J’ai une question

Publié: 3 juin 2009 dans Anciens billets

On me fait signe dans le fond que je m’encroûte un peu. C’est vrai, d’ailleurs ma mauvaise conscience me guette tandis que je me vide l’esprit au soleil dans les parcs du coin (c’est une image) et son regard en dit long. Mais bon, le nouveau taf, le tennis, le beau temps, tout cela expliquera bien assez mes égarements et manques d’inspiration actuels que vous voudrez bien pardonner, avec au fond de vos yeux cet inaltérable éclat de bienveillante compréhension emprunte de sollicitude, lequel d’ailleurs vous rend superbe.

En fait il se trouve qu’aujourd’hui une question me taraude, d’ailleurs vous vous en serez peut-être doutés si vous avez lu le titre attentivement et y avez décelé son subtil premier degré délicatement souligné, octroyant par ailleurs un charme sobre mais profond à la tournure de la phrase, je pense que c’est un de mes meilleurs titres. Une question toute simple qui me vient à l’esprit suite à la lecture d’un article qu’on m’a désigné en ricanant, dévoilant, dans sa plus dure vérité, que Mister Suisse est blonde presque illettré.

Bon, selon l’article, c’est un problème limite fonctionnel qui peut arriver à tout le monde, voilà, pas de bol. Par contre, plus loin, on apprend que 500’000 personnes seraient (toujours privilégier l’usage du conditionnel lorsque l’on se réfère aux gratuits romands) dans le même cas en Suisse. Ce qui exclut le problème fonctionnel, je pense.

Ben oui, on connaît le langage SMS et l’étrange jargon du web, les mômes ne sont plus légion à s’arracher les dicos à la bibliothèque, on ne se bat plus trop pour les prix de français à l’école, ça fait peur. Quand on pense à quel point on était appliqué en classe quand on avait leur âge, et fiers de réciter sans un accroc nos leçons durement apprises, ça fait froid dans le dos ! Le monde que l’on s’échine à bâtir, si pimpant, si frais, si prometteur, ils vont tout nous le foutre par terre !

Mais je dis, ne nous emballons pas ! Je pense qu’on devrait dédramatiser, rassurer la population inquiète par la recrudescence de barbares en nos terres ; certes, lorsque l’on observe les jeunes sortant de l’école, on a envie d’affirmer qu’ils ne croulent pas tous sous la culture générale. Et puis ils ont quelque chose d’indéfinissable, avec leurs regards veules et leurs voix rauques, leurs soupirs inquiétants et leurs ricanements secs qui s’élèvent dans la Pampa. Mais ils ne sont pas si méchants. Je l’affirme par expérience, je côtoie des vrais apprentis au boulot, et je ne m’en sors pas si mal. Il y en a même à qui j’ai parlé, parfois autours d’un café, amicalement, presque à égal ! J’ai échangé des points de vue, j’ai collaboré avec, je les ai écouté ! Je leur ai serré la main, sereinement, sans faire d’histoires !

Et bien je maintiens, ils sont braves, ces petits ! Ils parlent correctement, se tiennent à l’écart des persiflages de couloirs, discutent de foot, travaillent bien, s’investissent, ils sont gentils, propres, ne mordent pas, ne coupent pas leur salade avec un couteau et ne mettent pas les coudes sur la table en mangeant. Certes, ils ne se lancent que rarement dans d’interminables échanges d’interprétations des préceptes de Zarathoustra, mais ils ont la vie devant eux pour réparer les graves carences de leur culture.

Mais bon, si j’en crois ce que je lis sur le degré d’analphabétisme en Suisse, observe à la dérobée ses sales jeunes à casquettes, écoute les conversations des sages personnes d’expérience qui parlent si bien du bon vieux temps, ressasse mes propres souvenirs et surtout, généralise comme on sait si bien le faire, je constate qu’apparemment :

ils ne savent pas écrire, (« tu peux me relire stp ? » « Bien-sûr, donne… Alors… Non, y a… euh… Ouais, c’est complètement faux en fait. »)

Ils sont un peu fâchés avec l’histoire (« eh non, la guerre de Cent Ans c’était pas aux Etats-Unis… Hein ? Ouais si tu veux, on parie ! »)

Ils sont pires que moi en calcul (« – 5% de 200, ça fait combien ? » « Euuuh *pianote pianote*… » « Non, tu touches pas cette calculette, donne-moi ça ! Je répète : 5% de 200, ça fait combien ? » « Euuuhhh… *panique* » « Concentre-toi… »)

Ils sont zéro en allemand (« *panique (mêlée d’espoir, après-tout il ne me connaît pas)* J’ai un gus de Lucerne au téléphone, tu parles allemand toi ? » « Non. ») 

Du coup toutes ces profondes réflexions m’amènent à la question précitée : si on en croit tout ça, elle sert à quoi l’école aujourd’hui ?

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commentaires
  1. La Guenaude dit :

    Je vois que l’apéro d’hier soir t’as donné de l’inspiration ! Mais y a pas que les ados boutonneux à avoir des soucis d’orthographe, pense un peu à l’affreux et à sa grande maîtrise du français…

  2. La Ronce de Lausanne dit :

    Je suis malheureusement assez d’accord avec ton constat, on se demande un peu se qu’ils foutent à l’école (et comme ils en sortent avec leur certif, c’est plus l’école qui est cause qu’eux) ?Je souhaite par contre nuancer tes exemples.

    En effet, être zéro en allemand est une particularité culturelle (voire génétique) des Romands, alors à l’époque où l’on se plaint que l’intégration des immigrants ne fonctionne pas, voir qu’il n’y a pas de différence entre les jeunes Suisses et les étrangers, ce serait presque encourageant.

    Pour ce qui est de ne pas savoir écrire, ma foi, étant moi-même plutôt déficient niveau orthographe, je ne peux que difficilement leurs jeter la pierre. Par contre, il est vrai que quand on lit ce que certains écrivent, on se rend compte que la nouvelle génération à poussé les fautes à un autre niveau, ajoutant aux classiques problèmes d’orthographes, de conjugaison et de grammaires une utilisation prononcée d’homonymes qui font parfois mal aux yeux, même à moi.

    En définitif, ce qui m’inquiète parfois le plus est la visible incapacité de certains (heureusement une minorité pour ce que j’en côtoie=

  3. La Ronce de Lausanne dit :

    Aaargh !!! Mauvais clique sur soumettre le commentaire !!!

    Bref, ce que je voulais dire c’est qu’il semble pour certains qu’il leurs soit impossible de s’exprimer autrement que dans une parodie du banlieusard parisien moyen. Alors tant que c’est entre eux, je m’en tamponne l’oreille avec une babouche, nous aussi en causait différemment entre djeunes qu’avec les vieux (que nous sommes devenu, snif !) mais certains ne savent tout simplement pas communiqué autrement. Et dans un entretient d’embauche (par exemple), ça doit sévèrement handicaper. Une fois de plus, l’école, mais aussi les parents, devraient sérieusement se remettre en question.

  4. labo80 dit :

    Ouais mais nous, à l’école, on avait la classe ! Ha ha !
    Mais je confirme : avec ce que je vois passer au boulot, il serait gonflé de limiter les problèmes d’orthographe aux seuls jeunes.

  5. Loggy le sage dit :

    Etrange paradoxe qu’est celui de ne « plus savoir » lire, ni écrire dans une époque où l’on a jamais autant lu. La qualité générale de l’écrit est en baisse (il suffit de voir ce blog par exemple) par rapport au règles générales d’orthographe, de grammaire, etc, certes. Cependant les mots sont réinventés, réécrits, et tout ceci participe à l’évolution d’une langue qui reste, finalement, vivante. Ouf.

    Va sur wikipédia et cherche « 1337 ».

    A+

  6. labo dit :

    Concernant la qualité de l’écrit, je te propose de rechercher un mot en cinq lettres qui commence par « m ».

    1337 donc… Au cas où je n’étais pas clair, ce n’était pas moi qui prétendait que la guerre de cent ans se passait aux states (d’ailleurs j’avais gagné un café à cette occasion). Quoi que quand j’étais gosse, je croyais qu’elle et la guerre d’indépendance ne faisaient qu’un, j’avoue.

    (Lire « Loggy le sage », ça fait limite mal aux yeux ^^ !)

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