triste : le monde du livre profite du succès retentissant des guides de tout poil. Vous savez, ces bouquins du genre « Santé & bien-être », « Combattons le stress par les fruits rouges », « Faire durer son couple grâce à l’aromathérapie » et autres « Modifier son mode de vie en fonction de son travail », ces écrits jouissent en ce moment d’un essor grandissant que je déplore ; mais j’avoue que, perché sur la plus haute branche de mon arbre décharné, je croasse lugubrement : après tout, chacun lit ce qu’il veut.

 

Et pourtant, je parle par expérience, pour une fois ! J’en ai lu un, de ces guides, et pas des moindres : best-seller 2006 au USA, la couverture emplie d’encens élogieuses de critiques avisés, vendu à des millions d’exemplaires, j’ai lu LE guide des guides, loué pour son efficacité et son accessibilité, j’ai nommé : « Qui a piqué mon fromage » !

 

Vous m’excuserez j’espère de tuer le suspense d’entrée : c’est nul. En dessous de tout. Le zéro absolu du domaine de l’écriture. De quoi revoir à la baisse sa définition du mot « mauvais ». « Mais alors pourquoi tu l’as lu, ducon ? » me demanderez-vous non sans sagacité, car c’est une question pertinente, encore que vous auriez pu vous abstenir d’employer un terme blessant. Lors, sachez que ce livre m’avait été imposé par mon chef, lors d’un ancien travail. Là, l’honneur est sauf. Mais au moins, m’étais-je dit, je pourrai juger par moi-même cet écrit loué dans le monde entier.

 

Je vais donc rendre un service public en décrivant ci-après le contenu de ce fichu bouquin. Et essayer d’expliquer pourquoi personne ne devrait en avoir besoin.

 

En gros, ce livre est supposé présenter le changement comme une opportunité et non un problème. C’est aussi et surtout une énorme métaphore : l’histoire se passe dans un labyrinthe symbolisant la vie, on y trouve du fromage, représentant le bonheur, des souris, représentant les animaux dont le raisonnement est simple, ainsi que des « minigus », représentant les hommes et femmes en général, dont le raisonnement est – en théorie – complexe. Voilà, le cadre est posé. Alors tout le monde bouffe du fromage à s’en faire péter la panse et un jour paf, y en n’a plus ! La tuile !

 

Chacun donc va réagir à sa manière, et là est tout le piquant de ce livre : les souris vont partir en quête de nouveau fromage, de même que l’un des deux minigus. L’autre, tout colère, préférera rester attendre que son fromage revienne tout seul. A terme, le zigue qui est parti à la recherche de fromage en a retrouvé, de même que les souris, et pas l’autre qui est bêtement resté en arrière. Bien fait.

 

Moralité : quand ça va pas, faut agir, pas attendre bêtement. Cent pages pour ça, les gars !

 

Le pompon nous attend à la fin du livre, durant les quinze dernières pages : partant du principe qu’un quidam a raconté l’histoire de « Qui a piqué mon fromage » à des amis au cours d’une bouffe, chaque personne, tour à tour, expliquera comment cette comptine lui changera la vie au cours des temps à venir, louant cette morale comme on le ferait dans une publicité, façon « client satisfait » (c’est très américain). Après avoir longuement développé une idée qui tombe sous le sens, l’auteur se passe la pommade en expliquant au lecteur pourquoi c’est génial.

 

Alors bon, sortir un livre pour expliquer une idée aussi simple, à la rigueur pourquoi pas, ça peut rendre service à certains, mais… Best seller ? En fait, des dirigeants d’entreprises – essentiellement au USA, mais pas seulement – s’arrachent ce livre pour l’offrir à leurs cadres, voire employés. Ils pensent que ça va leur changer la vie et les rendre ouverts au changement. Vraiment ? Ils l’ont lu avant de l’acheter par centaines ? Si oui, croient-ils vraiment que ça va leur apprendre quelque chose ?

 

Ça m’échappe. Des livres pareils ne devraient pas avoir de succès, c’est vraiment du vent ; pourtant, ça marche du tonnerre et ça n’a pas fini de m’étonner.

 

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commentaires
  1. Loggy dit :

    Je l’ai vu l’autre jour chez Payot. J’ai failli te l’acheter (pour rire un peu) mais je me suis rappelé qu’en matière de bouquins débiles, t’avais déjà reçu un guide (illustré, »BD » pour les incultes) du célibataire alors je me suis abstenu. Merci qui?

  2. Alain Hubler dit :

    Normal que des chefs d’entreprise fassent lire ce bouquin à leurs employés ! C’est juste pour que, quand le chef pique le fromage (= boulot) à l’employé, celui-ci se casse chercher un frometon ailleurs, sans lui péter la gueule avant !

  3. Loggy dit :

    Certes mais t’as pas dit merci pour le cadeau super nul que je t’ai pas fait! Du coup, je crois bien que je vais te l’acheter ce bouquin, ah! ah!

  4. labo80 dit :

    Loggy : garde ta thune pour me payer une bière, je me passerai du bouquin. Et je tiens à dire que je décline toute responsabilité quant au commentaire sarcastique que tu as émis quant à ma BD, si l’amie qui me l’a offerte souhaite se venger je te livrerai sans merci à ses griffes, j’en ris d’avance !

    Alain : en synthèse, c’est plutôt ça. Et aussi sûrement pour leur faire accepter des changements difficiles à avaler…

  5. La Ronce de Lausanne dit :

    Best-seller 2006 ??? Pourtant ça me rappel confusément un bouquin qu’on a traité (traité, hein, pas lut, la nuance est importante) durant mon apprentissage. Cela pourrait-il être le même ? Lui aurait-il fallut quelques années pour atteindre le statut de best-seller (bin oui, mon apprentissage ne remonte pas à hier) ou y aurait-il 2 livres traitant le changement par une métaphore si subtile ? Aussi incroyable que cela puisse paraître, je pencherais pour la première hypothèse.

    Donc un prof nous a résumé ce chef-d’oeuvre de manière un peu plus étoffée que ton propre compte rendu et il est vrai que rien que cela avait suffit pour que je me demande en quoi cela pouvait-il bien être utile à tout individu doté d’un tant soit peu de jugeote. A la rigueur, ramené à une dizaine de pages avec de jolis dessins et écrit gros, ça pourrait sans doute faire une chouette fable pour les tout petits.

    Au final, il est vrai que les pseudos témoignage de la fin du livre m’avait laissé quelque peu songeur. Qu’un mec, même inventé pour un récit, puisse loué les conseils d’un mec qui lui ont permis d’aller faire les courses plutôt que de bouder devant son frigo vide, ça avait un côté surréaliste, mais pas de le bon sens du terme.

    Pour finir sur un brin de philosophie, histoire de me la péter un peu, l’entier de ce bouquin peut se remplacer par un simple proverbe zen plein de bon sens : il vaut mieux allumer une bougie plutôt que de maudire l’obscurité.

    Comme quoi un vieux maître zen aurait fait un bon manager, sachant éviter à ses employés de devoir se coltiner 100 pages d’âneries.

  6. labo80 dit :

    En fait je ne sais pas du tout quand est sorti ce bouquin, mais il lui a sûrement fallu du temps pour se faire connaître. Traduit en 26 langues, loué de toutes parts. Je suis allé sur des forums qui en parlent et la plupart des critiques sont bonnes, bien que plusieurs réagissent comme moi : offrir ce livre est insultant. Sincèrement, je ne comprends pas son essor. Sommes-nous si naïfs ? Par contre, j’ai eu la chance de l’éviter durant mon apprentissage.

    J’avais dû résumer ce livre à mon boss, il ne voulait pas me croire quand je lui disais que c’était en dessous de tout. C’est dur d’être incompris ! Mais mon chef n’avait rien d’un maître zen. Mais alors rien du tout !

  7. La Ronce de Lausanne dit :

    J’adore le concept du chef qui oblige à lire un bouquin qu’il n’a pas lut, genre c’est primordiale pour l’employé mais lui, c’est quelqu’un d’important, il a autre chose à foutre, et de plus c’est un chef, lui il a pas besoin de ça pour comprendre que le changement doit être accepté et tout et tout…

    Et en plus, un ingrat d’employé à qui il à ouvert l’esprit sur des perspectives de pensée qui seraient sans cela restées à jamais inaccessibles, ce cuistre donc se permet de lui dire que c’est nul. Alors qu’il s’est bien que c’est faux, vu qu’il s’est renseigné avant, que tout le monde (qui l’ont sans doute pas lut non plus) disent que c’est bien et que surtout c’est un best-seller, signe de qualité indéniable que seul les esprits obtus et étriqués de quelques hommes de peu de fois oseraient dénigrés, sous le ridicule prétexte que eux l’ont lut se sacré bouquin.

    Non mais, où vas le monde, je vous le demande.

  8. Loggy dit :

    Oh merde!

    J’ai cru que le commentaire sous le mien était écrit par toi. J’avais pas vu qu’il s’agissait d’Alain (que je salue amicalement au passage).
    Pas grave pour les griffes, j’affectionne les petites choses poilues qui font « miaou » et je maintiens malgré tout que cette bd est blette (réclamations au 021 315 15 15).

  9. La Guenaude dit :

    C’est un copain à toi ce « Loggy » Caliméro ? qui se ressemble s’assemble à ce que je vois…
    Un ptit marrant en tout cas, tu devrais lui prêter la BD en question, il devrait apprendre 2 ou 3 bricoles intéressantes sur la psychologie féminine !

  10. Loggy dit :

    Chère Guenaude,

    Note bien que mon hilarité légèrement mesquine concerne uniquement l’objet de ton cadeau et point ta personne. Je dis ça parce qu’un amalgame est si vite arrivé et je ne te connais pas, je ne pourrais donc me permettre de porter un jugement sur tes qualités.

    Cependant, tu ne pourras m’empêcher de continuer à rire de cet ouvrage vide d’intérêt et de sens que tu as offert à Labo. Ne viens pas me dire que tu as passer des heures à chercher un cadeau qui aurait pu convenir car on trouve ces types d’album devant les guichets de la poste à côté du scotch, des ciseaux et des bonbons. Et ils ne sont pas ici par hasard, vu que le quidam et forcé d’attendre (à la poste: t’attend, personne ne dira le contraire) et, par conséquent, les chances qu’il achète qqch pour tromper son ennui augmente au fur et à mesure que les minutes s’écoulent. Je suppose que c’est dans un des ces instants de flottement que tu t’es dis: « tiens, l’anniv’ à Labo c’est bientôt! Bah je vais lui faire un petit cadeau… Alors… Eeeeh! Le guide du célibataire! Il est pas célibataire lui? J’crois bien en fait. Bon allé zou! une bonne chose de faite! Ah merde, j’ai raté mon tour au guichet! »
    Alors ne viens pas « tiquer » parce qu’un cadeau que t’as choisis en max’ cinq minutes ne récolte pas les éloges auprès des amis à celui auquel il était destiné.

    J’ajouterai que c’est l’attention qui compte et c’est déjà bien. Moi je lui ai rien offert au Labo. Même pour son anniversaire. Peut-être parce que je le connais depuis trop longtemps ou peut-être parce qu’il ne m’a rien offert au mien, va savoir. Quoiqu’il en soit sache que mes éclats de rire n’ont que pour seul but, je le répète, d’éclabousser un livre qui devrait être interdit à la vente tellement il est mauvais. C’est dit.

  11. labo80 dit :

    Ah, je me disais bien que tu finirais par t’en rendre compte ! Entre parenthèse, ne dis pas « pas grave » si tu déclenches la colère de la Guenaude, tu la connais pas ! Sa vengeance sera terrible !

    Chère Guenaude, non, je ne connais pas ce Loggy. Jamais vu. Si j’en crois mes statistiques de blog, il serait domicilié aux Îles Caïman et vivrait sous bonne garde dans un bunker à cent mètres de profondeur. (Tu me remercieras Loggy !)

    La Ronce : si le boss m’a fait lire ce bouquin, c’était plus futé que ça : il devait le lire, n’en avais pas envie (tiens donc) et par conséquent m’a gentiment prié de le faire pour lui et de le lui résumer. Quelque part, je salue l’audace de la chose. En plus, il ne l’aurait peut-être pas compris.

  12. La Guenaude dit :

    Très cher Loggy,

    Eh ben non, détrompe toi, je n’ai pas choisi le cadeau de ce pauvre Caliméro à la poste entre les post-it et les nounours Haribo. Aucune créature féminine ne s’étant actuellement penchée sur la vie affective de notre pauvre Labo, je me suis dit dans un grand élan de générosité (si…si…) que quelques petits conseils ne seraient pas de trop !
    Mais rassure toi, il en faut plus pour me vexer, par contre, prend garde car en bonne « petite chose poilue qui fait miaou », j’affûte déjà mes griffes…

    Quand à toi Caliméro, tu sauras que le fameux bouquin sur le fromage et les souris trône toujours sur le bureau de l’affreux,une épaisse couche de poussière le recouvrant mois après mois.
    Quand à l’imaginer en maître zen, j’avoue que je trouve l’image croustillante !

    A demain pour l’apéro, en attendant énerve toi pas trop devant ta TV ce soir, si les suisses se mettent au diapason des chèvres, c’est pas gagné !

  13. labo80 dit :

    Bon, sans rire, faut quand même arrêter avec ma « vie affective », des « créatures féminines » (sic) j’en ai connu, j’en connaîtrai d’autres, évitez de me coller une étiquette de moine svp !

    Loggy, la Guenaude t’as dans sa ligne de mire. Pauvre. Heureux de t’avoir connu.

    Guenaude, si je regarde les rencontres de l’équipe de Suisse et pas du LHC, c’est pour une raison !

  14. La Guenaude dit :

    Eh eh, effectivement c’est ceux qui en parlent le moins qui en font le plus ! sacré Caliméro, je me réjouis déjà d’entendre tes dernières aventures !

    Bon courage pour ce soir…

  15. labo80 dit :

    C’est ça… Bon courage aussi, je suppose que tu regarderas le beau Barnetta…

  16. Loggy dit :

    Aaah mais on en est plus là Labo! Ta vie affective comme tu dis on s’en tape je crois, heureux galopin.

    Je note la louable intention de porter conseil mais avec ce bouquin-là, je sais pas si c’est rendre service, enfin passons.

    Labo me parle de griffes alors je parle de chats, quoi de plus logique? La nature m’a doté, hélas, d’un esprit lent. Mais pour revenir à la colère du félidé, je pense qu’un peu d’eau froide devrait suffire… ou alors j’irai me terrer dans la première profondeur abyssale venue.

  17. La Guenaude dit :

    Ben non mon cher, je suis avec mon suisse allemand ce soir, donc point de Barnie ! snif…

  18. labo80 dit :

    Ben voilà, on peut pas être au four et au moulin. Pis t’as qu’à être célibataire ! Ha !

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