Merci, extinction !

Publié: 12 juin 2014 dans Histoire, Zoologie

L’imaginaire collectif tend à considérer les dinosaures comme d’énormes lézards placides arpentant paresseusement les forêts et marécages démesurés du passé en contemplant les volcans actifs et en regardant passer les météores.

    

Du reste, l’imaginaire collectif devrait y aller mollo avec le pastel.

Du reste, l’imaginaire collectif devrait y aller mollo avec le pastel.

    

Vous remarquerez d’ailleurs que l’imaginaire collectif a aussi un peu trop tendance à les voir tous groupés à la même place, à cinq mètres les uns des autres, un ou deux par espèce, chacun vaquant à ses occupations même quand ça castagne juste à côté ; peut-être sommes-nous quelque peu menés par nos clichés.

    

La faute à Hollywood, pour changer ! C’est à cause des Américains si nos idées sont faussées, si l’on se représente les vélociraptors comme étant des bêtes diplômées en sciences militaires et surdimensionnées, ou les tyrannosaures comme des ninjas du Crétacé se glissant d’ombres en ombres pour happer les raptors au vol.

    

Mais que voulez-vous, les petiots aiment trop les dinosaures pour qu’on soit complètement honnête avec eux ; on ne peut pas lâcher froidement l’enclume de la réalité sur le fragile cristal de leurs rêves d’enfants ! Nous nous sentons un peu obligés, par égards envers nos têtes blondes qui, comme nous un temps, vénèrent le souvenir de nos ancêtres ovipares, d’arrondir les un peu les angles.

    

Car on sait tous que dans les faits, certaines des bêtes qui peuplaient la Terre à cette époque étaient autrement plus terrifiantes que ce qu’on veut bien montrer à la télévision, des monstres à côté desquels toute notre technologie ne servirait au mieux qu’à nous mettre à égalité.

    

Josephoartigasia monesi

    

Quelques part entre l’Uruguay et vos cauchemars a vécu un temps ce rongeur de trois mètre de long et pesant une grosse tonne dont on a retrouvé dernièrement un crâne fossilisé de 57 centimètres, déjà menaçant à lui-seul.

    

D'après les chercheurs, le film Ratatouille aurait été sensiblement différent à l'époque.

D’après les chercheurs, le film Ratatouille aurait été sensiblement différent à l’époque.

    

Les scientifiques estiment qu’il s’agit là du plus gros rongeur ayant jamais peuplé la planète et je frissonne en songeant à la taille des microbes dont il devait être le vecteur. Et je n’ai pas besoin de vous rappeler la tendance que développent les rongeurs à la surpopulation et aux nuées grouillantes.

    

Leurs incisives mesuraient environ une trentaine de centimètres de long et leur servaient à ronger les os des dragons qu’ils happaient et étouffaient à l’aide de leurs mâchoires. Ils ont vécu entre le pliocène et le pléistocène, ce qui explique pourquoi ces ères sont révolues.

    

Titanoboa Cerrejonensis    

    

Le titanoboa nous renvoie au paléocène, cette période où les boa étaient tellement énormes qu’on s’est senti obligé d’ajouter le mot « titano » devant pour ne pas les vexer.

    

Car vous n’avez pas envie de les vexer.

Car vous n’avez pas envie de les vexer.

    

C’est dans une mine de charbon au nord de la Colombie que fut découvert le titanosquelette en 2009 ; des analyses permirent d’estimer la taille du bestiau à une quinzaine de mètres de long pour un de large et son poids à une moyenne d’une tonne et demi. On pense qu’il se nourrissait essentiellement de crocodiles, de Predators et de vos rêves.

    

Précisons également qu’il a, on ne sait trop comment, survécu au cataclysme qui a mené les dinosaures à l’extinction, faisant de lui le plus gros prédateur terrestre pendant quelques millions d’années. Puis, extinction majeure oblige, le titanoboa ne trouva plus de quoi alimenter son corps absurdement énorme et rétrécit au fil des éons, jusqu’à devenir notre ridicule banaloboa contemporain, moins propre à chasser du crocodile qu’à se planquer lâchement dans les bosquets (d’où son surnom de « boa de santal »).

    

Liopleurodon

    

La planète frissonne encore au lointain souvenir du liopleurodon, sorte de croisement entre un sous-marin nucléaire et Cthulhu à qui on aurait demandé d’arborer un air menaçant.

    

Cette bête a été dotée de plusieurs noms différents, parmi lesquels « Hainosaurus », pour des raisons évidentes.

Cette bête a été dotée de plusieurs noms différents, parmi lesquels « Hainosaurus », pour des raisons évidentes.

    

L’image ci-dessus représente l’un des plus énormes prédateurs de tous les temps, un monstre marin pouvant atteindre les 15 mètres de long dont le rôle dans le grand cycle de la vie était d’être horrible. Sa triple rangée de dents ne lui servait pas à mâcher ses proies, mais à les empêcher de sortir lorsqu’il les avalait tout rond.

    

Ah, et ce n’est pas ça le liopleurodon : ce truc-là s’appelle, comme précisé plus haut, « hainosaurus » ou « tylosaurus ». Si j’en parle, c’est parce que le liopleurodon, avec ses 25 mètres de long et ses 150 tonnes, se nourrissait essentiellement du hainosaurus.

    

Et ça ne le rendait pas aimable.

Et ça ne le rendait pas aimable.

    

Sauf que je vous raconte peut-être n’importe-quoi ; voyez-vous, la taille du liopleurodon divise la communauté scientifique, qui l’estime, selon le point de vue, entre cinq et vingt-cinq mètres de long, au lieu de ne rien dire du tout. Selon eux, la palme du plus grand prédateur marin se disputerait entre le tylosaurus, le liopleurodon et un troisième larron nommé chronosaurus, d’après le titan Chronos, ce qui donne une idée du bestiau.

    

Mais peu importe, honnêtement ; ce machin-là, ils peuvent bien l’appeler comme ils veulent, ce qu’on en retiendra c’est qu’il existait dans les océans de l’époque des bêtes capables de s’aligner toute la faune de Jurassic Park comme des saucisses apéritif ; et elles étaient équipées pour : leurs dents, d’après les chercheurs, pouvaient briser les larges carapaces des pieuvres géantes de cette époque, parce que oui, à cette époque, même le Kraken devait passer une armure pour avoir une chance de survivre.

    

Dunkleosteus

    

Vous savez comme on tend à représenter les idiots pourvus de longues incisives ? Et bien ça marche aussi avec les poissons :

    

Même sans ça, ça n'aurait pas franchement l’air éclairé.

Même sans ça, ça n’aurait pas franchement l’air éclairé.

    

Le dunkleosteus a vécu durant le dévonien, un âge où les dinosaures n’existaient pas encore et maintenant vous savez pourquoi. Quatre tonnes d’amour, dix mètres de long, des dents bien évidemment très tranchantes et une énorme carapace autours de son corps et essentiellement de sa tête, cet aimable poisson nous apprend que le Paléozoïque était un peu la phase « Heavy Metal » de la planète, avec cette tendance marquée à l’exagération.

    

Sinon, ce bestiau est reconnu pour la force de sa morsure, plus du double de celle d’un requin blanc ; au vu de la position de ses dents et de ce qu’on comprend de sa musculature, il est estimé que notre ami était capable d’exercer en un seul endroit la plus forte pression du règne animal et d’ouvrir la gueule en un cinquantième de seconde, créant ainsi un effet de succion propre à aspirer ses proies, un peu comme s’il leur faisait un bisou avant de les sectionner. Ce qui est gentil.

    

Le grand frère (costaud) du T-Rex

    

(Ici en pleine réflexion.)

(Ici en pleine réflexion.)

    

Lorsqu’on vous parle de dinosaures, vous pensez comme tout le monde au tyrannosaure, voire au tricératops si vous êtes végétarien. C’est un peu l’image dominante que notre société a retenu du règne de ces gros reptiles, à la manière des légionnaires qui nous évoquent l’époque romaine, ou des animaux dansant en rond qui nous renvoient à la culture Apache.

    

Et pourtant, curieusement, on a zappé un point important, ou en tous cas qui aurait dû nous interpeller : le tyrannosaure, il ne fallait certes pas lui souffler dans les naseaux, mais c’était plus ou moins le chétif de la famille, celui tout pâlot qui ne va jamais au soleil, qui pleure pour un oui ou pour un non et reste dans un coin de la cour en marmonnant.

    

Parce que dans la même famille, vous avez deux ancêtres qui assument clairement le rôle de « cousins crétins mais costauds » du t-rex, de ceux que vous appelez pour déplacer un canapé ou pour rayer un continent de la carte : le gigonotosaure et le carcharodontosaurus.

    

Le gigonotosaure était plus ou moins semblable au bon vieux Rex, mais d’une taille au dessus. Le carcharodontosaurus, lui, était très proche du gigonotosaure, mais en beaucoup plus difficile à prononcer. En tous cas, ceci nous apprend une chose : certes, ces bêtes étaient démesurées, mais on remarquera qu’à peine elles avaient commencé à diminuer en taille qu’elles se prenaient un météore sur le museau. On ne plaisantait pas à l’époque.

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