Ka boom !

Publié: 24 avril 2009 dans Anciens billets

C’est marrant parfois les annonces sur lesquelles on tombe en cherchant du boulot ; par exemple, que veut dire « cherche assistantes sympathiques et fidèles » ? Est-ce que certaines personnes n’ont toujours pas réalisé que si leurs employés ne restent pas, elles n’y sont peut-être pas étrangères ? Dans quelques cas aussi, les annonces sont fausses et leurs liens renvoient sur des sites publicitaires, comme si les chômeurs avaient du blé à dépenser. Déjà qu’un travailleur au bas de l’échelle n’a aucun pouvoir d’achat, pourquoi cibler les demandeurs d’emploi ? Enfin, il n’y a pas de petits profits. Je suppose que la leçon à en retenir est que même dans le cadre des recherches de travail, il vaut mieux réfléchir à deux fois avant de laisser son e-mail, c’est la porte ouverte aux spam.

 

Mais bon, laissons ce sujet de côté, si je tapote sur mon clavier aujourd’hui c’est pour relater une anecdote illustrant le fait que lorsque je suis concentré sur un truc, je deviens hermétique au reste, comme beaucoup de monde (et c’est là que les dames arguent que les hommes ne peuvent pas faire deux choses à la fois. Lâchez-vous les amies, c’est là pour ça !). Le ciel pourrait virer au vert que je ne le remarquerais même pas. Hier soir, donc, rentrant chez moi au terme d’une dure journée de labeur, grisé par la fierté du sacerdoce dûment mené à bien, les écouteurs dans les oreilles, toutes mes pensées étaient tournées vers mon avenir direct, effectuant divers calculs à court terme, bref, répondant aux préoccupations classiques d’un chômeur.

 

Tout à mes réflexions, je contourne le fourgon stationné devant l’entrée de mon immeuble, passe la porte exceptionnellement ouverte, salue le flic qui déambule dans le hall d’entrée et m’attaque aux étages. Arrivé au troisième, juste en dessous de mon appartement, j’enjambe un seau empli de gravats, remarque que mes pas, sous lesquels crisse du verre brisé, laissent des empreintes distinctes dans la poussière épaisse qui recouvre jusqu’aux murs, je salue négligemment un pompier et un policier en pleine conversation, ignore la forte odeur de fumée, jette un œil sans y penser au gouffre noir marquant l’ancien emplacement de la porte d’entrée de mon voisin du dessous, constate que ladite porte, noircie et violemment arrachée à ses gonds, gît misérablement plus loin au milieu des débris, et commence à grimper le dernier éta…

 

??

 

Je me retourne et contemple le navrant spectacle, réalisant seulement là que non, ce n’est ni des travaux de routine, ni un déménagement, c’est carrément une attaque des Russes (ou des Libyens), ou quelque chose comme ça ! J’entends un agent parler d’explosion au téléphone et alpague un policier pour le soumettre à la Question. Mais gentiment.

 

                     Ouais, y a eu une pétée, c’est vous qui habitez au dessus ?

                     Ben oui… Je peux entrer chez moi où j’ai plus de plancher ?

                     Non c’est tout bon, pas de problèmes, ne vous inquiétez pas… Euh, y a quoi de ce côté-là (je vous épargne la gestuelle, pas indispensable pour vous représenter vaguement la scène) ?

                     C’est ma chambre à coucher là-bas.

                     Alors évitez d’y entrer, même si ça devrait être bon, on viendra vérifier dans la soirée si y a pas de dangers. Ça vous pose un problème ?

                     Non, je ne comptais pas me coucher tout de suite… Y a eu des blessés ?

                     Non, il n’y avait personne au moment de l’explosion.

 

Bon, bref. Ils ne sont pas repassés pour finir, tant mieux, comme ça ils n’ont pas vu les trois familles de Chinois en que j’héberge en situation irrégulière, ni leur local de machines à coudre. C’est le concierge qui a fini par m’indiquer que tout était rentré dans l’ordre. Lui ne sait pas non plus ce qui a pété, d’ailleurs ses yeux trahissent sa curiosité dévorante. Par la fenêtre de mon bureau, je vois mon jeune voisin du dessous affronter ses noires pensées, assis avec un ami à lui sur un muret, le regard cloué au sol. Pauvre bougre. Je vais le chercher ou bien ?

 

                     Regarde-le, il est triste, il est désemparé, tu vas pas le laisser comme ça, si ?

                     Oui, mais s’il recommence à faire péter des appartements alors qu’il est chez moi, hein ?

                     Et quoi, tu vas le laisser pourrir dehors ? Si ça se trouve il a la dalle !

                     Je sais, mais moi, dans son cas, je ne me verrais pas crécher chez un voisin que je ne connais presque pas, j’irais plutôt chez des amis… D’ailleurs il attend sûrement quelqu’un !

                     Mais justement, il y a toutes les chances pour qu’il décline, ou alors il passe un petit moment pour décompresser, ça te laisse l’occasion de te montrer fraternel à bon compte ! Et même s’il dit non ça lui fera plaisir, mets-toi à sa place !

                     Bon, si dans cinq minutes il est encore là j’y vais…

 

Attendre cinq minutes ? C’est quoi ce raisonnement de con ? Entre temps, une voiture s’arrête et l’embarque, me laissant avec l’impression d’avoir été un peu salaud. Pour ne pas arranger ma piètre estime de moi dans cette affaire, j’en viens à déplorer que la déflagration n’ait pas eu lieu encore un étage en dessous, histoire de satelliser les deux affreux molosses bruyants.

 

Mais ça me servira de leçon : la prochaine fois qu’un appartement explose dans mon immeuble, je me montrerai plus disponible !

 

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commentaires
  1. Loggy dit :

    Mais qu’est-ce qu’il aurait bien pu se passer dans ces 5 minutes? C’est le temps qu’il faut à un individu lambda pour passer de l’individualisme primaire à un altruisme timide?
    Réflexion intéressante que tu soulèves là.

  2. labo80 dit :

    Pas un individu lambda, moi. La plupart auraient tout de suite proposé leur aide, ou pas du tout. Après, il y a les compliqués comme moi qui en font un cas de conscience…

    Ca illustre probablement la lutte entre l’altruisme et l’individualisme en effet. Une sorte de stupide délai qu’on s’accorde, en espérant qu’entre temps quelqu’un d’autre viendra régler le problème, parce que la conscience affronte l’envie de rester au calme. Un truc assez courant chez moi en fait…

  3. Loggy dit :

    Tu te jettes des pierres, je te connais suffisamment pour te savoir la main tendue. 🙂

    Je pense que la plupart auraient agit comme toi: entre l’envie de faire une bonne action et l’envie de préserver sa tranquillité. Une hésitation très suisse finalement. Le pays où le consensus est roi.

  4. labo80 dit :

    Je sais pas si c’est suisse ou simplement humain, mais oui, je pense aussi que beaucoup auraient fait pareil. Parce qu’une action sympa visant à aider les autres est entreprise autant pour eux que pour soi-même. Ce qui est paradoxal. Mais très humain.

  5. Loggy dit :

    Va jeter un oeil en page 5 du 20min d’aujourd’hui.

  6. labo80 dit :

    Ah ouais, tudieu ! J’avais entendu parler de sa théorie de la bombe, elle ne me paraît pas très crédible, mais pas moins que celle de la police, qui estime que les deux murs et le mobilier ont été ravagés par l’explosion d’un aérosol…

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