L’amour, toujours. Des fois.

Publié: 27 mai 2014 dans Sciences sociales

C’est moi ou il y a de l’amour dans l’air ces jours ? Je vois des yeux qui brillent et des sourires qui pétillent, j’entends des promesses et des soupirs, je sens un souffle plein de vie et de chaleur porter à mon oreille des murmures apaisants, j’assiste à toute la poésie idyllique des tendres instincts adoptant la forme d’un gros lapin fluffy pour se venir blottir contre mon petit cœur tout sec.

Aaaaaaaah, l’Amour ! Qu’y a-t-il de plus doux ?

Certes.

Certes.

D’une manière générale, l’amour peut nous faire faire n’importe quoi, mais vraiment. Un cœur qui bat un peu fort, c’est tout ça de raison en moins, ainsi qu’une propension à accomplir sottement tout ce que l’être de vos convoitises vous demande, même lorsqu’il ne fait aucun doute qu’il/elle se fout de vous. C’est ainsi que vous vous retrouvez en train d’aller siffler là-haut sur la colline, comme un con, tout seul.

Il ne fait aucun doute que, sous la douce tyrannie d’Aphrodite, vous avez par le passé accompli quelque action insensée au nom de vos espoirs, chose que vous regrettez probablement encore à ce jour ; combien sommes-nous, messieurs, à avoir chuté avec fracas de notre blanc destrier, nous ouvrant la lèvre sur les épines de la rose que l’on tenait serrée entre nos dents ? Combien êtes-vous, mesdames, à avoir pâli devant le hideux inconnu se cachant sous le heaume trompeur du prince charmant ? À quel prix se relève-t-on alors, hébétés, hagards, noyés sous les « j’te l’avais dit » des proches ?

Et bien rassurez-vous : quoi que vous ayez fait, aussi timbré soit votre couple, aussi malsaine soit votre relation, vous ne pourrez jamais prétendre être descendus aussi bas que les exemples qui suivent, lesquels seront pour vous autant de pelletées de terre recouvrant encore un peu plus le tombeau de vos espoirs en la vie à deux.

Jordan Cardella

Nous avons tous accompli des choses invraisemblables par amour, comme par exemple écrire un poème, porter un cabas chargé de commissions, se battre au fleuret sur le pont d’un navire pirate en se balançant à une corde ou encore passer deux plombes à parler à un foutu téléphone.

Et que dire alors lorsque votre relation arrive à terme ? Lorsque vous sentez, impuissant, votre santé mentale tomber en lambeaux sous les griffes amères du ressentiment, lorsque vous la pilez tellement que ce qui domine n’est plus la douleur, mais la fatigue de cette douleur, si jamais vous n’avez, à l’heure où tout sommeille, tandis qu’elle dormait, oublieuse et vermeille, pleuré comme un enfant à force de souffrir, crié cent fois son nom du soir jusqu’à l’aurore, et cru qu’elle viendrait en l’appelant encore, et maudit votre mère, et désiré mourir… (C’est de moi, si si !*tousse*)…Euh… Où j’en étais ? Ah oui : c’est pas marrant. Soumis à tant de souffrance, on peut aller jusqu’à demander à un ami de nous tirer dessus trois fois à l’arme à feu pour inspirer de la pitié à notre ex.

Pas vrai Jordan ?

À l’image : un ami.

À l’image : un ami.

Donc oui : Jordan Cardella, 20 ans, a supposé que le meilleur moyen de faire revenir son ex dans ses bras passait par trois pruneaux dans le buffet. Quand on a un cœur en miettes, on n’est plus à quelques bastos près, et puis un gros chagrin d’amour ça influe sur le peu de lucidité que vous avez à 20 ans. Donc pan. En outre, quand on a des amis prêts à vous défourailler dessus sur demande, il serait regrettable de ne pas en profiter au moins une fois, surtout que notre copain Jordan, pourvu d’un casier judiciaire, n’avait pas le droit de détenir une arme : s’il avait ouvert le feu lui-même, il aurait pris un risque.

Vous l’avouerais-je ? Ça n’a pas marché aussi bien qu’il l’aurait voulu. Pas le coup de la balle, ça c’était ok, elle a bien eu l’effet escompté :

« Merci mec ! »

« Merci mec ! »

Mais à aucun moment la dame de ses pensées ne s’est donné la peine de passer le voir à l’hôpital, ce qui forme le premier acte sensé de cette histoire. Ah non, le second : lorsque, touché au bras, le bizarre mais néanmoins très déterminé Jordan se vidait de son sang au sol en enjoignant son pote à poursuivre son bon travail, ce dernier refusa tout net et arrêta les frais.

Ce qui explique pourquoi son plan n’a pas fonctionné.

Par contre, Jordan aura pu se consoler avec une autre visite, à savoir celle de la police qui ne partageait pas sa conception du romantisme. Et comme la raison de celui qui peut légalement infliger à autrui une peine de jours de travaux d’intérêts généraux est toujours la meilleure, le point de vue de la police s’imposa à ses deux adversaires – la victime et l’autre victime – par cent à zéro.

Alexey Bykov

Au chapitre des idylles de la vie à deux ne figure certainement pas le fatal accident de voiture vous arrachant brutalement l’être aimé, je pense que c’est entendu.

À la rigueur, ça peut passer en bateau.

À la rigueur, ça peut passer en bateau.

Mais si allez, imaginez : vous arrivez à votre lieu de rendez-vous tout sourire et, au lieu de trouver Tilapin en train de vous attendre en pianotant sur son smartphone, c’est au milieu de la route que vous le voyez, inerte, ensanglanté, refroidi. Tout autour s’active du personnel médical et policier entre des carcasses de voitures et des témoins assistent à la scène. Alors un infirmier s’approche de vous et vous explique qu’il va falloir redéfinir votre situation amoureuse sur Facebook.

Irena Kolokov pourra vous l’affirmer, expérience faite : ce n’est pas drôle. Lorsque ça lui est arrivé, elle éclata logiquement en sanglots et s’éloigna de la scène en titubant, hébétée de chagrin. J’imagine que je ferais plus ou moins pareil, à la rigueur en chancelant plutôt qu’en titubant, mais la différence s’arrêterait là. Irena est si choquée qu’elle ne voit pas la porte de l’ambulance s’ouvrir et feu Alexey Bykov sortir du véhicule tout sourire en tenant des fleurs et un ballon, un stupide ballon doré. Après s’être fait taper dessus, secouer comme un prunier, traiter de tous les noms, menacer et maudire (le tout en russe, ce qui est encore plus intense), il pose le genou à terre et lui demande sa main, maintenant qu’elle avait eu le temps de prendre conscience du fait que la vie sans lui ne valait pas la peine d’être vécue (sic).

Parfaite idylle.

Parfaite idylle.

Oh, et elle a dit oui. Oui ! Comme quoi l’amour est bel et bien inconditionnel !

Mesdames, vous persistez à inventer des raisons toujours plus débiles les unes que les autres pour nous larguer à tout bout de champ, mais à lui, là, après un coup pareil, vous dites oui ? Vous vous foutez de nous ??

Non, je plaisante ; il faut bien reconnaître que ce type sait mettre les petits plats dans les grands lorsqu’il s’agit d’exprimer son mauvais goût : pour préparer sa demande en mariage, il avait loué les services d’un metteur en scène, d’un maquilleur, d’acteurs divers, de cascadeurs (?) et même d’un rédacteur.

Carlos Roberto de Jesus

Maintenant qu’à la lecture de son nom vous vous êtes tous imaginés ce type à la croisée des chemins entre le sympathique ex footballeur brésilien Roberto Carlos et le Christ, j’aimerais préciser que cet ex-tôlard a été engagé pour tuer une femme.

Notre histoire se déroule au Brésil et elle inclut de l’amour, de la jalousie, un gros paquet de naïveté, une solide dose de poisse, un flacon de ketchup et une vieille ruse d’opéra, ça s’annonce épique. Tout commence lorsque Maria Simoes se rend compte que son mari la trompe avec une femme répondant au joli surnom de Lupita.

Marie demanda donc à Jésus de commettre un meurtre pour environ 350 Euros (l’équivalent de trente deniers d’argent de nos jours).

Vanner à la fois l’Évangile et les prénoms portugais : check.

Vanner à la fois l’Évangile et les prénoms portugais : check.

Carlos accepte et part en repérage ; après avoir localisé sa future victime, il se rend compte que celle-ci est une amie d’enfance à lui. Ils se reconnaissent, se tombent dans les bras l’un de l’autre et c’est le début d’une belle histoire d’amour.

« Alors les enfants, est-ce que je vous ai raconté comment j’ai rencontré maman ? »

« Alors les enfants, est-ce que je vous ai raconté comment j’ai rencontré maman ? »

Inutile de dire qu’il était difficile à Carlos de conjuguer vie sentimentale et professionnelle ; comme il lui fallait bien se sortir de ce mauvais pas, il chercha à ménager la chèvre et le chou (je vous laisse déterminer qui est quoi) et élabora une mise en scène subtile et criante de vérité pour faire croire au succès de sa mission alors qu’en fait non. Le résultat ci-dessous :

C'est Lupita qui se fout de la charité

C’est Lupita qui se fout de la charité

Donc voilà : du ketchup, un couteau ostensiblement serré entre le bras et le corps, un bâillon, un air parfaitement serein après un prétendu meurtre à l’arme blanche et, pour finir, une seule victime : le t-shirt. C’est presque touchant tellement c’est naïf.

Inutile de préciser que la ruse n’a pas fonctionné et que – ah non, pardon : c’est passé comme une lettre à la poste.

Une journée rentable pour Carlos qui, pour un flacon de ketchup, toucha 350 Euros et trouva le Grand Amour. La pêche miraculeuse ! L’histoire aurait pu se terminer ainsi, mais le destin sentit que la chose avait encore du potentiel : quelques jours plus tard, alors qu’elle fait tranquillement ses commissions, Maria aperçoit Carlos et Lupita en train de roucouler au marché ; son sang ne fait qu’un tour, elle lève le poing vers eux et leur promet l’enfer. La colère divine n’est rien comparée à celle de la femme que vous avez trahie. Carlos l’apprendrait à ses dépens.

Et c’est bien ce qui arriva : lui et sa douce furent jugés pour escroquerie. Oui oui, jugés. Par la justice. Après qu’une procédure ait été déclenchée. Parce que Maria était allée les dénoncer aux flics. Pour vol. En leur racontant toute l’histoire.

Maria, donc, est actuellement jugée pour menaces de mort et tentative d’assassinat. Et elle s’en sort plutôt bien : on ne condamne pas l’idiotie. Comme si ça ne suffisait pas, l’affaire fut tant relayée par des médias hilares que la pauvre cocue, déjà pourtant bien punie, est aujourd’hui la risée de son patelin où elle fait désormais figure de porte-étendard de la crédulité.

Dick Kleis

(Ok, celui-ci il est plutôt chou)

Le véritable Amour demande – que dis-je, exige – d’être exprimé à tout instant, par tous les moyens, à tout prix ; cela peut adopter la forme d’un arrêt soudain au coin d’une rue pour un échange fougueux d’étreintes et de baisers, d’un simple regard qui en dit beaucoup, d’un désir charnel brûlant et intempestif, d’un discret mais si tendre petit mot écrit sur un post-it, de quelques fleurs, d’une main qui serre la vôtre à un moment inattendu ou de soixante tonnes de fumier.

La preuve en image :

À Mühleberg, ils font pareil avec du plutonium.

À Mühleberg, ils font pareil avec du plutonium.

Tout ce précieux engrais naturel pour écrire – en abrégé, certes, c’est la crise – « joyeux anniversaire, je t’aime », qui dit mieux ? Et pas n’importe-quel fumier : comme nous l’explique notre expert en scatoromance, il en faut un type bien spécifique, chaud et pâteux, pour faire fondre la neige et assurer que l’œuvre tienne le temps que Carole, sa femme, se réveille, ouvre les volets, plisse le nez, écarquille les yeux, refrène un hoquet d’horreur et se pâme de bonheur.

En tous cas merci pour le tuyau Dick !

Trois heures que ça lui a pris au bonhomme ! Vous et moi ne passons même pas cinq minutes sur Fleurop avant de nous rabattre sur un bouquet au bol, et bien lui il consacre tant de temps, de moyens et d’efforts pour exprimer son affection qu’au cours des heures qui suivent, si l’on n’y prend pas garde, on aurait vite fait de marcher dans son amour.

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