Diatribe de vieux con

Publié: 4 février 2010 dans Anciens billets

À l’heure où une de mes collègues a absolument tenu à me montrer les photos de remise du certificat scolaire de sa fille – en se laissant naïvement leurrer par mon intérêt feint – une réalité frappante m’est apparue dans toute la froideur de sa lumière blafarde : la trentaine est bien là, elle m’a happé comme tant d’autres tel un crapaud adipeux et il est manifestement admis autours de moi que je fais partie des personnes qui parlent très sérieusement de la conjoncture, s’extasient sur des photos de bébés, économisent pour des vacances en famille au soleil, regardent le foot et lisent des livres. Bref, fini les vingt ans.

C’est bien, je ne me plains pas. Quand j’étais môme je considérais les vingtenaires (ça se dit ?) comme des barbus responsables pourvus d’une voix tonitruante et de responsabilités importantes, ou des femmes épanouies et déjà mainte fois mères de famille, charriant dans leur bagage intellectuel les innombrables expériences de la vie qui, au fil des longues années, ont su en faire des adultes à part entière. Et puis un beau jour, lorsque je passais à mon tour le fatidique cap de la vingtaine, je me rendis compte qu’en fait non, pas du tout. A vingt ans, on a peut-être vaguement atterri, mais on est toujours bigrement ballot. À se demander pourquoi on persiste à dire que les ados traversent l’âge bête, parce qu’à vingt piges on a peut-être quitté l’adolescence, mais on a surtout su s’arranger pour rester bien plouc.

Déjà, on est bruyant. Lorsqu’on sort faire la fête – et encore plus quand on en rentre – on en profite pour réveiller le quartier. Ensuite, faire la fête, ça veut dire se mettre la tête à l’envers et essayer de rentrer avec une conquête, pété comme un coing, en zigzaguant au volant de la bagnole pour laquelle on a vendu un bras, le tout en prétendant que « de toutes façons, moi, quand je suis bourré, je conduis mieux ». Et puis c’est à peu près tout. Faire la foire, essayer de « lever une poule », tuner sa bagnole, on a vite fait le tour des préoccupations du gars de vingt balais. Comment ça j’exagère ? Oui et alors ?

C’est vrai quoi, on passe notre enfance à entendre dire que vingt ans, c’est la belle période de la vie, la primeur de la jeunesse, la quintessence du corps humain, les expériences, l’existence qui s’offre à nous, les opportunités et tout le bataclan, et on y arrive aussi boutonneux qu’à dix-huit piges et pas franchement plus futé qu’à seize. La beauté de la vingtaine, elle s’exhibe surtout sous les spots et les flashes des discothèques, luisante de transpiration et l’haleine chargée des innombrables clopes qu’elle s’envoie entre deux vodka-redbull pour tromper l’ennui ; elle n’a plus les idées très claires à force de fumer des joints et de bouffer des billes et elle se fout volontiers sur le mufle pour des histoires de fesses.

Bref, j’essaie de me convaincre que trente ans, c’est mieux. Chacun son truc pour rester positif ; moi, j’ai amorcé en douceur les changements majeurs, par exemple je m’habitue à employer souvent l’expression « sales jeunes », je leur fous la moitié des problèmes du monde sur le dos et je les vois tous comme des gros flemmards.

Sinon, les signes classiques du trentenaire : ça me lourde de sortir dans le froid alors qu’il y a des bibines au frigo et un reportage sur les Ojibwe sur la 2, je mets la musique pas trop fort pour pouvoir papoter, quand je propose à boire à un convive je cite le café avant la bière et j’écoute mes vieilles chansons d’ado en cachette.

Enfin voilà quoi, trente ans.

C’est pas grave.

Ça ne dure pas.

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commentaires
  1. Alain Hubler dit :

    Ça fait plaisir de te relire. 🙂

  2. labo80 dit :

    Merci ! J’essaie de me mettre un coup de pied où il faut, promis !

  3. Alain Hubler dit :

    Oui, mais, bon, pas trop fort. Il ne faut pas croire ça n’aide pas.

  4. La Guenaude dit :

    Oh mon pauvre Labo! on a pris un coup de vieux en franchissant le cap de la trentaine ? Mais réjouis toi, maintenant que t’es enfin devenu adulte (enfin ça reste encore à prouver!), un nouveau monde s’ouvre à toi : au lieu du pétard, la pipe, au placard les pull Mickey Mouse et oui au costume 3 pièces, fini les beuveries au vodka red-bull maintenant c’est soirées dégustation de grands crûs avec tes potes !
    Et cersie sur le gâteau : c’est quand que tu nous fais un petit Labo junior ?????

  5. Mathilde Desonges dit :

    Le ton détaché de votre discours et la jalousie du vieux con qui sommeille en vous, a encore frappé les jeunes impudents telle que votre dévouée Mathilde Desonges.

    Bien à vous.

  6. labo80 dit :

    Guenaude : …et à la place de la Ligue des Champions, le hockey sur glace Lausannois ? Quant à un Labo junior, on y songera quand une mini-guenaude verra le jour. On pourra les promettre l’un à l’autre pour nos intrigues de pouvoir et d’influence et en plus je te réclamerai une confortable dot !

    Mathlide Desonges : le nombre restreint de moutards de moins de trente ans à lire mon blog m’assure leur silence contrit lorsque j’affiche mon mépris pour leur âge niais. Mais bien sûr, rien de tout cela ne s’adresse à vous, je vous encourage à conserver votre vingtaine aussi longtemps que vous le souhaiterez !

  7. Djorge dit :

    T’inquiètes pas, tu restera toujours un sale jeune à mes yeux…. du reste….SALE JEUNE VA!

  8. labo80 dit :

    Merci !

    Vieux con !

  9. Djorge dit :

    petit chenapan

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