Sale journée pour les cow-boys

Publié: 24 février 2009 dans Anciens billets

Ah, qu’il est loin, le temps de la toute puissance et de la grande splendeur helvétique ! Qui ne sent pas monter en lui une délicieuse bouffée de fierté nationale en repensant à la bataille de Morgarten ou à la guerre menée contre Charles le Téméraire, ces immortelles victoires qui sont, d’ailleurs, les derniers grands exploits de l’armée suisse ?

 

Mais c’était aussi une sombre époque durant laquelle le suisse, caché dans les profondeurs obscures de ses forêts, vallées et montagnes, écoutait hurler les vents furieux en serrant tout contre lui sa famille et sa morgenstern. Les périls de ces temps obscurs étaient nombreux, la vie rude et les ennemis nombreux. Outre l’odieux gypaète et l’abominable loup qui engloutissaient les moutons par troupeaux entiers – juste avant la tonte, pour emmerder – l’helvète devait être prêt à toute heure à prendre les armes et se dresser contre ses innombrables ennemis jaloux de sa suprématie, parmi eux les belliqueux francs, austro-hongrois, teutons, gaulois, milanais, mérovingiens, romains, égyptiens, turcs, mongoles, timourides, babyloniens, perses, atlantes (qu’est-ce qu’on leur a mis à ceux-là !) et autres incas.

 

Sans compter les prédateurs naturels de cette époque révolue : vouivres, morts-vivants, uruk-hai, bien des monstruosités peuplaient alors la table des rencontres aléatoires. (Gag de rôliste. Désolé.) Forcément, au vu des dangers inhérents à cette époque, il était alors naturel de conserver hallebarde, pique, morgenstern et arbalète à portée de main.

 

Et puis, au fil des années, la civilisation suisse gagnait en modernité et en sagesse (coïncidant avec l’apparition des premiers cantons francophones au sein de la nation) et, à terme, la volonté, les concessions et le dur labeur de nos ancêtres surent faire de ce pays ce paradis aujourd’hui convoité par tant de méchants immigrants étrangers qui viennent jusque dans nos bras égorger le pain des suisses.

 

Toutefois, et malgré ce dernier point préoccupant, il faut se rendre à l’évidence : l’époque des joyeuses bastons conviviales à coup de hallebardes et de masses d’armes est derrière nous, le temps du hérisson est révolu. Nos voisins sont peut-être un peu bizarres, mais pas méchants, ça non. Ils ne risquent pas trop de venir nous envahir tout prochainement pour s’accaparer nos montagnes, notre Grütli, notre épluche-légumes et Pascal Zuberbühler.

 

Par conséquent, on peut songer à se débarrasser de ces vilaines armes d’assaut qui encombrent la chambre des gamins, entre la scie sauteuse, la pâte de fruits et l’alcool à brûler.

 

Et c’est un peu (complètement même) dans ce but que l’initiative populaire pour le retrait des armes militaires des foyers suisses a été déposée hier à Berne, après avoir recueilli les signatures requises. Evidemment, ce n’est pas gagné : la chose devra être soumise au peuple – ce qui devrait aller, mais sait-on jamais – mais devra encore tenir le coup jusque là, et même après. On se souvient par exemple qu’à Genève, une initiative anti-fumée largement approuvée puis votée s’était vue sèchement annulée par le Tribunal Fédéral pour quelque raison un peu euh, fumeuse, justement.

 

Alors bon, on attend de voir. Et on prie pour que la volonté du peuple soit d’une part sensée et ensuite respectée. Parce que bon, les meurtres et les suicides à l’arme de service c’est marrant un moment, mais à la longue ça soûle. Je n’aimerais pas savoir la dernière chose qui soit passée par la tête de l’apprentie coiffeuse froidement descendue par une recrue qui voulait « faire un carton », pas plus que j’aimerais être à la place de son ami qui l’a retenue dans sa chute. Je n’envie pas le sort des familles décimées au fusil d’assaut ni celui de la personne qui entend un coup de feu fatal claquer dans la chambre de son mari, fils, père etc.

 

Tout ça pour dire que les armes, c’est pas bien, la guerre c’est moche et tout. Et que franchement, lorsque j’entends un défenseur de l’arme à domicile s’exclamer que sans cette tradition « rassurante », les entreprises étrangères investiraient moins en Suisse, je regrette de ne pas avoir conservé la morgenstern à domicile !

 

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commentaires
  1. Loggy dit :

    « Et puis, au fil des années, la civilisation suisse gagnait en modernité et en sagesse (coïncidant avec l’apparition des premiers cantons francophones au sein de la nation) »

    Y en point comme nous! C’est connu.

    Excellente conclusion au fait.

    • labo80 dit :

      C’est clair, les autres agnotis y barjaquent mais y z’ont pas tant d’accouet, si on n’était pas là pour nous sortir de la miauffe on irait droit à la dérupe et le pays se retrouverait à boclon !
      Merci !

  2. La Ronce de Lausanne dit :

    Bien sûr que ça rassure les entreprises étrangères qu’une bonne partie de la population est un fusil d’assaut sous son oreiller. Y a qu’à voir chez nos voisins européens qui n’ont pas le bon sens d’avoir une telle tradition, les investisseurs les évitent comme des pestiférés et eux ont la mauvaises fois de prétendre que les délocalisations sont le fait de salaire misérables dans d’autre pays…

    Sinon, dans les excuses à la con, j’ai bien aimé la remarque d’un type dans le 24 Heures qui relevait que certains prétendent que ce serait une surcharge administrative, et qu’il aimerait pas être à la place de la personne qui devrait annoncer aux parents d’une victime qu’on aurait sans doute put éviter le décès de leur mouflet mais que cela aurait créer une surcharge administrative alors, bon, faut choisir ses priorités.

    Alors qu’en définitif, toutes personnes ayant travaillé à n’importe quel niveau de l’Etat vous dira qu’à l’Etat, une règle mise en place précédemment ne vas surtout pas être changée, car c’est historique. Qu’elle fonctionne ou pas n’est pas la question, si d’autres l’on utilisé avant nous, alors on peux s’en accommodé aussi. Même après bientôt une année que j’y suis, j’ai toujours de la peine à y croire…

    Enfin, même si la votation est acceptée, je m’attends à ce qu’un certains parti nous trouve des prétextes pour en retarder l’application, au moins le temps que Maurer puisse mettre en place les réformes nécessaires à ce que notre armée retrouve sa place au sommet de la hiérarchie mondiale. Non parce qu’ils proposent que si le peuples votent quelque chose, cela soit forcément appliqués même si cela viole une pléthore de conventions et lois internationales, parce que bon, le peuple s’est le souverain et y a pas a contredire ses décisions, mais quelque chose me dit (la mauvaise foi peut-être, reste à déterminé si c’est la mienne ou la leur) que dans ce cas-là ils trouveront bien une excuses.

  3. labo80 dit :

    A mon avis on n’est pas au bout de l’histoire, mais si on arrive à leur faire bouffer leur « tradition » ça sera une délicieuse vengeance sur leurs fausses mesures, comme par exemple le droit de laisser l’arme à l’arsenal, qui ne change absolument rien et ne sert qu’à faire perdre du temps à ceux qui veulent l’y laisser.
    Par contre, ce qui est sûr, c’est que lorsque l’ennemi débarquera en Suisse, chacun se ruera sur son fusil pour défendre les entreprises étrangères venues investir chez nous !

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