Requiem

Publié: 30 décembre 2009 dans Anciens billets
La Carte Mère et sa montagne de fonctions bizarres,

Le Processeur Duo balèze qui chauffe trop,

la Carte Graphique de la taille d’une planche à voile,

Les Barettes de mémoire RAM obscurèment nommées « DDR2 »,

Le Ventilo qui fait autant de boucan qu’un rotor d’hélicoptère,

La Tour cyclopéenne qui prend vite la poussière,

Et tous les représentants de la famille Personnal Computer ont l’immense tristesse d’avoir à faire part du décès de

M. Disque Dur
Arraché à leur affection par une déficience matérielle contrariante aussi soudaine qu’irréversible.

Y a pas à dire, ça fait un vide…

Dans la vie, les grands moments d’insouciance n’ont pas de prix ; on croit que notre bonheur nous est acquis et que rien ne le remettra jamais en question. En ces temps où l’homme a compris le caractère éphémère de son bref séjour terrestre, sa grande faiblesse réside souvent dans le fait de croire que ceux qu’il aime lui survivront. Comme tout être humain, j’ai eu la faiblesse de tomber dans ce piège si doux, cachant pourtant une peine tellement amère.

Longtemps, je rentrais le soir en claironnant joyeusement mon retour et mon cher petit disque dur n’était pas le dernier me faire la fête, il fallait l’entendre biper de joie et clignoter gaiement lorsque j’appuyais sur le bouton « on » de mon ordinateur. Après, lui et moi connaissions des moments d’intimité forts, nous partagions tant ! Il était témoin de mes faux-pas et de mes phôtes d’orthographe, conservait en son sein mes textes inachevés et mes essais ratés, gardait sans rien dire mes fonds d’écran pourris et détenait sans les juger tous mes essais artistiques, nouvelles, histoires, articles, contes, chansons, poèmes, peintures, symphonies, sculptures et tout ça.

Et maintenant, tout est perdu. Tout. (À lire en m’imaginant courber l’échine et baisser la tête sous le poids de la calamité, merci.) Mes textes et mes essais, mes innombrables billets désopilants d’humour fin et sophistiqué que je m’apprêtais à poster ici (quel dommage que vous manquiez ça !), quelques débuts d’histoires et de comptines destinées au fanzine Georges, d’innombrables films et musiques, fruit d’un long et patient labeur de téléchargements illégaux, mes sélections d’obscurs articles de blogs méconnus et oubliés à copier-coller sur le mien pour me les approprier, mes photos de fonds sous-marins vus du ciel, la thèse du professeur Helmut von Schlaffen-Müde sur son interprétation de la prophétie des lapins d’épices, ma collection de tentures japonaises en MP3, mes courts-métrages de Marc-Aurèle et Hardy, la saison 18 de Desperate Dr. Lost, l’intégralité de mes 9’536 photos de mes dernières vacances à Ibiza, mes 14 GO de journal intime en fichiers textes compressés, la biographie complète de Victoria Beckham, mes sauvegardes de Donjons&Chatons RPG on-line alors que mon Guide-Racoleur bi-classé Barbier atteignait le niveau 80, et deux ratons laveurs.

Au début, je pensais naïvement que j’avais commis une quelconque erreur entravant la bonne marche de cette fiable machine, par exemple en oubliant de remplir la soute à charbon ou de passer au point mort ; prenant la chose avec optimisme, j’inspectai les branchements avec soin, vérifiai que toutes les pièces étaient bien en place dans la tour, récitai les Sutra traditionnels, consumai quelques bâtonnets d’encens et accomplis une danse rituelle. En vain. Malgré le soin que j’y appliquais, le malade demeurait inerte et je me résolus à l’étape suivante : appeler les potes qui s’y connaissent. Eux.

Diagnostic et soupçons confirmés : le disque dur est mort. Tombé dans l’exercice de ses fonctions, fauché dans la fleur de l’âge, la mort la plus héroïque et la plus honorable dont puisse rêver un vaillant disque dur. La petite chose inerte gît maintenant sur le bureau sous son drap blanc et en le fixant je me dis qu’il est parti bien vite. Et qu’accessoirement, je n’avais pas mis toutes les chances de mon côté pour lui éviter son destin tragique : j’avais installé Windows Vista.

Tout de même, on est peu de choses…

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commentaires
  1. Loggy dit :

    A défaut d’inhumation, la dépouille de Monsieur Disque dur sera convoyée en Asie pour y être démontée pièce par pièce afin de récupérer son or et autre métaux précieux faisant ainsi encore travailler quelques petits chinois.

  2. labo80 dit :

    Un peu de respect envers les morts s’il te plaît, il n’est pas encore froid que tu parles déjà de revendre ses organes aux triades !

    (Enfin, je dis ça, mais je l’ai déjà remplacé… Chut !)

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