Les preuves que l’espace se fiche de nous

Publié: 29 octobre 2014 dans Physique

Saviez-vous que la théorie du Big Bang vient d’être validée ? Des chercheurs ont capté en mars 2014 une onde qui, grosso-modo, confirme notre point de vue sur la naissance de l’univers et son expansion, parce que si on s’était trompé dans nos estimations on ne l’aurait jamais captée, cette gentille onde.

Donc nous sommes maintenant plus certains que jamais du début de notre univers : à une époque où le temps n’existait pas, l’espace et la matière étaient entièrement tassés dans un point ridiculement petit, infiniment dense et dont la chaleur se chiffrait avec 90 zéros. Et puis, un beau jour, le patron a dit « bon, faites-moi de l’air ! » et a commencé à décompresser le fichier « Univers.rar »

Mais alors virilement : en l’espace de quelque chose comme un centième de millionième de milliardième de milliardième de seconde (à ce stade on s’en fout un peu du centième, non ?), l’univers se serait étendu à une vitesse supérieure à celle de la lumière, doublant en tous cas 90 fois sa taille dans cet infime laps de temps. À ce moment-là, au terme de cette spectaculaire croissance, il avait atteint la taille… d’une balle de golf.

Il faut un début à tout.

Il faut un début à tout.

Depuis il continue à s’étendre, probablement toujours plus vite si l’on a bien compris le principe de l’énergie noire.

De tout ceci on peut déduire un enseignement important : on a peut-être validé la théorie du Big Bang, mais elle demeure plus que jamais incompréhensible.

Le temps n’existait pas avant ? Et puis quoi encore ! Il n’y a pas de frontières à l’univers, mais il continue à s’étendre ? De plus en plus vite ? Ah… Alors qu’est-ce qu’il y a derrière l’univers, avant que l’espace y apparaisse ? Rien ? Du tout ? Pf. Je ne crois que ce que je vois.

À condition que je comprenne ce que je vois.

À condition que je comprenne ce que je vois.

Que le début de notre monde implique la théorie des cordes ou une otarie, on serait largué la même chose en l’apprenant. Ça nous dépasse trop pour qu’on puisse se faire à cette idée. Pendant longtemps j’ai pensé que c’était normal, que c’était juste « pas dans notre champ de perception ».

Et puis j’ai fini par piger : en fait, l’univers se fout de nous. Il se paie nos têtes et il a bien raison, il a compris qu’on était du genre à vouloir tout comprendre et il s’amuse à nous troller. L’univers est un pince-sans-rire.

Bien entendu, vous n’allez pas me croire, comme d’hab’. Tsss… Et bien j’ai des preuves !

Il y a des Pac-Man sur Mimas et Tethys

Vous vous rappelez de ces croyances antiques qui voyaient le soleil et la lune comme des amants divins qui se cherchent, ou des ennemis qui se pourchassent ? Et bien Saturne compte deux lunes plus ou moins dans ce genre, sauf qu’au lieu d’entités cosmiques ce sont des créatures pixélisées parcourant des niveaux en boucle sur une musique 8 bits tout en se nourrissant de points blancs et en évitant des fantômes.

Espèce aujourd’hui éteinte sur notre planète.

Espèce aujourd’hui éteinte sur notre planète.

Saturne est un peu l’adolescente goth du système solaire, elle fait tout ce qu’elle peut pour se démarquer des autres, à commencer par arborer des anneaux (qui auront disparu dans quelques milliers d’années d’ailleurs) (alors profitez tant qu’il y en a).

La planète compte également nombre de lunes, parmi lesquelles la célèbre Titan, dont on peut rêver que les océans abritent des formes de vie, si toutefois une forme de vie a vraiment envie de se développer dans du méthane liquide.

Mais bref : beaucoup plus singulier que du liquide sur Titan, il y a Pac-Man sur Téthys et Mimas ! Mais qu’est-ce qu’il fout là-bas ?

Ben il bouffe.

Ben il bouffe.

Il s’agit bien sûr d’un Pac-Man thermique (et hop, encore une association improbable de mots !) qui fut révélé lorsqu’on s’intéressa à la température de ces lunes ; si on prévoyait assez logiquement une zone de chaleur plus ou moins circulaire, on ne s’attendait certainement pas à voir une icône du jeu vidéo s’apprêter à gober un cratère.

Alors vous savez comment sont les scientifiques : il faut toujours qu’ils donnent une explication, même quand ils n’en ont pas. Donc lorsqu’ils ont découvert le premier sur Mimas, ils ont dit « ben ! C’est dû à la texture du sol, c’est logique ! »

Ensuite, ils repérèrent le second sur Téthys et se regardèrent les uns les autres d’un air embarrassé jusqu’à ce qu’on proposa une autre théorie, à ma connaissance toujours d’actualité : ces différences de températures sont dues à des mouvements très rapides d’électrons.

L’explication de la texture était peut-être erronée, mais au moins je la comprenais.

L’explication de la texture était peut-être erronée, mais au moins je la comprenais.

Alors vous saurez que la température corporelle de Pac-Man est de -183° Celsius, tandis que son environnement direct descend à -198°. C’est un peu comme pour nous quand il fait 22° sur Terre, c’est juste un temps idéal et Pac-Man aurait tort de ne pas en profiter.

Mars vous regarde

En 1976, le module « Viking » arrive en orbite de la planète Mars et envoie ses premières photos. Parmi elles, ceci :

Ça ne se voit pas, mais il fait un clin d’œil.

Ça ne se voit pas, mais il fait un clin d’œil.

Lorsque la NASA publia cette photo, les réactions furent variées mais on peut les diviser grossièrement en deux catégories : d’un côté ceux qui soutenaient qu’un jeu d’ombres était à l’origine d’une coïncidence et, de l’autre côté, ceux qui estimaient que cela prouvait une fois pour toutes que Mars avait autrefois abrité trois civilisations majeures, dont une souterraine, lesquelles auraient bâti des pyramides ainsi qu’une tête géante avant d’être anéanties il y a douze mille ans par une galère cosmique, qui d’ailleurs ventila aussi les Atlantes sur Terre (parce que).

Les Martiens débarquèrent alors sur la planète bleue pour y poursuivre leur existence, ce qui explique l’origine des humains ici-bas ; question technologie et connaissances par contre, je vous laisse imaginer comment on est passé du voyage spatial à l’élevage et à l’agriculture, j’ai voulu poser la question mais le type à l’origine de l’idée était parti écrire le scénario de Prometheus.

 « Une fois la flotte à terre, on va faire deux groupes : un qui démonte les appareils, et un autre qui construit des pots en terre cuite. »

« Une fois la flotte à terre, on va faire deux groupes : un qui démonte les appareils, et un autre qui construit des pots en terre cuite. »

Faut-il préciser que le débat atteignit par endroits des proportions inquiétantes ? La NASA soutint qu’elle avait publié cette photo parce qu’elle considérait tout simplement que la coïncidence était amusante (si c’est vrai et que l’agence n’avait pas anticipé la réaction du public, alors ce sont des ploucs), et certainement pas pour proposer une explication rationnelle à la disparition des Atlantes ; mais en face, on suspectait que l’agence avait réalisé son vœu le plus cher, à savoir découvrir une vie extraterrestre, et cherchait maintenant à cacher l’information au public pour ne pas voir son budget exploser comme ça serait sans aucun doute le cas si on prenait conscience que Mars abrite plusieurs civilisations récemment éteintes dont les traces sont visibles depuis l’espace.

Comme par exemple cette indiscutable pyramide.

Comme par exemple cette indiscutable pyramide.

Devant l’ampleur de certaines réactions, la NASA commença par émettre des déclarations pour expliquer qu’il n’existe aucune raison valable de croire qu’une civilisation antique a construit des pyramides sur Mars sous le commandement de l’Homme Noir comme certains l’avaient déduit de la photo, et qu’il ne fallait pas confondre  « étude des corps célestes » et « Lovecraft ». Puis elle ajouta que non, la lune n’est pas un vaisseau spatial camouflé par les martiens ayant rejoint la Terre.

En vain.

Elle quadrilla alors la zone de photos jusqu’à être en mesure d’établir une maquette en trois dimensions du Mont Polémique, mais à ce stade on se doute bien que quoi qu’ils fassent, on les accusera toujours de cacher la vérité ; lorsque vous voulez absolument mêler les Atlantes à un mythe martien, c’est que vous n’êtes pas du genre à vous laisser emmerder par la science : si Mars avait jamais été en mesure d’abriter de la vie (ce dont on doute à l’heure actuelle), c’eût été il y a plus de trois milliards d’années, tandis qu’Atlantide aurait sombré il y a en gros douze à quinze mille ans. Ça fait une certaine marge entre deux cataclysmes qu’on tient absolument à faire coïncider.

Une planète de diamant, ka-ching !

À quatre mille années-lumière d’ici, dans la constellation du serpent, se trouve une planète au nom sexy de PSR_J1719-1438_b présentant la particularité d’être apparemment entièrement constituée de diamant. Un diamant de plusieurs milliards de milliards de tonnes, vu que l’objet mesure cinq fois la taille de la Terre.

Jamais diamant ne porta un nom moins pratique.

Jamais diamant ne porta un nom moins pratique.

Alors que nous ne sommes pas capables d’imaginer une planète solide qui sorte un tant soit peu des grands classiques SF désert/jungle/océan/glace/caillasse, l’univers nous montre que non seulement il a plus d’imagination que nous, mais qu’en plus il dispose du matériau le plus précieux de la planète en telle abondance qu’il peut se permettre d’en perdre des milliards de tonnes au milieu de rien du tout.

Bref. Donc il y a un incommensurable bloc de diamant au milieu de l’espace ; comment ça se fait ? Force est d’admettre que ça requiert une succession d’événements plutôt rares.

À la base, il y avait deux étoiles orbitant l’une autour de l’autre ; une supernova plus tard, l’une des étoiles devient un pulsar. Un pulsar, c’est une étoile à neutrons qui tourne infiniment vite sur elle-même mais qu’on n’a pas voulu appeler « magnétar » parce que ça serait trop facile d’avoir un nom bien défini pour chaque objet. Bien après, la seconde étoile devient une géante rouge, puis une naine blanche parce qu’elle ne sait pas ce qu’elle se veut. Or, cette dernière est dans la zone d’accrétion du pulsar, qui exerce donc sur elle une gravité énorme.

Dès lors, la « structure externe » de la naine blanche est peu à peu absorbée par le pulsar. Les matériaux légers de l’étoile disparaissent, ne laissant que le cœur de carbone, lui-même trop lourd et trop éloigné pour être happé par l’astre glouton ; or, lorsque vous avez papa carbone et maman carbone qui s’aiment très très fort, le miracle de la gravité, de la pression et de la chaleur donne un bébé diamant.

Meugnon.

Meugnon.

Aujourd’hui, l’étoile a perdu 99% de sa masse et son cœur n’est plus actif, ce n’est plus qu’une grosse boule très chère. Dès lors, l’astre est désormais considéré comme une planète. L’ironie, c’est qu’elle est plus grande que son soleil, puisque vous connaissez l’habitude qu’ont les étoiles à neutrons d’être à la fois ridiculement petites et absurdement denses.

De l’eau. Beaucoup.

On avait parlé il y a quelques temps d’une quantité astronomique d’alcool au fin fond du cosmos, sachez que si vous voulez de l’eau dans votre pastis, il n’y a qu’un détour à faire.

Un détour important quand même, estimé à une dizaine de milliards d’années-lumière. Ça fait un bout de chemin pour quelque chose dont on dispose en abondance sur notre planète, mais si on pouvait l’exploiter je ne vous raconte pas les soirées filets de perches : le nuage de vapeur, cent mille fois plus large que le soleil, totalise cent-quarante milliards de milliards de fois plus de flotte que la Terre.

Un merlu dans cet endroit mesurerait deux fois la Californie.

Un merlu dans cet endroit mesurerait deux fois la Californie.

Par contre il faudra faire preuve d’inventivité pour exploiter tout ça puisque le nuage encercle un quasar. Vous vous souvenez du quasar ? C’est un trou noir supermassif constamment en train de s’empiffrer d’étoiles avoisinantes et générant ce faisant une quantité cosmique d’énergie, de chaleur et de lumière. Dans le cas qui nous intéresse, au lieu de dégager de l’énergie comme ses copains, notre quasar émettrait de la vapeur d’eau. Peut-être ; en fait ils sont toujours en train de se creuser la tête.

Quoi qu’il en soit, désormais, nous serions bien inspirés de prévoir des essuie-glaces à nos futurs croiseurs interstellaires. Tant mieux, c’était le petit détail kickass qui manquait à nos représentations des vaisseaux spatiaux.

Le Grand Attracteur

Résumons : Big Bang. Tout est éjecté très loin et très fort. 13.8 milliards d’années plus tard, la matière continue son bonhomme de chemin.

Sauf que notre galaxie suit une route bien à elle : des chercheurs ont en effet établi que la Voie Lactée a dérivé de sa course initiale et se dirige vers un objet non identifié à une vitesse de 600 kilomètres par seconde.

Je ne vous raconte pas la petite note.

Je ne vous raconte pas la petite note.

Pardon : ais-je dit la Voie Lactée ? J’ai tort de ramener cela uniquement à nous puisque plusieurs dizaines de milliers de galaxies suivent la même course.

Cela fait presque un demi-siècle que l’on sait que la galaxie est attirée par quelque chose de musclé au-delà de la constellation du Centaure, mais nous n’avons découvert que dernièrement à quel point sa masse semble démente, estimée à quelques 50 milliards de milliards de fois celle du Soleil.

Ok, je plaisante : en fait, sa masse est estimée à 50 millions de milliards de fois celle du Soleil. Ouf.

Il n’empêche que nous demeurons dans le flou : l’objet se situe précisément derrière le plan galactique de notre bonne vieille Voie Lactée, rendant son observation compliquée par la présence de milliers de millions de milliards d’étoiles et de planètes et de trucs.

Si ça c'est pas juste pour nous contrarier...

Si ça c’est pas juste pour nous contrarier…

Il est évident qu’on ne parle pas d’un seul objet, mais bien d’une accumulation délirante de masse dans un espace réduit (à condition qu’on emploie le mot « réduit » à l’échelle cosmique) ; le Grand Attracteur attire à lui des milliers d’amas de groupes de galaxies, avec leurs trous noirs, leurs magnétars et leurs pulsars. Ce truc-là joue aux billes avec des étoiles à neutrons.

N’étant pas des nuls quand même, on a bien une ou deux idées de ce qui constitue ce gros machin : on trouve dans sa direction le superamas de Shapley, composé de 44 amas de galaxies, soit une concentration de matière incalculable. De fait, il est immensément plus dense que la moyenne des superamas.

On fait vraiment des moyennes de tout aujourd'hui.

On fait vraiment des moyennes de tout aujourd’hui.

Je ne vous donne pas plus de chiffres que ça parce qu’ils impliquent toujours des exposants, pour bien nous montrer que ça ne sert à rien d’essayer de comprendre. Ce dont on est sûr, c’est que le superamas de Shapley compose une bonne partie du Grand Attracteur.

Ne reste plus qu’à trouver les autres 50% de matière le composant.

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