Les animaux-bombes

Publié: 14 mai 2014 dans Histoire, Zoologie

Attends, quoi ?!

Eh si.

Le fait que la guerre soit quelque chose de très moche est aujourd’hui communément admis par à peu près tout le monde, et même si on en vient gentiment à ranger cette considération dans le panier « philosophie baba cool », on peut quand même saluer le progrès accompli lorsqu’on sait qu’il y a pile un siècle, les jeunes générations européennes saluaient l’entrée de leurs nations dans une guerre fraîche et joyeuse, tandis que les trains les emmenaient à l’abattoir.

Mais malgré tout, le temps passe et cicatrise les blessures ; la guerre est certes moche, mais elle est surtout lointaine. On ne prend conscience d’une partie de sa réalité que lorsque l’on s’indigne des afflux de réfugiés qu’elle amène à nos portes. Nous autres Européens avons d’autres soucis, comme la crise, le chômage, la pauvreté grandissante, la mainmise des lobbies, le dumping salarial, la violence des jeunes, la maltraitance des animaux, la recrudescence des cambriolages, le travail au noir, l’immigration massive, l’évasion fiscale, l’augmentation du prix de l’essence, les abuseurs sociaux, l’obésité croissante, les maladies cardiovasculaires, le stress, la circulation routière, les gens qui ne vous répondent pas quand vous leur dites bonjour, ceux qui ne changent pas le rouleau de pq quand ils prennent la dernière feuille, bref, à chacun sa croix.

Peut-être ne serait-il pas inutile de se rappeler pourquoi la guerre est quelque chose d’à part, d’une horreur probablement inégalable, avant qu’on en vienne à la considérer comme l’égale d’un robinet qui goutte.

Par contre, comment qu’on s’y prend ? Parce que les arguments du type « les enfants souffrent » ont perdu de leur percutant à force d’être employés dans tous les débats politiques possibles, et les pillages, massacres et viols suffisent à peine à nous faire remplir un chèque occasionnel pour la Croix Rouge. Peut-être aussi que le fait de croire qu’il se passe exactement la même chose à cause des jeunes dans toutes les gares du pays nous a accoutumés aux horreurs de la (pas) guerre. On est blasé. On a vu tant d’abominations que nos âmes sont couvertes de cendres et nos cœurs changés en pierre.

On est des durs.

On a tout vu.

Y nous font bien marrer les Nord-Coréens, nous on a les Suisse-Allemands.

Et bien j’ai une proposition : peut-être que le citoyen lambda, entre deux lolcats et un commentaire réclamant le retour de la peine de mort à la suite d’un article sur un type qui a négligé son cheval, se laissera émouvoir par le fait que la guerre fait aussi du mal aux animaux. Je sais que c’est un peu lâche de faire appel à l’émotionnel, mais après tout, à la guerre comme à la guerre.

Alors voici un petit échantillon de ce qui se passe dans la tête d’un ingénieur militaire à qui l’on demande d’étoffer nos arsenaux de trente millions d’explosifs.

Les chiens antichars, URSS, 1941

Les historiens s’accordent à dire que lorsqu’une grande armée se déploie quelque part dans le monde, une fois sur deux c’est la Russie qui se la prend dans la gueule. 1941 ne fait pas exception puisque la Wehrmacht entreprend la conquête de l’URSS. Pendant une sombre période, pillages, meurtres, déportations et passages de blindés seront le quotidien des habitants. Donc comme d’habitude sous Staline, mais avec des blindés qui passent.

Repousser l’Allemagne était déjà un défi en soi, mais les purges staliniennes de même que le manque dramatique d’armes antichars rendaient la chose encore plus difficile ; pris entre la menace nazie et celle du camarade commissaire qui exigeait des résultats, les ingénieurs soviétiques cherchèrent désespérément des moyens de stopper la progression ennemie malgré leurs maigres ressources et, quelques cartoons plus tard, élaborèrent un plan :

Vous connaissez l’histoire de Boum le Chien ?

Vous connaissez l’histoire de Boum le Chien ?

Au rayon des ressources inépuisables du pays, on comptait entre autres des explosifs et des chiens errants ; allez savoir comment, mais on en vint bien vite à faire l’association d’idées. Il en résulta des toutous affamés et affublés de harnais chargés d’explosifs, qu’on habitua à chercher leur pitance sous les chenilles de chars en marche. Un détonateur s’activait lorsque la pauvre bête passait sous un blindé, et boum.

Il est difficile de juger précisément l’efficacité de cette méthode, mais les Soviétiques estimaient à 300 le nombre de blindés neutralisés par les « Hundminen », comme les appelaient les Allemands. L’idée fut néanmoins assez vite abandonnée, d’une part parce que les Russes finirent par développer de vraies armes, mais aussi parce que les quelques animaux qui ne fuyaient pas le vacarme des champs de bataille s’avéraient incapables de saisir la différence – pourtant évidente – entre un Panzer IV allemand et un T34 russe. En 1942, au terme d’une bataille gagnée ni par les Russes, ni par les Allemands, mais par les chiens morts, on oublia cette méthode en espérant qu’aucun bloggeur ne viendrait en parler. Peine perdue.

Les Rats Fourrés, Angleterre, 1941

1941 toujours, année sombre pour l’humanité mais aussi pour les bêtes, comme on s’en rend compte. Si les Russes la pilent sous l’avancée de la Wehrmacht, l’Angleterre n’a pas bonne mine non plus, écrasée sous les bombardements de la Luftwaffe et isolée par le foisonnement d’U-boot autour de l’île.

Il était urgent pour les Anglais de trouver des moyens d’inverser la tendance et l’on consacra beaucoup de réflexion à la question ; dès lors, quelque part au milieux des plans abscons et des théories fiévreuses, quelqu’un envisagea l’idée du rat explosif.

Le projet était le suivant : vous prenez un rat mort, vous lui enfoncez des explosifs dans le c** et vous vous arrangez pour qu’il finisse dans le charbon allemand ; plus tard, un vigoureux Boche le balance dans la chaudière en même temps qu’une pelletée de combustible et le tour et joué, il n’y a plus qu’à attendre que l’ennemi dépose les armes.

L’opération « Humour Anglais » peut débuter.

L’opération « Humour Anglais » peut débuter.

C’est ainsi que les serviteurs de sa très gracieuse majesté commencèrent à recueillir les rats morts, aimablement offerts par divers commerçants qui croyaient les bêtes à poils destinées à l’université. Hélas pour le monde libre, le plan échoua d’un rien : le premier chargement de rats morts explosifs – il faut bien l’appeler par son nom – fut saisi par l’ennemi qui fit vite suivre l’information. Le Royaume Uni abandonna l’idée aussitôt, ce qui n’empêcha pas l’Allemagne, visiblement impressionnée, d’inspecter scrupuleusement chaque chargement de charbon.

Et en dépit du résultat, un plan qui pousse votre ennemi à faire attention aux culs de rats morts ne peut pas être totalement considéré comme un échec.

Les Porcs Enflammés, Empire Romain

Si l’on se souvient encore aujourd’hui du nom d’Hannibal, c’est en bonne partie grâce à Anthony Hopkins l’exploit du général carthaginois, lequel, à la tête d’une grande armée comptant notamment des éléphants de guerre, fit traverser les Alpes à toute sa clique pour aller anéantir l’Empire romain. Nombre de légendes furent tissées autour de cet exploit, et beaucoup considèrent aujourd’hui l’Africain comme l’un des – sinon le – plus grands généraux de l’histoire.

Au vu du prodige, il est dommage qu’Hannibal ne parvint pas à renverser Rome, d’autant plus qu’une des raisons de sa défaite (mise à part l’avalanche qu’il aurait déclenchée en montagne) serait – conditionnel – l’emploi par l’ennemi de cochons enflammés, dont les hurlements terrifieraient les pachydermes. Je n’ai personnellement aucune peine à le croire, j’imagine que la scène doit avoir quelque chose de malsain.

Mais pas autant que le type qui a eu l'idée.

Mais pas autant que le type qui a eu l’idée.

Selon Pline l’Ancien, des porcs enduits de goudron, immolés puis dirigés vers les éléphants, auraient suffi à mettre ces derniers en déroute, ce qui n’est pas seulement une victoire, mais aussi et surtout un spectaculaire bras d’honneur à qui consacra tant de temps et d’efforts à leur faire traverser la moitié du monde.

Les pyropiafs, Ukraine, 946

On dit parfois que les femmes russes ou ukrainiennes peuvent être des vicieuses, dans le mauvais sens du terme. C’est probablement vrai, regardez :

Regardez-moi dans les yeux et dites « j’aimerais sortir avec cette femme ».

Regardez-moi dans les yeux et dites « j’aimerais sortir avec cette femme ».

Olga de Kiev était une reine ayant vécu à la fin du premier millénaire. Elle est surtout celle qui a posé les bases de la future Russie.

Dans les faits, elle est d’origine nordique, où elle était appelée « Helga ». Arrivée en territoire russe avec son mari, son beau-père et toute une armée de vikings, elle a réuni les peuplades locales sous son joug à coups de tatanes, comme le voulaient les traditions de son pays.

Durant son règne, elle anéantit nombre de tribus rivales, noya ses ennemis dans des flots de sang et de flammes, donna au mot « vengeance » une définition qui ferait frémir le Comte de Monte-Cristo, s’appropria les richesses de la région, enterra vingt personnes vivantes et, à sa mort, fut canonisée par l’église Orthodoxe, parce qu’elle était bien gentille.

Vous faites les malins avec vos prix Nobel/Confucius de la Paix, mais ça fait mille ans qu’une femme vous a battu à plates coutures.

Vous faites les malins avec vos prix Nobel/Confucius de la Paix, mais ça fait mille ans qu’une femme vous a battus à plates coutures.

En 945, Igor, le mari d’Olga, chevauchait de ville en ville pour récolter la taxe façon « Don Fanucci », poussant l’arrogance jusqu’à passer deux fois par bled et écrasant le petit peuple sous les impôts. Il aurait dû se méfier en arrivant auprès d’une tribu dont le prince s’appelait « Mal », lequel lui tendit une embuscade, lui régla son compte ainsi qu’à sa garde d’honneur, décapita le bonhomme, ouvrit son crâne, vira son cerveau et versa de l’or fondu à la place, convertissant la tête du roi en coupe à poser près de l’entrée pour y mettre ses clés et sa petite monnaie. Puis il envoya vingt émissaires expliquer à Olga que la tête de son mari servait désormais d’ornement décoratif et, aussi, lui demander sa main. Donc ce sont ces types-là qui finirent ensevelis vivants.

Elle fit toutefois mine d’accepter la proposition. Le prince, l’esprit trop occupé par les projections sans doute plaisantes qu’il se faisait de son avenir avec sa Danoise toute neuve, ne sentit pas le vent venir et tomba dans le panneau. Peu après, alors que les festivités avaient été interrompues par l’irruption de quelques armées de vikings armés jusqu’aux dents, le bon Mal tentait comme il pouvait de négocier sa reddition, qui fut acceptée au-delà de ses espérances : tout ce qu’Olga demanda, c’était des oiseaux. Que chaque habitant du bled lui donnât entre un et trois oiseaux trouvé sous son toit, peu importe lesquels, juste en signe de soumission – le prince n’avait de toute façon plus grand-chose d’autre à offrir – et la Reine s’en retournerait à Kiev. Son offre généreuse fut bien entendu acceptée.

Peu après le départ, à quelques centaines de mètres de la ville, Olga fit arrêter son armée ; chacun de ses hommes saisit un zoziau et lui attacha une sorte de mèche légère munie de fins morceaux de tissus. Puis ils allumèrent les mèches et lâchèrent les volatiles, qui s’en retournèrent précipitamment en ville, dans les maisons qu’ils venaient de quitter, avec leur nouveau copain le feu.

Quelques heures après, la ville entière était en cendres.

Batbombs, USA, 1942

Pour terminer, revenons-en à la seconde guerre mondiale, aux Etats-Unis plus précisément, où l’on cherchait à mater ces Japonais agités.

Mater… Japonais… Pigé ? Parce que « Maté », en japonais, ça veut dire « arrêter »… C’est drôle. C’est drôle !

Mater… Japonais… Pigé ? Parce que « Maté », en japonais, ça veut dire « arrêter »… C’est drôle. C’est drôle !

Probablement inspirés par l’exemple des vikings russes, les ingénieurs militaires mirent au point une méthode vaguement similaire, mais en ciblant les chauves-souris. Parce qu’elles sont moches.

Voici le plan : vous prenez des chauves-souris, vous leur attachez une charge incendiaire à une papatte, vous les tassez bien comme il faut dans une bombe munie de trous pour qu’elles puissent respirer (on n’est pas des monstres)…

Parce que je sais que vous me suspectez de raconter du flan, voici la bombe en question.

Parce que je sais que vous me suspectez de raconter du flan, voici la bombe en question.

 …puis vous larguez l’engin juste au lever du soleil. La bombe s’ouvre en l’air, libérant les petits animaux, certainement très sereins, que l’instinct va pousser à s’abriter de la lumière dans les bâtisses. Ensuite vous appuyez sur le petit bouton rouge et sortez les marshmallows.

En 1945, tout était prêt, des tests jugés très prometteurs avaient même été conduits, mais à aucun moment on ne s’est décidé à en faire usage. Pourquoi ? Et bien tout simplement parce qu’on estimait que c’était trop cruel envers les bêtes. Haha, je déconne : en fait, il y avait un autre projet d’arme qui arrivait gentiment à terme, et on en vint à le préférer. J’ignore bien pourquoi.

Une bombe atomique libère autant d’énergie que 45'630'488’272'846'669 chauves-souris incandescentes.

Une bombe atomique libère autant d’énergie que 45’630’488’272’846’669 chauves-souris incandescentes.

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