Quand Labo mendie

Publié: 2 avril 2009 dans Anciens billets

…Pour payer son loyer.

 

Non c’est bon, ça va bien, je ne suis pas encore réduit à me tenir aux carrefours pour nettoyer les pare-brise des voitures attendant aux feux afin de pouvoir assumer mes charges, je devrais pouvoir tenir quelques mois avant d’en arriver là et justement on va vers le beau, ça tombe plutôt bien.

 

Le titre, c’est plus parce que j’aime bien créer des situations qui poussent les gens à me prendre en pitié, à se dire « pauvre Labo, encore une victime innocente de ce monde de riches, des méchants banquiers et de la crise injuste, comme il doit peiner, c’est quoi son adresse, histoire de lui filer du pognon ? »

 

En fait, la mendicité évoquée dans le titre est un peu paradoxale, illustrant un état de fait encore impensable il y a dix ans : depuis le début de l’année, je dois quémander pour recevoir la facture de mon loyer. Si. Maintenant, pour les gérances, il ne suffit plus de hausser les loyers et les charges toutes les demie heures, il faut aussi essayer d’économiser sur les timbres et le courrier. Pourquoi pas, mais quand on attend une facture qui ne vient pas, assez logiquement, on ne peut pas la payer ; d’autant plus que maintenant, remplir un bulletin de versement vierge n’est plus possible, il faut vingt-cinq mille références. Du coup, qu’est-ce qu’elles font, les méchantes gérances qui ont pas palpé le pognon de leurs locataires parce qu’elles ne leur ont pas envoyé la douloureuse ? Elles facturent des frais de rappel qu’elles indiquent dans des sommations menaçantes qu’elles font parvenir, toujours sans bulletins de versement, au locataire qui donc ne peut toujours pas payer. Et après, si rien ne bouge, le bonhomme finit aux poursuites et peut protester tout ce qu’il veut, ça sera pour sa gueule (expérience faite).

 

Allons, l’erreur est toujours possible, restons calmes. Pense, Labo ! La communication étant un remède à bien des maux, j’empoigne le téléphone et compose le numéro de ma gérance, ainsi que je l’ai déjà fait avec succès en décembre dernier pour la même raison. Cette fois-ci, une voix synthétique me fait très poliment remarquer que je me suis vautré en pianotant sur les petites touches qui font bip. Ma gérance a changé de numéro, soit. Rien d’indiqué dans l’annuaire, voyons ce qu’on trouve sur le ouaibe : pas d’autre numéro, peste. Tiens, elle a aussi quitté Lausanne, les adresses indiquées sont toutes désuètes. En consultant les preuves de paiement de mes derniers versements, je réalise que la raison sociale de ma gérance a changé trois fois en autant de mois.

 

Ça s’annonce plus compliqué que prévu, mais une des caractéristiques principales du Labo, c’est qu’il ne baisse pas les bras pour finir à genoux sur un coup de tête. À nous deux, gérance ! Je vous passe les détails qui rendraient ce billet plus confus encore qu’un discours de Nicolas Sarkozy pour dire qu’après une plombe de recherches quasi-incessantes, j’ai fini par localiser l’objet de mon ressentiment (non, pas à Rome, quelle drôle d’idée !). En effet, ma gérance s’est faite bouffer par un plus gros poisson qui a ensuite changé de nom, un truc pas clair, j’ai pas tout compris.

 

Après tant de recherches, je l’ai quand même un peu mauvaise et une légère envie de mettre une claque à mon futur interlocuteur me taraude tandis que dans le cornet résonne le lancinant « tuuuut » qui précède une sorte de bruit que j’ai pas bien identifié mais que j’ai bien voulu considérer comme un « allô ? ». On est en bonne voie. J’explique mon problème, on me passe une autre personne. J’explique mon problème, on me passe un autre service, j’explique mon problème, on me passe le responsable, le responsable n’est pas là, retour à la case réception.

 

Pfou. Je n’ai rien contre la personne que j’ai au bout du fil, très sympathique au demeurant, mais pour connaître le monde du bureau je sais assez comment ça marche : un réceptionniste, quelle que soit sa bonne volonté, n’a pas souvent les moyens de répondre aux souhaits de son interlocuteur et sert le plus généralement de défouloir aux types comme moi bien chauffés par les recherches de numéro de téléphone et le temps passé à rebondir d’un service à un autre. Mais pas moi, non, l’empathie naturelle qui me caractérise m’interdit de tomber si bas et ma colère est rapidement et provisoirement étouffée par mon indomptable amabilité. Je reste souriant et calme. Mais tendu. Ça doit se sentir d’ailleurs, en face on met des gants.

 

En synthèse, j’explique que z’avez intérêt à faire péter les factures vite fait, si vous m’envoyez aux poursuites je vous fous le feu, tas de culs ! Le tout enrobé bien sûr de termes plus habiles. (« S’il vous plaît, veillez à me faire parvenir dans les meilleurs délais les factures requises afin que je puisse m’en acquitter, merci de ne pas m’envoyer aux poursuites faute de quoi je me verrai dans la regrettable obligation de vous immoler, amoncellement de postérieurs »).

 

Plus qu’à attendre. On verra demain, on verra lundi. Mais je ne serais pas surpris que ma démarche se révèle vaine, je pense qu’à force de restructurer leurs programmes, leurs comptes et leur personnel à cause des changements survenus ces derniers mois, il doit régner dans leurs affaires un chantier dantesque. Mais dans ce genre de cas, c’est quand même le client qui passe à la caisse !

 

Donc voilà, c’est une mendicité d’un genre nouveau : pleurnicher pour qu’on veuille bien nous envoyer nos factures avant de finir aux poursuites.

 

Et sinon, pour la petite histoire, je pensais que ce billet serait assez court… Vous êtes toujours là ?

 

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commentaires
  1. La Ronce de Lausanne dit :

    Elle est pas mal celle-là. C’est déjà quoi le nom de ta gérance, histoire de savoir comment rendre ma vie plus compliquée si jamais je devais m’ennuyer ?

    Sinon, en tant que Grand Patriarche Supérieur du Saint Ordre de l’Inextinguible Homélie, je tiens à te présenter nos sincères et bienveillantes congratulations pour cette intéressante épître, qui bien qu’encore quelque peu concis, mérite tout de même une reconnaissance d’encouragement. Tu es sur la bonne voie.

  2. labo80 dit :

    Je connaissais le nom de ma gérance hier, mais ils ont dû le changer depuis.
    Merci pour les encouragements, le prochain billet se nommera « tout ce qui va pas dans le monde tout pourri » et devrait présenter encore quelques progrès au niveau de la taille.

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