Toute la beauté du monde. Encore.

Publié: 15 novembre 2013 dans Géo

Toujours à la recherche de l’équilibre subtil entre vacances de rêve et horreur innommable, nous avions évoqué tantôt divers lieux recommandables pour vous offrir un voyage que vous n’oublierez jamais, de jour comme de nuit.

À cette occasion, nous avions aussi promis une mise à jour ainsi qu’un nazi, et vous aurez tout cela.

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Et ce en dépit de vos protestations.

Candido Godoi, Brésil

Dans le sud du Brésil se trouve une petite ville vaguement reconnue comme étant la capitale mondiale des jumeaux. Nous entendons par là que la natalité des jumeaux y est largement supérieure à la moyenne mondiale. À peu près dix-huit fois supérieure. Une naissance sur cinq donne des jumeaux. C’est énorme.

Mais alors où est le problème ? Après tout c’est mignon, il y a deux fois plus de rires d’enfants qu’ailleurs, et…

Un nazi dans un texte sur des lieux inquiétants, c’est un peu comme du sel en cuisine ; vous ne pouvez rien gâcher avec une petite pincée ici ou là.

Oh.

Et bien ce qui est inquiétant, c’est la raison soupçonnée de ce taux de natalité.

Entre 1960 et 1963, un type s’est établi à Candido Godoi. Un bonhomme serviable, gentil, cultivé, apparemment une pointure en sciences. Se présentant comme vétérinaire, il proposait aimablement ses services à toute la communauté, qui commença vite à l’apprécier. Parfois, il se disait capable d’inséminer artificiellement une bête, ce qui à cette époque et en ce lieu relevait de la science-fiction. Une fois la confiance des autochtones gagnée, il commença à leur prodiguer ses bons soins, notamment aux femmes enceintes. C’est à peu près à cette époque que seraient nés les premiers d’une incroyablement longue série de jumeaux.

Ce n’est qu’après sa mort en 1979 qu’on a compris. Ce type, vous l’aurez deviné si vous connaissez votre histoire, était Josef Mengele, affectueusement surnommé l’ange de la mort, médecin nazi pratiquant des expérimentations à Auschwitz de 1943 à 1945, presque exclusivement sur des enfants jumeaux.

Ce qui fait peur, c’est qu’avec le temps on est venu à dire que Mengele n’était pas le pire des médecins dévoyés de cette époque. Regardez Shirô-Ishii de l’unité 731 si vous ne me croyez pas.

Pour la défense des Brésiliens, il est vrai qu’il inspire confiance.

Il y a deux écoles de pensée concernant Mengele. L’une consiste à dire que le bonhomme était fou, monstrueux et abject, tandis que l’autre soutient qu’il était brillant, monstrueux et abject. Certains avancent que sa contribution à la science est inexistante, d’autres qu’elle est au contraire prépondérante et qu’on ne le reconnaît pas pour des raisons d’éthique.

Mais quand je dis qu’il travaillait sur des jumeaux, cela veut dire, d’après les survivants et les témoins, qu’il en prenait un des deux au bol, lui injectait des merdes et des maladies, des pseudo-remèdes, des machins qu’il voulait tester, bref, il boutiquait ce qu’il voulait et, lorsque le petit être rendait l’âme, il tuait son frère ou sa sœur pour pratiquer une autopsie comparative. Il s’est ainsi amusé à sa convenance jusqu’à ce que les Russes libèrent le camp en 1945.

Inutile de dire que Mengele figurait sans le moindre doute dans le top trois des personnes les plus recherchées après la guerre.

Alors, pour Candido Godoi, WTF ? Deux théories se crêpent le chignon : selon certains scientifiques, la proximité de déchets toxiques est la cause première de cette natalité bizarre. Et selon la corrélation immanquable que l’on fait avec la présence de Mengele, ses horribles expériences ont porté certains fruits qu’on aurait préféré ignorer. Les autorités brésiliennes réfutent la théorie comme quoi le médecin honni était établi à Candido Godoi et avancent que la prolifération des jumeaux a débuté avant 1963. Le problème, c’est que l’on aurait commencé à comptabiliser les naissances qu’à partir de cette année.

Donc je vous laisse décider laquelle de ces deux explications vous paraît la plus plausible, ou la moins horrible. Déchets toxiques ou nazi ? On préférerait sans doute les déchets. Ce n’est sans doute pas la bonne réponse.

Faut-il rappeler que Joseph Mengele exerçait dans les années 40 ? Quel savoir en eugénisme impie, stupéfiant et tellement avancé ce fumier-là a-t-il emporté dans la tombe ? Dans tous les cas, voici deux liens que vous pouvez consulter selon votre propre idée sur la question :

Vous préférez les nazis ?

Ou les déchets toxiques ?

Pensée du jour : malgré tous les louables efforts de Joseph d’Arimathie, ce prénom est désormais associé au Mal grâce aux aimables contributions de Joseph Staline, Josef Keittel, Josef Mengele et Josef Goebbels.

Ah pis au fait, un dernier détail, totalement sans importance : la plupart des jumeaux sont blonds aux yeux bleus.

Ilha de Queimada Grande, Brésil aussi

Bon, oublions ça. Je sais, je sais : vous voulez retourner sur des îles, louer un bungalow, faire de la plongée, bronzer, marcher sur le sable, bronzer encore et jouer avec des poissons. Vous n’êtes pas original pour un sou. À croire que vous partez en vacances pour vous reposer.

Et bien j’ai une chouette proposition pour vous ! Située au large du Brésil, l’Ilha de Queimada Grande est totalement inhabitée, ce qui changera radicalement vos vacances en ce que vous glanderez tout seul. Les rares excursions tolérées concernent des scientifiques, et parfois l’armée brésilienne y fait un saut. Ah, et si le sol vous paraît constamment en mouvement, c’est à cause des serpents qui y grouillent. Ce qui changera encore plus vos vacances, en ce que vous serez mort. Car il faut préciser que cette île est surtout connue sous le nom de Snake Island.

Un temps ça s’appelait Bunny Island, et puis un nazi est arrivé.

Car non contentes de représenter la plus dense population de serpents au monde, à un honnête ratio pouvant monter jusqu’à cinq par mètre carré (ce qui en fait une douzaine rien que dans votre lit), certaines espèces vivant sur cette île sécrètent un poison cinq fois plus puissant que les plus mortels de leurs cousins continentaux. Une morsure vous vaudrait même d’assister au spectacle pittoresque de votre chair pourrissant sur vos os puis s’en détachant. Et ils sont partout, absolument partout. Des serpents au sol, des serpents dans les trous, des serpents dans les arbres, des serpents dans le sable, des serpents suspendus aux branches, des serpents dans tous les coins, entassés les uns sur les autres, des serpents des serpents des serpents, sur un fond ininterrompu de sifflements haineux.

Mouais. Un serpent ne remplacera jamais un nazi.

Dans la culture locale, Harry Potter ou Conan le barbare font figures de croque-mitaines.

Trop chou. Il faut savoir que l’île était habitée un temps par une unique famille s’occupant alors du phare. Comme ils cessèrent un beau jour de donner signe de vie, les militaires rappliquèrent et les retrouvèrent, tous, couverts de morsures des pieds à la tête, égarés dans divers coins de la jungle aux alentours dudit phare, lequel était désormais le territoire incontesté des reptiles.

Selon les estimations, les serpents auraient envahi la bicoque de nuit. Réveillée en catastrophe, la famille, littéralement prise d’assaut, se serait alors ruée hors de la maison dans la panique la plus complète pour s’enfoncer dans la jungle et dans la folie, se faisant mordre à chaque pas aux pieds et aux jambes depuis le sol, au visage, aux bras et au tronc depuis les branches, etc. Ils n’eurent pas à courir longtemps.

Depuis, la marine brésilienne repousse toute tentative de s’approcher des lieux, et ce n’est pas pour protéger les serpents. Il vous faudra donc faire preuve de finesse pour vous y rendre. N’oubliez pas de nous écrire.

Ok, c’est moins déprimant quand on parle d'art contemporain ou de personnes malchanceuses.

Si vraiment des gens veulent s’y rendre, pourquoi les en empêcher ? Il faut laisser faire la sélection naturelle parfois.

Ramree Island, Birmanie

Au large de la Birmanie se trouve une autre île prisée par des reptiles ; il faut juste remplacer les serpents par des crocodiles marins et la jungle par une mangrove. Vous avez donc toutes les raisons de vouloir y aller.

Dans la mythologie crocodile, Ramree Island tient lieu de corne d’abondance.

Il y a une explication au fait que ce mec-là n’a pratiquement pas évolué depuis des millions d’années.

Certes, ce n’est pas pire que d’autres coins peuplés de bêtes sauvages me direz-vous, et c’est vrai ; si j’en parle, c’est parce que Ramree Island a servi de cadre à un massacre sans précédent durant la seconde guerre mondiale.

Entre janvier et février 45, le Japon n’était vraiment pas à la fête. Presque privé de pétrole, ses réserves de munitions au plus bas, le pays tentait tant bien que mal de s’accrocher à ses acquis tandis que les forces alliées l’assaillaient de toute part.

Or, le Japon tenait la Birmanie. Mal barrée, une section d’un petit millier de soldats de l’Empereur avait le bonheur de squatter Ramree Island. Entendez par là qu’en plus de lutter contre les Alliés, les soldats devaient composer avec la chaleur, la faim, la malaria, les crocos, les serpents et, parait-il, des scorpions, encore que je ne sais pas trop ce que ces derniers foutraient dans des marais. À un moment donné, la troupe japonaise, prise de flanc par les Britanniques, chercha à gagner l’autre côté de l’île de nuit en traversant la mangrove pour assurer son ravitaillement.

Bienvenue au banquet d’Eaudin

Vous voyez venir la suite ? Les Nippons n’ont pas eu cette chance.

Soyons clairs : ils n’avaient aucune chance. Crocodiles ou pas, les Japonais étaient de toute façon grillés. Les Anglais les ont bien encouragés à se rendre, mais vous savez comment était l’armée impériale à l’époque : la mort était largement préférée au déshonneur. Ils furent royalement servis. Plus de la moitié des soldats y restèrent.

Les Britanniques racontent que cette nuit fut la plus terrifiante de leur existence (et pourtant ce n’était pas eux qui devaient traverser la mangrove). Plongés dans les ténèbres, les marais résonnèrent des heures durant de hurlements, de sinistres craquements, de bruits aquatiques, de grognements repus, de coups de feu et de chocs sourds. Sur la petite moitié de soldats qui survécurent, la plupart étaient gravement blessés.

Aujourd’hui, l’île n’a pas changé d’un iota, et quand bien même aucun Anglais ne menacera vos flancs (ou alors c’est vraiment pas de chance), il reste déconseillé d’y organiser votre trek, dans la mesure où les crocodiles ont probablement terminé leur réserve de Japonais depuis un certain temps, toute conséquente fut-elle.

(Bonne résolution pour l’année à venir : arrêter de parler tout le temps de Japonais morts)

L’île de Poveglia, Italie

On a coutume de voir l’Italie comme le plus beau pays du monde, le plus bucolique, et ça peut s’expliquer. Mais pour toutes ses merveilleuses qualités, il faut savoir que l’île de Poveglia, au large de Venise, fait tout ce qui est en son pouvoir pour rétablir l’équilibre.

Ne vous laissez pas tromper par son cadre apaisant.

Actuellement, Poveglia est déserte, quoi qu’exploitée par endroit durant la journée à des fins viticoles. Le tourisme n’est autorisé que durant la saison des vendanges, et seulement en certains endroits. Une riche famille a bien tenté d’y construire une maison de vacances, mais en est revenue avant la fin de sa première nuit sur place, sans donner d’explication sur leur départ, qu’on pense néanmoins lié à l’énorme griffure au visage de leur fille qui nécessita quatorze points de suture. Les pêcheurs l’évitent depuis longtemps, car ils en ont marre de remonter des ossements humains dans leurs filets. Une part importante de cendres de corps calcinés est mêlée à la terre, ce qui vous irrite les poumons lorsque le vent se lève. Bien sûr, il arrive régulièrement que des petits malins en manque de frissons s’y rendent en catimini, mais jamais deux fois ; de retour, ils relatent tous les mêmes histoires de voix, de hurlements et de corps en décomposition en train de marcher aperçus du coin de l’œil.

Comme pratiquement tout en Italie, l’histoire de l’île remonte à très longtemps. Déjà du temps de l’empire Romain, elle était utilisée pour parquer les malades de la peste. A trois reprises, les lieux ont servi de mouroir aux pestiférés, aux gens qui ressemblaient à des pestiférés ou encore à des gens qui auraient très bien pu ressembler à des pestiférés.

Bien plus tard, en 1340 et quelques, alors que la peste noire expliquait aux Européens qu’ils auraient dû y réfléchir à deux fois avant de tuer tous leurs chats en laissant ainsi le champ libre aux rats, l’île a retrouvé son rôle premier, à une ou deux exceptions près : vu qu’il n’y avait pas assez de place pour tout le monde, on a arrêté de les laisser crever tranquillement pour les balancer dans de grands fossés creusés à cet effet, superposant plusieurs couches de corps, certains pas tout à fait morts, avant d’y foutre le feu périodiquement, pour faire de la place. On estime le nombre de morts entassés sur l’île à cent soixante mille.

C’est de là que vient l’expression « côtes à côtes ».

« Poveglia » est un dérivé de « pauvres gars ».

Mais c’est en 1922 que les choses sérieuses ont commencé, lorsqu’un asile psychiatrique fut édifié pour y traiter les malades mentaux, bâtisse impressionnante pourvue comme il se doit d’un clocher sinistre.

Ben oui, un asile de fous avec une grosse tour sur une île déserte, évidemment !

Je m’excuse auprès des 160’000 victimes pour avoir sous-entendu que la situation n’était pas sérieuse avant 1922.

À cette époque, la maladie mentale était un sujet obscur et méconnu et certaines personnes y furent envoyées sans raisons réelles, un peu comme du temps de la peste. Et ça a vite mal tourné ; pas toujours fous ou départ, les résidents finissaient tous par perdre la boule et à terme relataient la même chose : ils voyaient des morts, ils entendaient leurs voix, les murs leurs parlaient, ils côtoyaient les fantômes. Le médecin en charge enquêta et perdit la raison à son tour. On parle de torture opérée dans le clocher (il était évident que ça finirait par arriver), de lobotomies pratiquées à l’arrache au marteau et au burin ainsi que d’expériences médicales échappant à toute forme de contrôle. Avec le temps, le docteur lui-même finit par se jeter en bas de la tour, défenestré par les esprits selon les résidents, ou par les résidents selon les esprits les enquêteurs. D’après une infirmière (et pas un pensionnaire, vous noterez), le docteur n’est pas mort de sa chute, mais d’une brume l’ayant encerclé puis étouffé lorsqu’il agonisait à terre.

Quand je disais que l’île était déserte, je parlais des vivants.

Sachant cela, vous pouvez arrêter de vous plaindre de la fin de Shutter Island.

Le village de Jatinga, Inde

En fait, je sais très, très peu de choses sur l’Inde. C’est maintenant que je me m’en rends compte. Il y a bien un peu Gandhi, les vaches sacrées, l’Hindouisme/Sikhisme/Bouddhisme, le Kâma-Sûtra, la croyance en le Karma, les castes et, bien sûr, le manque d’hygiène – il paraît d’ailleurs qu’un bon moyen de perdre du poids consiste à y boire un grand verre d’eau du robinet – mais c’est à peu près tout. C’est bien peu au vu de l’histoire du pays.

Ce que je peux vous apprendre par contre, c’est que l’on y trouve un village de quelques 2500 habitants du nom de Jatinga, où l’on consacre actuellement des sommes rondelettes à l’aménagement de logements et de points de vue d’où les touristes pourront assister au suicide en masse de nombreux oiseaux.

Allez vous mettre à l’abri maintenant.

Je ne sais pas s’il faut dire que ce panneau est maladroit ou juste cynique.

En effet, chaque année depuis en tous cas un siècle, entre septembre et octobre, un curieux phénomène se manifeste à Jatinga : des oiseaux viennent mettre fin à leur jour en plongeant au sol, ou en arrêtant tout simplement de voler en plein air. La chose se déroule toujours entre dix-neuf et vingt-deux heures, sur une zone précise d’environ un kilomètre de long sur deux cents mètres de large et implique un total de quarante-quatre espèces de volatiles.

Pour les ornithologues et autres experts es-cuicui, le mystère est opaque. Une théorie avance que les oiseaux n’ont pas l’habitude de voir des lumières et que ça les perturbe, mais je crois savoir que Jatinga n’est pas le seul endroit sur terre à disposer d’un éclairage nocturne. Une autre idée, un peu moins « j’ai jamais quitté mon bled et ignore qu’il en existe d’autres », parle de conditions climatiques et magnétiques uniques au monde ; c’est plus crédible parce qu’incompréhensible, mais les scientifiques demeurent divisés, d’autant que le phénomène ne touche que des espèces locales, et jamais d’oiseaux migrateurs de passage dans le coin.

Quoi qu’il en soit, des moyens conséquents vous permettront bientôt d’aller, vous aussi, vous marrer en regardant des petits zoziaux sur précipiter vers leur mort, ça sera chouette. N’oubliez pas les popcorns et le smartphone, pour mettre les vidéos en ligne. Et j’espère que vous vous prendrez un gros piaf en plein dans la couenne. Ah, et comme le phénomène tombe en plein pendant la mousson, vous finirez trempé jusqu’à la moelle, tomberez malade et ça sera bien fait.

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