Au Boulot II

Publié: 19 mai 2009 dans Anciens billets

 

Le retour

Bon, observons attentivement ; des bureaux, des ordinateurs, des gens que je ne connais pas qui occupent des places qu’ils semblent s’accaparer légitimement… Des plantes vertes, des armoires emplies de classeurs, une moquette indéfinissable, des néons et, devant moi, un bureau étroit, quelques feuilles de procédure et une tasse de café. Dans tous les coins (quatre), des machines diverses se dressent en silence, leurs écrans tactiles émettant des lueurs spectrales dans la pénombre.

Pas de doutes, mes soupçons se confirment : je crois que je bosse à nouveau. Juste avant Roland Garros en plus.

Me voilà bien. Après deux pauvres petites semaines d’inactivité relative, je me retrouve à nouveau, sans avoir le temps de comprendre comment, devant un écran débitant des chiffres et des données obscures ; mais comment en suis-je arrivé là ?

« Un travail de deux semaines, peut-être plus, ça pourra être prolongé selon les circonstances » m’a-t-on susurré en agissant un petit pendule pour influencer ma décision. Euphorie. J’aime pouvoir regarder loin en avant et ne voir que ciel bleu là où porte mon regard de braise, jusqu’aux horizons lointains et nébuleux, si distants aujourd’hui, qui représentent le futur indéfinissable que sera le monde dans quinze jours.

Mais ne crachons pas dans la soupe ; ce taf risque d’être court, mais je crois que je suis bien tombé. Pas de crispation dans l’air, pas de tensions entre les collègues, pas de fiel derrière les sourires. Et du boulot à abattre. Tout plein. Je vais devoir travailler les gens ! Horreur indéfinissable du raz-de-marée surgissant du gouffre de l’Administration qui engloutira mon maigre cri de désespoir dans son tumulte grondant lorsqu’il refermera sur mon pauvre corps grêlé par le labeur son étreinte d’acier ! Travail. On m’avait pourtant mis en garde. Quelle inconséquence.

Ça m’apprendra à me rendre indispensable ; parce que je bosse dans la même boîte qu’avant. Autre bureau, autre service, autre bâtiment, autre quartier, mais mon âme fusionne à nouveau avec l’esprit de la Ruche et tend de toutes ses forces à l’accomplissement du Grand Dessein de la Reine Mère.

Mais force est d’admettre que j’avais oublié ce que ça fait de devoir travailler. Partout où se pose mon regard, des piles de boulot à abattre me hèlent à grands cris. Je ne trouve même pas le temps de bosser pour mon blog, ce qui est déplorable. Je devrais peut-être faire valoir mon statut d’Auteur pour obtenir un temps déductible de mes heures de travail pour avancer mes travaux d’écriture. Le boulot, les délais, les clients qui s’impatientent, la confiance émise par la direction qui a bien voulu m’engager, tout ça c’est bien beau, mais il ne faudrait pas perdre de vue les choses importantes quoi !

Mais bon, je suis sûr qu’on trouverait des raisons fallacieuses pour écarter ma légitime requête. Si ça se trouve, on ne me prendrait même pas au sérieux ! Alors tant pis, autant travailler. Et puis c’est peut-être la dernière fois avant longtemps.

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commentaires
  1. TT02 dit :

    Dis donc « avoir un regard de braise » c’est avoir les yeux rouges, c’est ça ? Tu dois bosser super dur pour être fatigué comme ça.

  2. labo80 dit :

    Et ça fait deux jours que ça dure ! Je ne sais pas si je vais tenir le coup !

  3. La Ronce de Lausanne dit :

    Dis donc, demander du temps libre afin de pouvoir scribouiller dans ton blog (oui, je sais, scribouiller n’est pas très élogieux pour ton travail d’écriture et en plus particulièrement mal adapté à la rédaction sur ordinateur… tapouiller peut-être ?) alors que ton rythme a diminué de manière significative depuis que tu n’a plus que du temps libre, ce serait pas un peu se foutre de la gueule de ton nouvel employeur (qui est aussi l’ancien qui te subventionnait pour écrire ton blog… alors que là il te bombarde de travail… ça devient confus cette histoire) ?

  4. Loggy dit :

    La Ronce -> +1.

  5. La Guenaude dit :

    Arrête tu vas me faire pleurer mon choupinet, ce qui est le plus triste c’est que tu vas louper Roland-Garros ! damned !

  6. labo80 dit :

    La Ronce : la pertinence de ton propos me dérange ! T’arrêtes d’avoir raison maintenant ! Ceci dit, si on m’octroie davantage de temps libre, je pourrai justement retrouver mon rythme d’antan…

    Guenaude : un peu de compassion pour ma douleur, je n’ai jamais réussi à être au chômage pendant une coupe du monde ou un championnat de tennis, pourtant, pouvoir suivre toutes les rencontres d’un championnat prestigieux est un des grands desseins que je me suis fixé, sans l’accomplissement duquel une vie demeure terne !

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