Ho ! Ho ! Ho !

Publié: 3 avril 2009 dans Anciens billets

Ach, c’est beau cette euphorie qui règne dans la place financière depuis le G20 ! Dans les pays concernés, la presse déborde d’enthousiasme, les dirigeants s’envoient des grandes claques dans le dos en clamant à qui mieux mieux que tout est en bonne voie, youpie, on est bientôt sorti de la galère, les chiffres de la bourse retrouvent le vert, dansons tous en rond, on décrète l’avènement d’une ère nouvelle, on a trop assuré, faites péter le champagne.

 

En bonne voie, donc. Vraiment ?

 

Parce que moi, j’ai entendu parler de quelques bonnes mesures, mais rien de franchement transcendant. Des mesures qui visent à ramener notre économie « comme c’était avant », alors qu’on est quand même un certain nombre à trouver que justement, avant, c’était déjà pas terrible.

 

Par contre, à ma connaissance, pas un mot n’a été dit sur les salaires démesurés, les parachutes dorés, les bonus qui se chiffrent en millions, l’exploitation, la totale liberté des actionnaires et leur soif de profits, l’influence des lobbies sur les politiques, les salaires minimum ridicules, la liberté des banques, la dette publique, la diminution de la main d’œuvres, la course effrénée au profit, la délocalisation, le principe de solidarité bafoué, l’imposition démente de la classe moyenne, la société à deux vitesses, les hedge funds, bref, tous les problèmes qui découlent d’un seul et même fait : entre les banques, les patrons véreux et les politiques qui ont déclenché la crise, on se tamponne complètement de ses conséquences, tant qu’on peut retrouver la sacro-sainte croissance.

 

En clair, rien n’a été dit qui laisserait sous-entendre un retour de l’oligarchie à la démocratie.

 

Mais en fait, tant qu’on n’a pas de précisions sur les mesures adoptées, je m’abstiendrai de faire mon fataliste au cas où j’aurais tort, j’aime pas passer pour un con trop souvent. J’éviterai aussi de critiquer trop vertement tous ces salauds de patrons, de banquiers et de politiciens qui veulent nous affamer, nous faire travailler plus, nous taxer plus, ces sales riches nazis, sataniques et terroristes qui affament la planète et jouent à des jeux vidéos violents.

 

Non, je me contenterai de dire une seule petite chose, non pas pour dénoncer ce qu’ils ont dit, mais plutôt ce qu’ils auraient dû dire, ce qu’on n’a pas entendu et qui aurait été pourtant bienvenu, d’ailleurs ça n’aurait même pas coûté un rond de le dire. Un minuscule petit mot gentil qui pourrait même apaiser un peu les tensions : désolé.

 

Désolés d’avoir consciencieusement merdé notre politique et de vous avoir plongé dans la panade.

Désolés de nous être aplatis devant les lobbies immoraux qui nous ont imposé des mesures qui vous pénalisent.

Désolés de vous avoir fait croire que ce qui est bon pour nous l’est aussi pour vous.

Désolés de ne pas avoir su endiguer la course au pognon lancée par les divers spéculateurs, boursicoteurs ou autres actionnaires en puissance qui se foutent des conséquences de leurs actes.

Désolés d’avoir pratiqué la politique des petits copains et de après-moi-le-déluge depuis des décennies.

 

Mais bon, la dernière fois qu’un politicien s’est excusé, c’était quand déjà ?

 

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commentaires
  1. Loggy dit :

    Cher ami,

    Comment ne pas comprendre ta rancoeur face à un système qui a prouvé par maints fois ces limites et ces défaillances et dont ne plus personne -ou une partie de la population du moins- ne veut. Alors que faire? Le brûler? Le réinventer? Ou le mettre en ordre (comme tu me connais, tu comprendras que cette dernière expression est avant tout sarcastique)? Oui, nous pourrions chercher des coupables, les pendre haut et court et exposer leur corps encore chaud à la vindicte. Nous serions alors libérés d’une oppression consumériste et nos rêves, aspirations, nos fabulations auraient peut-être une chance de pouvoir devenir tangibles. Quel univers merveilleux que celui que l’on s’invente, il ne peut être que juste, égal et plaisant pour tous, non?
    Certes il n’appartient qu’à moi de m’ouvrir aux autres, de faire leur connaissance et de comprendre leurs visions, rêves et aspirations mais je ne serais toujours que limité par moi, mon enveloppe et mes racines. De plus, et c’est pas de bol, la tendance actuelle est à l’individualisme. L’individualisme, c’est pratique: il permet de ne pas avoir de remords lorsque l’on se désintéresse de la santé de son prochain et confère aussi le droit absolu à celui qui merde de dire: « c’est les autres! ».
    Notre système est donc devenu un enfer et il est normal que l’on s’emporte contre ceux qui le dirige mais la faute n’est-elle pas simplement au système lui-même? Car finalement qui pilote cette grande machine irréelle qui bousille pourtant tant de vies? Personne. Tout au plus certains ont trouvé une ou deux commandes simples et peuvent suggérer quelques courbes dans la trajectoire de l’effroyable Monstre mais personne, pas même David, ne pourra le stopper net. Ou alors si on s’y met tous ensemble… devant une bière?

  2. labo80 dit :

    Bien d’accord, le système est une grosse roue qui tourne et que plus personne ne maîtrise. Des bons types qui aimeraient changer les choses, il doit bien y en avoir, même dans le gratin de la haute finance, et ils sont probablement pieds et poings liés. Il n’empêche que ça ne doit pas être une excuse, ça serait trop facile. Entre le G8, le G20, le WEF et autres sauteries, il y a bien assez de réunions au sommet pour prendre des décisions. C’est un peu naïf, mais pas utopique.
    Ensuite, intéressons-nous au G20 : on n’a jamais parlé une seule fois des pays les plus pauvres, que la crise plonge dans la famine (sauf peut-être une blague de Berlusconi) et on parle de créer une « finance morale et éthique », ce qui me fait bien marrer. J’attends de voir, mais personnellement cette histoire d’éthique, je vois ça un peu comme mes décisions de régime : je me prends à rêver d’un Labo musclé comme un Didier Drogba et bronzé (mais moins que Drogba là) arpentant le sable doré sous les regards envieux, du coup je mange des fruits et fais des abdos pendant une semaine, et puis pouf pouf, j’y pense plus. (Sauf que si mon état physique était comparable à l’économie actuelle, je serais deux fois le baron Harkonnen)(Voire carrément un ver des sables).
    Mais ok pour la bière.

  3. Loggy dit :

    Il est évident que toutes les décisions prisent durant ces sommets, sauteries ou orgies pour faire une référence un peu crasse, ne sont là que s’acheter, à peu de frais, une conscience et redorer le pauvre blason d’une éthique au demeurant intolérante. Mais ce ne sont là que de vaines tentatives.
    Les intérêts de chacun reprendront bien vite le pas et on oubliera bien vite ces élans d’altruisme que l’on avait jeté en patûre au troisième pouvoir pour qu’il en fasse quelques pages heureuses à la sortie de l’hiver, probablement bientôt, nucléaire. Là-dessus, je suis d’accord.
    Mais même si l’on change de système, que l’on tue l’Hydre, je ne suis pas certain que celle qui suivra sera meilleure. Il n’y a pas de moyen de s’assurer qu’un système mit en place ne pourrisse à force d’utilisation… et d’abus.
    Le système est donc en faillite, bien, mais la notion de système elle-même est, selon moi, un échec annoncé. Peut-être que Frank a raison finalement: sauvez la planète, suicidez-vous.(ouch! c’est rude, là!)
    Bibine ce soir (mais je serais avec Djorge pour parler de Berlin) ou sinon demain?

  4. labo80 dit :

    La solution existe, elle est simple : me donner le pouvoir. Je répartirais les richesses avec altruisme, dirigerais avec paternalisme, déciderais avec philantropie et commanderais avec générosité.
    Et puis les méchants patrons finiraient dans une sinistre prison à Cuba.
    Et puis les Troupes de la Sainte Fraternité patrouilleraient sans relâche, plus de problème d’insécurité !
    Couvre-feu général à 21heures, plus de soucis de dépradations des sales jeunes.
    Une formation assurée grâce à des camps de travail pour jeunes, couplés avec des écoles. Et ma photo en uniforme dans chaque salle de classe.
    Elle est pas belle ma vision d’avenir ? Labo président !

  5. Loggy dit :

    Hum… Si je peux être Grand Patriarche Stellaire de la Sainte Fraternité, oui (Ceci ayant l’avantage que c’est moi qui tomberait de la tour en faisant « Aaaah! » lorsque l’inévitable héros se pointera).

    Sinon rappelle-moi de verser du poison dans ta bière.

  6. labo80 dit :

    Occupe-toi du poison, je te paie volontiers une mousse ce soir !

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