Sirènes hurlantes

Publié: 30 mai 2009 dans Anciens billets

Tous les deux ans, lors d’un championnat d’Europe ou d’un Mondial de foot, on a pris l’habitude d’assister après chaque match au navrant cortège des supporters avinés de l’équipe victorieuse, bloquant et empestant les axes routiers des heures durant au volant de leurs bagnoles au milieu des paisibles agglomérations généralement endormies, roulant au ralenti tout en envoyant à coups de trompes raisonner leur allégresse agressive aux oreilles des habitants du coin. C’est la grosse tuile des championnats et j’ai beau regarder volontiers des gens taper dans des balles, ces processions braillardes de crétins bruyants me tapent sur les nerfs.

Oui, c’est encore une résurgence mon côté vieux con, que j’affûte comme une hache de bataille à chaque occasion que j’ai de faire un peu mon pénible. Mais j’ai la prétention de croire que c’est toujours moins ballot qu’aller faire résonner tout ce que je peux avoir de bruyant au milieu de gens qui ne m’ont rien fait. Certes, ces évènements sont rares, ça anime les rues, ça rapproche les gens qui oublient leur peur des diverses variantes de la grippe bestiale, ça change du quotidien, tout ça. C’est ce que j’avançais moi-même crânement il y a quelques années aux autres vieux cons qui levaient le poing vers ces processions tonitruantes. Qu’on veuille bien considérer cette bienveillante tolérance et cette largesse d’esprit comme une erreur de jeunesse, merci, je promets de travailler dur pour rectifier le tir.

Parce que ça, c’était avant. Ça veut dire avant que tout le monde s’y mette, à tel point qu’après chaque match on ait droit à des heures d’éclats de trompes hystériques (« Fichtre, tu savais qu’il y avait autant d’équatoriens à Lausanne ? »). Avant que la durée de ces festivités ne s’allonge démesurément, passant d’une heure à deux, trois plombes à bouffer de l’essence en roulant au pas au milieu de supporters déchaînés. Bref, c’était lorsque les zigues prenaient la voiture pour se rendre du point « A » (pour « Allez les gars, on va faire la noce ! ») au point « B » (Pour « Bistrot ». Ou « Bar ». Mais certainement pas « Bibliothèque, rayon Arthur Rimbaud »). Dès lors, affichant fièrement le maillot de l’équipe élue (voire des vaincus (généralement en rouge et blanc), pour montrer qu’on est beau dans la défaite), arborant drapeaux et fanions, bonnets et écharpes, chaussettes et strings girafes, les heureux fêtards généralement bien entamés à la Kro s’en allaient se camphrer la ruche au troquet du coin, en faisant raisonner les klaxons de la victoire durant le trajet. Ça durait une petite heure, point. Généralement, l’animation dans les rues venait essentiellement de piétons. C’était le bon temps j’vous dis.

Donc maintenant, quelle que soit l’équipe gagnante, ça fait péter les décibels jusqu’à pas d’heure. Si c’est l’Italie ou la France (improbable), c’est trois plombes minimum. L’Espagne, la Hollande ou le Portugal, c’est l’hystérie et on ne parle que de ça dans les journaux. La Corée ou le Japon, les rues sont envahies d’une minorité d’asiatiques submergés par des fans de Manga. La Turquie, la fête dure toute la nuit et le Suisse se terre chez lui, terrifié. L’Allemagne, pas un bruit (c’est l’exception qui confirme à la règle, manifestement. Du coup, hop Mannschaft !). La Suisse, je sais pas.

Bref, si je viens sur le sujet (pas tout à fait d’actualité, je vous le concède), c’est parce que cette semaine a eu lieu la tant attendue finale de la Ligue des Champions, une vraie finale, c’est à dire crispée et assez ennuyeuse. Une finale qui, comme il se doit, à vu un vainqueur. En l’occurrence, Barcelone l’a emporté sur Manchester, mais ça on s’en fout (enfin, vous vous en foutez, moi ça me fait beaucoup de peine). Or, tard dans la soirée, alors que j’arpentais les rues pour rentrer chez moi, croisant ça et là les supporters du Barça tout sourire, les klaxons ont commencé à retentir dans les avenues principales de la ville. Trois voitures isolées faisaient retentir les sirènes du triomphe et éructaient leur joie à la face de la population indifférente. Trois pauvres bagnoles, une demi-douzaine de personnes à tout casser qui brandissaient leurs fanions dans l’habitacle, qui donnaient vraiment l’impression d’être en retard d’une année.

Pauvres fanatiques déments, vous étiez pétés comme des hélices, à tel point que le navrant ridicule de votre situation ne pouvait pas vous atteindre. Éructant de triomphe, à aucun moment vous n’avez réalisé à quel point vous étiez seuls, décalés et emmerdants, aussi déplacés qu’une père-noël sur les plages au mois d’août. Et qu’aviez-vous fait pour vous laisser ainsi transporter par votre joie puérile ? Rien, sinon rester assis dans vos canapés à vous gaver de San-Miguel et de nachos, pour finalement surgir de vos appartements à onze heures passées, un soir de semaine, pour vous engoncer dans vos tires et faire péter les klaxons dans le centre-ville, pour bien faire comprendre au plus de monde possible que vous étiez contents. Parce que c’est le foot, on peut. On a le droit. Êtes-vous allés faire la fête au moins ? J’en doute. L’important, c’est d’être bruyants, je suppose donc que, fidèles aux traditions qui se sont développées ces dernières années, vous vous êtes contentés de faire quelques fois le tour des mêmes quartiers avant de retourner chez vous emmerder vos voisins.

Vous allez voir, à la prochaine victoire de Federer sur un hispanique, je vais faire péter toutes les sirènes possibles dans les quartiers espagnols, on verra qui est content !

Ouais, c’est peut-être pas une bonne idée en fait…

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commentaires
  1. Loggy dit :

    Une connaissance à moi, mais pas Jean-Pierre, avait fabriqué un mini-trébuchet à oeufs. Il s’installait à sa fenêtre lors des fins de match et « roulez jeunesse »!

    En même temps, à choisir entre la liesse populaire ou les émeutes (bien que parfois la différence soit peu perceptible, d’où ce post je suppose), tu préfères quoi?

    Enfin, j’dis ça, j’dis rien.

  2. labo80 dit :

    Nan mais je gueule, mais c’est aussi pour faire mon intéressant, d’habitude j’aime bien les scènes de liesse bête, c’est humain !

    Mais quand même, faire des tours dans la ville en pleine nuit en klaxonnant… C’est d’un con ! Qu’ils aillent boire des bières !

  3. Loggy dit :

    Une équation tend à prouver que le bruit généré par des fêtards est proportionnel à la quantité d’alcool ingurgitée. Fort heureusement, il existe un point de rupture sur cette droite qui s’appelle le coma. Si celui-ci n’est pas traité, les risques de mourir sont élevés. Conclusion: Supporters et supportrices du monde entier, faites la fête jusqu’à en crever, ça fera des vacances aux autres rabat-joies que nous sommes. Mais je provoque…

  4. labo80 dit :

    Ah ben le ton varie entre les messages, on est d’accord finalement ! Santé !

  5. La Guenaude dit :

    Ah ben j’étais sûre que t’étais parmis les fous-furieux qui claxonnaient en bas de ma fenêtre ! dommage, je me serais fait un malin plaisir de te balancer des oeufs !

  6. labo80 dit :

    Sous ta fenêtre tu dis ? C’était quand ?

    C’était peut-être bien moi, mais je sais plus si c’était pendant un championnat…

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