Hollywood Fancy Megadeath Style

Publié: 30 juillet 2014 dans Arts et lettres

Avec des vrais morceaux de spoilers dedans.

Il y a des exagérations qu’on a finalement acceptées au cinéma, qui font presque partie du paysage culturel. On sait qu’une balle dans l’épaule ne fait pas tellement mal, qu’il faut mettre cinquante bourre-pif à un mec pour l’envoyer au tapis, qu’il est relativement aisé de voler une voiture et abasourdissant de difficulté de cacher un détail à un agent de police. Soit soit soit.

On va appeler ça les ETA – Exagérations Tacitement Admises ; elles contribuent à faire du cinéma moderne ce qu’il est (pour le meilleur et pour le pire), parce qu’en dépit des froncements de sourcils qu’elles nous occasionnent, on doit bien admettre que sans elles, il deviendrait difficile de créer un film. Si, par exemple, le lieutenant Ripley avait pu faire respecter la quarantaine du Nostromo lorsque ses copains revenaient avec le huitième passager, le film Alien aurait été beaucoup plus court.

Cela dit, c’est un mauvais exemple parce qu’Alien est un très bon film qui, en tant que tel, s’est donné la peine d’expliquer pourquoi on n’allait finalement pas s’emmerder avec cette quarantaine. Mais j’avais envie de parler d’Alien.

Il est toutefois dans le cinéma un secteur assez précis qui ne se lasse pas de nous sidérer : la Mort (oui, pour une fois on va parler de la mort). Un mort dans un film, ça fait toujours bien. Que ça soit pour amuser, pour faire peur, pour réveiller le spectateur après un long dialogue, pour montrer que le méchant est méchant, que le gentil est badass ou encore parce que Sean Bean, il y a presque toujours un mort.

Néanmoins, sur l’hécatombe qui se déroule chaque jour dans les salles obscures, on trouve pas mal de morts un peu douteuses. Hollywood maîtrise mieux l’art du meurtre qu’une école de ninjas, mais tend à confondre qualité et quantité. Quand on voit un méchant se faire décapiter par une planche à voile sur une autoroute dans l’Arme Fatale 4, on se demande s’il n’y aurait pas, quelque part loin derrière, une sorte de limite qu’on n’aurait pas dû franchir.

Ci-après quelques exemples pour illustrer que j’ai raison.

Ah au fait : si vous n’avez pas vu les films qui vont suivre, il serait raisonnable de vous attendre à du gros spoiler, notamment au niveau des victimes. Alors vous feriez mieux de vous arrêter avant même de terminer ce paragraphe si vous ne voulez pas apprendre que Georges Clooney meurt dans Gravity.

Gravity, justement

Visuellement, Gravity est peut-être le film le plus marquant que j’aie vu à ce jour et ce n’est pas peu dire. On s’y croirait. Du coup c’est dommage qu’ils n’aient pas pensé à prévoir un scénario, parce qu’il avait tout pour devenir culte.

Dans l’ensemble il est bien, mais je trouve que l’idée consiste surtout à envoyer Sandra Bullock et Georges Clooney dans l’espace pour qu’ils y jouent plus ou moins les mêmes personnages que d’habitude.

Mais on s’en fout. Donc il y a ce moment où ils réparent le télescope de Hubble et comme ces cons de Russes ont envoyé un missile pour péter un de leurs satellites (chose qu’ils ne font jamais dans la réalité) (les Américains en revanche, si), nos vaillants héros sont frappés par une pluie de débris qui va les emmerder tout le film.

Comme tout est pété, ils n’ont pas d’autre choix que de faire le trajet « Télescope de Hubble – ISS » à pinces, ce qui reviendrait à relier Santiago à Oulan Bator en une heure et en marchant sur les mains, si ces deux villes étaient continuellement en train de fuser dans le vide, chacune à sa propre vitesse. Mais Georges est très fort.

À ce stade-là, autant les faire carrément rentrer sur Terre à pieds.

À ce stade-là, autant les faire carrément rentrer sur Terre à pieds.

Un peu plus tard, ils sont bien arrivés à la station spatiale internationale mais il y a un problème : une force inconnue tire le vieux Georges vers rien du tout alors que nos deux héros sont accrochés au fuselage de l’appareil.

Imaginez la scène : vous arrivez vers l’ISS pied au plancher et, au lieu de passer connement à côté pour continuer tout droit direction Antarès ou je ne sais où, vous parvenez miraculeusement à vous accrocher à une sangle. Vous flottez désormais à côté de la structure, puisque cette dernière a coupé votre élan et que votre vélocité est maintenant identique à la sienne. Mais votre collègue, pourtant relié à vous par un câble, non ; lui, la force de tout à l’heure continue de l’affecter. Vous non, lui oui.

En physique, on appelle ce phénomène la « gravité des tragédies hollywoodiennes vite torchées ». Et en effet, c’est grave : ce moment, presque le point culminant du film, celui où Georges Clooney se sacrifie pour ne pas emmener Sandra Bullock avec lui dans la tombe, cet instant tragique, émouvant, héroïque et intense, avec les violons et tout, et Sandra qui dit « non, Georges, non ! », et bien ce moment n’a strictement aucun sens.

« Geoooorges ! Si seulement j’avais pensé à exercer une minuscule traction sur ce câble ! »

« Geoooorges ! Si seulement j’avais pensé à exercer une minuscule traction sur ce câble ! »

Et mon problème est là : qu’ils mettent des engins spatiaux exagérément proches, des manœuvres spatiales ridiculement faciles, une station chinoise qui n’existe pas vraiment ou encore qu’ils foutent tout sur le dos des Russes, je peux composer avec. Ce sont nos fameuses ETA, si on ne les accepte pas il n’y a pas de film, alors soit.

Mais lorsque vous prétendez faire un film scientifiquement réaliste et que vous devez tuer l’un des deux seuls acteurs de l’histoire, essayez au moins de trouver un moyen de le refroidir qui ne soit pas complètement absurde (dans l’espace, ça doit être trouvable) ! Surtout si c’est Georges Clooney, ça n’arrive quand même pas souvent !

X-Men 2

X-Men 2 est… que dire ? Nul ? Non, non ; pas du tout. Bien alors ? Haha ! Non.

C’est juste un film d’action bête et con qui a été bien accueilli à sa sortie, il y a à boire et à manger et tout est dit.

Tout, sauf un point : à la fin, Jean Grey se sacrifie pour rien du tout. Ça serait un moment triste si ce personnage était charismatique.

Et je mets une photo pour que ceux qui n’ont pas vu le film comprenne qu’on parle d’une femme appelée Jean, prononcez « Djîne », et pas d’un mec qui s’appelle Jean. Aucun héros mutant musclé, burné et doté de superpouvoirs ne s’appellera jamais « Jean ».

Et je mets une photo pour que ceux qui n’ont pas vu le film comprennent qu’on parle d’une femme appelée Jean, prononcez « Djîne », et pas d’un mec qui s’appelle Jean. Aucun héros mutant musclé, burné et doté de superpouvoirs ne s’appellera jamais « Jean ».

Donc à la fin du film, nos héros sont dans une vallée, leur avion refuse de décoller, des méchants se ruent à l’assaut et un foutu barrage est sur le point de rompre, bref, un climax classique, limite sobre. Jean Grey est la seule personne assez puissante pour les tirer de la mélasse et c’est ce qu’elle fait : elle descend de l’avion, le répare à la seule force de sa pensée, l’élève dans les airs tout en bloquant les eaux furieuses grâce à ses pouvoirs télékinétiques et enfin envoie un message glauque via le professeur Xavier pour dire au revoir aux copains.

Ensuite c’est le drame : la pauvrette est balayée par les flots rugissants et c’est bien malheureux. Je crois d’ailleurs qu’il y a une musique triste.

Mais stop ! Parlons science vous et moi : le superpouvoir de Jean Grey fonctionne sur la pensée, vous imaginez un truc et pouf, ça arrive. À aucun moment on nous donne une raison valable de croire que ça ne marcherait pas depuis un avion, je veux bien que les superhéros aient des points faibles mais celui-ci me paraîtrait franchement téléphoné. Donc elle pouvait se contenter de tout bricoler sans quitter son siège et ça aurait passé comme une lettre à la poste.

Permettez que je reformule cette dernière phrase : ça aurait passé comme dans la foutue bande dessinée. Il n’y a que dans les films que les héros sont vraiment incohérents.

Mais je sais ce que vous allez me dire : il fallait faire mourir cette sémillante demoiselle pour introduire le personnage de « Jean Grey New-born-with-much-much-bigger-powers », aka « Phoenix », dans X-Men 3. Je suis d’accord avec vous : ça n’est pas comme si on avait tué définitivement Jean Grey alors qu’il y avait clairement un moyen de faire autrement.

X-Men 3

Le film où on tue définitivement Jean Grey alors qu’il y avait clairement un moyen de faire autrement.

(Elle a pas de bol, Jean Grey)

On serait tenté, au vu du désastre qu’était X-Men 3, de se livrer à quelques considérations sarcastiques sur le film mais, outre que ce n’est pas le genre de la maison, il faut se rappeler que Bryan Singer, le réalisateur, s’était taillé après X-Men 2 avec ses scénaristes pour réaliser le nouveau Superman en laissant son bébé inachevé à la 20th. Donc les mecs ont bien tenté de reprendre le flambeau mais, comme ils sont nuls, ça a donné ce fiasco-là alors qu’on avait des raisons d’attendre un chouette film.

Pourtant il avait l'air tellement bien.

Pourtant il avait l’air tellement bien.

Beaucoup l’avaient détesté parce qu’il prend quelques libertés avec l’histoire originale – laquelle est paraît-il adulée aux USA – notamment en massacrant ou privant de leurs pouvoirs la moitié des personnages importants des comics, ce qui est pile le bon truc à faire pour vous mettre les fans à dos (ce qui tombe bien, ce sont souvent des fans ados).

Donc je ne sais plus comment ça se passe, mais à la fin Jean Grey a complètement perdu la boule et elle émet en permanence une sorte de vague continue cosmo-oméga destructrice de pouvoir mortel éradicateur infini qui sème la destruction parmi les protagonistes et la confusion parmi les spectateurs. Seul capable de tenir le choc grâce à sa régénération, Wolverine finit par la suriner au corps-à-corps et tout le monde est content, sauf Wolverine justement, parce qu’il en était amoureux, forcément.

Tiens ! Hugh Jackman qui serre contre lui la dépouille de sa bien-aimée en poussant un déchirant cri de désespoir ! Je n’avais jamais vu ça !

Tiens ! Hugh Jackman qui serre contre lui la dépouille de sa bien-aimée en poussant un déchirant cri de désespoir ! Je n’avais jamais vu ça !

Sauf là.

Sauf là.

Et là.

(Je ne sais pas pourquoi ils tiennent toujours à lui faire mourir sa femme à celui-là, mais il faut qu’ils arrêtent.)

Bref. Le film met donc l’accent sur un produit-mystère qui prive les mutants de leurs pouvoirs ; or, la scène finale regorge de seringues de ce machin, il y en a dans tous les coins, Wolverine n’a qu’à se baisser pour en ramasser. Mais comme sa chérie est en train de tout péter avec ses pouvoirs-trop-forts, il la laboure à coups de griffes en même temps que ses propres sentiments.

C’est ballot, s’il avait pensé à utiliser le Mutotron X, il aurait sauvé tout le monde et serait parti dans le soleil couchant avec sa belle, d’autant que cette dernière venait d’occire son rival peu avant, afin que l’acteur soit libre pour jouer le nouveau mec à Loïs Lane dans Superman.

Vous pouvez dire ce que vous voulez sur ce mec et ses airs de gendre idéal, mais après s’être tapé la femme que voulait Wolverine, il est allé piquer celle à Superman. Respect.

Vous pouvez dire ce que vous voulez sur ce mec et ses airs de gendre idéal, mais après s’être tapé la femme que voulait Wolverine, il est allé piquer celle à Superman. Respect.

Mais à la place, il se retrouve en train de pleurer sur son corps froid. Encore. Et quand, en rentrant chez lui, il trouvera plein de seringues d’antimutantruc dans ses poches, je ne vous raconte pas comme il va se sentir con ! Oups !

Alien 4

L’histoire d’Alien 4 contient une allégorie intéressante : pour faire revivre la race des aliens, on a fait revenir Ripley de la tombe et il en a résulté une véritable catastrophe. Or, c’est exactement ce qui s’est passé avec la franchise en elle-même.

Alien 4, c’est le film que vous regardez après les trois premiers épisodes pour ne pas trop regretter que ça soit terminé. J’ai du respect pour Jean-Pierre Jeunet, mais il faut reconnaître que certains réalisateurs ne collent pas avec certains types de films. C’eut été une erreur de confier Brokeback Mountain à John Woo, les Tontons Flingueurs à Michael Bay, Charlie et la Chocolaterie à Tim Burton ou Orgueils et Préjugés à Tarantino, et ça marche aussi avec l’association Alien – Jeunet.

Pourtant il s'est donné de la peine.

Même s’il s’est donné de la peine.

L’histoire se passe dans une station spatiale où des aliens s’échappent et, comme toujours dans ce genre de films lorsqu’il n’y a pas d’idée derrière, on se contente de regarder les héros tenter de relier le point A au point B en perdant leurs hommes un à la fois.

Intéressons-nous au trépas de l’un d’entre eux : Christie, le bon type du film, grimpe à une échelle en portant un Dominique Pinon paralytique sur son dos, tel le papoose de la tribu. Au cours d’une scène rocambolesque où ils ont des emmerdes avec un alien qui grimpe derrière eux, les rôles se trouvent inversés : le vieux Dominique s’accroche désespérément à l’échelle tandis que Christie, blessé et impuissant, reste sanglé au malheureux handicapé qui peine à tenir sous son poids.

C’est mal barré. L’alien se fait certes descendre par le gus du Nom de la Rose, mais nos deux lascars ne vont pas mieux ; même mort, le xénomorphe continue d’emmerder en s’accrochant au pied de Christie, ajoutant son poids à celui du bonhomme et tirant tout le monde vers le bas. Christie décide alors de faire son héros : il sort son couteau, coupe les sangles et pique une tête dans les eaux infestées d’aliens. Pinon est sauf. L’honneur de Christie aussi, parce que ne pas être capable de viser une cible située trois échelons plus bas alors que, peu avant dans le film, il avait dégommé un soldat à l’aveugle en faisant ricocher sa balle deux fois, c’est quand même la honte.

Mais il y a un problème majeur avec cette scène, à savoir ceci :

Mort, mais méchant quand même.

Mort, mais méchant quand même.

Cette image, mes bons amis, représente un alien mort s’accrochant d’un seul doigt (mort aussi) à une botte. Et autant j’avoue être foncièrement incapable de mettre une balle dans ma cible après deux rebonds, autant je me vois parfaitement à même d’incliner un tant soit peu mon pied vers le bas pour laisser la douce, douce gravité faire tout le travail et nous sauver, mon pote Dominique et moi.

Et si par une quelconque manœuvre le xénomorphe est parvenu à souder sa griffe morte à ma chaussure, je reste raisonnablement convaincu d’être capable de me servir de mon couteau pour couper non pas mes sangles, mais mes lacets.

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