Des p’tits trous partout

Publié: 26 août 2014 dans Géo

L’homme s’applique à creuser des trous depuis qu’il a inventé la pelle, comme s’il voulait à tout prix justifier l’idée. Toutes les légendes de toutes les cultures du monde s’accordent à dire que les entrailles du monde renferment des horreurs, des flammes et des démons, et nous on est là « hey, allons voir ! ».

Quoi qu’en Suisse moins qu’ailleurs remarquez ; nous, on a un bled qui s’appelle « Les Enfers » et un autre « Tartar », on n’est pas assez fou pour ne pas en tenir compte et oser planter une pelle sur notre sol. C’est pour cela qu’aucun des points que nous allons évoquer dans cet article ne se situera en Suisse, exceptionnellement.

 Notez bien qu’on n’a pas pour autant complètement renoncé à faire des trous.

Notez bien qu’on n’a pas pour autant complètement renoncé à faire des trous.

Au fil du temps, nous avons creusé des fosses communes, des puits sacrificiels et des oubliettes, nous avons excavé des tombeaux, mis à jour des boyaux oubliés et érigé d’étroites galeries pour exploiter les richesses du sol ; de tout cela, nous avons logiquement retiré un mot nouveau : la trypophobie, la peur des trous.

À priori, la trypophobie paraît nettement plus naturelle que l’arachnophobie par exemple, on a généralement plus à perdre en tombant dans une crevasse que sur une araignée, mais la peur des trous ne concerne pas la chute en elle-même, mais seulement les trous. C’est pour ça qu’on parle d’une peur des trous et pas des chutes, et c’est là que ça devient n’importe-quoi. Les trypophobes n’ont rien compris.

Par exemple ça, ça ficherait les jetons à un trypophobe.

Par exemple ça, ça ficherait les jetons à un trypophobe.

Mais le plus surprenant, finalement, c’est qu’on trouve des choses à dire sur ce sujet. Pas grand-chose, mais il existe de par le monde quelques lieux qui expliquent assez facilement pourquoi des gens comme vous et moi peuvent virer trypophobes.

Le Barrage de Monticello, USA

Dans le nord de la Californie se dresse un barrage si impressionnant qu’on s’étonne qu’ils n’y aient pas encore fait mourir Sean Bean dans un de leurs films.

Il s’appelle « the Monticello Dam », et, assez curieusement, « Dam » n’est pas une abréviation de « damnation » mais signifie simplement « barrage » en anglais. Voici une photo du site, jetez un œil au petit machin rond dans l’eau en haut à gauche de l’image :

Il s’agit d’un tunnel d’évacuation pour le cas où l’eau atteindrait un niveau trop élevé ; concrètement, c’est un stupide tuyau en béton bien moche, à cheval entre une sorte d’intestin en caillasse et le petit tunnel qu’il faut viser pour faire péter l’Étoile Noire :

Ne tirez pas ceci dit, ça ne serait pas sympa pour ceux qui vivent en dessous.

Ne tirez pas ceci dit, ça ne serait pas sympa pour ceux qui vivent à proximité.

Déjà vaguement menaçant à la base, le boyau a la particularité de se transformer en vision d’épouvante lorsque le niveau de l’eau monte :

Enfin, je ne sais pas pour vous, mais moi ça m’obnubile.

Enfin, je ne sais pas pour vous, mais moi ça m’obnubile.

Et puis ça n’est pas tout petit ! Le débit de la bête monte à un maximum de 1370 mètres cube de flotte par seconde, soit 1’370’000 litres, si je me souviens bien de mon livret mille. Sa largeur varie par endroit entre neuf et plus de vingt mètres et le boyau lui-même en mesure plus de deux-cents de long.

Remarquez les deux passants à droite, en train d’essayer de résister de toutes leurs forces à l’appel hypnotique de l’abîme.

Remarquez les deux passants à droite, en train d’essayer de résister de toutes leurs forces à l’appel hypnotique de l’abîme.

Bien entendu, la plupart du temps la chose n’adopte pas cette forme de vortex infernal engloutissant les hectolitres comme un jeune en soirée, mais se contente d’imposer sa masse immobile à l’eau qui l’entoure. Dans les deux cas la chose recèle un je-ne-sais-quoi d’inquiétant mais, en fin de compte, les gens sont contents de l’avoir ; par temps sec, par exemple, on peut en profiter :

Weeee !

Weeee !

Mais si ça part en hélice par contre il ne faut pas traîner, parce que vous ne voulez probablement pas être devant ça :

C’est ici qu’ils ont autorisé la dernière manifestation anti-G8.

C’est ici qu’ils ont autorisé la dernière manifestation anti-G8.

Trou de Kola, Sibérie

(Évidemment qu’il allait y avoir un truc en Sibérie.)

C’est en Sibérie que se trouve le trou le plus profond jamais creusé par l’homme et franchement, si on m’avait dit que la Sibérie détenait des records, j’aurais assez imaginé quelque chose de ce genre.

En 1970, les Russes se mettent à creuser. Ils venaient de se faire coiffer au poteau dans la course à la lune, vous comprenez que la croûte terrestre il ne fallait pas la lâcher. Ainsi commencent-ils à forer dans un bled du nom de Kola avec pour but d’arriver à 15’000 mètres de profondeur.

C’est juste 15 kilomètres d’épouvante.

C’est juste 15 kilomètres d’épouvante.

Ils firent leur possible mais s’arrêtèrent à 12’262 mètres en 1989 avec deux problèmes sur les bras, toujours insolubles à l’heure actuelle.

Premièrement, douze kilomètres de câble soutenant une lourde mèche n’attendent qu’une mauvaise excuse pour céder sous le poids de cette dernière, et bon courage pour aller la récupérer là-bas au fond. Il n’existe à l’heure actuelle aucun matériau assez solide pour qu’on puisse envisager de creuser plus profondément.

Ensuite, la température monte à 180° à cette profondeur, ce qui rend le forage de plus en plus compliqué en ce qu’il dégrade énormément le matériel.

Les mèches prenaient feu.

Les mèches prenaient feu.

C’est ainsi qu’on abandonna le projet et scella définitivement le trou afin d’éviter des incidents fâcheux. Même si l’on n’était pas descendu aussi profondément qu’escompté, nombre d’enseignements avaient été tirés de l’aventure, ainsi que quelques échantillons de roche infiniment ancienne.

Mais ce que l’on ne sait pas, c’est qu’un sombre secret entoure cette affaire de sa sinistre aura ; outre la chaleur et la physique, il y avait une troisième raison d’arrêter : les Russes avaient creusé jusqu’en Enfer.

Ça avait chié d’ailleurs.

C’est ce que révèle un journal finlandais du nom d’Ammenusastia, preuves sonores à l’appui (il paraît, mais on n’a pas les preuves qu’ils ont les preuves). Voici ce qui s’est passé : arrivée à douze kilomètres (quinze, selon les sources, mais je maintiens douze sinon ça ne paraîtrait pas crédible), la mèche s’est mise à tourner beaucoup plus vite, indiquant qu’elle avait atteint une cavité. La température monta d’un coup à environ 600°. Lorsqu’ils remontèrent la foreuse – parce qu’apparemment ils décidèrent que c’était un bon moment pour faire un break – une horrible créature se matérialisa devant eux dans un nuage de fumée. Elle était munie d’ailes, de crocs et, je cite, « d’immenses yeux maléfiques ».

« Je l’ai VUE, vue de mes immenses yeux explosés ! »

« Je l’ai VUE, vue de mes immenses yeux explosés ! »

Je ne sais pas à quoi ressemblent d’immenses yeux maléfiques mais les témoins rapportent que droit après ça, la créature a disparu – sans préciser comment. Une version un peu différente ajoute qu’avant de prendre la porte, le bestiau aurait crié « je vous ai conquis ! » (comme le général De Gaulle !) (Non ?) en Russe.

Dès lors, en dépit du fait que la moitié de l’équipe s’enfuyait en agitant les bras et en hurlant très fort, ceux qui restaient décidèrent de faire descendre un micro pour savoir ce qui se racontait plus bas. Et bien vous n’allez pas me croire : ils captèrent des pleurs et des cris de douleur humains.

Ensuite, selon les sources, sachez que l’équipe s’est faite licencier, ou fermer sa gueule à coups de menaces, ou encore – ma préférée – effacer la mémoire récente au moyen d’un sédatif russe (les sédatifs russes font ça). Parce que vous comprenez, si l’on en venait à obtenir la certitude absolue, preuves à l’appui, que l’Enfer existe et que les gens pas sages y subissent une éternité de tortures, la réaction la plus logique des personnes au pouvoir serait de dissimuler l’information pour continuer leurs petites combines terrestres, afin d’être sûres de recevoir en temps voulu leur propre ticket pour le Royaume de Satan. Bon plan, Mikhaïl !

Ainsi s’est-on empressé de boucher l’entrée au moyen d’un gros couvercle en acier « demonproof » boulonné virilement à même le sol, comme ça on est tranquille, aucun démon ne pourra sortir par là.

Notez qu’un courant d’air venant de Sibérie ne doit pas être désagréable en Enfer.

Notez qu’un courant d’air venant de Sibérie ne doit pas être désagréable en Enfer.

C’est là qu’on voit que ça doit être un sacré bled l’Enfer, parce que s’il occupe de centre de la Terre et qu’on tombe déjà dessus douze kilomètres sous nos pieds, sachant que la Terre en mesure un peu moins de treize mille de diamètre, je vous laisse vous faire une idée de la taille de l’endroit. Ou alors c’est juste qu’il est situé très près de la Russie, comme ça c’est plus pratique pour Poutine.

À lire sur ce sujet : la page de « Tu mourras moins bête ».

Mines de Mirny, Sibérie itou

Ils en font, des trous, en Sibérie.

Staline croyait énormément en une doctrine qui disait « si c’est en Sibérie, c’est mieux ». Aussi, dans les années cinquante, l’exploitation d’un gisement de diamants sibérien est ordonnée par le petit père des peuples, ce qui déboucha sur les mines de diamants de Mirny, dont l’aspect général évoque une ville qui aurait des ennuis avec un ver des sables.

« Hey, ben voilà d’où venait le bruit bizarre de cette nuit ! »

« Hey, ben voilà d’où venait le bruit bizarre de cette nuit ! »

La grande majorité de l’année, le sol est glacé et les ouvriers emploient des réacteurs d’avion pour le dégeler ; heureusement, on compte quand même quelques petits mois de cette espèce de printemps-gag comme ils en connaissent en Sibérie, au cours desquels les mineurs se retrouvent à batifoler dans une boue abondante. En outre, selon votre angle de vue, l’endroit arbore des airs différents et vous renvoie une image variable, tel un kaléidoscope à cauchemars :

Le Puits de Tartarus, au fond duquel les derniers Dormeurs reposent avant l’avènement de la Seconde Aube.

Le Puits de Tartarus, au fond duquel les Dormeurs reposent avant l’avènement de la Seconde Aube.

Le Gouffre de Tiamat, où la divinité déchue planifie sa vengeance sur ses rivaux divins et leurs alliés humains.

Le Gouffre de Tiamat, où la divinité déchue planifie sa vengeance sur ses rivaux divins et leurs alliés humains.

La Faille d’en-dessous, d’où vous observe Ghatanothoa en attendant son heure.

La Faille d’en-dessous, d’où vous observe Ghatanothoa en attendant son heure.

De nuit, ils doivent bâcher tout le matériel pour éviter de le retrouver gelé le lendemain ; les hélicos évitent de survoler le site à cause des trous d’air qu’il génère.

Quoi qu’il en soit, en Russie, ils avaient compris quarante ans avant tout le monde que l’enfer était en Sibérie, et il n’y a même pas besoin de creuser douze kilomètres pour en avoir un aperçu à partir du moment où le camarade Staline veut ses diamants.

Guatemala

En 2010 la capitale du Guatemala, appelée « Guatemala City » – parmi tous les noms de capitales que j’ai appris à l’école, comment se fait-il que je ne me sois pas souvenu de celui-ci ? – s’est réveillée un beau matin avec une jolie surprise bien symétrique :

Déjà comme ça c’est angoissant, et pourtant nous ne sommes pas sur place pour entendre le clapotis lointain, les murmures inquiétants et les plaintes indistinctes.

Déjà comme ça c’est angoissant, et pourtant nous ne sommes pas sur place pour entendre le clapotis lointain, les murmures inquiétants et les plaintes indistinctes.

Comme vous le voyez, il s’agit d’un gouffre impressionnant, quoi que pas si profond que ça – trente mètres quand même, ce n’est pas rien mais après les douze bornes de tout à l’heure ça fait un peu mickey – qui a englouti un immeuble, heureusement désert à ce moment-là, de trois étages. Et croyez-le ou non, mais devant cette vision dantesque la réaction la plus courante parmi les locaux était de dire : « encore ? »

Parce que ça leur était déjà arrivé en 2007, cette fois-ci en faisant cinq victimes (ou trois, selon les sources). Si vous voulez la même chose chez nous, vous apprendrez que les prérequis sont conséquents ; en l’occurrence il a fallu combiner la tempête Agathe, une éruption volcanique, des routes très fatiguées et du travail de bras cassés au niveau des canalisations.

Bien entendu, son côté parfaitement cylindrique en a étonné plus d’un. Je vous passe les théories ennuyeuses parce que plausibles de ces géologues tristement rationnels pour passer à l’essentiel : les théories du complot. Il est évident que le hasard ne peut pas être tenu entièrement responsable, il a fallu la volonté et la planification sans raison aucune d’êtres intelligents pour arriver à une telle symétrie.

Si c’était arrivé en Suisse, vu notre mentalité, je suis sûr qu'il aurait été carré.

Si c’était arrivé en Suisse, vu notre mentalité, je suis sûr qu’il aurait été carré.

Au rayon des suspects donc :

Les Illuminati : un programme américain du nom de Haarp a été développé à des fins militaires et de prospection pétrolière. Une fois sur orbite, l’engin de mort a été testé à Guatemala City, deux fois en trois ans, à chaque fois en creusant des gouffres cylindriques et en faisant totalement disparaître la terre, parce que les lasers américains font ça.

Les Reptoïdes : un satellite américain, développé à des fins militaires ET pétrolières ? Et pourquoi pas sataniste tant qu’à faire ? Pourquoi les USA auraient-ils creusé un trou à GC ? Allons, soyons sérieux : ce trou a été pratiqué par les extra-terrestres pour y faire passer leurs vaisseaux.

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commentaires
  1. Un passant dit :

    Très sympa… je suis très client de ce genre de trucs mystérieux et/ou hors normes…
    En parlant de trous, la « Marmite du Diable » est pas mal non-plus.
    (mot-clé « devil’s kettle » pour des sources)

  2. Labo dit :

    Impressionnant ! Je ne connaissais pas, sinon elle aurait probablement figuré dans cet article. J’en ai déjà deux pour une suite (ou une préquelle) ! Et moi qui commençais le billet en disant qu’on ne trouvait pas grand chose à dire là-dessus…

  3. El Professor dit :

    Un petit 13000 km pour le diamètre de la Terre (40000 c’est la circonférence).
    Toujours est-il que grand merci pour ces articles aussi amusants qu’instructifs et tournés d’une bien belle plume.
    Live long and prosper !

  4. Labo dit :

    Ah oups ! C’est rectifié, merci beaucoup pour la correction et pour le compliment !

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