Vacances de rêve

Publié: 18 juin 2014 dans Géo
Ce genre de rêves

Ce genre de rêves

Savez-vous qu’on a enfin rétabli la peine de mort à l’encontre des enfants aux Maldives ? Ça fera de quoi meubler quand vous y serez, parce que quinze jours sur votre île à faire de la plongée et de la bronzette, vous allez finir par trouver le temps long. Une petite pendaison ou une séance de coups de fouet devrait vous dépayser, et puis ça serait dommage d’aller jusque là-bas sans vous intéresser à la culture locale.

Seulement voilà, c’est loin et c’est cher. Et aussi, peut-être, vous n’avez pas envie de donner votre argent à des intégristes qui dégomment des femmes et des enfants, parce que vous n’êtes pas ouvert aux autres modes de vie. Il doit bien y avoir des moyens de se divertir à l’étranger sans que ça implique des enfants morts.

Et vous avez raison ! La Terre est un endroit vaste, le tourisme un secteur important et rares sont les barrières morales que quelques billets de banque ne peuvent jeter à bas. Alors, pour ces prochaines vacances, si vous recherchez une expérience propre à imposer une impression forte ainsi qu’un silence gêné lorsque vous en parlerez à la rentrée, pourquoi ne pas envisager une des solutions suivantes ?

Tour des Favelas

Si vous avez aussi senti une désagréable piqûre de jalousie à l’idée que les favelas brésiliennes étaient réservées aux pauvres, sachez qu’à Rio de Janeiro on a, comme toujours, œuvré pour la justice et l’équité.

Vous avez la justice au premier plan et vous pouvez voir l’équité se répandre dans le fond.

Vous avez la justice au premier plan et vous pouvez voir l’équité se répandre dans le fond.

Par contre il est possible que l’activité ait subi une métamorphose très récemment, au vu de l’effort du pays pour ranger ses pauvres à l’arrivée du mondial de foot – on ne peut pas avoir une coupe du monde et des favelas – mais j’ai bon espoir qu’avant peu la misère triomphera à nouveau dans les rues de la capitale.

Cinquante dollars, dont une petite partie va aux pauvres (ou ceux qui les représentent), et vous avez la journée pour vous balader tranquillement dans les ruelles et visiter les taudis comme des musées, goûter à la cuisine locale et toucher des vrais pauvres. Une aventure dépaysante et enrichissante qui illustre très bien la différence entre vacances et émigration. Presque autant qu’en Valais.

Et pas de danger : la sécurité est assurée par les cartels de drogues, qui postent des hommes armés aux endroits clés.

Il n’empêche que cette expérience nous montre que lorsque la pauvreté crève le plafond dans un pays, elle suit une sorte de cycle qui, à terme, mène à la création de nouvelles niches de marché et d’activités rémunérées, ce qui est un merveilleux message d’espoir pour l’avenir.

Nager parmi les crocodiles

Si vous vous rendez souvent en Océanie, il y a fort à parier que vous mourrez sous les crocs d’un des innombrables Avatars de la Mort qui composent la faune australienne et que vous en êtes conscient.

Sachant cela, pourquoi ne pas vous en offrir un avant-goût en allant provoquer un crocodile marin directement dans son élément ? C’est ce qui vous est aimablement proposé à Darwin – dont le nom devrait résonner comme une mise en garde – où vous attend la « Cage of Death » – même remarque – dans le « Crocosaurus Cove » et non, ce n’est pas un repaire de méchant de cartoon.

Communion entre l'homme et la nature.

Communion entre l’homme et la nature.

Paré de votre équipement de plongée, vous vous immergez près d’un crocodile marin dans une cage en plexiglas blindée et bien évidemment transparente à laquelle ont été préalablement accrochés des morceaux de barbaque, afin d’être sûr que le reptile fasse l’association d’idée « touriste=repas ». Comme celui-ci est déjà bien énervé parce que vous êtes quand même en train d’envahir son territoire, il tente en vain de vous ajouter au menu, n’y parvient pas et monte dans les tours. Vous avez quinze minutes pour vous payer sa tête, à moins qu’il ne se la joue « pieuvre » et trouve un moyen d’ouvrir la porte entretemps, ce qui finira bien par arriver.

Câlin !

Câlin !

Ce qui est déjà arrivé par contre, c’est que le câble cède et que la cage aille percuter le fond du bassin en criant « à table ! ». Mais le plexiglas a tenu bon, ce coup-ci, et les occupants n’ont passé que deux minutes sous l’eau, qui ont dû paraître relativement longues.

Tuer des animaux au lance-roquettes

( ↑ Je vous laisse une seconde pour assimiler l’information.)

Voici à peu près tout ce que je sais sur le Cambodge :

Bon, j’exagère. Mais pas tant que ça. Sincèrement, la première chose qui me vient à l’esprit quand je pense au Cambodge, c’est qu’à la mort de Pol Pot ils ont fait cramer son corps avec des ordures et des pneus et oh mon Dieu, comment puis-je exprimer l’ampleur de mon adoration envers un peuple qui traite un dictateur comme un solide tas de merdes bon à faire flamber comme une vulgaire platée de taren…

*Déglutit avec peine*

*Déglutit avec peine*

Attendez, ces gens-là mangent des tarentules ? Quelle horreur ! Est-ce qu’on leur a dit que chez nous on ne fait pas ça du tout ?

Bref. Voici un truc que vous ne saviez peut-être pas sur le Cambodge : c’est pété de stands de tir. Notamment, on en trouve un qui vous propose des cibles mouvantes. Et « mouvantes », en l’occurrence, rime avec « vivantes ». D’abord vous sélectionnez votre arme parmi un vaste arsenal qui fleure bon l’ancien régime, puis vous optez pour le type de cible. Pour quinze dollars, par exemple, vous pouvez défourailler à l’AK-47 sur une poule.

Pour rajouter au côté authentique de la chose, sachez que les armes qu’ils vous louent ont servi à tuer des moines et des civils durant les purges de Pol Pot.

Pour rajouter au côté authentique de la chose, sachez que les armes qu’ils vous louent ont servi à tuer des moines et des civils durant les purges de Pol Pot.

Et pour 400 dollars, vous pouvez tirer une roquette sur une vache. C’est un peu extrême me direz-vous, mais soyez rassuré : si vous ratez votre cible, ils vous remboursent la moitié. Sinon c’eût été immoral.

La Randonnée de la Mort

Je n’ignore pas que parmi vous se trouvent des personnes pour qui de bonnes vacances ne doivent pas nécessairement inclure des relents de dictature, des animaux éparpillés ou des prédateurs humiliés. Vous êtes nombreux, en effet, à ne vouloir mettre qu’une seule vie en danger : la vôtre.

C’est parce que vous êtes des gens responsables.

C’est parce que vous êtes des gens responsables.

Eh bien faites vos valises, vous partez pour la Chine !

C’est en effet dans l’Empire du Milieu que se dresse le Mont Huashan, l’une des cinq montagnes sacrées du pays, laquelle formerait la randonnée la plus mortelle de la planète, avec une centaine de personnes qui y cassent leur pipe chaque année selon diverses estimations.

Cela (si c’est vrai) pour une raison bien simple, à savoir la prolifération de falaises vertigineuses combinée à une solide dose de « made in China » :

L’inscription signifie « vous feriez mieux de faire attention où vous mettez les pieds au lieu de lire ceci ».

L’inscription signifie « vous feriez mieux de faire attention où vous mettez les pieds au lieu de lire ceci ».

Quelques planches, des chaînes, une poignée de clous, un demi rouleau de scotch, une prière et c’est tout bon, la route est à vous ! Douze kilomètres de mort imminente à faire le funambule sur des bouts de bois fixés à l’arrache et des ponts sans rambardes surplombant l’abyssale mâchoire du vide béant vous appelant de toutes les forces de la gravité, ça c’est des vacances !

Et lorsque vous fuserez vers le sol, vous trouverez sans doute que la situation n’en manque pas, de gravité.

Et lorsque vous fuserez vers le sol, vous trouverez sans doute que la situation n’en manque pas, de gravité.

Selon la légende, un temple au sommet vous prodiguera l’immortalité. Et selon le Christianisme, c’est plutôt durant le trajet que vous accéderez à la vie éternelle. L’avantage de cette ascension, c’est qu’elle ne se prend pas la tête avec ces histoires de sécurité, de harnais, de sangles, de baudriers ou de mousquetons, autant d’encombrants objets qui font obstacle à la spontanéité nécessaire à de vraies vacances. Vous y allez plus ou moins comme vous l’entendez, et yolo !

Ah, et en parlant de yolo…

Saut à l’élastique dans un volcan

Ça veut bien dire ce que ça veut dire.

C’est au Chili que vous trouverez le saut à l’élastique le plus cher au monde, qui vous propose pour plus de douze briques de vous laisser tomber depuis un hélicoptère droit dans l’enfer bouillonnant d’un lac de lave en fusion tout au fond d’un volcan.

En cas d’accident, les frais d’incinération sont couverts.

En cas d’accident, les frais d’incinération sont couverts.

Parce que vous comprenez, un bête bungee, en cas de problème, vous vaudra juste de vous écraser au sol, en envoyant le morceau d’élastique attaché au pont droit dans la couenne du salaud qui filmait pour Youtube. Et comme on l’a vu dans un précédent billet, la chute n’est même pas forcément mortelle.

La lave, par contre… Vous savez à quoi ressemblera votre mort si ça foire ? Non ? Regardez :

Le bonhomme a balancé l’équivalent d’un corps humain en chair et os d’animaux dans de la lave et, comme on peut le voir, si votre élastique cède, les gars dans l’hélico jouiront d’un spectacle assez impressionnant.

Dans le cas contraire, c’est vous qui profiterez du panorama en mangeant du vent et en écoutant le bruit du sang qui vous monte à la tête, parce que l’hélicoptère ne dispose d’aucun moyen pour vous ramener à bord et doit vous trimbaler ainsi jusqu’à l’aéroport.

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commentaires
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