Karma’s a bitch II

Publié: 9 juillet 2014 dans Histoire

Les petites contrariétés qui vous mettent de travers c’est lourd, mais les énormes calamités qui ruinent votre vie c’est pire. (Labo, juillet 2014)

On le sait qu’il y a plusieurs types de guignes. Marcher sur une guêpe n’est pas la même chose que trouver un cobra royal dans son tiroir à chaussettes, par exemple. Certes. Mais on a peut-être tort de les séparer en deux sortes de galères bien distinctes, avec les énormes d’un côté et les anecdotiques de l’autre. Parce que les deux sont plus compatibles qu’on pourrait le croire.

Il peut vous arriver une toute petite tuile qui finit par atteindre des proportions godzillesques, une de ces minuscules contrariétés de la vie qui prend soudainement un abonnement à l’année et semble n’avoir plus qu’un seul intérêt sur Terre : vous nuire.

Charles Osborne

En 1922, le fermier américain Charles Osborne bosse tranquillement lorsqu’il glisse et tombe. Rien de grave, par contre ça lui a fichu le hoquet, comme ça. Baste, vous savez ce que c’est, il n’existe qu’un seul remède sûr : la patience. Et en effet, soixante-huit ans plus tard, ce hoquet n’était plus qu’un mauvais souvenir.

Car oui, le pauvre, pauvre pauvre Charles Osborne, puisse son âme trouver la paix parmi les élus, a attrapé le hoquet à 30 ans et en a souffert sans interruption jusqu’à l’âge de 98 ans.

Charles a attrapé le hoquet l’année où l’URSS a été fondée, et l’a perdu un an avant sa dissolution ; lorsque l’actrice Ava Gardner est née, il avait le hoquet. Lorsqu’elle est décédée, il avait toujours le hoquet. Son affliction a duré deux fois plus longtemps que le Mur de Berlin. Ceci, paraît-il, parce que l’accident bénin aurait causé une minuscule lésion dans son cerveau, précisément à l’endroit mis à contribution lorsqu’il s’agit de contrer le hoquet. Je ne savais même pas que ça existait.

« Nous avons procédé à des tests et en effet il y a un hic… Vous ne riez pas ? »

« Nous avons procédé à des tests et en effet il y a un hic… Vous ne riez pas ? »

Peut-être qu’avec un peu d’imagination on pourrait considérer que la situation de Charles aurait pu être pire, la zone atteinte de son cerveau aurait pu être celle qui lui permet d’ouvrir les portes par exemple, ou de tourner à gauche, mais il n’empêche que le pauvre zigue s’est trouvé affligé d’une tare aussi horripilante qu’interminable. Toute sa vie durant, Osborne chercha un moyen de se guérir, aidé par ses bons amis ; notamment un qui, une fois, tira un coup de fusil à pompe juste dans son dos en espérant lui faire peur. Alors peur il a eu, mais le hoquet est resté.

On supporte mieux le hoquet avec les tympans crevés.

On supporte mieux le hoquet avec les tympans crevés.

Charles, non sans succès, adapta son existence entière à son affliction, mangeant de la nourriture en purée pour ne pas s’asphyxier et apprenant à respirer de manière à hoqueter en silence. En plus, vous apprendrez que le bonhomme s’est marié deux fois et a eu huit enfants, ce qui n’est pas un mince exploit vu sa condition (et là vous venez tous de vous imaginer au lit avec un partenaire qui a le hoquet. Ça donne quoi ?).

Cette guigne cosmique lui valut un certain renom, il passa à quelques émissions de télé et radio et figure dans le Guinness Book, au chapitre « records que vous n’avez pas envie de battre ». Charles le Maudit reçut environ 4000 lettres de sympathie, offrant des conseils de traitements surgis de toutes les croyances du monde, qu’il essayait toujours avant d’écrire « tried that one » sur le courrier et de le ranger. Durant ses premières années de galère, il parcourut le continent, passant d’un docteur à l’autre, consultant tout ce qui s’approchait, de près ou de loin, à un médecin, savant, chaman, homme-médecine, rebouteux, sorcier, oracle, thaumaturge, nécromant, druide ou ce que vous voulez. Rien n’y fit.

Quoi qu’il en soit, le bonhomme eut une vie bien remplie, enchaînant nombre de boulots (parmi lesquels ne figure pas neurochirurgien) et, en fin de compte, sut vivre avec, parce qu’il n’avait pas le choix. Et puis, un beau jour de 1990, son hoquet lui dit « bon, c’était sympa » et fit ses valises. Charles goûta à la liberté, à l’âge de 98 ans, et put enfin faire du sport, manger comme un ogre etc. On ne sait pas vraiment ce qui s’est passé, toujours est-il qu’Osborne, ce jour-là, connut sans doute un bonheur auquel ni vous ni moi ne vivrons jamais rien de comparable. Mais je pense qu’on s’accordera à dire que ça n’en valait pas la peine. Surtout que le bonhomme décédait moins d’une année après.

Plein de Chinois

Certaines villes sont si peuplées et connaissent un tel trafic qu’elles sont connues partout dans le monde pour leurs bouchons, comme Istanbul, Moscou ou Liège. Sortir du travail pour se retrouver coincé dans un de leurs interminables embouteillages arrive probablement assez haut dans la liste des couacs qui soumettent vos nerfs au supplice de la roue, littéralement.

Tout le monde a ses limites ; ironiquement, moins on roule et plus on monte dans les tours. Dans ces situations-là, il ne faut pas grand-chose pour transformer le plus aimable des chrétiens en une tornade de rage ordurière et de gestes vulgaires. Une chanson ou une pub un peu trop récurrente à la radio, un choc minuscule, une insulte de trop, un type insistant sur le klaxon ou l’imminence de la famine sont autant d’épreuves à surmonter dans des conditions difficiles.

Arrêtons-nous un instant sur ce dernier point pour soulever une évidence : aussi irritants aient été les bouchons que vous avez affrontés jusqu’à ce jour, il est peu probable qu’à un moment votre vie s’en soit trouvée menacée faute de pouvoir vous alimenter. C’est parce que vous n’habitez pas en Chine.

En 2010, la Chine décide de moderniser un tronçon de route reliant Beijing à Zhangjiakou afin d’y fluidifier le trafic, extrêmement engorgé aux heures de pointe. Pour ce faire, on commence par attendre les grandes chaleurs de l’été, puis on ferme la moitié des voies en prenant bien soin de ne prévenir personne et de ne prévoir aucune déviation.

Ceci étant fait, on n’a pas à attendre bien longtemps avant que l’énorme route arbore des airs de long, très long parking noyé dans les gaz d’échappement, où l’intense circulation atteint poussivement la vitesse impressionnante de 1 (un) kilomètre à l’heure par jour, s’étirant sur une grosse centaine de bornes dans la fournaise de l’asphalte brûlant et du soleil estival.

Ainsi les véhicules se retrouvèrent-ils happés par grappes entières dans ce maelström automobile qui allait durer douze jours. Presque deux semaines donc, au cours desquelles d’innombrables et malheureux Chinois passèrent une moyenne de cinq jours chacun à profiter des pires vacances forcées imaginables, même s’ils admettront sans doute qu’ils ont « eu le beau ».

Bien sûr, on s’organisa. Les automobilistes jouaient aux cartes, papotaient et pratiquaient probablement ces jeux qui servent à tuer le temps durant les longs trajets. Au fil des jours d’autres défis, plus ludiques, se posèrent, comme par exemple trouver un moyen de se laver, se nourrir, trouver en endroit où se soulager discrètement sans finir sur youtube ou en faire profiter tout le monde, ou encore se défendre contre les raids de bandits, parce qu’il y en a eu, juste avant que quatre cents policiers ne soient déployés pour prévenir les vols et les crises de colère.

« Ne vous inquiétez pas les gars, on veille ! »

Et comme les Chinois ne sont pas des gens prévoyants, rares étaient ceux qui avaient stocké des rations de survie pour une semaine en partant travailler le matin et du coup ils s’en trouvèrent bien ennuyés. Fort heureusement, les habitants du coin prirent sur eux d’alimenter ces enfants maudits de la route en eau et en nourriture, pour environ dix fois les prix standards. Dites ce que vous voulez des Chinois, mais pour des (pseudo) communistes ils ont très bien compris le capitalisme.

Au vu des circonstances, les malheureux étaient bien obligés de mettre la main à la poche ; d’autant plus que selon ceux qui ont refusé, si vous disiez non, ils vous pétaient les vitres. Mais j’ai quand même un petit doute quant à cette dernière affirmation : je ne suis pas certain que quelqu’un puisse être assez inconscient pour énerver des routiers pris dans plusieurs jours d’embouteillage.

La famille Adams (l’autre)

Avez-vous une tondeuse à gazon, ou une grosse moto ? Et si oui, est-ce qu’elle vient régulièrement se caler contre vous en faisant vrombir son moteur pour vous témoigner son affection ? Ou vous demander le plein ? Parce que si ce n’est pas le cas, vous ne pouvez pas comprendre ce que vivent Ruth et Mark Adams.

Parce que Ruth et Mark Adams sont les heureux propriétaires de Smokey, une chatte soit dit en passant ravissante :

Hein dis ?

Hein dis ?

Ce félin présente la particularité de détenir le record mondial du ronron le plus bruyant : 80 décibels en moyenne, pour un maximum enregistré à 92. Au cas où vous ne seriez pas familier de l’échelonnage des décibels, sachez que 80, c’est beaucoup. Plus précisément, ça correspond à une rue à fort trafic, ou à un moteur de moto. À 90, vous avez la tondeuse à gazon. Un ronron « normal » monte à 25.

Les chats ne manquent jamais d’inventivité quand il s’agit de vous contrarier.

Les chats ne manquent jamais d’inventivité quand il s’agit de vous contrarier.

Tout a commencé il y a trois ans, lorsque nos amis Ruth et Mark adoptèrent la petite Smokey au centre SPA du coin pour faire plaisir à leur fille Amy, et certainement pas pour la priver de sommeil à tout jamais ; d’un naturel câlin et content, la minette n’a jamais eu besoin de caresses pour se mettre à ronronner, elle fait ça très bien toute seule, sans raison réelle. C’est juste qu’elle aime la vie, elle aime ses propriétaires et elle aime rendre des humains sourds.

Après, caractère félin oblige, tout est dans le timing : ronronner c’est bien, ronronner pendant la scène importante du film, c’est mieux.

De l’aveu des Adams, elle aime tout particulièrement se mettre à ronronner lorsque quelqu’un est au téléphone, générant une incrédulité complète au bout du fil lorsque le correspondant apprend que le vrombissement qui les empêche de se comprendre est issu d’un chat. Et bien sûr, mis à part les moments où elle dort, elle trouve presque toujours une raison de ronronner, si fort que ça la fait parfois tousser.

Dans tous les cas, il est bien évidemment hors de question pour la famille de ne pas garder le chat, même si, de l’avis général, il est presque impossible d’avoir une conversation normale chez les Adams.

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commentaires
  1. Nekkonezumi dit :

    Mouhahaha (oui, je sais, c’est très intellectuel) (mais je n’étais pas passée là depuis longtemps et j’ai gloussé comme une dinde)

  2. Labo dit :

    On dit qu’il ne faut pas rire des malheurs d’autrui, mais au bout d’un moment autant qu’ils servent au moins à quelque chose, je trouve ! Alors mouhahahez tant que vous le voulez !

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