Tous égaux devant la Grande Faucheuse

Publié: 22 novembre 2013 dans Histoire

Vous savez, vous pouvez être unique, célèbre, pété de thunes et super important, si le destin décide que vous partirez le futal sur les chevilles ou la bouche pleine, ce n’est pas lui qui va se gêner. Et c’est tant mieux : on s’indigne des privilèges accordés aux puissants toute notre vie, le moins qu’on puisse attendre de la mort c’est qu’elle propose une coupure. Sinon ça ne vaut pas la peine de claquer.

N’empêche, vous l’avez remarqué comme moi : à chaque fois qu’une tragédie a lieu quelque part dans le monde, c’est un petit qui se la prend dans la gueule. Ça remonte à quand, le dernier dictateur qui a eu un accident en travaillant aux champs ? Ou qui a trouvé la mort en tombant d’un échafaudage ? Pourquoi ce n’est jamais un directeur général qu’on abandonne sur une aire d’autoroute ? Pourquoi ce n’est jamais ceux qu’on veut qui crèvent ?

Pendant ce temps, Georges W. Bush triomphait de son bretzel.

Nooon ! Pas toi, euh… Machin !

Et pourtant croyez-moi, ça arrive. Ce n’est juste pas très fréquent, essentiellement parce qu’ils sont malgré tout moins nombreux que les plébéiens, mais ça arrive. Bien sûr, ce n’est pas toujours aussi bien ou souvent qu’on le voudrait, mais l’histoire nous apprend de-ci de-là que certains puissants ont eu droit à leur tape sur le museau avant de partir tout penaud. En voici quelques-uns.

L’Abbé Prévost

Quand je disais « puissants », il fallait voir ça comme une accroche, en fait on va aussi parler de personnages reconnus qui n’ont rien fait de mal, en l’occurrence l’Abbé Prévost ; alors à l’attention des incultes, illettrés et étudiants en sciences marketing qui nous lisent, l’Abbé Prévost est l’auteur du roman « Les aventures du chevalier des Grieux et de Manon Lescaut », un livre qui nous apprend qu’un long titre ne garantit pas une histoire intéressante et que ces héros de romans à l’ancienne ne savaient vraiment pas gérer une histoire d’amour un peu compliquée. En tous cas c’est ce qu’on se dit avant de constater qu’on est exactement pareil.

Quoi qu’il en soit, une légende relativement contestée attribue la mort de ce bon abbé à son autopsie. Vous savez, l’opération que l’on pratique sur une personne à sa mort…

(Je ne prétends pas savoir mener une autopsie ok ?)

« Inspecteur, il semblerait que la victime soit décédée du fait que je lui ai brutalement enfoncé un hachoir dans le plexus solaire et écarté les côtes dans un abominable craquement. »

Une autre théorie avance que le sieur Prévost serait mort banalement d’une stupide rupture d’anévrisme pas marrante pour un sou. Croyez-moi, quand on voit son livre, ça se tient, mais je suis de mauvaise foi car je l’ai lu en apprentissage. Personnellement je vais continuer à croire en la version de l’autopsie, premièrement parce que ça ne s’invente pas, deuxièmement parce qu’il faut bien que ça arrive une fois durant l’histoire de l’humanité et je préfère que ça ne soit pas à moi.

Louis III de France

Oyez, bonnes gens, la glorieuse histoire de Louis III, roi de France Occidentale entre 879 et 882. Ou plutôt non, n’oyez pas : sa vie rappelle pourquoi on ne s’intéressait pas à l’histoire pendant l’enfance. C’est chiant le moyen-âge. Donc en résumé, il s’est crêpé le chignon avec des cousins et des oncles pour des histoires de royauté, de domaines et d’héritages.

Au rayon des hauts faits, soulignons tout de même ses retentissantes victoires sur les Vikings, ce qui n’était pas un mince exploit à l’époque. En août 881 notamment, il provoqua la mort de près de huit mille barbus nordiques, écrasés à la bataille de Saucourt-en-Vimeu. Mais le roi n’allait pas tarder à trouver plus fort que lui.

Le 5 août 882, alors âgé de dix-huit ans, le bon roi se prit à faire la cour à la demoiselle de ses pensées façon bas moyen-âge, à savoir en profitant davantage de la vigueur de ses bras velus que du charme suave de ses boucles blondes. Tandis que la donzelle courait en chutant régulièrement, brisait ses talons hauts, poussait de brefs glapissements affolés et agitait ses petits bras dans tous les sens, le jeune roi traçait derrière elle à cheval en enchaînant les plaisanteries douteuses et les rires grivois.

En tous cas c’est comme ça que je vois la scène.

Au lieu d’aller instantanément porter plainte pour harcèlement, la demoiselle en détresse se réfugia chez son père, ce qui fut loin d’arrêter le roi : sûr de son pouvoir, celui-ci ne ralentit pas l’allure et se rua à cheval dans la maison, faisant fi des protestations, de la présence du père, de la bienséance, de la notion de propriété et du linteau de la porte.

C’en fut trop pour ce dernier qui ne se laissa pas désarçonner, lui. Le roi, qui avait projeté d’entrer, de prendre la jeune femme, son pied puis la sortie, commença directement par prendre le linteau, en plein de la couenne, et en perdit la face et la vie.

Un argument de choc en faveur de l’amour courtois.

C’est ainsi qu’une femme et une porte réussirent là où 8000 vikings avaient échoué.

Adolphe Frédéric de Suède

Vaguement répandu dans la culture générale et grand, grand classique des listes de morts insolites, le roi de Suède Adolphe Frédéric est mort d’indigestion en 1771, faut-il le dire après un repas copieux.

On a tous une connaissance dotée d’un appétit gargantuesque qu’on appelle « Grossebouffe » et qui sème la terreur dans les restaurants qui proposent des plats à gogo ; et bien oubliez-le, parce que votre pote est une lopette. Le roi de Suède, lui, a mangé du homard, du poisson fumé, du hareng rouge, de la choucroute et du caviar, le tout arrosé de champagne, et s’est resservi quatorze fois de dessert. Quatorze.

Précisons que ledit dessert n’était pas une fine salade de fruits de saison, mais bien du foutu semla – une sorte de chou à la crème – servi dans du lait chaud.

Personnellement, je ne suis pas forcément un fan des desserts. C’est un peu le truc qui achève : vous aviez jusqu’alors fait honneur au repas, vous êtes resservi trois fois de hachis pour le plus grand bonheur de votre hôte, vous vous êtes forcé sur la fin, l’avez aidé à finir le pain (« sinon il va être sec »), la salade (« sinon il faudra jeter ») et le plat lui-même (« pour ce qu’il reste on va pas garder quand même ! ») et là, alors que vous êtes tellement fier d’avoir tenu le coup, pan ! Il vous sort un fichu tiramisu, le fourbe, ou des profiteroles, un cake quatre quarts ou un autre machin qui vous rend déjà malade rien qu’à le regarder, et il se pointe encore de la cuisine avec un plein pot de chocolat fondu et des biscuits, vous coupant toute retraite d’un « je l’ai fait moi-même » bien senti.

En fait j’aime bien les desserts, mais pas après les repas.

Petite peste !

Et bien Adolphe et moi ne serions pas d’accord là-dessus (une phrase qui garderait tout son sens dans bien d’autres contextes), apparemment. Parce que pour en manger quatorze fois après une pleine bassine de bouffe il faut quand même avoir les coudées franches. Et il est bien entendu impossible que toute cette histoire ait été exagérée !

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