Karma’s a bitch

Publié: 1 octobre 2013 dans Histoire

Dans la longue liste des domaines en lesquels nous sommes des larves, je pense que la capacité à relativiser tient une place de choix ; admettons-le : lorsque notre programme TV est chamboulé ou que notre ordinateur ne démarre plus, nous sommes capables d’entrer dans des rages pires qu’un cultivateur népalais qui voit sa récolte se faire bouffer par une énième nuée d’insectes.

De même, lorsque vous vous faites virer avec fracas par votre patron et que ce même jour ce dernier doit aller chercher sa Porsche à la fourrière parce qu’il l’a garée en travers de deux places handicapés, il est difficile de savoir lequel des deux est le plus irrité. C’est comme ça, on est nul, point.

Finalement, une colère, c’est un désespoir minuscule. C’est drôle comme parfois on réagit mieux face à un gros couac qu’à un petit. Ça ne vous arrive jamais à vous ?

–  Oups ! On dirait que votre briquet ne marche plus. Etapes :  –

Déni : « Non ! C’est pas possible ! Pas mon briquet ! Je viens de l’acheter ! »

Colère : « Putain mais c’est vraiment de la merde ces machins vendus par des sourds-muets ! Et ça coûte un œil en plus ! ALLEZ MAIS SA RACE QUOI ! BORDEL ! VAZY JE VEUX ALLUMER MA CLOPE, MERDE !!!! JE VEUX QUE MON BRIQUET Y FONCTIONNE QUAND J’ALLUME MA CLOPE PUTAIN DE TA MÈRE ! »

Marchandage : « *tchic tchic tchic tchic tchic* putain mais alleeeeeez ! Crame ! Et si je te fous la sortie du gaz à fond ? Et si j’essaie mille fois ? Et si je te secoue ? »

Désespoir : « Pas mon briqueeeeeeeet, j’avais tellement envie d’une clope là maintenant, pourquoi c’est toujours à moi que ça arrive ? Toujours toujours toujours ! »

Acceptation : « T’as du feu mec ? »

Vous changez trois mots et demi et vous avez la même réaction pour un tremblement de terre qui vient d’engouffrer votre maison.

« Kestudis ? Ils ne font plus la housse à canapé en bleu ? Écoute j’ai pas trop le temps là, figure-toi que ma maison… Non mais… Ok du calme, c’est bon je t’écoute. »

C’est dans ces moments-là qu’il convient de se rappeler que la situation pourrait être pire ; inutile de tomber dans la marmite, on trouvera toujours pire, ce n’est pas une raison pour ne pas essayer de résoudre votre problème, mais enfin, il serait bon d’apprendre à maîtriser mieux nos nerfs. Ne serait-ce que par respect envers les gens qui n’ont vraiment pas de bol. Comme par exemple…

John Lyne

À 54 ans, John Lyne vient de réaliser le rêve fou de se voir décerner le titre envié d’homme le plus malchanceux de Grande-Bretagne, grâce notamment à une vie vouée aux accidents improbables. Ces derniers ne semblent pas avoir l’intention de lui foutre la paix plus de quelques jours de suite, voire quelques heures puisqu’il a réussi à plusieurs reprises des accumulations spectaculaires.

Enfant par exemple, il est tombé d’une charrette tractée par un cheval pour mieux se faire rouler dessus par une fourgonnette de livraison. Quelques années plus tard, alors qu’il rentrait de l’hôpital pour un bras cassé quelques heures plus tôt (un vendredi 13, pour la petite histoire), son bus s’est vautré et le même bras s’est recassé en trois endroits.

Sinon, des trucs banals : il s’est crashé trois fois en voiture, s’est pris deux fois la foudre, a été frappé par un câble électrique, a failli se noyer, a été éjecté d’un bus…

Ah, et il est mineur au fait. Je veux dire, il travaille dans les mines (qu’alliez-vous encore vous imaginer comme horreur, vous ?). Conséquence logique, il s’est dernièrement foutu en bas un trou, et a fini avec des dégâts sérieux au dos, aux bras, aux jambes ainsi qu’au reste du corps et vient d’entamer une longue période de convalescence.

Le bonhomme, néanmoins, reste positif et affirme avoir de la chance d’être toujours en vie, ce qui est une façon de voir les choses dont on devrait tous s’inspirer. Il ajoute que sa famille et ses proches se foutent allègrement de lui, et j’imagine qu’il doit être pénible d’entendre des éclats de rire à l’autre bout du fil quand on appelle de l’hôpital.

Rolando Trinidad

Un copain m’a dit un jour qu’on n’est vraiment un motard que lorsqu’on s’est foutu au moins une fois au tas. Rolando Trinidad ajouterait peut-être qu’un accident de moto n’est complet que si l’on se prend une balle en prime dans le même laps de temps.

Parce que le pauvre Rolando roulait tranquillement de nuit lorsque soudainement, un chien traversa la route. Manœuvrant en catastrophe pour éviter le brave toutou, Roland s’est foutu dans le décor avec sa meule. Et son flingue. Chargé. Rangé là où je ne rangerais personnellement pas d’arme à feu : dans son futal, juste devant son abdomen.

Pan.

La balle lui a traversé l’aine et la fesse pendant qu’il volait tranquillement vers son lit de bitume, ajoutant la blessure par balle à l’accident de circulation.

Comble du bonheur, une crise cardiaque a suivi dans la seconde, déclenchée semble-t-il par une montée fulgurante de stress, parce que Rolando est une lavette.

Sortant miraculeusement sur ses deux jambes de l’hôpital, il a pu aller tranquillement expliquer à la police pourquoi son arme n’était pas enregistrée.

Grosse Madame

C’est dans la lointaine et froide Albion qu’une octogénaire en surpoids a décidé de profiter du soleil, pour une fois qu’il y en avait, en s’allongeant sur sa chaise de jardin. Signalons que ladite chaise était un de ces transats en bois, avec un cadre en métal, qu’elle ne sortait pas très souvent.

C’est à ce moment que sont entrés en jeux nombre de paramètres dont seul un cumul impeccable, précis et méthodique pouvait mener à la situation que cette pauvre femme a dû affronter. Tout d’abord, l’arceau a cédé ; la dame s’est du coup enfoncée dans la structure métallique. Ensuite, elle était enveloppée, pas trop mais juste assez pour s’y retrouver bien prise au piège. Et pour finir elle était âgée, donc faible, donc pas en mesure de briser le cadre ou de s’en extraire. La malheureuse s’est retrouvée irrémédiablement coincée. Son téléphone portable était hors d’atteinte, et de toute façon la pauvrette était pliée dans tous les sens, une jambe recroquevillée, l’autre raide, les bras pathétiquement inutilisables, un peu comme une tortue sur le dos.

Fort heureusement, elle a eu le beau. Avec un grand, gros, radieux, éclatant soleil, en plein dans la poire, toute la journée, toute la soirée. Magnifique. Elle a pu en profiter, bon gré mal gré, jusqu’à neuf heures du soir, lorsqu’un voisin vint arroser ses plantes. Incapable lui-aussi de venir en aide à la malheureuse, ce sont finalement les pompiers qui ont réglé son compte à ce putain de fauteuil, qui a cédé en lâchant une ultime volée de malédictions gitanes.

Bilan, une dame rouge comme une écrevisse, une jambe meurtrie parce qu’elle était coincée dans une mauvaise position (en plus…) et une sérieuse déshydratation, mais dans l’ensemble rien de bien grave. Contrairement à nous, qui devrons payer un jour où l’autre pour avoir ri de ses malheurs.

Kate Barnett

En rentrant de quinze jours de vacances, Kate Barnett, honnête citoyenne américaine vivant dans l’Ohio, s’est retrouvée pomme devant sa maison dont les serrures avaient été changées.

Pourquoi ? Parce que sa banque, à force d’impayés, avait fini par envoyer une équipe récupérer la baraque, foutre tout le bordel qui l’occupe à la poubelle et éjecter les habitants avec.

Sauf que ce n’était pas la bonne maison. Non, voyez-vous, lorsque ces braves gens, qui font un métier formidable, sont venus récupérer la cabane, ils se sont simplement trompés de côté. Cela arrive à tout le monde. Pour leur défense, leur GPS n’était pas très précis et la pelouse de Kate mal entretenue (un peu comme la pelouse d’une personne qui serait en vacances). Donc c’est avec un zèle remarquable que la fine équipe a réduit à néant toutes les possessions terrestres, meubles, fringues, diplômes, souvenirs, bibelots, bouquins etc, de Mrs Barnett.

Prévenue de la boulette, la banque a instantanément affirmé son souhait de résoudre le problème de façon juste et équitable, et la mère Barnett leur a donc transmis la liste de feu ses possessions, pour un montant de 18’000 dollars. Comparativement, 18’000 dollars pour une banque, cela équivaut plus ou moins à un bol de riz cuit pour vous et moi (réunis). Mais la banque a dû refuser la mort dans l’âme, car aucune preuve d’achat n’avait été présentée pour le moindre de ces objets.

La lésée a bien-sûr tenté de leur expliquer qu’elle n’avait pas gardé des reçus pour chaque achat effectué dans sa vie au cas où une banque venait lui vider sa baraque, et que même si cela avait été le cas, elle aurait probablement stocké tout ce fatras dans sa maison, avec ses autres affaires maintenant détruites.

Mais c’est évidemment un argument inepte qui s’est brisé comme verre sur la rigide muraille procédurière du protocole de l’établissement. Quant à la malheureuse, elle essaie encore aujourd’hui de démêler l’écheveau Kafkaïen qu’on lui a imposé.

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commentaires
  1. alambercy dit :

    Parfait… 

    Bises 

    Envoyé depuis un mobile Samsung

  2. labo80 dit :

    Merci !

    Envoyé depuis le boulot.

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