Leçons d’art

Publié: 31 octobre 2013 dans Arts et lettres

Vous commencez à douter de la pertinence de vos goûts artistiques ?

Vous avez sans doute raison. Ne vous en faites pas, aujourd’hui plus personne n’y comprend grand-chose. Vous voyez, un jour, quelqu’un a posé une question bête : qu’est-ce que l’art ? Où commence-t-il et où s’arrête-t-il ?

Cela ressemblait certes à s’y méprendre à une bonne question, et sans doutes l’intention était-elle louable, mais il convient de se rappeler dans de tels cas que des gens auront alors tendance à vouloir y répondre. C’est là que ça commence à poser problème.

Par exemple, si je prends une orange, la plupart d’entre nous seront d’accord pour dire que ce n’est pas de l’art : c’est un fruit. Maintenant, si je la place devant un fond bleu et que je la photographie, est-ce que ça devient de l’art ?

Je n'aurai qu'à dire que c'est un hommage.

Je voulais réserver l’idée, mais une courte recherche m’indique qu’elle est déjà prise.

Selon moi, on pourrait répondre à cette fameuse question de la façon suivante : si des habitants d’une civilisation d’un lointain futur exhument une oeuvre d’art, comprendront-ils l’intention artistique ? Si oui, et bien bravo, c’est de l’art. Sinon, et bien ce n’en est pas. Simplement.

Après, certains d’entre vous seront peut-être tentés de me faire remarquer que si je ne comprends pas l’art moderne, c’est avant tout parce que je ne veux pas comprendre. Un raisonnement qui se tient, honnêtement : en art comme ailleurs, les critiques sont bien souvent inspirées par l’ignorance, et notre réticence à réviser nos jugements forme un gros obstacle à notre ouverture d’esprit. Je suis on ne peut plus d’accord. Tenez, pour vous remercier d’être intervenus, voici un lien sur l’exposition de photos d’anus qui se tient en ce moment au Portugal !

Je suis bien content de pouvoir effacer cette photo de mon disque dur.

La critique est facile, mais ceci est plus profond qu’il n’y paraît.

Dans tous les cas, voici quelques propositions qui vous serviront sans doutes si vous cherchez à enrichir votre décoration.

Damian Hirst

Damian Hirst est universellement reconnu pour être la deuxième personne au monde à avoir eu l’idée de balancer un requin crevé dans du formol (et le premier à en retirer une blinde). Mais on aurait tort de résumer l’artiste à cette seule scène nécrozooinestétique, tant il est vrai que ses larbins ont créé pour lui nombre de chefs d’œuvres. Par exemple, pour un nombre dérisoire de millions de dollars, vous pouvez vous porter acquéreur de cette œuvre unique dont il n’existe que cinq exemplaires dans le monde.

Pour sa défense, c'est peut-être beaucoup mieux de près.

Eh ! Eh ! Franchement : c’est pas beau ?

Patricia Piccinini

Une photo vaut mieux qu’un long discours :

Aussi appelé le Garant du Célibat Eternel.

Les petits peuvent servir de buttoir de porte ou de presse-papier, et le gros sert à chasser les mauvais esprits et les gens.

Avec « The Young Family », votre salon ne ressemblera à aucun autre salon et à très peu d’Antichambres de l’Enfer, et l’oeuvre vous vaudra une estime reconsidérée de la part tous vos amis. Aussi connue pour son fœtus cyclopéen de béhémot rasta-téton à air chaud qui sème la terreur et la consternation dans les cieux australiens (si si, juste en dessous), Patricia Piccinini souhaite que l’on voie cette sculpture comme une approche empathique de nos attentes quant à faire croître des organes humains dans des cochons. Je sais, cette phrase est surprenante, surtout le début : « Patricia Piccinini souhaite que l’on voie cette sculpture ».

Et donc, le monstre de Patricia. Comme si l’Australie n’en comptait pas déjà assez.

David Smith

David Smith représente le combat éternel de la lumière créatrice de l’esprit humain contre les masses bêtes de ploucs obscurantistes. Ou, si vous voulez voir ça différemment, le combat d’un artiste qui essaie de faire accepter sa statue de gargouille avec la bite à l’air à une communauté rurale du sud des Etats-Unis. Vous l’aurez deviné, c’est la bite qui pose problème.

Le reste en revanche, pas de problème.

Ou peut-être la communauté rurale du sud des Etats-Unis, si vous vous sentez plutôt du côté de la gargouille.

« Il m’a semblé qu’il avait besoin d’être ici », nous dit David Smith en parlant de l’appareil de la bête, et c’est vrai qu’on ne voit pas où d’autre il pu avoir besoin d’être. « Je croyais vivre dans un pays libre » enchaîne-t-il alors qu’un procès a été engagé entre lui et les autorités du patelin, qui le poussent au cul pour qu’il retire l’œuvre incriminée.

Désolé mesdames, je sais qu'on voit très mal le membre en question sur ces photos.

Je ne vois pas en quoi le charme discret d’un démon géant lubrique armé d’une hache dérange une paisible communauté religieuse américaine pourvue de nombreux enfants.

Marcel Duchamp

Là, je m’attaque à du lourd, les gars, car Fontaine, œuvre phare de Marcel Duchamp, a été désignée en 2004 comme étant l’œuvre la plus influente du XXème siècle. Ça donc :

Non mais c'est pas moi qui décide les gars : c’est de l’art, point barre !

*Insérez ici votre blague scato*

Comme vous pouvez le voir, Fontaine est un pissoir renversé, avec une gribouille dessus. Il faut savoir qu’avec quelques artistes, Marcel Duchamp avait fondé en 1916 la Société des Artistes Indépendants, permettant à tout le monde de présenter ses œuvres sans rien avoir à payer ou justifier. Puis, sous un faux nom, il soumit Fontaine à cette même société qui, après un vif débat au parfum scandaleux (comme quoi ça n’était pas si différent d’aujourd’hui), l’envoya aux oubliettes. Duchamp démissionna aussi sec.

L’œuvre est donc plus reconnue pour sa valeur symbolique qu’artistique. Ouf.

Elle représente aussi la tendance, plus ou moins nouvelle à l’époque, du « ready-made » : l’important n’est plus tant l’œuvre que l’idée. On est d’accord ou pas, mais n’empêche que le prix à suivi : en 1986, l’état Français s’était porté acquéreur de Fontaine (ou plutôt une copie, l’orignal ayant été perdu longtemps avant) pour 230’000 Euros, et une autre a été vendue à un collectionneur privé en 1999 pour plus d’un million d’Euros.

Fontaine continue encore aujourd’hui à diviser, à tel point qu’il est arrivé plus d’une fois qu’un type, toujours le même, vienne pisser dessus lors d’expositions avant de la dégommer au marteau. En 2006, le zigue de 77 ans a été condamné à trois mois de prison et deux cents mille Euros d’amende pour déprédation, ce dont il se défend en affirmant avoir donné une plus-value à l’œuvre.

Et vous savez quoi ? Le débat soulevé par Fontaine est intéressant, seulement, on a d’un côté des détracteurs qui vont jusqu’à uriner dessus avant de le démolir, pour ensuite se défendre à coups d’arguments ineptes, et, de l’autre côté, des amateurs qui sont prêts à claquer plus d’un million d’euros pour l’avoir chez eux, quand bien même son but premier était juste de soulever une question. Je crois que le débat est mort.

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