‘Apu zombies

Publié: 24 septembre 2014 dans Arts et lettres

Déjà ? Fichtre !

La semaine passée, nous avions pris conscience du fait que les zombies nous tomberont sur le râble de tous les côtés avant peu et que l’existence ressemblera à une série Z, et non plus à un sitcom.

Depuis je vous ai senti un peu à cran les gars ; je veux bien admettre que clamer « les zombies arrivent et je vous expliquerai la semaine prochaine comment y survivre » revient à dire qu’à tous les coups ils seront là avant, mais comme vous le voyez vous avez acheté toutes ces munitions pour rien : il ne s’est rien passé.

Ou alors si, mais c’est déjà réglé. C’est pleinement possible : suivant où l’infection a démarré, elle avait autant de chances de se propager qu’une allumette n’en a de déclencher un incendie en tombant dans un lac. Comme promis, nous allons aujourd’hui voir pourquoi.

Vous aurez peut-être remarqué que dans toutes les histoires de zombies, on passe directement du premier jour à quelques temps plus tard, lorsque le monde n’est plus que cendres et ruines. Il y a une raison à cela : personne n’a assez d’imagination pour trouver une explication à la victoire des zombies. Parce que cette lutte opposerait en fin de compte deux camps distincts : ceux qui n’ont rien contre ceux qui ont tout.

Faites vos jeux.

Faites vos jeux.

Nous sommes les rois des tueurs

« Nous », c’est bien entendu « ils » : quand on voit avec quel acharnement ça se fout dessus aux quatre coins du globe, vous n’allez pas me dire qu’on ne trouvera personne pour se retrousser les manches si d’aventure l’Homme devait retrouver une place dans la chaîne alimentaire, j’irai même jusqu’à penser qu’on verra des millions de pistoleros en herbe descendre dans les rues, l’arme au poing et des étoiles plein les yeux.

Ça fait douze mille ans que les chasseurs ne servent plus à rien, ils n’attendent que ça les pauvres !

Ça fait onze mille ans que les chasseurs ne servent plus à rien, ils n’attendent que ça les pauvres !

Nous n’avons pas notre pareil pour détruire, nous avons d’ailleurs anéanti d’innombrables espèces sans même le vouloir et là, d’un coup, on connaîtrait une menace face à laquelle nous n’aurions aucune alternative au meurtre. Il y aurait bien assez de monde pour relever le défi. Rien qu’en Suisse, combien de personnes sont-elles munies d’un permis de chasse ? Combien de collectionneurs, d’amateurs ou de paranos qui ont des flingues à la maison, rêvant pour certains depuis toujours d’une bonne raison de s’en servir ? On sait assez pourquoi on a instauré un système de permis de chasse, retirez ces contraintes et toute vie animale aura disparu du pays dans l’heure qui suit. Alors si tuer devient légitime, ça va faire plaisir à plein de gens.

Et je ne parle que des particuliers, pas de la police et encore moins de l’armée. Parce que là, le débat n’existe même plus : qu’est-ce que ces pauvres zombies peuvent faire face à ça ?

« Est-ce que quelqu’un a essayé de grogner ? Oui ? Alors je sèche. »

« Est-ce que quelqu’un a essayé de grogner ? Oui ? Alors je sèche. »

Même en admettant que la première journée ait été exceptionnellement lourde en pertes humaines, dès que l’armée aura réuni quelques hommes et organisé une riposte ça sera la fin de l’histoire. Nous, on a des milliers de pioupious parfaitement entraînés et équipés, on a de l’artillerie, des lance-flammes et des fusils à pompe automatiques, et tout ça n’est que du luxe parce qu’une poignée de blindés ou d’hélicos suffiront amplement.

« L’opération "Poing Enflammé" a été un désastre : le lieutenant James « Lightning » Douglas a glissé sur une rate et s’est fêlé une côte en tombant. »

« L’opération « Poing Enflammé » a été un désastre : le lieutenant James « Lightning » Douglas a glissé sur une rate et s’est fêlé une côte en tombant. »

Le zombie est le… truc… le plus mal loti de la création.

Je n’arrive pas à imaginer un être qui soit moins taillé pour la survie que le zombie – c’est normal puisqu’il n’a pas besoin de survivre, me direz-vous. Mais vous manquez l’essentiel : vivant ou mort, si le zombie souhaite continuer à exister, il lui faut des moyens de se défendre. Or, un mort-vivant, c’est un homme privé de tout ce qui a fait de lui le maître du monde, incapable de raisonner, de manier des outils ou de se mettre à l’abri et uniquement lié à l’existence par un tissu d’impulsions primaires et violentes. Alors mettons un type impulsif, primaire et violent face à un buffle et regardons ce que ça donne : prêts ?

Buffle : 1 / Christian Bale : 0.

Buffle : 1 – Christian Bale : 0.

Et c’est comme ça tout le temps ! Lâché parmi les animaux, le zombie ne fera pas un pli. Ce ne sont pas nos bras musclés qui nous ont permis de surclasser les fauves ou les ours. Alors en Europe ça compte moins, mais pour une fois les pays d’Asie et d’Afrique seraient spécialement bien équipés pour faire face au problème puisqu’ils disposent d’une faune si redoutable que les infectés ne pourraient même pas de se déplacer d’un bled à un autre pour propager le fléau.

Pourtant c'est juste un champ à traverser.

Pourtant c’est juste un champ à traverser.

Et encore : nous avons tort de penser d’abord aux crocos ou aux lions, la vraie menace pour les zombies est beaucoup plus petite : laissez un corps en pleine nature, il sera réduit à l’état de squelette par les insectes en trois à cinq jours. Ça prendra un peu plus de temps vu qu’il bougera légèrement en disant « greuh », mais pas tant que ça : rapidement, chaque zombie sera réduit à l’état d’essaim vrombissant et grouillant de petits prédateurs en pleine bombance, dévorant sa chair gramme par gramme jusqu’à ce qu’il n’en reste que les os. Et finalement ça sera encore ça le plus pénible pour nous : il va y avoir une chiée de mouches l’été suivant.

« Mais-euh, les zombies y sont plus forts que les animaux, pis ils les infectent, pis y ont des répulsifs à insectes, pis l’armée elle existe plus parce que 99% des gens y sont morts, pis… » Ouais ça va, j’ai compris. C’est vrai que si ça part vraiment à fond la caisse on peut imaginer que la société n’existe tout simplement plus. Le monde serait à la merci d’un mal que rien ni personne ne pourrait affaiblir, sauf peut-être un miracle, des extraterrestres, un superhéros ou la météo.

Parfaitement. … …Attends, quoi ?

Ils ne supportent pas le froid. Le chaud non plus.

Imaginons un instant que l’incursion ait lieu en hiver ou en Suisse ; les températures descendront probablement en dessous de zéro une nuit sur deux et on sait ce qui arrive à la bidoche qu’on congèle : elle congèle. Dès lors, il ne vous restera plus qu’à sortir bien emmitouflés avec des objets contondants et à faire voler en éclats les cadavres gelés parsemant les rues nocturnes de votre paisible bourgade endormie. Ça serait défoulant, convivial et physique, la définition même d’une activité saine.

Je suis sûr que les méchants du Trône de Fer seront vaincus de cette manière.

Je suis sûr que les méchants du Trône de Fer seront vaincus de cette manière.

Et si les nuits ne sont pas assez froides pour qu’ils gèlent complètement, ils seront tout de même sérieusement ralentis ; déjà guère prompts à la base, ces pauvres créatures se traîneront lamentablement en se vautrant sur le verglas tous les trois pas (hilarité garantie). Donc ce n’est plus vraiment un danger et vous avez toute la saison pour les regarder se faire anéantir par les engelures. Parce qu’une bidoche qui gèle, puis qui dégèle, puis qui regèle et ainsi de suite n’est pas juste foutue, elle est détruite.

Selon où vous vivez, il est probable que vous doutiez que vos nuits soient assez froides pour permettre l’opération « la nuit des gros maillets » mais soyez tranquilles : le soleil ne leur réussit pas mieux.

Vous avez tous déjà observé attentivement les étapes de décomposition d’un cadavre et avez relevé une chose intéressante quand on l’applique aux zombies : bouffé par ses propres bactéries, le corps se met à ballonner à cause des gaz relâchés par ces dernières (insérez blague-prout ici). Si on part du principe relativement accepté que les zombies continuent leur décomposition, ils vont devenir de plus en plus gros jusqu’au final qui fera plaisir à Michael Bay : ils exploseront. Il ne reste plus qu’à espérer qu’il n’y en avait aucun dans votre chambre à coucher.

Un autre outil central de la lutte contre les zombies

Un autre outil central de la lutte contre les zombies

Ça, c’est si la région est relativement humide, mais n’allez pas croire qu’une zone sèche leur conviendra mieux : le zombie saharien ou texan, soumis à la chaleur et l’évaporation puis frappé par le vent sec et l’air aride, entrera en phase de momification, le transformant en une créature dont vous triompherez en craquant une allumette, si tant est qu’elle ne s’est pas encore désagrégée morceau par morceau.

Donc voilà : la violence, les animaux, le froid et le chaud, tout ce qui se raconte d’ordinaire dans un ascenseur paraît leur être fatal. Rassurez-vous : le reste aussi. La Terre est un endroit pour les vivants, pas de quoi s’étonner que les morts n’y fassent pas long feu. On se dira alors que pour survire, les zombies devront constamment regrossir leurs rangs en contaminant de nouvelles victimes. Oui, mais à ce propos…

Une maladie n’ira pas loin si elle ne peut être transmise que par morsure.

Cher et affable lecteur, si, comme j’en ai toujours rêvé, je me ruais sur vous pour vous mordre sauvagement, malgré ma puissance innée et mes réflexes félins, je ne suis pas sûr de partir gagnant. Que vous soyez costaud ou pas n’est pas la question, ce que je veux dire, c’est que mordre n’est pas une activité si simple que ça à partir du moment où elle n’implique pas un oreiller.

Le fait est que je devrais mettre mes dents en contact avec votre peau, et vous avez des mains et des jambes pour faire en sorte que ça n’arrive pas ; en outre, votre habillement peut encore me compliquer la tâche.

Pas besoin de gilet pare-balles, de cotte de mailles ou de plastron, un pull en laine bien épais et un blouson en cuir donneront un nettement meilleur résultat, à tel point que même si j’arrive à mordre vous aurez encore une solide protection.

Forgeron de l’apocalypse.

Forgeron de l’apocalypse.

Et même, admettons que les zombies aient le truc pour mordre aisément : et après ? Ça reste le pire moyen imaginable pour refiler une maladie. Ça remonte à quand la dernière vaste épidémie transmise par morsure qu’ait connue l’humanité ? Ça ne remonte pas : ça n’est jamais arrivé, et il y a une bonne raison à cela.

Toutes les maladies vraiment moches qu’on a connues ont dû faire montre d’une imagination débordante pour s’imposer ; la grippe flotte dans les airs, la peste est charriée par des rats ou des puces, la malaria est transmise par des moustiques et le SIDA est carrément allé taper dans une de nos activités préférées.

- « Je veux parler du sexe. » - « Ha ! »

– Je veux parler du sexe.
– Ha !

Pour le zombisme, le vecteur est ce truc hideux, bruyant et puant qui se déplace très lentement en tendant les bras, couvert de viscères, de mouches et de sang séché. Allez-vous le laisser approcher ?

En fait, pour se reproduire, ces pauvres zombies n’ont pas d’autre choix que de s’attaquer à leur plus dangereux prédateur et pire ennemi : l’être humain. Vous savez, ce mec ou cette femme complètement à cran qui évoque le bon vieux temps en aiguisant sa machette devant le feu avec une lueur assassine dans les yeux, qui est pleinement informé du danger, qui a des êtres chers à protéger et qui s’est certainement servi de sa redoutable intelligence pour entreprendre tout ce qui est possible pour assurer sa sécurité…

Et pour finir, on va faire un crochet par le point qui me soûle toujours dans les histoires de zombies :

Les trois quarts des gens ne deviendront PAS des bandits sans foi ni loi !

Ok ok, on a compris : le monstre, c’est l’humain. Merci Paulo Coelho, maintenant je vais revoir « Dumbo » et relire « les fleurs magiques de Bernard Bouton » et j’aurai refait le tour des leçons existentielles lourdement répétées à toutes les paires d’oreilles de cinq à sept ans.

Le courage était en lui depuis le début.

Le courage était en lui depuis le début.

Est-ce qu’on peut en revenir aux zombies maintenant ? Vous savez, le truc écrit sur le boîtier… Si je voulais voir des types craquer sous la pression, virer psycho et en venir aux mains, je me relancerais Cube ou l’un des trillions d’autres films qui traitent du sujet, mais là j’ai demandé un truc qui part du postulat que les morts se relèvent pour s’en prendre aux vivants, vous pouvez considérer que je n’attends pas d’en ressortir grandi.

D’autant que si la leçon de psychologie nous rappelle juste que les humains tendent à être tentés par le crime lorsque le cadre légal périclite, merci mais des milliers de scénaristes peu inspirés sont déjà passés par là.

Or, les histoires post-apo’ tendent à considérer qu’une fois la société disparue, l’écrasante majorité des survivants se répartit immédiatement en tribus ultra violentes de bandits violeurs et cannibales sans foi ni loi, ayant balancé les règles de la civilisation par-dessus les moulins comme son instinct de redoutable prédateur sauvage et cruel l’y pousse depuis toujours.

Sauf que pas du tout. Il est évident que certains basculeraient dans le crime ou la folie, mais arrêtez de mettre ça sur le dos de l’instinct, le pauvre n’y est pour rien : lui, il tend essentiellement à assurer la survie de l’espèce, c’est lui qui nous pousse à vouloir protéger les femmes et les enfants, à nous serrer les coudes, à considérer qu’un bébé est mignon et touchant, à chercher à joindre une communauté et à travailler à sa prospérité. Ça ne passe pas nécessairement par d’horribles meurtres et exactions ponctués d’éclats de rire sardonique.

Ce n’est pas l’instinct qui pousse à détruire notre écosystème, abuser de l’agrochimie ou déclencher des pogroms, ce n’est pas l’instinct qui génère viols ou larcins, ce n’est pas l’instinct qui vous rend obséquieux, hypocrites ou opportunistes. Et c’est scientifiquement prouvé (alors ta g…).

Je sais que notre monde nous incite à nous voir comme des bêtes sauvages liées entre elles par un fragile filet de règles contre-nature, prêtes à s’entredévorer au premier qui élève un peu trop la voix, mais ça, c’est parce que nos médias sont des cuistres qui nous peignent un gigantesque zombie sur la muraille. Saviez-vous qu’un milliard de personnes sont sorties de l’extrême pauvreté ces vingt dernières années ? Que jamais l’humanité n’a connu moins de guerres que durant ces quinze dernières piges ? Que mis à part les pétards, la consommation de toutes les drogues – et d’alcool – est en baisse drastique auprès des jeunes depuis quelques années ? Que les jeunes lisent plus aujourd’hui qu’il y a soixante ans ? Non ? On vous avait plutôt laissé entendre le contraire ? Ben voilà : médias.

Mais on n’est pas si méchant ; si un zombie fait irruption dans mon salon et attaque mon contrôleur fiscal alors qu’il est sur le point de découvrir que mon Turner est un original, je ne vais pas me dire « chouette, ce bol ! », je vais lui prêter main forte, et on verra après pour le tableau. Si vous faites partie d’une communauté cherchant à survivre à la dure dans un monde en ruine, je mets ma main à couper que l’immense majorité – je devrais dire chacun – d’entre vous ne voudrait surtout pas tuer sauvagement un couple et une fillette qui passent dans le coin pour leur piquer leurs affaires. L’expérience a démontré – ce ne sont pas les exemples qui manquent – qu’en cas de catastrophe, l’immense majorité des gens tend d’abord à chercher à venir en aide à son entourage plutôt qu’à s’enfermer à double tour en se cramponnant à son fusil.

Je sais que la théorie comme quoi les humains sont des puits d’égoïsme qui n’entreprennent jamais une bonne action si elle ne leur apporte pas un avantage immédiat compte pas mal de fans, mais ces braves gens devraient pousser l’idée un poil plus loin, parce qu’elle mène à un réflexe prépondérant dans notre mentalité, qu’on a compris depuis un bail, qui nous guide depuis toujours et qui a même un nom : l’altruisme réciproque.

En gros, c’est le truc qui vous pousse à venir en aide à une personne dans la panade sans en attendre un avantage direct, sachant bien qu’un jour c’est peut-être vous qui serez dans la purée et qu’à ce moment-là vous serez ravi qu’on vous renvoie l’ascenseur. C’est le voisin direct du troc et des échanges de services, qu’on oublie aussi souvent dans ce genre d’histoires.

Peut-être ne serait-ce pas inutile de rappeler parfois que si les hommes étaient à ce point-là faits pour vivre comme des bêtes, on n’aurait jamais développé cette espèce de concept, là, ce truc… Vous savez… la « civilisation »…

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