Ces Héros surgis de nulle-part

Publié: 4 décembre 2013 dans Histoire

Lorsque l’on vous dit un peu partout que « le monde va mal », il est difficile de ne pas être en  partie d’accord avec cette affirmation qui tient presque du lieu commun. Néanmoins, on peut aussi se demander si notre opinion ne serait pas un tantinet influencée par les médias.

Lorsque nous étions jeunes et innocents, nos parents nous protégeaient des mauvaises nouvelles ; d’une part pour éviter de nous mettre le moral en berne, ensuite parce que de toute façon il faudrait être un drôle d’original pour agir autrement.

« Ma petite, sois brave : Khrouchtchev cherche à déployer ses missiles nucléaires à Cuba. Si Kennedy cède, non seulement la guerre de l’apocalypse éclatera, mais en plus nous la perdrons. »

Aujourd’hui, on peut se demander si nous ne sommes pas tenus à l’écart des bonnes nouvelles de la même façon que nous l’étions des mauvaises durant notre enfance ; vous savez, histoire de nous foutre la cerise, comme ça on consomme et tout… Bien entendu, les journaux nous pondent périodiquement une histoire sur la fête du foin de Clampin-sous-Gruse ou la naissance d’un bébé loutre au zoo d’Irkoutsk, mais d’une part on s’en fout et d’autre part le tout est abondamment noyé sous des tonnes d’histoires scabreuses. Pas importantes hein : juste scabreuses.

Donc là où j’avais prévu à la base d’écrire un billet sur des pauvres zigues dont les actions courageuses s’étaient retournées contre eux, nous allons plutôt évoquer des gestes honorables et nobles qui sont de ceux qui sauvent des vies.

Ah, et puis j’ajoute aussi une ou deux histoires de pauvres zigues dont les actions courageuses se sont retournées contre eux, vous allez voir, ces gens sont d’un ridicule !

Colosse de la Race Supérieure maîtrisé par la force par un grand-père blessé

Curtis Allgier, 27 ans, est un monstre de deux mètres de haut et de cent kilos, fougueux bestiau au crâne rasé et aux nombreux tatouages non sans rapport avec une certaine période de l’histoire allemande. Pour une raison que j’ignore mais qu’on peut deviner, la bête fait de la tôle. Un beau matin, alors qu’il est en route pour la clinique, il prend la décision de donner des arguments à ceux qui dénigrent le droit aux soins accordé aux détenus et zigouille l’agent sexagénaire qui l’accompagne avant de prendre la tangente, avec très vite toute la police au train.

Débarquant arme au poing dans un fast food, il lâche le bon vieux « everybody down » avant de se ruer derrière le comptoir et de prendre un employé en otage, lui pratiquant une clé autour du cou de son bras cyclopéen. Le malheureux n’ayant pas bien compris les ordres (qui étaient quelque chose comme « don’t you fuckin’move you fuckin’asshole or I fuckin’kill you, fuck ! »), il tenta vainement de se libérer de son étreinte, énervant son ravisseur qui voulut l’abattre froidement à bout portant. Ne me demandez pas comment, mais il s’arrangea pour tirer à côté.

Si vous ratez une cible à bout portant, c’est peut-être signe que vous devriez cesser le combat.

Comme on dit hein : avec toute cette merde dans la tête, pas étonnant que rien ne pousse dessus.

Néanmoins, le coup de feu eut pour effet de pousser un client à prendre l’initiative : Eric Fullerton, chauffeur poids-lourd de 59 ans, ancien para au Vietnam et grand-père de six enfants, se dit à ce moment précis que quelqu’un allait y rester s’il n’intervenait pas immédiatement. Il n’avait probablement pas tort : le ravisseur roulait des yeux fous, souriait sinistrement et pérorait quelque logorrhée concernant la race supérieure, vous savez, tout en ratant une cible sur laquelle il plaquait le canon de son arme. Fullerton s’avança courageusement, les bras levés, et engagea un dialogue qui eut pour effet de calmer le jeu, de pousser le jeune homme à baisser son arme et… Ah non, pardon. Il bondit par-dessus le comptoir, tomba sur Allgier toutes griffes dehors et roula au sol avec son nouvel ami.

Bien entendu, tous deux luttèrent pour le contrôle de l’arme. Comme Curtis ne parvenait pas à maîtriser son adversaire, il saisit un couteau dentelé avec lequel il lui porta plusieurs coups au niveau du cou. Malgré tout, grand-papa ne lâcha pas l’affaire. Il tint bon jusqu’à l’arrivée de la police, qui trouva le héros du jour couvert de tant de son propre sang qu’il fut envoyé fissa à l’hôpital.

L’après-midi même, soit un pansement plus tard, il se présentait déjà à son travail mais son patron le renvoya chez lui prendre du repos. Eh oh, chef, s’il veut bosser, qu’il bosse ! Il n’est pas en porcelaine le bonhomme, il l’a assez prouvé, faudrait pas le confondre avec une fillette ou un skinhead !

Bon, puisqu’on en est aux actions héroïques de personnes relativement plus toutes jeunes…

Un sexagénaire porte secours à des enfants (et se fait virer)

Paul Marshallsea, citoyen de sa très gracieuse Majesté profitant de vacances en Australie, était en pleine séance barbecue sur la plage avec des amis lorsqu’il vit la forme d’un requin se diriger vers une poignée d’enfants qui barbotaient joyeusement.

N’écoutant que son noble cœur totalement cintré et téméraire, Paul piqua le cent mètres de sa vie, fendit l’eau en deux façon Moïse et se rua sur la bête qu’il saisit par la queue et tira en arrière. Il eut ensuite le bon réflexe de d’esquiver la morsure du sélachimorphe (oui, quand j’apprends un nouveau mot je veux en faire profiter les autres) qui, dépité, s’en alla en haussant les épaules.

Incidemment, l’événement se déroula devant des caméras de télévision et rapidement les images firent le tour du monde, ce qui eut une incidence fâcheuse : le vieux Paul se vit virer. De son emploi dans une fondation. En faveur des enfants.

« Bien fait, fallait nous laisser tranquilles ! »

En fait, si Marshallsea, qui en plus a un nom totalement approprié à sa situation, glandait en Australie, c’était au bénéfice d’un arrêt de travail pour maladie. En l’occurrence, le stress ; les employeurs de Paul prirent assez mal le fait que leur grand malade, sensé se retaper à coup de tisanes se traînant d’un fauteuil à un autre dans une litanie plaintive continuelle, était en vérité en train de goinfrer de la barbaque au soleil à l’autre bout du monde en boxant des requins.

Deux ados sauvent une fillette d’un pédophile

On le sait, si les classiques sont des classiques c’est parce qu’ils fonctionnent. Aussi, lorsque Jocelyn Rojas, 5 ans, se vit offrir une crème glacée à condition de suivre le monsieur dans sa voiture, celle-ci accepta bien volontiers, parce que c’est bon les glaces, et aussi parce qu’on ne dit pas assez aux enfants de ne pas monter dans la voiture d’un inconnu.

Peu après, lorsque les parents comprirent d’où venait leur impression qu’il manquait quelque chose, la police fut alertée et le branle-bas de combat déclaré.

Au même moment, non-loin de là, deux adolescents zonaient à vélo et, apprenant la nouvelle, décidèrent d’arpenter le patelin de long en large à la recherche de la petite. Ceci s’avéra payant : suivant une berline, ils reconnurent la disparue sur le siège arrière et prirent le véhicule en chasse. Le conducteur devait beaucoup lire les journaux, car il eut très peur des jeunes : il tenta de les semer pendant un bon quart d’heure, mais il était dans une zone rurale et son véhicule était mal barré pour semer deux fougueux cyclistes en tout-terrain. A terme, il dégagea Jocelyn de l’habitacle et se tailla ventre à terre pendant que les jeunes héros ramenaient la victime, secouée mais indemne, à sa famille.

Je vous laisse savourer le happy-ending avant de vous flinguer le moral, allez-y : les larmes des parents, les étreintes folles, la reconnaissance éternelle, la gratitude de la petite qui n’oubliera jamais, la fierté et la joie au-delà des mots des ados, de la fillette, de la mère, du père, du fils et du Saint-Esprit, le soulagement général, tout ça. C’est bon ? Vous y êtes ? Bien. Poursuivons.

Le ravisseur n’a jamais été retrouvé.

Mais pas de panique : la jeune Jocelyn a fourni une description détaillée du bonhomme. Ce n’est qu’une question de temps avant qu’ils ne localisent cet homme blanc doté de chaussures vertes, de pantalons verts et d’un haut rouge.

Il ne sera pas facile à attraper, mais on l’aura l’enfoiré !

Un type aurait très bien pu sauver une femme d’un viol

Un beau jour, James van Iveren entend une femme hurler de détresse à l’étage au dessus de l’appartement qu’il partage avec sa mère et s’empresse de faire ce que vous et moi ferions si nous n’avions pas de téléphone et étions un peu bizarres : il s’empare de son sabre de cavalerie et se rue dans l’escalier, la cape au vent, gravissant les marches quatre à quatre dans une tempête de rage vengeresse.

Au même moment, un étage plus haut, Bret Stieghorst regarde tranquillement du porno pour oublier qu’il a un nom hideux. Bien sûr, il n’a pas manqué de monter le volume à bloc. Tout allait donc très bien lorsque, soudainement, la porte de son appartement vole en éclats, cédant la place à une tornade d’ire chevaleresque qui, l’épée au clair, lui somme de se rendre, vile fripouille.

Inutile de le narrer la joyeuse hilarité pas du tout gênée qui suivit ! D’un côté, un redresseur de tort qui n’avait rien trouvé à redresser (bien au contraire) dans l’appartement dont il venait d’oblitérer la porte et de l’autre, ben, un type assez bizarre pour regarder du porno avec le volume à coin, et qui se retrouvait maintenant sous la menace bien réelle d’un sabre en acier.

Et bien sachez que notre hussard ne quitta les lieux qu’après avoir inspecté chaque pièce pour s’assurer qu’elle ne renfermait nulle larmoyante victime, puis visionné une partie du DVD incriminé. Il doit maintenant s’expliquer avec la justice. L’autre.

Un carton à la Billy the Kid pour sauver un flic

Cette histoire-là débute de façon parfaitement banale : un couple qui promène son toutou et le laisse faire ses besoins sur la pelouse d’un voisin. Incident on ne peut plus classique. Donc ledit voisin, nommé Charles R. Conner, sort très mécontent, se dirige vers les maîtres du clébard et le ton monte.

Ensuite Charles va à son véhicule, en revient avec un flingue, bute le chien, puis le voisin, puis court après la voisine, la blesse, l’achève. Et tue encore un autre chien si j’ai bien compris, de toutes façon je crois qu’on a compris l’important : Conner est timbré. Prévenu de coups de feu, le sergent de la police locale Steven Means se ramène ventre à terre mais se fait allumer à peine sorti du véhicule. Il a le temps de se mettre à couvert puis de riposter, mais Conner est abrité derrière un arbre là où le policier est mal barré derrière sa voiture pas blindée.

Témoin de la scène, Vic Stacy, résident de la zone observant la scène à distance, estima que le vieux Means était un mort en sursis s’il n’intervenait pas. Et même en cas d’intervention, il faudrait un miracle : le type était à plus de cent cinquante mètres et Vic possédait un 357 Magnum.

Pour ceux qui n’ont pas comme moi une vaste expérience des armes de poing acquise dans le feu de l’action sur PC ou Playstation, sachez que cent-cinquante mètres pour toucher une cible au révolver, c’est approximativement huit à dix fois trop. Qu’à cela ne tienne, Vic tente sa chance… et touche !

Pourquoi c’est pas le type qui s’appelle Means le méchant ?

Et encore : pour s’imposer un défi, il a tiré de la main gauche et la balle a ricoché trois fois avant de faire mouche.

Blessé à la cuisse mais toujours debout, Charles riposte en visant Stacy mais rate. Ben oui, une balle qui touche sa cible à cent-cinquante mètres c’est déjà beaucoup, on n’est pas au cinoche ! Mais pas loin : constatant être pris pour cible à son tour, Vic-la-Terreur ne laisse plus rien au hasard et remet trois balles dans le buffet de Conner, pendant que l’agent Means, à la Hollywood style, se décale pour tirer à son tour et touche par deux fois. Charles a son compte.

Soulignons que Vic Stacy n’a pas eu à répondre de cet acte de violence. C’est un scandale.

Le Minivan contre les veules vélos vilement volés

Lorsque Timothy, en rentrant chez lui, apprend que son fils s’est fait voler son vélo, son sang ne fait qu’un tour et la vengeance l’appelle par son prénom. Cédant à la passion d’une juste colère, il réintègre son mini van et le voilà qui sillonne à nouveau les rues de la ville, recherchant activement tout cycliste sur un vélo dérobé.

Et là vous vous demandez « mais à quoi ça peut bien ressembler, un cycliste sur un vélo volé ? », et c’est une très bonne question dont vous vous doutez bien de la réponse : ça ressemble très exactement à n’importe quel autre cycliste.

Aussi la chasse fut-elle courte : à peine Timothy voit-il passer un salopard de cycliste au guidon d’un vélo qui ressemblait à celui de son fils (sic) qu’il fait vrombir le moteur et, n’écoutant que son noble cœur de père, fonce droit sur le pauvre zigue – lequel, faut-il le dire, circulait sur son propre vélo –  avec sa foutue berline.

Vous n’allez pas me croire, mais la berline a gagné. Pourtant, lorsque le preux chevalier descend de sa monture pour s’approcher de sa proie, c’est bien lui qui se fait étaler ; le cycliste, qui apparemment n’allait pas si mal, et qui avait semble-t-il compris que le chauffard mettait pied à terre pour lui en remettre une couche, s’est levé et l’a envoyé au tapis d’une mandale qu’il n’a entre nous pas volée. Juste avant l’arrivée des flics.

Pour la petite histoire, tout le monde s’en sort bien : le cycliste a juste quelques contusions à la jambe et le papa est seulement un peu sonné. Il a bien sûr été coffré.

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