La porte, c’est là !

Publié: 26 mars 2009 dans Anciens billets

Bernard

Moi, quand je m’absente plus de deux jours du boulot, je suis convoqué par les chefs. C’est comme ça, ça m’a fait le coup dans mon ancien taf et là, rebelote. Il faut dire que le charme immense que je dégage, cette prestance charismatique que j’impose, laissant dans mon sillage comme un irrésistible encens hypnotique, exerce sur mon entourage un envoûtement qui n’est pas sans rappeler le chant des sirènes mais qui dure rarement plus de deux jours. Au terme desquels, l’esprit à nouveau clair, on secoue la tête, prend conscience de la réalité et finit par murmurer à mon propos « ‘tain, mais y nous sert à rien en fait ce mec ! ».

 

Donc ces derniers jours, alors que je transbahutais des matelas vendredi, servais des cafés et des portions de couscous samedi et dimanche, rangeais tout ce souk jusqu’à lundi et récupérais mardi, le tout innocemment et sans me douter de rien, une décision difficile était prise à mon sujet : loin.

 

Et mercredi, arrivant au boulot pour reconnecter avec le quotidien,  je m’aperçois que l’on m’a fait parvenir un mail durant mon absence, me convoquant dans le bureau du big boss. « Ventre-Saint-Gris et par la Très Sainte Vierge Marie, ça sent le sapin ! » m’écriais-je avec véhémence avant d’aller me tirer un café.

 

Bien entendu, mon instinct, affûté par le patrimoine génétique des meilleurs chasseurs des tribus anciennes, ne m’avait pas trompé : arrivé dans le bureau du boss, quelque chose au fond de son regard dissipe mes doutes ; une sorte de gêne, un malaise à aborder un sujet qu’il aurait préféré ne jamais devoir évoquer. Cet homme a un grand cœur. Son assistante, à ses côtés, semble elle aussi accuser le coup avec difficulté : elle m’a épargné ses habituelles piques maussades.

 

« Ca a été une expérience humaine intéressante, je suis ravi d’avoir découvert les mécanismes internes de votre entreprise et travailler au sein de votre service a été très enrichissant, surtout du point de vue humain. » En substance, c’est à peu près ce que j’ai dit, en plantant parfois mon regard pur et clair dans le sillon noir se détachant du jaune vif des yeux de l’assistante. Après, ils comprennent ce qu’ils veulent.

 

Ce qui est sûr, c’est que je me tire à fin avril (rappelons que c’était un job temporaire) avec une bouteille de bourgogne (même pas une Rolex) et des souvenirs mitigés, rassemblant d’une part un chef sympathique, quelques bons collègues, des apprenties aussi belles qu’adorables et souvent bien plus humaines que leurs formatrices et, d’autre part, la réconfortante certitude de l’expérience vécue me prouvant que oui, il y a des gens qui sont justes méchants pour être méchants, qui tirent leurs seuls et pauvres plaisirs de leur capacité à importuner ceux qu’ils estiment inférieurs. J’ai vu ici des hommes et des femmes en or se faire marcher dessus par de véritables crevures et faire comme si de rien n’était, des personnes qui ont fini par admettre à contrecoeur que la bêtise fait partie du quotidien.

 

Retour à la case chômage, donc. Pas grave, on fait avec. J’espère juste que mon conseiller sera plus sympa que la dernière qui m’avait sèchement aboyé après moins de deux minutes d’entretien l’ordre de « faire des phrases moins longues et plus simples ». En fait, j’ai rencontré en 2008 un sacré paquet de cons, j’espère que 2009 marquera un tournant…

 

N’empêche, sans ce boulot de flan, je n’aurais probablement jamais ouvert ce blog. Vous mesurez la perte pour l’humanité un peu ? Vous vous rendez compte à quoi ça tient ? Et j’ajouterai que la pensée la plus singulière que ce licenciement m’évoque est qu’à partir de mai, je devrai commencer à écrire mes billets chez moi, là où j’ai l’habitude de consciencieusement rien foutre. Donc ce retour au chômage peut se caractériser par la phrase… « Fini de glander » !

 

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commentaires
  1. Loggy dit :

    Wouééé salut copain de glande!
    Mouais, je déconne qu’à moitié mais t’en fais pas pour ta/ton prochaine/prochaine conseillère/conseiller (tu noteras la courtoise utilisation du féminin en premier, comme quoi même un pauvre peut être poli), ils ont pas tellement le temps de faire chier le monde.
    La dernière fois, j’ai demandé à ma conseillère combien de dossiers (entends par là « chômeurs ») elle avait à gérer avec un faux air de compassion (en fait je voulais me faire une idée de combien de temps elle pouvait consacrer à « mon cas » chaque mois), sa réponse: « 147 ». Ce qui veut dire que si je découpe sa journée entre ses pauses café, ses rendez-vous avec les 146 autres, elle a pas trop le temps de vérifier ce que je fais ou ne fais pas. ça l’empêche pas de me faire une petite remontrance à chaque fois qu’on se voit, histoire de marquer le coup.En plus la « bonne nouvelle » c’est que ce chiffre est en pleine augmentation…

    Mais au vu des tes capacités à écrire je ne doute pas que tu trouveras rapidement un boulot dans une rédaction et que bientôt tu pourras aussi réussir ta vie par l’acquisition d’une Rolex. En attendant, on ira boire des binchs et fumer des clopes comme tout prolos désoeuvrés qui se respectent, si ça te dit!

  2. La Ronce de Lausanne dit :

    C’est dommage mais faut avouer que c’est ta faute, qu’est-ce qui t’a prit de prendre 2 jours de congé, ce qu’il leurs a permis de se rendre compte que, mis-à-part quelques bons mots et autres calembours inventifs, ton absence ne changeait rien au niveau du travail.

    Tu as pris un risque et malheureusement ça ce paie cache. Mais bon, ça devait bien finir par arriver, des boulots, même temporaires, qui te paient pour écrire ton blog perso, ça pouvait pas durer éternellement.

    Alors je te souhaite de bien profiter de ton dernier mois pépère avant de te lancer une fois encore avec panache dans la grande fosse aux lions que représente la recherche d’un emploi, en espérant que tu finisses enfin par trouver une place comblant tes inspirations.

  3. labo80 dit :

    Ouah les gars, des mots sympas à une minute d’écart, vous êtes réglés comme des horloges là !

    Loggy : volontiers pour le programme prolo, on pourra en plus se foutre des gens qui bossent pour nous payer nos alloc’, ha !

    La Ronce (le Petit La Ronce Illustré)(désolé) on devrait toujours payer quelqu’un pour sortir des calembours et des gags lourds, surtout en temps de crise, c’est maintenant qu’il faut se montrer inventif et créer de nouvelles professions pleines d’avenir !

  4. Alain Hubler dit :

    Labo. continue à faire des phrases longues, « compliquées » et belles. Merci.

  5. labo80 dit :

    Promis, je continuerai en dépit des invectives !

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