La magie (noire) de Noël

Publié: 23 décembre 2013 dans Sciences sociales

Noël est généralement perçu comme une fête à placer sous le signe de la bonne humeur, en tous cas c’est un peu le style qu’on lui donne aujourd’hui. Entre le repas, la réunion en famille, les cadeaux, les guirlandes et le barbu jovial, personne n’ira vous soutenir que ses origines nous renvoient à des orgies décadentes ponctuées de transes hystériques et de sacrifices humains.

Pourtant ça se pourrait, figurez-vous ; il existe en effet un endroit sur Terre où Noël est une sorte de festival impie à mi-chemin entre l’horreur steam-punk et la folie lovecraftienne, et dont les rares témoignages qui nous restent arborent des airs d’artefacts maudits d’une civilisation anéantie au début des temps par quelque père fouettard cosmique.

Un endroit qui ressemblerait un peu à ça.

Un endroit qui ressemblerait un peu à ça.

Où ça ? Ah mais je n’en ai fichtrement aucune idée, c’est juste une supposition basée sur le principe simple que si j’avais tort, aucune des décorations de Noël que je vais vous présenter n’existerait :

Megalonoël Gigantes Pater

Donc 170 dollars pour deux. Pensez-y !

Seulement 85 dollars la pièce !

« Je sentais sur mes épaules le plomb du regard hébété du Pater Noël tandis que, dans l’élan de ma terreur, je fuyais en hurlant ma folie. Un son désarticulé sortait de sa gorge, grave comme l’abîme, tandis qu’il me regardait trébucher, sans comprendre, sans jamais comprendre. Le cyclopéen Démon Idiot de Noël demeura comme toujours assis, ses bras courtauds agitant les jouets qu’il ne lâchera pas même lorsque l’univers sera brisé. »

Pr. Craig J. Smith, extrait de « Dans l’Abysse du Nord Éternel ».

Je ne sais pas si l’on peut efficacement retranscrire l’esprit des fêtes sous la forme d’une lueur iridescente jaillissant des orbites d’un Père-Noël géant situé à la croisée des chemins entre Polyphème et Humbaba, mais si l’on s’y essaie nous connaissons maintenant le résultat.

Non content de luire intérieurement d’une manne infernale incandescente, le Megalonoël est assis sur une petite maison dont je plains les occupants et agite sa cloche du destin et sa boîte à âmes pendant que ses yeux sondent votre avenir.

Et c’est encore plus beau quand ça bouge.

Âmes-Fossiles des Premiers Nés

La description du site évoque un enfant espiègle qui guigne depuis une couverture, mais il est évident qu’il s’agit d’un Infant Originel maudit par un Dormeur dans son cocon alien de stase liquide cristallisée.

La description du site évoque un enfant espiègle qui guigne depuis une couverture, mais il est évident qu’il s’agit d’un Infant Originel maudit par un Dormeur dans son cocon alien de stase liquide cristallisée.

« La chose était froide, sèche ; depuis combien d’éons gisait-elle là, parmi les décombres des bâtisses des premiers temps, avant que les Dormeurs Primordiaux, réveillés trop tôt, ne viennent imposer une nouvelle éternité de silence ? Combien d’ères, combien d’époques se sont-elles ainsi succédées devant ses yeux vitrifiés, dans cette caverne sans âge aux confins des entrailles du monde ? Il me semblait qu’à la fixer, je pouvais percevoir, faible et diffuse, la pâle empreinte de son cri silencieux, témoignage d’une agonie éternelle. »

Dr. James P. Sutterland, extrait de « Par-delà les traîneaux du temps – Dans le sillage d’un Dormeur éveillé. 

Or donc, comme vous le savez sans doute, durant les tout jeunes jours de l’univers, alors que l’Homme clignait des yeux sous les étoiles à peine formées, quelques Entités Primordiales, dérangées dans leur somnolence oublieuse par nos premiers pas, jalousèrent notre mortalité car elles s’ennuyaient déjà, ainsi qu’il en avait toujours été, même avant la naissance du temps. Elles cherchèrent alors à la voler aux jeunes humains, mais, n’y parvenant pas, dévorèrent les malheureux, dont les âmes retombèrent au sol pour s’y fossiliser, car le paradis n’était alors pas encore fondé.

Aujourd’hui vitrifiées, ces âmes des premiers jours du monde sont trouvables chez une poignée d’antiquaires louches et quelques bazars inquiétants ouverts de nuit. En les disputant à divers sorciers gitans, chercheurs dérangés et cultistes blafards, vous parviendrez peut-être à en ramener une ou deux à la maison pour décorer le sapin. À noter que si vous les réunissez toutes vous réveillez un Dormeur, alors faites gaffe quand même. Joyeux Noël.

Die GlöpkenKnökkers

« Glacé, transi, je rampais sur les dalles froides pour rejoindre la sortie de ce cauchemar. Mes sens m’abandonnaient à un voile noir, je m’efforçais de rester conscient, d’avancer. Instillé en moi par ce duvet pileux empoisonné, le venin me brûlait et me gelait tout à la fois, imposant une cécité totale à mon âme : les formes, les couleurs, les sensations se retiraient de tout mon être, comme si rien ne pouvait y exister hors la douleur et la peur, pas même en souvenir. Seule certitude : les choses malfaisantes, minuscules, portées par leurs maigres pattes, me cernaient toujours ; j’entendais constamment, autour de moi, leur pas régulier, horriblement rapide, tandis qu’elles se déplaçaient d’ombre en ombre : tic-tic-tic-tic-tic-tic-tic-tic-tic… »

Sir William G. Parker, extrait de « La Guirlande sur le Seuil »

(C’est joli, l’énorme caractère qui ouvre la citation. Joli, et je ne sais pas du tout comment l’enlever.)

Lorsqu’on parle du « Pays de Noël » on imagine un village paisible sous une nuit claire, enfoui sous une énorme couche de neige, avec quelques maisons illuminées, des décorations chatoyantes, la lune et les étoiles, des flocons paresseux et souvent un traîneau, un elfe ou un castor de-ci de-là.

Quoi ? Vous croyez que les sapins se coupent tout seuls ?

Qu’est-ce que je vous disais ?

On oublie trop souvent d’ajouter ces audacieuses versions semi-insectoïdes de Pères-Noël-phasmes montés sur de longues pattes effilées et duveteuses dont on voudra bien ignorer l’absence de pieds dans la mesure où les pauvres sont également dépourvus de mains.

Néanmoins, on reconnaîtra deux mérites à ce truc : premièrement, il a une utilité potentielle, à savoir la fonction de cure-pipe qu’il assume avec fierté grâce aux pattes velues et au sapin (oui, encore une phrase improbable à mettre à mon actif). Ensuite, il explique du même coup pourquoi les gens fument peu la pipe de nos jours.

L’Enfant-Cocon

Noël... ? Ah oui : la guirlande.

Noël… ? Ah oui : la guirlande.

« Ils étaient là, dans leurs cages de chrysalide, par milliers, se balançant faiblement dans le vent humide. L’air résonnait des quelques plaintes de ceux d’entre eux encore conscients mais ce qui prévalait, c’était l’odeur, la rance, sèche, insupportable odeur de la chose tapie en ces lieux. Je restais là, hébété, et peu à peu la terrible vérité s’imposa à moi ; elle s’imposa en même temps que croissaient les senteurs de l’horrible charnier, que s’approchait le bruit glougloutant de l’immondice qui rampait vers moi, que prenaient de l’ampleur les pleurs apeurés des petits êtres, que montait le niveau de l’eau dans la grotte tandis que l’énorme masse, tout au fond, s’y glissait sans bruit. Père Fouettard : quel surnom plein d’indulgence, si poétique devant l’insupportable réalité de ce révoltant cimetière enfantin ! Je regagnais la lumière alors que, dans ma course effrénée, je laissais derrière moi l’opulent monstre bouffi à jamais affamé et les petits martyres, pour toujours ignorés. »

Clark S. Franklin, extrait de « L’Horreur sous le Sapin ».

Un deuxième exemple pour illustrer que jusqu’à il y a peu, rien ne produisait un meilleur « effet Noël » qu’un bébé terrifié ou/et terrifiant ; curieux reflet d’une époque où des concepts abstraits comme l’esthétique ou les enfants heureux ne s’étaient pas encore imposés au cœur des traditions.

Je dois tout de même vous prévenir à regret que le site qui proposait cet article a inexplicablement fermé, ce qui contrarie nos plans d’en accrocher une grosse dizaine au plafond et filmer les réactions des invités.

Bon, on va faire un break avec l’esprit des fêtes, je pense qu’on a tous compris que Noël est perçu différemment selon les cultures, les époques et les planètes. Pour conclure, je vous souhaite à tous de joyeuses fêtes et vous laisse avec une dernière image, représentant une décoration de Saint-Nicolas qui enlève un enfant, comme vous en rêviez.

Je crois que l'idée derrière ceci est que l'enfant n'a pas été sage.

Je crois que l’idée derrière ceci est que l’enfant n’a pas été sage.

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