Le début de la fin

Publié: 26 février 2014 dans Histoire
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S’il est une chose qui passionne l’être humain depuis le début des temps, c’est bien la fin des temps ; un peu comme un gosse en voiture, nous demandons constamment quand arrivera la fin du voyage.

Il est vrai qu’on a toujours été à un couac près du game over, par exemple ce super volcan en Indonésie, entré en éruption il y a 75000 ans, qui aurait laissé un petit millier d’homo-sapiens pour repeupler la planète. C’est comme ça, la Terre a déjà traversé plusieurs extinctions majeures et en théorie on pourrait tout à fait s’en prendre une sur le museau. Et honnêtement, on l’aurait cherchée.

L’extinction majeure ? C’est nous !

L’extinction majeure ? C’est nous !

Alors quoi, va-t-on trembler toute notre existence devant les chances infimes de se manger un rayon gamma, un volcan géant ou un météore ? Oh non ! Non non non ! On va craindre tout cela, certes, mais on va encore y rajouter une pléthore de prophéties délirantes ou de prévisions mystiques surgies de toutes les religions et croyances du monde.

Et je vous propose d’en découvrir quelques-unes.

La Seconde venue du Christ

À tout seigneur tout honneur, commençons par notre religion principale, le Christianisme. L’Ancien Testament consacre tout un chapitre à la question de la fin des temps et prévoit un budget effets spéciaux en conséquence : sept sceaux brisés, une bête septuacéphale qui sort de la mer façon Godzilla, intervention des quatre cavaliers de l’apocalypse montés sur leurs destriers colorés, comètes, météores, planète entièrement brûlée, tornades, tremblements de terre et bien sûr une gigantesque guerre impliquant 200 millions de soldats, parce qu’on n’aura rien d’autre à foutre ; à terme, le Sauveur revient sur Terre à la tête d’une armée d’anges, rétablit l’ordre à l’huile de coude et sauve une minorité d’élus, ensuite de quoi c’est souffrances éternelles pour tout le monde.

Selon certaines églises, l’un des quatre cavaliers est Jésus. Je ne vois pas lequel c'est.

Selon certaines églises, l’un des quatre cavaliers est Jésus. Je ne vois pas lequel c’est.

Bien sûr, certains détails sont un peu confus. Le Christianisme contient autant d’interprétations du jugement dernier qu’il compte de types d’églises différentes, ce qui fait un sacré foutu paquet de bonshommes incapables de se mettre d’accord. C’est dire si ça va chier le jour venu, parce que comme on l’a dit, il n’y a pas vraiment de médaille d’argent : soit vous êtes sauvés, soit vous la pilez jusqu’à la fin des fins. Donc c’est un peu tendu.

Un flou artistique est aussi maintenu au niveau chronologique puisqu’il est dit qu’après le jour J le diable revient sur Terre, se fait plein de potes, devient le boss et mène la barque pendant une assez longue période. Mais à terme il se refait taper sur les doigts et finit dans un lac de feu avec tous ses anges.

Et si je ne m’abuse, c’est surtout de là que vient l’idée qu’une éternité de douleur attend les païens : les « anges » du diable, ça serait une métaphore pour « tous les gens qui ont fait un pas de travers une fois dans leur vie » selon certaines églises. L’ironie étant que cette théorie est surtout défendue par ceux qui vous prennent l’arche de Noé, Adam et Eve et le créationnisme au sens littéral, affirmant que la Bible ne contient pas d’allégorie.

LES PLUS

A froid, je dirais qu’une chose à reconnaître à l’apocalypse chrétienne est justement sa façon de jouer sur « l’avant – après », avec la Bête représentant un pouvoir corrompu, Satan réélu pour un nouveau mandat et la vie qui continue malgré tout. Finalement, on se demande toujours s’il n’a pas déjà eu lieu ; par exemple, si vous comptez les réservistes, les deux-cents millions de soldats ont sans doute été atteints haut la main durant la seconde guerre mondiale, et si on nous apprenait qu’une entité de haine et de mal règne secrètement sur Terre je ne suis pas certain qu’on tomberait des nues. Ensuite, tous ceux qui sont persuadés que la fin des temps n’est plus qu’une question de semaines peuvent jouer à « Où est Charlie ? » avec l’Antéchrist, qu’on ne se lasse pas de voir à tous les coins de rue depuis des éons. Obama ? Sarkozy ? Benoît XVI ? Michael Jackson ? Napoléon ? Hitler ? Marilyn Manson ? Lady Gaga ? Tout le monde à sa chance, il suffit de devenir célèbre pour qu’on se pose la question. Qui sait, vous serez peut-être le prochain sur la liste ?

LES MOINS

Selon moi, l’apocalypse chrétienne souffre d’un défaut conséquent ; ça me fait mal de le dire parce que j’ai beaucoup de respect pour le Christianisme, mais notre fin du monde tombe dans un écueil gros comme le Mont Golgotha : les étoiles qui tombent du ciel, les cataclysmes, les séismes, les maladies, les guerres, le feu, les fleuves de sang, les famines et tout le tremblement, c’est sûr que ça impressionne mais c’est comme tout, trop d’effet tue l’effet ; tout cela donne finalement l’impression qu’on s’est contenté d’empiler les galères encore et encore sans savoir s’arrêter, comme si l’on avait confié notre apocalypse à la 20th Century Fox.

Eh ! Eh ! Les mecs ! Je sais : des fleuves… qui charrient du sang !

« Eh ! Eh ! Les mecs ! Je sais : des fleuves… qui charrient du sang ! »

Toutefois, le plus grand couac concerne encore les cavaliers de l’apocalypse, et c’est vraiment dommage parce que l’idée de départ était bonne. Seulement voilà : guerre, famine, maladie et mort ? Chez nous on appelle ça le quotidien, et ça nous promet une apocalypse dont on ne prendra pas conscience de la dimension biblique avant d’avoir aperçu les chevaux.

 La venue de Gochihr

Première religion monothéiste de l’histoire, née en Perse voire en Mésopotamie selon les sources, le Zoroastrisme, fondé par Zarathoustra il y a plus de trois mille piges, nous étonne par la clémence de sa vision de la fin des temps ; à croire qu’on parle d’un dieu d’amour.

Oh, ça n’empêche pas qu’on va dérouiller : Gochihr, c’est certes le sauveur qui va nous purifier, mais c’est aussi et surtout une comète, qu’on va prendre droit dans la gueule. Lorsqu’elle percutera la Terre, tout le fer que contient la planète entrera en ébullition on l’on en sera tous quitte pour un bon bain de métal en fusion bien chaud, que les plus purs d’entre vous traverseront « comme du lait tiède ». Pour les autres, la longueur de nos souffrances dépendra de nos pêchés, puisque ces derniers formeront le combustible.

Les tout premiers écrits sur les comètes remontent plus ou moins à cette époque, donc il faut vous dire que cette prévision était résolument avant-gardiste.

Les tout premiers écrits sur les comètes remontent plus ou moins à cette époque, donc il faut vous dire que cette prévision était résolument avant-gardiste.

A terme par contre, tout le monde est sauvé par trois prophètes nés de vierges et danse en rond en tapant dans ses mains et en buvant cette horrible bière tiède et grumeleuse que l’on préparait à l’époque.

LES PLUS

Tout d’abord, il faut rendre le mérite là où il est dû : le Zoroastrisme a été la première religion à parler de la fin des temps, on peut donc lui reconnaître un statut de classique. Cela peut sembler facile quand vous êtes pratiquement issus de la première civilisation au monde, mais n’empêche qu’il fallait y penser. Ensuite, il faut souligner le fait que même les pires monstres de l’histoire en seront quittes pour trois jours de souffrance au plus avant de rejoindre leurs nouveaux copains-pour-l’éternité à l’Apéro d’Ahura Mazda (l’équivalent Zoroastre du Banquet d’Odin) (pourquoi pas). Et honnêtement,  au vu des tendances mystiques actuelles, un dieu miséricordieux, bon et généreux qui ne vous soumet pas à une éternité d’horreurs inimaginables a quelque chose de rafraîchissant.

LES MOINS

Là où il va forcément y avoir des histoires, c’est sur le truc où tout le monde est sauvé, d’ailleurs je crois savoir que c’est quelque chose de réellement reproché au Zoroastrisme : vous n’êtes pas franchement récompensé pour avoir filé droit toute votre vie, on aurait même tendance à passer l’éponge assez facilement sur vos pêchés. Et lorsqu’on voit que l’on dénonce déjà son voisin parce qu’il magouille sa taxe pour son chien, je vous laisse imaginer les réactions des gens lorsqu’ils croiseront Hitler chez l’épicier. Tant et tant de rancœur et de jalousie seront quotidiennement générées qu’il faudra régulièrement repasser une couche de métal fondu, ce qui finira à tous les coups par gaver.

Nahui Ollin – Fin du 5ème Soleil

Allez, une dernière pour aujourd’hui. Je propose du coup que l’on change de continent par souci d’équité et que l’on s’intéresse à la fameuse civilisation Aztèque, connue pour sa culture guerrière par tous, même ceux qui ne savent rien sur eux.

Il faut dire que leur civilisation n’était pas tendre, dotée d’une riche et fleurie tradition de bourre-pif et régnant sans partage sur la Mésoamérique pendant plusieurs siècles. Amateurs de guerres et de sacrifices humains, étrangers au concept du bien et du mal, rattachés aux dualités complémentaires mais impitoyables de l’existence comme la vie et la mort, il est vrai qu’ils ne partaient pas sur les meilleures bases pour devenir des poètes ou des jardiniers.

Dès lors, quoi d’étonnant à ce qu’ils n’aient pas une, mais cinq apocalypses différentes ? Cinq, ça en fait une par monde créé par les dieux. Et quatre d’entre eux ont déjà tiré la prise, l’un noyé par cinquante-deux ans de déluge, l’autre brûlé par des pluies de feu, un troisième emporté par les ouragans et le quatrième… à votre avis ? Bravo, bonne réponse : dévoré par des millions de jaguars.

Et nous dans tout ça ?

D’abord, une éclipse éternelle ; le monde est plongé dans les ténèbres et toute l’humanité doit porter ces horribles lunettes en carton. Des tremblements de terre nous conduiront à l’anéantissement et au cas où ça ne suffit pas, les Tzitzimime descendront des étoiles pour nous mettre la misère.

Et comme vous vous demandez à quoi ressemble un Tzitzimime, sachez que selon les sources il s’agit soit d’un genre de squelette vivant, soit de femme-araignée.

Dans tous les cas : cliché !

Dans tous les cas : cliché !

Le problème, voyez-vous, c’est qu’en soumettant la civilisation Aztèque, les Espagnols ont mis un terme à la tradition de sacrifices humains dont le but était d’apaiser le soleil. Ce n’est plus qu’une question de temps avant que ce dernier ne s’aperçoive que la becquetance ne suit plus et ça va lui faire péter les plombs. Du coup il s’énerve, et il laisse les Tzitzimime se mettre la race humaine derrière la cravate. Bien joué, Espagne !

LES PLUS

Je connais assez peu de choses sur les Aztèques mais cette civilisation devait être passionnante, sa culture est tellement différente qu’on va d’étonnement en étonnement et sa vision de l’Armageddon s’en ressent. Cinq apocalypses, chacune avec son petit thème, des sacrifices d’ennemis capturés – voire de volontaires – pour retarder l’inévitable, quatre mondes sur cinq déjà détruits, le moins qu’on puisse dire c’est que les Aztèques n’y allaient pas de main morte. Leur fin du monde inclut un cataclysme terrestre, une catastrophe stellaire, des morts vivants et même des extra-terrestres, on aime ou on n’aime pas mais ça ratisse assez large pour qu’on s’admette au moins impressionné.

LES MOINS

Bêtement, l’apocalypse Aztèque souffre des défauts de ses qualités ; cinq mondes reliés à autant d’éléments primordiaux – eau, terre, feu, air, jaguar – dont quatre qui sont déjà au bout du rouleau, ça ajoute un côté « on est les derniers, on est les derniers, on est, on est… » à la fois chauvin et convenu, deux défauts tellement courants aujourd’hui que les voir chez les Aztèques ne va pas sans décevoir. Dans le même ordre d’idée, repousser l’apocalypse à coups de sacrifices humains rend assez bien sur le papier, mais dans les faits nous ne sommes pas fichus de donner notre sang à l’hôpital, alors vous pensez, les dieux antiques attendront. Et finalement, constater l’écart entre une civilisation allant jusqu’à nourrir le soleil et, cinq siècles plus tard, une société qui n’a rien à foutre de sa propre planète, c’est plus douloureux qu’autre chose.

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