La Terre, cette inconnue

Publié: 2 avril 2014 dans Géo

Savez-vous que l’on a décelé, à quelque 26’000 années-lumière de notre planète, un immense nuage moléculaire constitué uniquement d’alcool ? Et qu’au vu de sa composition, les scientifiques peuvent même nous certifier qu’il aurait un goût de rhum framboise si on le consommait ?    

    

Si vous avez assez mauvais goût pour apprécier une mort-subite framboise, sachez que 10 millions de millions de millions de litres d’une horreur comparable vous attendent vers le centre de la galaxie (qu’on devrait peut-être arrêter d’appeler « voie lactée »).

Si vous avez assez mauvais goût pour apprécier une mort-subite framboise, sachez que 10 millions de millions de millions de litres d’une horreur comparable vous attendent vers le centre de la galaxie (qu’on devrait peut-être arrêter d’appeler « voie lactée »).

C’est précisément l’endroit où les dieux viennent se camphrer la ruche (et c’est Mahomet qui conduit pour rentrer), mais finalement, l’étonnant n’est pas que ça existe, mais plutôt qu’on s’en soit aperçu : l’univers, après tout, est tellement immense que même lorsque vous faites des efforts insensés pour imaginer quelque chose d’absolument improbable, il y a finalement plus de chances que cela existe au moins quelque part que pas du tout.

Par exemple.

Mais comme je le disais, le miracle n’est pas que l’univers soit si grand, mais qu’on soit parvenu à en prendre conscience. Pour tout ce qui ne sert à rien, on est vraiment des cadors. Le tue l’amour, par contre, c’est lorsque l’on réalise qu’on sait qu’il y a de la picole en puissance à des années-lumière d’ici, mais qu’on ignore certaines choses, pourtant assez énormes, juste sous nos pieds.    

Les grottes de Naïca, Mexique    

    

Situées au Mexique à quelque 300 mètres sous le niveau de la mer, les grottes de Naïca contiennent les plus gros cristaux recensés sur Terre, dépassant pour les plus grands les dix mètres de haut et le mètre de large, et pouvant peser jusqu’à cinquante tonnes. Elles furent découvertes lorsque les propriétaires de mines de métaux situées dans les environs y firent pomper l’eau de mer afin de dégager des passages.    

    

Le coin est néanmoins dangereux, à cause de la température qui avoisine les 45 degrés et du taux d’humidité qui flirte avec les 100%, ce qui est beaucoup (ça valait bien la peine d’assécher). Ces conditions sont dues à la présence d’une chambre de magma située sous la grotte, provoquant de nombreux dégagements de soufre et de calcium. Concrètement, l’humidité augmente fortement l’impression de chaleur, ce dont on se passe volontiers à 45 degrés à l’ombre.    

    

Et de l'ombre, il n'y a que ça !

Et de l’ombre, il n’y a que ça !

Ajoutez tout le micmac chimique et vous obtenez des conditions qui vous laissent entre cinq et dix minutes avant que l’humidité ne se condense dans vos poumons, occasionnant une gêne respiratoire croissante. Et si vous avez des superpoumons qui empêchent la condensation de l’eau, de toute façon votre cerveau ne dispose pas de beaucoup plus de temps avant de perdre sa lucidité, chose dont vous aurez pourtant besoin dans une grotte sous-marine escarpée, surchauffée, glissante, obscure, méconnue et parsemée de durs cristaux pointus.    

    

Même à l’aide de combinaisons spécialisées, les scientifiques qui étudient ces lieux peuvent y rester au maximum une cinquantaine de minutes. Et comme la grotte sera à nouveau immergée lorsque les mines ne seront plus exploitées, on ne dispose que de quelques années pour mener les recherches à bien.    

    

Attention les gars, vous ne pouvez rester que quelques minutes, et on ne dispose que de quelques années.

« Attention les gars, vous ne pouvez rester que quelques minutes, et on ne dispose que de quelques années. »

En dépit de l’intérêt scientifique et touristique, les grottes de Naïca exercent aussi une attirance sur la population locale dans le sens où, ben, c’est le Mexique, on y trouve pas mal de gens fauchés à qui un petit cristal de dix tonnes arrondirait bien les fins de mois. C’est ainsi que plus d’une fois les accès furent retrouvés forcés et que quelques bouts de cristal manquent à l’appel. L’expédition s’est même avérée fatale pour un malheureux, retrouvé écrasé par le bloc qu’il détachait du… plafond.         

Quand on vous dit que ça influe sur votre lucidité !    

    

Les Cavernes de Chongquing, Chine    

    

La Chine est un pays tellement immense que personne ne reprochera à ses habitants d’avoir parfois haussé les épaules devant certaines vallées en soupirant « bon, merde, c’est probablement juste encore des arbres et de la caillasse. » Aussi, il n’y a pas plus de quelques mois, le second plus grand réseau de grottes au monde, derrière des cavernes en Malaisie, a été découvert dans la province de Chongquing que vous connaissez tous. Des caves si immenses qu’elles disposent de leur propre microclimat. Voyez plutôt :    

    

Les explorateurs expliquent que pour préparer la prise de cette photo, ils devaient murmurer dans des talkie-walkie faute de quoi ils étaient pris dans un maelstrom d’échos chaotiques.

Les explorateurs expliquent que pour préparer la prise de cette photo, ils devaient murmurer dans des talkie-walkie faute de quoi ils étaient pris dans un maelstrom d’échos chaotiques.

         

Les atteindre n’a rien de reposant, ce qui explique pourquoi ils ont mis tellement de temps à les découvrir : il faut compter des passages d’escalade, de longs moments de nage dans des boyaux inondés, des traversées de précipices à l’aide de cordes et une exploration minutieuse des nombreux boyaux rocheux, le tout dans un endroit qui n’a jamais vu la lumière. Et je ne vous parle pas du boss de fin.    

    

    

Mais une fois à l’intérieur, pardon ! Des vallées dans des grottes dans des vallées, avec leurs propres forêts, rivières et nuages, précipices et trous béants, son microclimat, ses endroits qui ont vu passer moins d’hommes que la lune, qui n’ont jamais connu la civilisation, voire la lumière…    

    

Bref, la Chine vient de se découvrir une Suisse-Allemande rien qu’à elle !    

    

Des volcans, des volcans partout !    

    

Au chapitre des bonnes nouvelles, les trucs toujours sympas à découvrir juste à notre porte, ce sont les volcans ; c’est comme trouver un obus dans son jardin, mais pour tout le monde. En revanche, les probabilités qu’une éruption cataclysmique ait lieu de notre vivant sont si minces que finalement, la meilleure réaction lorsque l’on en découvre un consiste encore à s’en foutre. Ça s’appelle « la méthode Pompéi ».    

    

Et ça fonctionne très bien.

Et ça fonctionne très bien.

    

Et bien ces derniers temps, on en a découvert trois, ce qui est pas mal.    

    

Le premier se situe à un gros millier de kilomètres du Japon, pays déjà tellement condamné par la pléthore de plaques tectoniques, de failles sismiques et de machins géologiques sur lequel il fait son funambule que finalement, un volcan de plus ou de moins passe tout simplement inaperçu. Ou passerait, si celui-ci n’avait pas une petite spécialité : pour en trouver un plus gros, c’est sur Mars qu’il faut chercher. Le plus balèze des volcans en activité connus sur Terre ne formerait que 2% de la masse de celui-ci.    

    

Relax cela dit : il fait dodo. Un gros, gros dodo. Je ne sais pas s’il faut dire heureusement, encore une fois un volcan de plus au Japon, c’est juste une balle perdue supplémentaire en direction de l’ambulance, un maigre risque additionnel d’arriver à un temps où les Japonais évoqueront Hiroshima ou Fukushima comme étant « le bon vieux temps », celui où ils avaient un pays.    

    

Allez un autre : aux Etats-Unis, plus précisément dans le parc de Yellowstone, au Montana, on ne s’est pas contenté de découvrir un volcan : on a découvert un supervolcan.    

    

Super !

Super !

    

Je vous épargne les théories évasives et contradictoires ponctuées d’hésitations et de raclements de gorge de volcanologues incertains pour arriver à l’essentiel : ça pourrait très bien entrer en éruption (et balancer plus de trois cents kilomètres cube de matière dans les airs), mais ça pourrait aussi tout à fait ne pas entrer en éruption, et sérieusement, pourquoi ces mecs-là répondent-ils à la question s’ils ne savent pas ?    

    

Au moins, tous les experts sont d’accord sur un truc : si ça devait arriver, on ne serait pas à la fête. Sauf en Russie. Et en Chine. Et probablement en Iran. Ah, et la Corée du Nord serait contente aussi. Jusqu’à ce que le nuage dégagé n’entoure totalement la Terre pour bloquer les rayons du soleil et que tout le monde y passe.    

    

Moralité : les Etats-Unis emmèneront toute la fichue planète avec eux. Rien qui ne nous étonne franchement, non ?    

    

Et le troisième ? Et bien le troisième, il est sous une gigantesque couche de glace en Antarctique.    

    

Et celui-ci, au moins, les spécialistes opinent tous du chapeau : il est totalement actif, la seule incertitude consiste à savoir quand il va nous péter au blair. L’événement ne sera toutefois pas suffisant pour satelliser toute la calotte glaciaire, mais on peut se faire une idée assez précise de l’effet d’un énorme coup de chaud à la base d’une titanesque couche de glace : on fait ça depuis des décennies.    

    

Le Monde Perdu, Australie    

    

Au nord de l’Australie s’étend un vaste territoire forestier cerclé d’à-pics vertigineux, de gouffres sans fond, de falaises béantes et de ravins escarpés dont l’impossibilité d’accès et l’incommensurable dimension de notre méconnaissance renvoie sans détour aux cauchemars des plus impitoyables aventures de Spirou et Fantasio.

« Hein ? Ah. »

« Hein ? Ah. »

    

Une zone effectivement si peu accessible et si reculée qu’elle fut tout simplement oubliée, ou en tout cas négligée, jusqu’en 2013 où une petite équipe de scientifiques s’y rendit en hélicoptère, probablement après avoir vu le tuyau dans « Jurassic Park ».    

    

C’est ainsi que les zigues se retrouvèrent dans un endroit totalement inconnu de l’homme et si coupé du reste du monde par sa curieuse formation géologique ainsi que d’anciens éboulements que toutes les espèces qui y vivent ont adopté un schéma d’évolution légèrement différent de leurs cousins « hors-zone ».    

    

En un petit mois, les explorateurs rapportèrent des clichés de trois espèces animales totalement inconnues :    

    

Chou non ?

Chou non ?

    

Ah pardon : j’avais oublié qu’on parle de l’Australie :    

    

Mieux.

Mieux.

    

Car oui, cette nouvelle aurait pu être charmante dans n’importe quel endroit du monde, mais en Australie, où la faune et la flore tout entière vous hait personnellement, elle adopte plutôt la forme d’une extension d’un jeu vidéo hardcore, ou une suite dispensable à une série de films d’horreur déjà pourtant bien complets.    

    

Blagues à part, réjouissons-nous et préparons les fûts de plutonium, les déchets chimiques et les montagnes de plastique : il reste des zones encore totalement ignorées de l’homme !

 

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