L’espace, c’est n’importe-quoi

Publié: 4 juin 2014 dans Physique

L’une des théories scientifiques les plus crédibles concernant la naissance de l’univers nous apprend qu’après avoir créé Ciel, Terre et Mer, les dieux se réunirent pour une petite sauterie ; malheureusement, la bonne humeur aidant, les choses gagnèrent rapidement en proportion jusqu’à déraper méchamment, et ils firent à terme péter une telle nouba que tout le monde dans le panthéon finit sur le toit.

  

À leur réveil au milieu des bouteilles vides, entre les bribes de souvenir douteux, les statuts Facebook incompréhensibles et les petits nains qui leur tapaient dans le crâne, les dieux découvrirent avec horreur qu’ils s’étaient livrés à des concours débridés sur le thème de la création. Leur seule solution consista à inventer l’espace infini, tout au fond duquel ils cherchèrent à cacher les conséquences de leur débauche.

  

En vain, car à l’instar d’une obscure photo Tillate qui finit par révéler vos excès au grand public, les preuves accablantes ne tardèrent pas à être pointées du doigt et je vais me charger de remplir le rôle du média moralisateur, dénonciateur et pas très bien renseigné.

  

Voici donc un échantillon des objets et phénomènes les plus absurdes que vous trouverez dans le cosmos.

  

Les usines bling bling

  

L’or est reconnu comme étant le matériau précieux que tout le monde voudrait posséder à foison, alors qu’objectivement, on ne peut pas vraiment en faire grand-chose d’utile, mis à part peut-être des dents, des pistolets, des statues de tyrans ou des anneaux maléfiques.

  

Ou à la rigueur ça, encore que je ne suis pas sûr de savoir ce que c'est.

Ou à la rigueur ça, encore que je ne suis pas sûr de savoir ce que c’est.

C’est peut-être parce que tout au fond de nous, on sait d’où il provient : du choc entre deux étoiles à neutrons. C’est en tous cas la théorie en vogue.

  

Vous vous souvenez peut-être d’un billet sur le sujet au cours duquel nous avions vaguement évoqué ce qu’est une étoile à neutrons : une masse stellaire bien tassée, comprimée dans un espace de seulement quelques kilomètres de diamètre, lourde comme une blague sur les blondes, résultant de l’implosion du cœur d’une étoile lorsque cette dernière essaie de diviser les lois de la physique par zéro mais n’a pas assez de masse pour obtenir un bon vieux trou noir.

  

C'est ça.

C’est ça. (Il paraît.)

Or, les étoiles vivent souvent en couple, comme nous, mais en plus gros. Dès lors, deux supernovas plus tard, vous risquez de finir avec deux étoiles à neutrons qui gravitent l’une autour de l’autre, se rapprochant d’abord lentement, puis gagnant en vitesse, jusqu’à l’infime fraction de seconde durant laquelle a lieu la collision finale.

  

Et c’est une infime fraction de seconde très, très musclée. Les étoiles vont se tourner autour plusieurs dizaines de fois jusqu’à ce que l’énergie dégagée ne brise la croûte de la plus petite, dont la matière ira rejoindre l’autre ; l’explosion qui en résulte défie toute description, un sursaut gamma est émis, lequel génère plus d’énergie que le Soleil n’en émettra tout au long de sa carrière, un trou noir se forme au centre et une énorme quantité de matière – plusieurs fois la masse de Jupiter – est propulsée au loin à une température de plusieurs milliards de degrés. C’est durant le long processus de refroidissement qu’y apparaîtra l’or. Dont quelques échantillons auront frappé la Terre pendant sa prime jeunesse.

  

La planète d’origine des gothiques

  

Derrière le joli nom de Gliese 581 c se cache une planète qui serait en théorie habitable. Permettez-moi d’insister sur le mot « théorie ».

  

Toujours selon la théorie, la météo a l’air délicieuse.

Située à proximité d’une naine rouge, Gliese 581 c connaîtrait des conditions de vie très vaguement comparables à celles de la Terre, avec des températures oscillant entre 0 et 40 degrés, soit un printemps en Suisse. Au vu de son étoile, le ciel serait de couleur rouge et la végétation, obligée de taper dans l’infrarouge pour sa photosynthèse, arborerait une jolie couleur noire.

  

Le problème, si tant est que jusqu’ici ça vous convenait, c’est que la planète est trop proche de son étoile pour tourner sur elle-même, ce qui signifie qu’elle lui présente toujours la même face, un peu comme la lune pour nous ; en conséquence, la surface exposée est probablement beaucoup trop chaude et l’autre trop froide. Il vous reste la zone médiane, située dans un éternel lever/coucher de soleil, ou vous auriez un pied au frais et l’autre au chaud et où les températures devraient être acceptables. Par contre, entre le froid glacial et la chaleur extrême situés à une faible distance, les échanges d’air seraient tels que ces zones seraient constamment soumises à des tempêtes et des précipitations apocalyptiques, ce qui vous donnerait l’impression d’avoir colonisé la Bretagne.

  

De toutes les planètes que l’on connaisse, Gliese 581 c est celle où la probabilité que la vie s’y soit développée est la plus élevée, c’est pourquoi un message y a été envoyé en 2008 pour contacter les éventuels habitants du patelin. Ils devraient le recevoir courant 2029, et nous envahir peu après.

  

Je dis ça, mais la blague a déjà été faite par Hollywood, puisque le film « Battleship » joue sur ce scénario précis : les habitants de Gliese reçoivent notre message et viennent nous péter la gueule.

« Ça vous apprendra à appeler aux heures des repas ! »

« Ça vous apprendra à appeler aux heures des repas ! »

Une étoile plus ancienne que l’univers

  

Quelque part dans la constellation de la balance se trouve une étoile judicieusement nommée HD 140283, traçant à plus d’un million de kilomètres à l’heure autours du centre de la galaxie. Au vu de son parcours et de sa composition, on se rend compte qu’elle est au moins aussi vieille que la Voie Lactée.

C’est celle de gauche.

C’est celle de gauche.

Comme un jour quelqu’un a décidé qu’il était important de connaître son âge précis, la volonté et les instruments des Terriens furent braqués sur l’astre à la bourre et, au moyen de deux techniques différentes jouant sur la composition chimique de l’étoile ou sur la luminosité qu’elle dégage, on arriva à une estimation assez précise : HD 140283 aurait environ 16 milliards d’années au compteur.

  

Soit deux milliards et demi de plus que l’univers.

  

La réaction du milieu scientifique ne se fit pas attendre : on commença par dire « ? » puis l’on renomma l’astre « l’étoile Mathusalem ». On comprit aussi rapidement que l’incroyable vitesse du machin rendait très compliquée l’estimation de son ancienneté et que, peut-être, éventuellement, il y avait une erreur quelque part.

  

On effaça donc le tableau noir et on reprit à zéro, cette fois-ci avec l’aimable participation du télescope de Hubble, et l’on parvint à une réponse, comment dire, un peu moins fausse : 14.5 milliards d’années. Seulement sept-cents millions de plus que l’univers. Avec une marge d’erreur de huit-cents millions d’années. C’est bon les gars, faut forcer un peu mais ça rentre !

  

Dans tous les cas, HD machin est sans conteste l’étoile la plus ancienne que l’on ait décelée dans l’univers, ce qui lui donne un statut à part et lui vaut un certain respect de la part du reste du corps stellaire de la galaxie. En outre, il semblerait qu’elle soit « pauvre en métaux », ce qui veut dire qu’elle ne contient presque que de l’hydrogène et de l’hélium, renvoyant sa naissance à une époque où le cosmos n’avait pas encore inventé les trucs cools comme l’oxygène, le néon ou le carbone. Elle est un peu comme ces anciens qui n’ont pas d’ordinateurs.

  

Le LQG – Large Quasar Group

  

En 2012, nos chercheurs découvrirent quelque chose d’inattendu, l’analysèrent, l’observèrent, réfléchirent et dirent « yep, c’est impossible ! »

  

Ils venaient de découvrir le « Large Quasar Group », en français le « Large Groupe de Quasars ». Je vous en prie.

  

Un quasar, c’est le nom qu’on donne à ces galaxies généralement jeunes dont le centre est constitué comme presque toujours d’un trou noir supermassif, lequel décide de se la jouer Grossebouffe en se mettant régulièrement des étoiles bien fraîches derrière la cravate, les enchaînant comme un vulgaire mètre de tequila shots au club du coin.

  

Et comme un trou noir, par définition, c’est déjà bien blindé question matière, lorsque les étoiles se succèdent cela crée tant de frottement qu’une luminosité démente est dégagée, et ce continuellement puisqu’il bouffe sans arrêt. Ils sont à ce jour les éléments les plus brillants découverts dans l’univers, de loin. De fait, des quasars situés à des distances incalculables sont largement plus faciles à voir que des étoiles bien plus proches, même avec un équipement d’amateur.

Sinon y a toujours Google.

Sinon y a toujours Google.

Donc voilà, vous savez ce qu’est un quasar. Maintenant, si vous en prenez septante-trois et que vous les tassez dans une zone de quatre milliards d’années-lumière de diamètre, vous avez le Large Quasar Group.

  

C’est d’autant plus intrigant pour les scientifiques que jusque-là, il était plus ou moins admis que la taille maximale d’une structure spatiale était d’environ 1.2 milliard d’années-lumière (sinon c’est trop grand). Pour comparaison, la Voie Lactée en mesure cent-mille, et le groupe de galaxies auquel elle appartient, le groupe de la Vierge, en mesure cent millions (à peu près).

  

Eh bien à quelque neuf milliards d’années-lumière d’ici, vous avez une sorte d’incinérateur multiple à étoiles qui mesure quarante mille fois notre galaxie.

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